L'éducation aux médias

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L'éducation aux médias en Afrique ne peut pas faire l'impasse sur les "réalités africaines" et la façon dont celles-ci s'expriment dans les communautés et la communication sociale, dans la mesure où c'est dans ces espaces que se trouvent les "lieux d'invention" de la modernité de l'Afrique d'aujourd'hui et de demain. L'éducation aux médias peut ainsi être pensée et mise en œuvre comme une initiation à la communication sociale, c'est-à-dire une communication qui a pour finalité le progrès de la communauté.

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Date de parution 01 juillet 2017
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EAN13 9782140041259
Langue Français

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L’éducation aux médias Francis Barbey
Un point de vue africain
Au cœur de la mondialisation et des identités universelles se pose
pour l’Afrique la question de son avenir que l’historien Joseph
KiZerbo évoque en termes d’« éduquer ou périr », pour inviter
l’Afrique à se réapproprier tout simplement son idée d’homme, car
c’est de cela qu’il s’agit dans toute pratique éducative comprise L’éducation aux médias
comme la pratique humaine la plus importante. L’éducation aux
médias en Afrique ne peut alors faire l’impasse sur les «r éalités Un point de vue africainafricaines » et la façon dontc elles-ci s’expriment dans les
communautés et la communication sociale, dans la mesure où c’est dans ces
espaces que se trouvent les « lieux d’invention » de la modernité de
l’Afrique d'aujourd'hui et de demain. L’éducation aux médias peut
ainsi être pensée et mise en œuvre comme une initiation à la
communication sociale, c'est-à-dire une communication qui a pour
finalité le progrès de la communauté.
Ancien directeur de l’Institut Supérieur de Communication (ISCOM) de l’UCAO,
Francis Barbey est enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la
communication et spécialiste de l’éducation aux médias. Ses recherches portent
essentiellement sur les pratiques médiatiques en Afrique et sur la
contextualisation des éducations aux médias. Membre de l’Observatoire des politiques
publiques en éducation aux médias et au numérique en Afrique (OPENEMA)
et membre fondateur du Centre d’études sur les jeunes et les médias à Paris, il
est auteur de plusieurs ouvrages dont L’Éducation aux médias, de l’ambiguïté
du concept aux défis d’une pratique éducative (Publibook, 2009), De
l’éducation par les médias à l’éducation aux médias (avec Laurence Corroy et
Alain Kiyindou, L’Harmattan, 2015), Éducation aux médias à l’heure des
réseaux (avec Laurence Corroy et Alain Kiyindou, L’Harmattan 2015),
JeanPaul II et la communication (Publibook, 2009), Du journalisme en Côte
d’Ivoire (avec Zio Moussa, L’Harmattan 2015), Pensées théologiques et
communicationnelles pour l’Afrique du XIXe siècle (avec Gaston Ogui,
L’Harmattan, 2012) et il a également collaboré au collectif Les Jeunes et les
Préface de Laurence Corroymédias, les raisons du succès (Vuibert, 2008).
Postface d’Alain Kiyindou
Éducation
et m Édias
ISBN : 978-2-343-12270-0
19,50 e
Francis Barbey
L’éducation aux médiasL’éducation aux médias Collection « Éducation et Médias »
Directeurs de collection :Laurence Corroy et Francis Barbey
Le monde multimédiatique oblige à réfléchir aux moyens
de réduire les fractures qui sont susceptibles de s’aggraver
entre ceux dotés d’un « capital médiatique et numérique »
suffisant et les autres, posant ainsi des enjeux citoyens et plus
largement humanistes. De telles préoccupations rejoignent
une attente sociale clairement exprimée en Amérique, en
Europe comme en Afrique. Une réflexion portant sur
l’éducation et les médias s’avère donc nécessaire.
Être capable de développer un esprit critique face aux
médias, tout en faisant preuve de créativité en utilisant les
médias à bon escient, telles sont les compétences à
développer à l’heure du Web 3.0.
Cependant, pour réfléchir utilement aux politiques
éducatives à l’ère du numérique, il faut aussi tenir compte de
la relation qu’entretiennent les jeunes et les médias ainsi que
des représentations véhiculées par le système médiatique.
La collection « Éducation et médias » présente donc des
ouvrages qui s’intéressent aux médias et aux politiques
éducatives, aux pédagogies innovantes, aux jeunes publics et
leur consommation des médias. Francis Barbey
L’éducation aux médias
Un point de vue africain
Préface de Laurence Corroy
Postface d’Alain Kiyindou
© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12270-0
EAN : 9782343122700 À Geneviève Jacquinot,
de vénérée mémoire, pour sa générosité intellectuelle à
l’égard de l’Afrique et pour sa contribution remarquable au
développement du champ de l’éducation aux médias. On saisit ici une première difficulté de tout travail sur
l’éducation aux médias : en croyant que les imaginaires de
cette éducation se rejoignent, on gomme une dimension
puissante de ces actions. Vouloir éduquer aux médias est
peut-être en effet d’abord un acte de militantisme, un désir
de faire partager une certaine vision du monde. Mais pas
n’importe quelle vision : celle que chacun d’entre nous
porte en son for intérieur.
Jacques Gonnet Sommaire
Préface ................................................................................... 13
Introduction ........................................................................... 17
Première partie ...................................................................... 31
Deuxième partie .................................................................. 129
Conclusion .......................................................................... 169
Postface ............................................................................... 177
Bibliographie....................................................................... 181
Table des matières .............................................................. 183
11 Préface

Le Conseil de l’Europe rappelait en 2000 que
« l’éducation aux médias peut se définir comme des
pratiques d’enseignement ayant pour but de développer
certaines compétences liées à l’utilisation des médias, à
savoir une attitude critique et réfléchie vis-à-vis des médias
pour former des citoyens équilibrés, capables de se forger
leur propre opinion à partir des informations disponibles.
Grâce à cette éducation, les citoyens doivent pouvoir
accéder aux informations nécessaires, les analyser et
identifier les intérêts sous-jacents d’ordre économique,
politique, social et/ou culturel. L’éducation aux médias
consiste à apprendre aux individus à interpréter et à créer
des messages, à sélectionner les médias les plus appropriés
pour communiquer et, finalement, à influer davantage sur
l’offre et le contenu des médias ».
Si les buts sont relativement consensuels à l’échelle
internationale, il n’en demeure pas moins que les particularités
locales doivent aussi être prises en compte. L’éducation aux
médias doit avoir des racines épistémologiques
suffisamment fermes pour qu’à l’échelle internationale le dialogue et
des travaux comparatistes soient possibles et des ramures
assez souples pour être adaptées efficacement dans les
classes en local, tenant compte de la société et des cultures
qui l’environnent.
L’éducation aux médias, à mon sens, n’est pas seulement
affaire de champ disciplinaire en sciences de l’information
et de la communication et d’innovation pédagogique en
sciences de l’éducation. Elle est aussi une interrogation
radicale sur nos systèmes politiques, sur les médias, les
images et les discours qu’ils véhiculent – l’étude des
stéréotypes et des discours discriminants qu’ils peuvent
13 relayer est à prendre en considération – et les politiques
publiques éducatives. En ce sens, elle est un bon curseur de
l’état de la réflexion sur la construction démocratique de
chaque pays, de la manière dont chaque nation entend le
vouloir vivre ensemble. Mais elle induit aussi de questionner
la façon dont nous considérons la jeunesse et son potentiel
créatif. Internet engendre des peurs bien compréhensibles
mais qui risquent de faire oublier toutes les possibilités qui
sont offertes et qui doivent permettre aux plus jeunes, en
étant accompagnés, de s’informer, de valoriser leurs
compétences, de créer des contenus médiatiques.
L’ouvrage de Francis Barbey apporte des clés d’analyse
nécessaires pour comprendre comment les médias peuvent
être analysés au sein des sociétés africaines. Pour prendre
l’exemple de la télévision, il se joue, rappelle-t-il, « une
mise en scène individuelle de celui qui rassemble, une sorte
de représentation, au sens de Goffman, parce que la maison
et l’espace de la télé-spectacle sont remodelés en vue de
l’événement ». Il faut donc avoir à cœur les « réalités
africaines » pour comprendre que l’éducation aux médias
doit se penser épistémologiquement dans des contextes où la
communauté joue un rôle prépondérant et la communication
un socle fondamental, où le lien social doit impérativement
se penser avec les cultures de l’oralité.
Éducation, ou plutôt initiation aux médias et à la
communication : le chercheur propose par son analyse
conceptuelle un lien fort entre les théories telles qu’elles ont
pu se développer en Occident et l’Afrique – ou plutôt les
Afriques – que le chercheur connaît bien : « les médias et les
technologies de l’information et de la communication ne
peuvent être utiles au développement de l’Afrique que si les
populations qui les utilisent sont capables de les adapter à
leurs propres besoins par un usage maîtrisé et innovant ». Ce
14 n’est pas une rupture mais un déplacement qui enrichit
l’épistémologie de l’éducation aux médias, en intégrant les
dimensions initiatiques des cultures africaines.
L’éducation aux médias doit se penser, ne peut se penser
que dans une perspective humaniste qui respecte et intègre
les cultures dans une perspective de développement humain
tel que le promeut l’UNESCO. Ce n’est pas pour autant une
salle vide, comme celle des pas perdus dans les gares des
métropoles. C’est un lieu habité, où chercheurs et
pédagogues sont invités à se rencontrer. Francis Barbey est,
à cet égard, un merveilleux chercheur qui propose une
vision enracinée de l’éducation aux médias qui ouvre des
perspectives enthousiasmantes. C’est un humaniste, lucide
et pourtant résolument optimiste.

Laurence CORROY
Maître de Conférences HDR
Vice-présidente du Conseil d’Administration
Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle









15 Introduction

L’idée d’éduquer aux médias est séduisante, mais équivoque.

Jacques Gonnet

Aux États-Unis, la mobilisation générale avant l’entrée
en guerre du pays en 1917 se fait en sollicitant la
collaboration des entreprises de presse en vue de créer un
consensus national autour des raisons avancées par le
gou1vernement . Dans les milieux éducatifs, des interrogations
naissent notamment sur la moralité de la propagande et le
sens de celle-ci dans une société démocratique. Des
éducateurs dénoncent alors des arguments fondés sur
l’émotion.
À partir de 1929, une association telle que la National
Education association parvient à instaurer dans les écoles
des programmes relatifs à l’analyse de la propagande en vue
de former les apprenants à un jugement critique. Ainsi, « la
formation à une éducation critique aux messages de
propagande se veut l’antidote aux stratégies imposées de
2persuasion politique ».
Dans la même période, en France, l’abbé Bethléem écrit
un ouvrage, La presse, dans lequel il explique la nécessité de
se prémunir contre les dangers de la presse. Il faut faire,
écrit-il, l’éducation de l’homme pour le protéger contre la
toxicité de la presse. En effet, selon lui :

1Noam Chomsky et Robert W. McChesnet, Propagande, médias et
démocratie, Montréal, 2000, pp. 17-19 ; Philippe Breton et Serge Proux,
L’explosion de la communication. Introduction aux théories et aux
pratiques de la communication, Paris, La Découverte, 2006,p. 134.
2Philippe Breton et Serge Proux, Op. cit., p. 133.
17 Le journal a un pouvoir irrésistible, et, en quelque
sorte, mécanique, pour s’emparer de son lecteur. Il
s’insinue dans ses bonnes grâces en l’amusant, en le
distrayant. Il devient son conseiller et son directeur
de conscience, d’autant plus écouté qu’il ne prend
pas ces titres et a l’air de respecter profondément la
liberté de son disciple. Il lui inocule petit à petit ses
idées et ses passions, ses colères et ses antipathies,
ses préférences et ses enthousiasmes. Il se substitue à
son cerveau, il lui fait, selon le mot pittoresque de
Drumont, un cerveau en papier ; il flatte la paresse
de son esprit en le dispensant de penser et de
réfléchir. Il se substitue à son libre arbitre, il flatte la
paresse de sa volonté en le dispensant de vouloir et
de choisir. Par exemple, en temps d’élection, il lui
offre son candidat, il lui dit : prenez mon ours, et le
bon électeur prend l’ours les yeux fermés et sans
marchander, ours souvent malfaisant mais non pas
mal léché : léché, il l’est chaque matin
maternellement, amoureusement par la presse qui le
3recommande .
Au-delà de la caricature et des peurs justifiées ou non, se
pose en réalité dès le début la question hautement
importante du sens de l’éducation dans les sociétés désormais
marquées par le développement des médias. Même si les
dangers liés à ces derniers peuvent paraître parfois
sures4timés , on peut toutefois noter qu’aujourd’hui les médias
imprègnent tellement la vie des citoyens et des plus jeunes
en particulier qu’il est difficile de croire que ces supports
n’ont qu’un rôle négligeable dans leur socialisation.
3 L. Bethléem, La Presse, Éditions de la Revue des lectures, 1928, pp.
2627.
4Voir Eric Neveu, « Les vrais pouvoirs des médias », in Sciences
Humaines, N° 263, 2014, pp. 16-21.
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