Inédit : La Genèse avec Céline

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Inédit : La Genèse avec Céline «Ah tu fais bien de me parler de la Delbiase. Si je connais ! Simple magnésie qu'on peut avoir pour rien en pharmacie, mis en boite, étiqueté. Cette farce a rapporté des fortunes à Mr Delbé de l'Académie de Médecine. Que la magnésie te fasse du bien c'est possible. C'est autre chose. Restons coquets ! À la première ride, pas la peine de se suicider comme Dorian Gray ou se sataniser à la Faust ! La publicité pharmaceutique assurait Jouvance la magnésie. J'en informai épistolairement mon médecin autrefois traitant... Si je comprends bien, autant se frotter le bide d'une main en se grattant les arpions de l'autre, et je remis à plus tard ma cure de rajeunissement... À ce propos entre cent histoires du même genre je suis inventeur moi aussi de deux produits moins charlatanesques. La Basedowine Gallier. Mr Gallier pharmacien, place du Président-Mithouard et les comprimés Nican Laboratoires Cantin à Palaiseau. Propriétaire Mme Vve Arnold. Mr Gallier me doit bien à peu près un million à l'heure actuelle et Mme Vve Arnold itou. Tous les deux parfaitement aryens et culs bénis de grande obédience ! Qu'est-ce que je vous disais, Mlle Chouquette?... Ah, oui ! Souvenez-vous en ! Souvenez-vous-en ! Il n'y a pas de fortune honnête et il est triste de vieillir avec bonne conscience et le cul dans la merde ! L'une ne torche pas l'autre !... Ma pauvre Cannavagia les a pressentis ô bien timidement...

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Date de parution 16 avril 2011
Nombre de lectures 15
Langue Français

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Inédit : La Genèse avec Céline

«Ah tu fais bien de me parler de la Delbiase. Si je connais ! Simple magnésie qu'on peut avoir pour rien en pharmacie, mis en boite, étiqueté. Cette farce a rapporté des fortunes à Mr Delbé de l'Académie de Médecine. Que la magnésie te fasse du bien c'est possible. C'est autre chose.

Restons coquets ! À la première ride, pas la peine de se suicider comme Dorian Gray ou se sataniser à la Faust ! La publicité pharmaceutique assurait Jouvance la magnésie. J'en informai épistolairement mon médecin autrefois traitant... Si je comprends bien, autant se frotter le bide d'une main en se grattant les arpions de l'autre, et je remis à plus tard ma cure de rajeunissement...

À ce propos entre cent histoires du même genre je suis inventeur moi aussi de deux produits moins charlatanesques. La Basedowine Gallier. Mr Gallier pharmacien, place du Président-Mithouard et les comprimés Nican Laboratoires Cantin à Palaiseau. Propriétaire Mme Vve Arnold. Mr Gallier me doit bien à peu près un million à l'heure actuelle et Mme Vve Arnold itou. Tous les deux parfaitement aryens et culs bénis de grande obédience ! — Qu'est-ce que je vous disais, Mlle Chouquette?... Ah, oui ! Souvenez-vous en ! Souvenez-vous-en ! Il n'y a pas de fortune honnête et il est triste de vieillir avec bonne conscience et le cul dans la merde ! L'une ne torche pas l'autre !...

Ma pauvre Cannavagia les a pressentis ô bien timidement... « Qu'il serait bien aimable à eux de me faire tenir un peu de mes droits, pas des cadeaux !... » Ah la la... Les beuglements et menaces ! Qu'ils allaient la faire arrêter... Pour tractations avec un agent de l'ennemi... Etc... Quel beurre cet article 75 ! C'est plein de Chouquettes à patrons trousse-fesses, pour clopinettes par mois ! L'Agence de placement souligne qu'il faudra être « gentille »... Tant d'autres sur la liste ! et diplômées et prêtes à tout... Affirmations contrôlées par le gérant testeur, épuisé... C'est plein de jolies filles délurées bien décidées en tentatives scabreuses : — Signe le contrat et tu baiseras mon cul !... Pourquoi alors charger la très prude, toute mignonne, très effacée Cannavagia, aux immenses et divers savoirs universitaires et qui conseilla, en grande modestie, les ouvrages littéraires du génial écrivain, pourquoi la charger de tentatives vaseuses où cent milles vicieuses, retorses putains échoueraient !...

Ma pauvre mère s'est crevée à lancer la Basedowine chez tous les médecins de Paris. Elle y a perdu ses dernières forces à 500 frs par mois.

Y en a un peu sur la patate je te le dis.

La bonne dame ressemblait à son fils, modelé par Daumier. Elle n'était pas plus loquace que la terre cuite et il lui parlait sur le ton simple et affectueux d'un agrégé qui chérit sa vieille nourrice. Il lui procura cette représentation Basedowine pour l'empêcher de s'effriter en chialeries sur la dureté des temps...

Au début de l'Occupation, avec Lucette, servante bien effacée, Louis avait rejoint la rue Marsollier où habitait sa vieille Maman, charmante dame qui n'entravait pas très bien ce que bonnissait son fils : « Tu n'as pas honte de parler comme cela de ta mère, de ton père ! » Elle avait lu Mort à crédit en cachette. « Tout le monde me dit que c'est une honte et que tu devrais aller te cacher ! » Louis riait. Comme un père affectueux.

La femme Popol a mis les bouts, il paraît.

Retour d'Amérique. Il va se maquer avec la Vigue ! Juste sorti du bagne, je présume. On prend les mêmes !...

Ne pas confondre le héros mort avec le héros vivant ! Le héros des temps de paix : simple fait divers, sans gloire, ni lendemains.

— À sa place, j'en aurais fait autant, goguenarde le couard, déchiffrant les trois lignes consacrées au brave secouriste dans le quotidien.

Le héros guerrier, non spectaculaire, s'il n'est pas désigné Poilu Inconnu (flamme rallumée et fleurs en gerbes...) petite croix de bois patronymique... poussière qu'emporte le vent... Charnier des Innocents... Nuit des catacombes et Walhalla !... Le héros guerrier spectaculaire, sera, lui, coulé, bronze, argent ou or massif... chanté en alexandrins, portant musique... ânonné dates exactes et gestes augustes par millions d'élèves durant millénaires, dopant le peinard pacifique aux agressivités guerrières.

Quand Eugène Paul revint de guerre, tout doux... Déchiqueté au champ d'honneur, tout doux... À l'hosto, on lui coupa une jambe au ras du bide, tout doux... Il regagna sa Butte Montmartre où il avait passé sa belle prime jeunesse en bohème joyeuse. Il eut droit aux suces des filles qui se magnétisaient en Patrie Reconnaissante — Tiens ! Reluque, mon Popol ! Ta petite jambe !... Tellement qu'elle grandit ! Si je continue, tu vas pouvoir marcher avec !... Et aussi aux doléances des embusqués : — Alors, mon brave ! On les a eus ! Hein ! Les Boches ! — Ouais !... — Ah ! J'aurais voulu, comme vous, pouvoir en embrocher, moi, du Boche ! — Ouais !... — Seulement, voilà ! Pet de nonne et Belzébuth J'suis né infirme !... — Ouais !... — J'ai les pieds plats... Puis, la vie gloutonna les misères, et après quelques hoquets de satisfactions elle se prit à courir en tous sens comme subitement prise d'un gros besoin... Paul, évadé de l'Enfer, tragédien qui a « loupé sa mort », regarde en spectateur gesticuler la Comédie humaine.

— Salut Popol ! Excuse-moi, j'ai un rembot ! Solitude... Les lauriers sont coupés... Alors il sort un bout de crayon, ouvre un carnet de croquis et, à grands traits nerveux, esquisse ces agités trompe-la-mort. Alentour, les maisons au vent de folie humaine se contorsionnent. Les arbres tirent sur leurs racines pour s'envoler avec les oiseaux... Mélancolie...

— Tu comprends, mon pote ! Tu lèves une louloute... T'arrives au page... Tu te déloques... T'enlèves les harnais du pilon... Tu l'adosses à la table de nuit... Alors tu débandes et la môme aussi... Il épousera pourtant la ramailleuse qui souriait en vitrine... Maigre ! la pension de guerre du héros marié !... Elle mourra à la tâche... Il noiera son veuvage dans les libations et, la nuit, ameutera Montmartre du martèlement de son pilon mal assuré sur l'asphalte du trottoir... — Encore saoul, c't'enfoiré !... — Dors, mignonne ! Sera bientôt cul-dejatte ! Ça lui fera les pieds !... — Et dire qu'on crève d'impôts pour filer des pensions à ça !... La Seconde Guerre (en maths spé, la dixmillionième) gomma blanc sur blanc les héros de la première, comme celle-ci effaça ceux de 70, laquelle fit disparaître ceux de Crimée, qui... etc !... etc !... Qu'importe !... Gen Paul affirme sa picturale vision cocasse de ce monde grotesque et provoque enfin le sourire payeur de l'amateur d'art.

Alors il prend de la superbe : Harris Tweed... Chemise rose... Cravate jersey tricotée main... Prothèse en progrès imitant le guisot perdu... Grolles semelles crêpes et la paire ! Un soir, il trébuche sur une jeune renarde qu'une meute avait talonnée d'une lointaine province jusqu'aux marches du Sacré Coeur... Métamorphosée en femme, il l'épouse et, comme il dépote quelques toiles en Amérique, il emmène la Gaby en voyage de noces aux USA... Dès retour, elle « met les bouts » !... « Horreur que connaissent toutes les femmes enceintes : l'horreur d'être double. » (Michelet, La Sorcière) La Vigue dit Le Vigan, ou Le Vigan dit La Vigue?... Je ne sais si l'horreur que ressentent les femmes enceintes influence l'enfant qu'elles portent en leur sein, en tous cas Le Vigan naquit mal dans sa peau et tout naturellement devint acteur... Au ciné, d'une pauvre panne, il tire un rôle de premier plan. Tantôt Christ, Goupil ou Misanthrope, il affectionne particulièrement le rôle tourmenté du Cocu magnifique. Il asticote continuellement sa femme, la coquette Algéroise Tinou, nouvelle Marie-Madeleine tombée amoureuse du Jésus de ciné tourné en Alger : — Avoue que tu me fais cocu !..., lui reproche-t-il sans raison.

— Non ! Je te fais pas cocu ! — Jure-moi que tu me trompes et je te pardonne ! — Non ! Je te jure que je te trompe pas ! — Ah ! Misère !... Prenez et mangez : ceci est mon corps !... Et il se file en croix, grimaçant devant le grand miroir mural, durant des heures : — Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font..., marmonne-t-il sans fin... Excédée, elle se suicidera épisodiquement et se loupera toujours... Il courra chercher leur voisin, le bon docteur Destouches, qui ranimera la désespérée manu militari, avec point d'orgue... sur la sensitive... Durant l'Occupation, ils quittèrent Montmartre pour habiter dans l'Élyséenne rue Washington, un cinquième étage donnant sur un boqueteau de verdure. Paris a parfois de ces enchantements... Mais le Diable tenait bar ouvert devant leur nouvelle maison et, tout en remplissant les verres de ses clients d'un Real Old Scotch Whisky, le Diable disait : — L'argent n'a pas d'odeur !... Avec du pognon, on peut tout acheter !... On ne vit qu'une fois !... Après nous la fin du monde !... Les clients disaient : — J'ai trois locomotives Pacific 231, parfait état. Connaissez-vous preneur?... — Dix tonnes de sucre, ça vous intéresse?... — Cinq passeports tamponnés, signés. Vous ajoutez votre photo ! On ne sait jamais !... Revendrez les autres !... — Je suis l'amant du Feld Maréchal. Il est d'un chou ! Au fait, seriez pas amateur d'un Rembrandt? C'est un peintre tellement chou !... Le Vigan disait : — Vous êtes amoureux de ma femme, je lis ça dans vos yeux... — Vous faites erreur, cher monsieur !... — Je l'aime tant que je n'aspire qu'à son bonheur... Enlevez-la !... — Pas question, cher monsieur !... — Ah ! Misère !... Buvez, ceci est mon sang !... Le bel aviateur mercenaire et la coquette Tinou, harcelés, succombèrent tout de même à la tentation... Tinou se suicida pour la ixième fois... Le mari heureux et l'amant malheureux la transportèrent à l'hôpital, conjointement et avec un même coeur... On la ranima... Elle retourna chez son mari puis, après une nuit luxurieuse, partit définitivement vivre avec son amant... Et Le Vigan, libéré de sa hantise, prit le train des cocus pour Cinémaringen... Il erra quelques temps avec Céline, Lucette et le chat Bébert, qui transitaient pour le Danemark à travers l'Allemagne en flammes, puis, abandonné, il se livra au train des collabos, voués aux lions qui le ramena à Paris... Parmi les Dieux Vengeurs, assoiffés de sang collabo, se glissa le mutin Éros, et c'est sûrement lui qui mit la Vigue en tôle avec l'amant de sa femme, dans la même cellule. En attente de jugement, ils firent d'interminables parties de belote dont l'aimable et libre Tinou était l'unique enjeu : — Monsieur, quelle chance est la vôtre ! Une vraie chance de... Oh Pardon ! Vous venez de regagner votre femme !... — Monsieur, dans un moment d'inadvertance, j'avoue avoir triché !... — Monsieur, je l'avais déjà perdue lors de la précédente partie, et je ne puis vous proposer quitte ou double car elle est unique au monde !... Le Tout-Paris des premières se pressa au jugement de Le Vigan. On lui reprocha son amitié pour Céline. Il s'insurgea et hurla son admiration pour l'auteur de Bagatelles. Il écopa de huit ans de bagne, en fit deux ou trois, et s'expatria en Argentine. » © Écriture