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L'Édition

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Livres
128 pages

Description

« Les livres sont trop chers », « Les distributeurs sont tout puissants », « Le numérique va tuer le livre », « Les éditeurs exploitent les auteurs », « L’édition n’est pas rentable », « Il y a trop de livres » « L’offre des librairies en ligne est plus large »… Entre mythologies, survivances et réalités, Bertrand Legendre interroge ici les principales représentations ou conceptions de ce secteur culturel en profonde mutation.

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Date de parution 03 avril 2015
Nombre de lectures 7
EAN13 9782846706308
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’Édition
L’Édition Bertrand Legendre Arts & Culture
Bertrand Legendre Bertrand Legendre, docteur en sciences de l’information et de la communication, est professeur à l’université Paris XIII-Villetaneuse où il dirige le master « Politiques éditoriales ». Chercheur au Laboratoire des sciences de l’information et de la communication (LabSIC) et à la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord, ses travaux portent notamment sur l’industrialisation de la filière du livre, sur les questions de la concentration, de l’indépendance, de la diversité culturelle et sur l’émergence des nouvelles structures éditoriales. Du même auteur Bertrand Legendre (dir.), « L’indépendance éditoriale » inCommunication et Langagesn° 156, Armand Colin, 2008 Bertrand Legendre (dir.),Les Métiers de l’édition, Éditions du Cercle de la Librairie, 2007  Avec Corinne Abensour,Regards sur l’édition. Vol. 1 :Les Petits Éditeurs. Situations et perspectives. Vol. 2 :Les Nouveaux Éditeurs (1988-2005), La Documentation française, 2007  Avec Christian Robin (dir.),Figures de l’éditeur. Représentations, savoirs, compétences, territoires, Nouveau Monde Éditions, 2005
Issues de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. Les auteurs les prennent pour point de départ et apportent ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.
ÉDITION n. f.– Le mot latinedereexprime le fait de « rendre public ». Le mot « édition » qui en découle désigne à la fois l’action de publier et l’ensemble des entreprises qui publient. L’édition d’un ouvrage est un processus qui, dans une acception minimale, assure la transformation du manuscrit d’un auteur en un livre. Ce travail comprend la mise au point du texte et le choix des documents éventuels qui l’accompagnent, la conception d’une maquette, le choix des éléments strictement techniques (format, papier, couverture, mode d’impression). Plus largement, le processus éditorial concerne de même, en amont, la conception des contenus, selon les cas, du simple accompagnement de l’auteur jusqu’à l’élaboration intégrale du concept par l’éditeur. Il porte aussi, en aval, sur les stratégies de commercialisation. Dans les deux cas, l’édition comporte une dimension juridique (les droits d’auteur) et des aspects relatifs à la gestion de la production et de l’entreprise. Le mot « édition » désigne également l’ensemble du secteur d’activité, comme on parle de la presse ou de l’automobile. Dans ce sens, l’édition française comprend quelque 300 entreprises qui réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires mais l’on en compte beaucoup plus si l’on retient de très petites structures (les chiffres varient de 1000 à 6000 selon les sources) ; des structures très légères cohabitent avec de grands groupes internationaux. Pratiques artisanales et stratégies industrielles se rencontrent dans ce secteur qui connaît fortement les logiques de concentration et le phénomène de financiarisation. Le mot « éditeur » désigne à la fois les personnes qui assurent l’édition des ouvrages et les chefs d’entreprises éditoriales ; en anglais, deux mots permettent de distinguer les premières (editors) des seconds (publishers).
Introduction Le livre est un objet culte et l’édition tire profit de son aura. S’il connaît des évolutions contextuelles susceptibles de porter atteinte à celle-ci, telles que l’essor des technologies nouvelles, l’évolution des pratiques de lecture, l’industrialisation poussée d’une part même de l’activité éditoriale, il reste aux yeux d’un très large public doté d’une forte puissance symbolique. Celle-ci joue en sa faveur quand elle attire à lui un public de lecteurs assidus, mais en sa défaveur quand elle détourne le public que cette aura inquiète. De manière positive ou négative, et avec toutes les modulations possibles entre ces deux pôles, la relation au livre et aux différents métiers de la filière – notamment l’édition, la librairie et les bibliothèques – est marquée par les histoires individuelles et, dans toute la complexité de ces dernières, tout particulièrement par la relation initiale à la lecture, la scolarité, les parcours de formation et les projets qui s’y rattachent, la vie professionnelle… Le personnage de l’auteur, lui aussi, pourtant parfois décrié, reste un acteur de premier plan du culte porté au livre et de la mise en scène de l’édition par elle-même. Un tel contexte occulte immanquablement ou tend à simplifier une part des réalités de conception – production – diffusion qui caractérisent l’édition. Un des facteurs qui contribuent à élaborer et à entretenir l’image de cette filière tient au fait qu’on la situe le plus souvent dans le registre artisanal. Les figures idéalisées de l’auteur, du petit éditeur-artisan, du petit libraire oubliant d’être aussi un commerçant, gravitent autour de cette représentation pour maintenir l’édition et sa production en dehors du contexte qui est pourtant le leur aujourd’hui, celui des industries culturelles. L’édition est animée par des acteurs porteurs de goûts et de passions, mais elle est aussi le fait de stratégies industrielles et financières. Celles-ci pèsent sur les politiques éditoriales et promotionnelles, sur la médiation qui accompagne les ouvrages dans les points de vente ou sur le web, sur l’organisation nationale et internationale des entreprises d’édition ou des groupes dont dépend une large part de ces entreprises. Lagardère Publishing, qui fédère les maisons d’édition du groupe Hachette, a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 2,13 milliards d’euros contre 1,43 en 2004. Cette croissance est en grande partie le e résultat des extensions internationales du groupe qui se place ainsi au 6 rang de l’édition mondiale. Quant au deuxième groupe français, Editis, avec 760 millions d’euros de chiffre d’affaires, il est désormais la propriété de l’éditeur espagnol Planeta. Par ailleurs, au sein des industries culturelles, l’édition entre dans les recherches de convergence entre presse, radio, télévision, cinéma et Internet.
Cet écart entre représentations et réalités laisse place au développement des idées reçues qui seront examinées ici. Celles-ci concernent en premier lieu l’auteur, figure dont il est convenu de considérer, dans une survivance du romantisme, qu’il est à l’origine de toute œuvre et animé par la seule force de sa création. Le milieu de l’édition, en second lieu, se prête parfaitement au développement de ces idées reçues : réputé inaccessible, très parisien, peu rentable, mais ponctué de réussites flamboyantes, fortement médiatisé mais préservant beaucoup d’espaces de confidentialité, surtout constitué de petites ou moyennes entreprises, et suscitant néanmoins des stratégies de très grande envergure. Le circuit du livre, enfin, et ses évolutions font l’objet d’une part des idées reçues analysées dans cet ouvrage. Le prix du livre, l’assortiment des librairies, le rôle de la distribution, le foisonnement de l’offre éditoriale suscitent d’abondantes représentations, tout comme le développement du numérique ou la place future des bibliothèques.