L'intelligence de la main

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En Occident, l'activité manuelle est souvent perçue comme opposée au monde des idées et des concepts. En pensant les activités manuelle et intellectuelle comme complémentaires, cet ouvrage cherche à dépasser le clivage les hiérarchisant sur une échelle de valeurs sociales. Cette étude analyse les changements fondamentaux que connaissent certains des métiers de l'artisanat d'excellence à l'heure d'une industrialisation des modes de production du luxe. Quel est l'intérêt du fait-main ?

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Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 81
EAN13 9782296481985
Langue Français

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L’intelligence de la main
Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collectionLogiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Philippe ZARIFIAN,La question écologique, 2011. Anne LAVANCHY, Anahy GAJARDO, Fred DERVON (sous la dir.) Anthropologies de l’interculturalité, 2011. André DUCRET et Olivier Moeschler (sous la dir. de),Nouveaux regards sur les pratiques culturelles. Contraintes collectives, logiques individuelles et transformation des modes de vie, 2011. Frédéric MOLLÉ,Servir. Engagement, dévouement, asservissement... les ambiguïtés, 2011. Bernard FORMOSO,L’identité reconsidérée. Des mécanismes de base de l’identité à ses formes d’expression les plus actuelles, 2011. Hermano Roberto THIRY-CHERQUES,Survivre au travail, 2011. Isabelle LOIODICE, Philippe PLAS, Núria RAJADELL PUIGGROS (sous la dir.de),Université et formation tout au long de la vie, Un partenariat européen de mobilité sur les thèmes de l’éducation des adultes, 2011. Maxime QUIJOUX, Flaviene LANNA, Raúl MATTA, Julien REBOTIER et Gildas DE SECHELLES (sous la dir. de),Cultures et inégalités. Enquête sur les dimensions culturelles des rapports sociaux, 2011. Nathalie GUIMARD et Juliette PETIT-GATS,Le contrat jeune majeur. Un temps négocié, 2011. Christiana CONSTANTOPOULOU (sous la dir. de),Récits et fictions dans la société contemporaine, 2011.Raphaële VANCON,Enseigner la musique : un défi, 2011.
Hugues Jacquet
L’intelligence de la main
L’artisanat d’excellence à l’ère de sa reproductibilité technique
Préface dePierre Maclouf
L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96043-5 EAN : 9782296960435
Sommaire
PRÉFACE 9INTRODUCTION 17I- Apprendre : Permanences et mutations dans l’acquisition du « geste éduqué » 351- L’inscription dans le temps : effilochement du lien identitaire et généalogique 351-1. Tous artisans ? 351-2. Diversification du recrutement de l’artisanat d’art 442- L’artisanat comme facteur d’intégration 522-1. Le savoir-faire manuel comme langue universelle : l’apprentissage de l’itinérance, l’itinérance comme apprentissage 522-2. La prédominance féminine dans la production, une limite à l’universalité ? 583- La double incrémentation du savoir-faire d’excellence 603-1. Acquisition d’une pratique accumulée au cours de l’histoire humaine 603-2. Apprendre tout au long de sa vie 624- Une hiérarchie à géométrie variable 69II- Industrie du luxe et artisanat d’excellence : entreanimal laboransethomo faber 751- L’industrie du luxe : sanctuaire du métier d’artisan d’art ? 752- Artisan à l’œuvre, artisan au travail : Porosité des savoir-faire artisanaux aux nouvelles méthodes de management 842-1. La norme à l’œuvre : du tacite à l’écrit 842-2. L’homme, l’autonomie et la machine 872-3. Des machines ou des outils ? 1023- Le risque caché : la perte de savoir-faire 106
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III- Des qualités débordant la pratique : ce qu’apprend la main 1111- heurs et malheurs de la perception sociale et politique de la pratique artisanale 1112- L’artisan, un homme s’accomplissant dans son travail ?  1213- Où la main sert l’apprentissage de soi 1293-1. La responsabilisation 1313-2. L’apprentissage d’une conscience du temps : la durée, la continuité, l’anticipation et la fin 1363-3. La dextérité : l’épiphanie renouvelée de la main 1383-4. Le rythme 1413-5. L’adaptation 145
IV- Outils et matières : une forme matérielle d’intelligence du monde 1531- Les outils 1531-1 Connaissance de ses outils : caractéristique de l’artisan  1532- Les matières : l’écologie dans sa chair 1612-1. Les sens, quand la main regarde 1612-2. La connaissance des matières 165L’artisanat d’excellence ou l’aménagement de l’inscription dans la durée 169BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE 179
Méthodologie de l’enquête sociologique et biographies des personnes interviewées. 185 La maroquinerie de luxe en France, un secteur en expansion et à forte rentabilité : données synthétiques. 191
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PRÉFACE
 Si l’on suit R. Sennett, le « nouveau capitalisme » appuyé sur l’économie numérique semble avoir pris la place de l’ancien et, avec lui, de l’organisation industrielle passée. La page de l’île Seguin, où Alain Touraine analysait en 1955 l’évolution du travail ouvrier aux usines Renault, est tournée et, avec elle, peut-on penser, non seulement celle de l’atelier, mais aussi celle de la coexistence, au sein du même processus de production, des trois « stades » du métier, de la mécanisation et de l’auto-mation. Dorénavant, dans nos sociétés avancées, cette dernière a pris le pas sur la seconde - en partie transférée sur d’autres continents -, tandis que le premier, fondé sur le « tour de main », n’est plus qu’un vestige, au mieux un élément de « patrimoine ». L’homme moderne s’est libéré de l’élémentaire.
 Toutefois, si cette vision des choses s’appuie sur bien des évidences, l’observateur ne peut s’empêcher de faire d’autres constats. Pas plus que l’évolution des sociétés, celle du travail humain n’est linéaire. Qu’il soit pessimiste ou « moderniste », l’évolutionnisme met de côté le fait que le « geste » n’a pas disparu du travail.
 La solution à ce débat impose de combiner, comme le faisait G. Friedmann, les interrogations sur le devenir du travail humain et les études empiriques. Et l’on peut, en partant de ce qui est en apparence le plus périphérique sinon le plus résiduel, tenter de comprendre de manière neuve le sens du travail industriel lui-même.
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 C’est ce que fait, en sociologue, M. Hugues Jacquet, dans une enquête menée au sein d’un secteur industriel, la haute maroquinerie française, qu’il explore à partir de la notion d’artisanat. Exception faite des travaux pionniers de B. Zarca, ce domaine est resté peu exploré. Fidèle à l’axiome selon lequel la sociologie se doit de partir de l’activité des individus concernés par ses objets, et se fondant sur le matériau artisanal de cette discipline qu’est l’entretien, M. Jacquet s’est intéressé aux différentes populations liées à ce secteur d’activité, des apprentis des écoles professionnelles parisiennes aux ouvriers chevronnés des entreprises de prestige, voire à de grands créateurs travaillant de manière indépendante. Il a voulu comprendre la manière dont ils travaillent et surtout dont ils ont appris à travailler, la relation qu’ils entretiennent avec la matière façonnée et avec leurs outils, la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes : ces ouvriers d’industrie se définissent-ils comme des « artisans » ?
 La démarche de l’auteur peut être lue en partant des trois composantes élémentaires du travail qui, depuis la première e moitié du XX siècle, ont fait l’objet de tant d’analyses clas-siques : sa division, sa qualité, et son sens pour celui qui l’accomplit.
 K. Marx avait souligné la différence entre la division manufacturière du travail, interne à la fabrication, qui se traduit par l’apparition de l’ouvrier «parcellaire», et sa division sociétale, qui se projette dans de grands clivages à l’échelle de la société. Le travail de sellier ou de maroquinier n’est pas parcellisé, et c’est au contraire la maîtrise complète d’un cycle de production que décrivent ces ouvriers, qui laissent dans leurs oeuvres, et « sous » la marque de luxe, leur marque propre, matérialisée par le soin requis et attestée par un numéro, que certains s’ingénient à rechercher lorsque, par hasard un jour de vacances, ils voient dans une devanture un des sacs venant de la «Maison».
 En revanche, le travail artisanal est directement inscrit dans la division sociétale qui sépare le travail manuel du travail
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