Françoise Sagan

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Françoise Sagan À quarante ans, Leonora Guiliemo, dite « La Futura », était encore une des plus belles femmes de Naples. Ce nom de « La Futura » qu'elle portait depuis vingt ans n'était pas un nom usurpé. Depuis vingt ans, elle représentait le plaisir, le jeu, l'argent, la débauche et autres débordements passionnels pour toute la noblesse dorée du beau Naples. et depuis quelque temps, depuis que les Autrichiens tenaient la ville, elle représentait aussi le futur au sens le plus simple du terme. Grâce à ses relations avec les carabiniers de la police et les notables de la ville, et grâce à sa nouvelle liaison avec le colonel autrichien qui y faisait régner l'ordre, Leonora avait été plusieurs fois à même - moyennant beaucoup d'argent - de soustraire au fusil et à la corde de nombreuses têtes princières, ducales ou simplement bien nées. Le comte Di Palermo qui se tenait devant elle, ce soirlà, et qui empilait sur son lit de nombreux tas d'or ne se faisait aucun souci. son fils, Alexandre, qui devait être exécuté le surlendemain pour avoir tué en duel un misérable capitaine de Vienne, rentrerait vite dans le château de ses pères. La Futura s'en chargeait. Bien sûr, cela lui coûtait fort cher mais, aussi sot et aussi odieux qu'il fût, Alexandre était son fils. et le comte Di Palermo s'obligeait à rester aimable devant cette superbe mais méprisable catin. elle devait sentir sa rage et cela devait l'amuser, car elle souriait un peu pendant qu'il alignait ses sacs.

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Date de parution 18 novembre 2011
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Langue Français

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Françoise Sagan

À quarante ans, Leonora Guiliemo, dite « La Futura », était encore une des plus belles femmes de Naples. Ce nom de « La Futura » qu'elle portait depuis vingt ans n'était pas un nom usurpé. Depuis vingt ans, elle représentait le plaisir, le jeu, l'argent, la débauche et autres débordements passionnels pour toute la noblesse dorée du beau Naples. et depuis quelque temps, depuis que les Autrichiens tenaient la ville, elle représentait aussi le futur au sens le plus simple du terme. Grâce à ses relations avec les carabiniers de la police et les notables de la ville, et grâce à sa nouvelle liaison avec le colonel autrichien qui y faisait régner l'ordre, Leonora avait été plusieurs fois à même - moyennant beaucoup d'argent - de soustraire au fusil et à la corde de nombreuses têtes princières, ducales ou simplement bien nées. Le comte Di Palermo qui se tenait devant elle, ce soirlà, et qui empilait sur son lit de nombreux tas d'or ne se faisait aucun souci. son fils, Alexandre, qui devait être exécuté le surlendemain pour avoir tué en duel un misérable capitaine de Vienne, rentrerait vite dans le château de ses pères. La Futura s'en chargeait. Bien sûr, cela lui coûtait fort cher mais, aussi sot et aussi odieux qu'il fût, Alexandre était son fils. et le comte Di Palermo s'obligeait à rester aimable devant cette superbe mais méprisable catin. elle devait sentir sa rage et cela devait l'amuser, car elle souriait un peu pendant qu'il alignait ses sacs.

— Le compte y est, dit-il. — C'est fort bien, dit La Futura. Mais dis-moi, comment estil déjà, ton Alexandro ? Je ne me le rappelle plus.

Le comte Di Palermo sourcilla un instant : non au tutoiement, mais il lui déplaisait que l'on ne se souvînt pas de son fils, même dans un bouge de cette sorte.

— oui, reprit La Futura, il va bien falloir que je le remplace, pour l'exécution. J'enverrai un benêt se faire tuer à sa place en lui faisant croire à un simulacre. À l'aube, tous les morts sont gris, dit-elle avec un petit rire, mais il faut un minimum de ressemblance.

— Alexandro est grand et blond, dit le comte Di Palermo avec fierté.

Puis il ajouta d'une voix plus basse : — et il a une cicatrice en travers de la joue... Une marque d'ongle, ajouta-t-il devant les sourcils interrogateurs de La Futura.

Elle se détourna et sembla écouter quelque chose d'inattendu au-dehors. Mais les faubourgs étaient calmes. C'est d'une voix égale qu'elle lui posa une dernière question : — N'a-t-il pas d'autres signes distinctifs ? — si, dit-il, il lui manque une phalange au petit doigt. Alors je compte sur toi ? — tu peux compter sur moi, dit La Futura. Le comte Alexandro Di Palermo sera mort pour tout Naples après-demain.

Restée seule, La Futura sembla hésiter puis elle se dirigea à grands pas vers la porte qui donnait sur la ruelle et l'ouvrit. Un nain se glissa dans la pièce.

— Frederico, dit La Futura, dis-moi, le perverti, tu te rappelles, celui de la pauvre Margarita, il avait un doigt en moins, non ? — oui, dit le nain. et, bien que son visage fût en lui-même une horreur à regarder, il arbora quand même une expression horrifiée. La Futura sembla réfléchir un instant puis, d'un air de regret, elle haussa les épaules et s'empara des sacs d'or qu'elle soupesa longuement.

— Bah, tant pis ! dit-elle. Margarita est morte à présent, il faut que tu me trouves un homme blond, Frederico, grand, que tu lui griffes un peu la joue, et qu'il ait un doigt en moins. Demain au soir, il me le faut.

Gabriele Urbino reprit connaissance. il éprouvait une vive douleur au doigt et il essayait désespérément de se rappeler où et quand il avait pu se faire mal de la sorte. il était ligoté, les mains derrière le dos, et il faisait noir dans la pièce froide où il gisait. il se rappelait avoir aperçu pendant son après-midi de pêche une ombre ridicule, petite et difforme, s'allonger sur la prairie à côté de lui, et il se rappelait s'être retourné. Après, plus rien. La porte s'ouvrit et un bras tenant une bougie apparut. À la suite du bras, il y avait la tête affreuse d'un nain, et derrière lui le visage de la plus belle femme que Gabriele ait jamais vue de sa vie. il se leva machinalement et s'adossa au mur. Le nain coupa ses liens d'un geste sec et il se rendit compte alors qu'un pansement blanc recouvrait sa main. il la regarda avec incrédulité.

— Comment t'appelles-tu ? dit la femme.

— Gabriele, dit-il. et malgré lui, il sourit. La femme avait une voix basse, chantante, « une voix comme un violon », pensa-t-il. il avait envie qu'elle lui parlât très longtemps.

— Pourquoi souris-tu ? demanda-t-elle.

Elle avait une expression intriguée qui la rajeunissait tout à coup de vingt ans.

— Vous avez la voix comme un violon, dit Gabriele. Je n'ai jamais entendu une voix pareille.

Le nain se mit à rire et la femme en fit autant. [...] © Éditions stock © Éditions stock

4ème de couverture

Un matin pour la vie, un dimanche comme les autres. Nicole est tirée de son sommeil par le téléphone, fait étrange, si tôt, pour cette jeune femme à la vie exemplaire d'héroïne de sagan. son amie lui apprend la fin du monde : un missile est lancé vers Paris. san Francisco et Léningrad sont déjà effacés de la carte. il ne lui reste plus qu'une heure à vivre. Que fait-on dans ces cas-là ? À qui pense-t-on ? rémi Pelletier laisse sa femme et ses enfants en vacances, il va passer le mois d'août seul à Paris. Cette perspective l'enchante, il peut enfin regarder tranquillement les matchs de football à la télévision. et pourtant qui va lui recoudre les trois boutons qu'il vient de perdre ? il ne voudrait pas avoir l'air débraillé lundi au bureau sous prétexte que sa femme n'est pas là. il y a bien la voisine, olga, une amie de son épouse, qui a une tête d'oiseau, une voix d'oiseau. Mais on ne peut quand même pas demander à une presque inconnue de recoudre ses boutons sans un minimum de civilité, n'est-ce pas ? en plus du déjà merveilleux Musiques de scènes, sont rassemblées ici quatre autres nouvelles inédites : Un matin pour la vie, Histoire d'août, Macho, Menu. histoires courtes et drôles que Françoise sagan sait si bien mettre en scène. Un pur délice. À dix-neuf ans, Françoise Sagan connaît la gloire avec Bonjour tristesse. Des pièces de théâtre, de nombreux romans ont suivi. Tous ont rencontré le succès. Elle a écrit elle-même sa rubrique nécrologique dans le Dictionnaire des auteurs, publié sous la direction de Jérôme Garcin : « Fit son apparition en 1954 avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fit un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une oeuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »