Fictions sérielles au temps de la RTF et de l

Fictions sérielles au temps de la RTF et de l'ORTF

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Livres
112 pages

Description

Ces textes s'intéressent à la préhistoire des séries, diffusées par une télévision de service public, d'abord à canal unique et longtemps en noir et blanc, qui proposa les premières productions américaines, mais fit également la part belle aux réalisations anglaises, canadiennes… et françaises. Il était temps d'essayer de mesurer la place que cette fiction plurielle occupait dans la programmation d'un "office" dont l'ambition première était de faire de la télévision un outil de promotion culturelle et de s'intéresser à l'accueil du "grand public".

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Date de parution 18 octobre 2018
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EAN13 9782336854199
Langue Français

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Sous la direction de Bernard Papin et Myriam Tsikounas Avec le concours de Sabine Chalvon-Demersay Fictions sérielles au temps de la RTF et de l’ORTF (1949-1974)
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-85419-9
Fictions sérielles au temps de la RTF et de l’ORTF (1949-1974) Sous la direction de Bernard Papin et Myriam Tsikounas, avec le concours de Sabine Chalvon-Demersay Actes ducolloque international « Feuilletons et séries diffusés sur les écrans de la RTF et de l’ORTF (1949-1974) », Paris 6 et 7 juin 2017, organisé par l’Université Paris 1 Panthéon-e Sorbonne (Centre d’histoire du XIX siècle-équipe ISOR), l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (CIM-CEISME), l’EHESS/CNRS et l’INA.
Remerciements Pour leur participation au comité scientifique du colloque et/ou au comité de lecture des actes, remerciements à : Pierre Barrette(Université du Québec), Pierre Beylot(Université Bordeaux Montaigne), Pascale Goetschel(CHS, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), Veronica Innocenti(Université de Bologne), François Jost(Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), Marie-Françoise Lévy (SIRICE-CNRS, Université Paris 1 – Université Paris Sorbonne) Dominique Pasquier(CNRS), Jean-Michel Rodes(INA), Sarah Sepulchre(Université de Louvain), François Vallotton(Université de Lausanne).
Introduction
Bernard Papin, Myriam Tsikounas
J’entre dans le bistro à l’heure du culte. Les fidèles sont déjà là, les yeux tournés vers le tabernacle. Un grand mystère semble s’y dérouler, quelque obscure opération 1 magique qui permettra au miracle de s’accomplir à l’heure dite .
C’est ainsi qu’un journaliste décrit, en 1968, l’addiction collective pour une série –Les Cinq dernières minuteslus de 14 millions dequi réunit autour du « poste », régulièrement, p  – téléspectateurs, avec des chiffres d’audience dépassant les 70 %… Non, la sériephilie ne date pas d’hier. Certes, aujourd’hui, à l’ère des écrans multiples, les conditions de réception ont radicalement changé, rendant toute comparaison difficile, voire un peu vaine. Ce sont néanmoins là des chiffres qui peuvent faire rêver les programmateurs de nos chaînes où triomphent, depuis la fin des années 1990, les séries désormais essentiellement « feuill etonnantes » et le plus souvent anglo-américaines… Oui, la télévision française a connu un temps où le générique deJanique Aiméeou de Thierry la Fronderéunissait autour de la petite lucarne un public d’amoureux fervents et de savants austères… Les Français, tous âges confondus, frémis saient devant Belphégor, tremblaient pour Thierry la Fronde ou Josh Randall… Mais si ces « classiques » sont restés dans les mémoires, à côté des incontournablesCinq dernières minutes, il y eut aussiLes Petites enquêtes du père Fichau et e « l’affaire Faber » enflamma les esprits, à une épo que où le 8 art s’inventait et où l’audace formelle, visuelle et sonore, était fréquemment de mise. Aujourd’hui, les séries font l’ordinaire des pratiques spectatorielles et… des programmes de colloques universitaires, ce qui est une forme de petite révolution car récemment encore l’université se montrait pour le moins condescendante envers la fiction sérielle en particulier et la télévision en général. Les séries sont devenues parfois à elles s eules synonymes de programme de qualité, on promeut le concept de sériephilie, on fait de la production télévisuelle sérielle le lieu de toutes les inventions dans l’art de la narration et/ou de la m obilisation spectatorielle, au point que certains 2 analystes en arrivent à se demander si la série n’est pas l’avenir du cinéma. Les organisateurs du colloque international qui eut lieu à Paris les 6 et 7 juin 2017 – et dont nous publions les actes dans le présent ouvrage – ont ce pendant pensé qu’il y avait, derrière tout cet engouement, une forme d’amnésie et, au cœur de ce nouvel intérêt épistémologique, des territoires oubliés à explorer. Tout d’abord, force est de constater que, à de rares exceptions près, les chercheurs prennent essentiellement pour objet les séries angl o-saxonnes, le plus souvent américaines, qui seules incarneraient la «Quality T V »rnées. Ensuite, à scruter le programme de toutes les jou d’étude et les sommaires de tous les essais consacrés actuellement aux séries, c’est un peu comme si la télévision, et avec elle la fiction sérielle, était née au tournant des années 2000 et n’était digne d’attention que dans son second âge d’or (voire son troisième). C’est un peu comme si la fiction sérielle n’avait pas d’histoire, ni littéraire, ni radiophonique, ni télévisuelle. Et comme si le téléspectateur d’aujourd’hui n’avait pas de mémoire. Or, nous venons de le rappeler, dès ses origines, l a télévision fut sérielle et bien des fictions sérielles – majoritairement des feuilletons en ce qui concerne la production française – ont laissé des traces et des archives. L’idée première de ce collo que était donc de réorienter le regard des chercheurs vers cette préhistoire des séries, diffu sées par une télévision de service public, d’abord à canal unique et longtemps en noir et blanc, qui pro posa les premières productions américaines mais fit également la part belle aux réalisations anglaises, canadiennes… et françaises. Il était temps de mesurer la place que cette fiction plurielle occupait dans la programmation d’un « office » dont l’ambition première était de faire de la télévision un outil de promotion culturelle et d’apprentissage de la citoyenneté. En un mot, nous avons invité les chercheurs qui souhaitaient répondre à notre appel à communication à échapper au « présentisme » dénoncé par François Hartog, à « prendre du recul » et à (re) trouver un « régime d’historicité » qui crée de la distance pour, « au terme de 3 l’opération, mieux voir le proche ».
Au fil des articles qui constituent cet ouvrage, on verra bien des idées reçues s’effondrer. Subsiste, en particulier, dans les esprits et les discours, l’image d’un ORTF totalement bridé par le pouvoir politique et esthétiquement poussiéreux, avec des « dramatiques » dramatiquement patrimoniales… On se souvient, par exemple, des déplorations de François Régnault dans son article « Plus bas, plus 4 bas que tout. Essai sur les Buttes Chaumont » dans lesCahiers du cinémaCertes, la1981 …  en « télévision des maîtres d’école » eut bien des pesanteurs mais les années 1950-1970 furent avant tout des années de découverte et d’expérimentation où des professionnels venus de la radio, de la littérature, du théâtre ou du cinéma s’efforcèrent d’inventer un nouveau monde audiovisuel. C’est ainsi que, née dans les studios, la fiction télévisuelle découvrit très vite le plein air et, la logistique le permettant de mieux en mieux, elle prit le large et s’engagea dans un grand « tour de la France », 5 pour reprendre le titre de l’une des productions les plus emblématiques du temps des pionniers . De nombreux auteurs de séries ou feuilletons – parfois en liaison avec le Service de la Recherche – 6 tentèrent d’inventer un langage spécifiquement télévisuel. « L’impertinence créative », évoquée ici par l’un des auteurs, ne se résume pas aux seules innovations « électroniques » de Jean-Christophe Averty. Elle irrigue le travail de tous les réalisateurs qui privilégient le recours aux modalités du direct et cherchent à provoquer la participation du téléspectateur, dans un audacieux mélange des genres. Le feuilleton, volontiers réflexif et qui n’hésite pas parfois à se mettre en abyme, n’échappe pas toujours à la polémique et à la contestation du « grand public » qu’est alors celui de la télévision. Il est vrai que, entre accusation d’éli tisme et invitation au divertissement, la fiction sérielle des Trente Glorieuses doit vaincre les réticences des instances dirigeantes de l’ORTF qui, longtemps, ne voient en elle qu’une distraction vul gaire ou dangereuse, notamment pour les plus 7 jeunes. Cependant,ignorée de tous… sauf dupublic, celle-ci se joue des pièges de la distinction, triomphe sur les petits écrans et provoque un engou ement considérable, avec un phénomène de starisation des « vedettes » de la télévision, dans un contexte (déjà) de concurrence entre séries (bien) françaises et séries étrangères (notamment américaines). Pour rendre compte aujourd’hui de cette effervescence, on pourrait croire le chercheur démuni devant le manque de traces laissées par cette époque lointaine. C’est évidemment parfois le cas mais, dans la première partie de cet ouvrage, Marine Zelverte et Géraldine Poels dressent un état des lieux des nombreuses et riches archives disponibles en matière de production et de réception des œuvres fictionnelles de la période observée ici. La première établit un panorama des principales archives écrites, versées pour l’essentiel à la suite de la dissolution de l’Office en 1974 aux Archives nationales, et accessibles aujourd’hui sur le site de Pierrefitte-sur-Seine. Le chercheur pourra trouver là de précieux documents éclairant la création des feuilletons et séries diffusés sur les écrans de la RTF et de l’ORTF, les avis du « comité des programm es », des courriers de téléspectateurs, le résultat d’enquêtes et de sondages du Service des études d’opinion et, ce qui n’est évidemment pas sans intérêt, les dossiers des projets refusés… Marine Zelverte s’efforce de « clarifier les méthodes de recherche dans des archives, dont l’organisation répond à des contingences historiques et au principe archivistique de respect des fonds qui peu vent rendre leur exploitation complexe. » Géraldine Poels, s’appuyant également sur les sources conservées aux Archives nationales mais aussi à l’INA, propose « la mesure de l’âge d’or » des fi ctions sérielles des années 1950-1960, en examinant les mesures d’audience, les courriers des téléspectateurs, les magazines de programme, etc. Elle nous décrit un temps où la progression en volume de production sérielle est continue (jusqu’en 1972 du moins), où les taux d’audience av oisinent fréquemment les 70 %, avec régulièrement de 15 à 20 millions de fidèles passio nnés, lesquels développent rapidement une véritable « culture fan » autour des héros de feuilletons les plus emblématiques. La deuxième partie du présent ouvrage s’intéresse p lus particulièrement aux stratégies de production et de programmation à une époque où la t élévision manque parfois cruellement de programmes pour alimenter des « grilles » qui s’inventent. Bruno Hénocque, qui focalise son regard sur le début des années 1970, met l’accent sur ce qu’il qualifie de « paradoxe majeur » : alors que le feuilleton et la série suscitent en général l’adhésion massive des publics, les instances dirigeantes de l’ORTF continuent de considérer avec condescendance ces œuvres qu’elles jugent peu légitimes. Dans le souci d’éducation du public qui la caractérise alors, la télévision française se donne pour mission première de faire connaître au plus grand nombre le patrimoine culturel français et étranger. Les productions sérielles, de même que les variétés, les jeux, n’entrent pas dans cette visée. Et, nou s dit l’auteur, on reste « stupéfait par la distorsio n qui existe entre les indices d’audience et de