126 pages
Français

La presse régionale vous parle

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Description

Au fil d'un parcours de lecture des pages locales du Dauphiné Libéré, l'ouvrage propose une balade douce et lénifiante dans un espace-temps délicieusement suranné. Dans les colonnes de la presse régionale, choix est visiblement fait de privilégier le très connu, le très proche, d'exalter les faits infimes de " vies minuscules ", mais aussi de se référer à l'immuabilité d'une France éternelle, aimable, paisible, laborieuse et raisonnable, respectueuse du cycle des saisons et de la vie. Le discours du fil des jours distille des valeurs éternelles: famille, patrie, culte du terroir et un goût partagé pour le conformisme d'une communauté immémoriale qui parle d'une seule voix.

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 18
EAN13 9782296500129
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

La presse régionale vous parle Le Dauphiné libéréau fil des jours
Françoise Weck
La presse régionale vous parle Le Dauphiné libéréau fil des jours
Du même auteur L’Accent grave et l’Accent aigu, Parcours de lecture Jean Tardieu, Bertrand-Lacoste, Paris, 2000. Petite mythologie de nos rêves immobiliers, L’Harmattan, Paris, 2006. Faire écrire étudiants et lycéens, plaidoyer pour une écriture de création, L’Harmattan, Paris, 2006. Putain d’accent ! Comment les méridionaux vivent leur langue, L’Harmattan, Paris, 2007. La langue des filles, l’apprentissage linguistique du féminin, L’Harmattan, Paris, 2010.
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99272-6 EAN : 9782296992726
À la longue lignée de mes ancêtres haut-alpins
Une balade douce et lénifiante dans un espace-temps délicieusement suranné Ma réflexion est née de l’analyse textuelle des pages locales du Dauphiné Libéré. L’étude porte sur les contenus et la rhétorique mise en œuvre et donc sur le mode de conversation citoyenne instaurée. De fait, mon projet fut d’abord une quête autobiographique : s’immerger dans ce quotidien qui a informé, façonné, réuni la longue lignée haut-alpine de mes ancêtres. Tous ont ouvert avec hâteLe Dauph avant de vaquer à leurs tâches quotidiennes. On consultait d’abord la rubrique nécrologique : il ne fallait pas rater la disparition d’un membre de la communauté, il y avait obligation à honorer ce départ, à en prendre connaissance – voire à se réjouir secrètement d’être encore là. On picorait ensuite librement dans la masse des micro-événements qui accompagnent l’écoulement du temps dans notre paisible terroir. Ce parcours familier et bienveillant vous confortait dans un sentiment rassurant d’appartenance à une société immémoriale, soucieuse de ses membres, soudée par des valeurs communes indiscutables.On en est, cela limite le champ des possibles mais vous protège du vortex terrifiant des remuements du vaste monde.Chez nous, on se dit encore bonjour quand on se rencontre, on ne coupe pas les cheveux en quatre, chez nous on honore les vivants et les morts, on revendique sans complexe la gentillesse, la solidarité et la bonté, on s’émerveille des petits riens de la vie, on goûte aux joies simples et on croit encore en la méritocratie : la réussite se mérite et les hiérarchies sont donc justifiées et respectées. Nous avons là le socle des valeurs conniventes des lecteurs duDauphiné. Notre parcours de lecture sera focalisé sur l’écriture de ce discours journalistique au fil
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des jours : quelles thématiques sont privilégiées, comment sont-ellesécrites, quelles visions du monde s’en dégagent et s’impriment? Nous occulterons volontairement les possibles stratégies éditoriales des propriétaires du titre : ils ne vendraient pas s’ils ne répondaient pas à une attente tacite – qu’ils contribuent bien sûr à susciter et à entretenir pour des raisons commerciales mais aussi idéologiques. Il y aurait donc une sorte de pacte lectoral du type « Donnez-nous un récit de nos vies paisible et rassurant qui en gomme les rudesses et les abîmes. Offrez-nous le storytellingde nos existences modestes et discrètes ». Se pose alors la question – insoluble ? – de la persistance rétinienne de ce monde édénique : existe-t-il encore au fin fond de nos provinces des lieux épargnés par les turbulences de la mondialisation où on vit comme avant le grand chambardement ? Ne s’agit-il pas d’un rêve éveillé collectif qui réunit, chroniqueurs et lecteurs, dans une sorte de fière insularité, d’entrée en résistance contre les mutations sociales et les brutalités contemporaines ? N’est-ce pas l’exemple-type d’un parti prisréactionnaire– au sens propre du mot ? Mon projet n’est en rien le désir de me gausser des ridicules provinciaux – j’en suis une, issue d’une longue lignée deculs-terreux. Ma posture est bien plus ambiguë, ma saisie plus hasardeuse : rares sont ceux qui ne donnent jamais dans la nostalgie des verts paradis de l’enfance et de leur cortège d’images d’Épinal réconfortantes. L’ironie dont je fais souvent preuve vise aussi à moquer mes propres attachements forts à l’univers provincial de mon enfance et renvoie à la brutalité de ma découverte adolescente d’autres univers moins amènes – je pense à mon émotion excessive en voyantma première mendiantedans les rues de Marseille – il n’y avait pas de SDF à l’époque dans ma petite ville d’origine.
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Suivons donc les méandres de cerécit journalistique au long cours qui donne cohérence et force de vérité à ces fragments de vie provinciale – fantasmée ? Reconfigurée ? Ré-enchantée ?