La rédaction de presse dans tous ses états
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Français

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Description

La presse, acteur privilégié de l'espace public, est perçue ici comme un univers particulier, ambivalent qui suscite à la fois enthousiasme, curiosité et méfiance... Cet état d'esprit est renforcé par la méconnaissance de l'un de ses plus précieux outils de communication organisationnelle qu'est la conférence de rédaction. Pour les journalistes, la conférence de rédaction est et doit rester l'affaire des professionnels ! Mais cet ouvrage offre à tous une chance de réappropriation des conventions et des bonnes pratiques de cette instance d'autorégulation.


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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 août 2015
Nombre de lectures 16
EAN13 9782336389028
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Anicet LaurentQuenum

LA RÉDACTION DE PRESSE
DANS TOUS SES ÉTATS

Le journalisme au scanner

L’ armattan International Burkina Faso

































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07073-5

EAN : 9782343070735

2










LA RÉDACTION DE PRESSE
DANS TOUS SES ÉTATS















Anicet Laurent QUENUM


LA RÉDACTION DE PRESSE
DANS TOUS SES ÉTATS

Le journalisme au scanner



MES REMERCIEMENTS À

¾ Oumar Diagne, sociologue, ancien directeur
du Centre d’Etudes des Sciences et Techniques
de l’Information (CESTI)

¾ Jacques Philippe da Matha, journaliste,
ancien Directeur Général de l’Office de
Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB),
ancien Directeur Général du Centre
interEtats de radio rurale de Ouagadougou
(CIERRO)

¾ Serge Mathias Tomondji, journaliste,
rédacteur en chef du quotidien burkinabè «24
heures »

¾ Maurice Mahounon, journaliste à l’Office de
Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB).

DÉDICACE

Cette œuvre est dédiée à:

Ma défunte mère, en souvenir de ce jour
de novembre 1985 où ton geste a valu
son pesant d’or dans ma destinée professionnelle.



AVANT-PROPOS

Faut-il faire et le faire savoir ou faut-il plutôt faire et
attendre que les contingences le fassent savoir aux autres ?
Dans l’éventail des réponses possibles, Talleyrand nous en
propose une à travers sa formule incitative: «si cela va
sans dire, ça ira encore mieux en le disant ».
Seulement, jusqu’où le professionnel de
l’information doit-il communiquer sans verser dans le travers de
ceux qui prétendent rester à leur fenêtre pour se voir
passer. Parallèlement, jusqu’où peut-il pousser la
circonspection sans courir le risque de laisser les autres
reconstituer sa propre mémoire, sa propre histoire; sans
courir aussi le risque de laisser aux autres le privilège de
dire les choses en son nom, lui qui passe pourtant toute
une carrière à vendre la parole des autres. Va-t-il s’oublier
et se laisser prendre au dépourvu par la fugacité du
temps ?
Pourquoi et comment les maîtres de la plume ou / et
du micro doivent-ils abdiquer devant le devoir d’écriture
qui est censé leur offrir le moyen de capitaliser tant
d’aventures inédites, tant d’enseignements précieux, tant
d’expériences si édifiantes, mais aussi de démocratiser tant
de savoirs et de savoirs-faire. Une façon, parmi tant
d’autres d’aider les nouveaux venus et les aspirants au
journalisme à commettre moins d’erreurs que leurs aînés,
même s’il est bien utile qu’ils en fassent quelques unes
afin de se forger une bonne carapace et être plus tard de
bons témoins.

Mais au-delà du témoignage, ce livre est aussi la
manifestation d’une auto-interpellation et d’une
introspection. Un double exercice qui pourrait déboucher
sur une remise en cause professionnelle des acteurs du
métier. Quant à ceux qui n’ont pas d’autre choix que de
juger la profession de l’extérieur, ce livre pourrait les
aider, un tant soit peu, à démythifier certaines réalités
souterraines de la vie des Rédactions.
À quoi ressemble une journée de travail dans une
Rédaction ? Que se passe-t-il dans le secret des «
servicesInformation »des organes de presse? Du fait brut à
l’information traitée et consommable à travers les ondes,
quelle est la partition jouée au quotidien par les hommes
des médias, journalistes et techniciens ? A quelles joies et
peines les expose ce métier à la fois prenant et exaltant ?
Les réponses qu’apporte ce livre ne sont pas
exhaustives encore moins définitives. Elles n’ont pas
valeur d’oracle. Tout au plus, c’est une lucarne ouverte sur
un couvent ; celui des Rédactions de presse. Possiblement,
nombre de professionnels de l’information et de la
communication, notamment ceux de la radio, s’y
reconnaîtront peu ou prou. Davantage les professionnels
de l’Audiovisuel public que ceux du privé. D’aucuns
-saiton jamais- pourraient en rougir ou être tentés d’en faire
une affaire personnelle. Mais non ! A ceux-là, nous tenons
à donner l’assurance que les expériences évoquées dans ce
document ne sont exclusives à aucune Rédaction, à aucune
direction ou à un pays. Si les témoignages recueillis auprès
de confrères de la sous-région ouest-africaine, notamment
béninois, burkinabè et sénégalais ne sont pas en tous
points identiques, force est de reconnaître qu’en revanche,
ils sont très voisins voire solidaires. Ils appartiennent à la
même génération mais, sur le fond, chacun demeure
quand-même bien jaloux de ses convictions intimes.

12

INTRODUCTION

On n’y pense pas et pourtant! La Rédaction de
presse est une communauté d’hommes et d’intérêts ; c’est
une société en miniature et comme telle, elle est le lieu
d’expression d’intérêts et parfois d’ambitions antagonistes.
C’est alors que son fonctionnement requiert un effort de
socialisation, car la cohabitation entre confrères n’est pas
toujours sans histoire. C’est le potentiel communicationnel
et organisationnel de cet ensemble d’acteurs en
interactions et dans leurs stratégies d’auto-détermination
qui retient ici notre attention.
Toute l’activité de la Rédaction de presse s’exerce à
travers un enchaînement de processus d’interactions et de
communications. C’est l’orchestration d’un système
complexe composé d’acteurs exerçant des rôles et des
activités différenciées tout en étant fonctionnellement reliés
autour d’une même obligation de résultats. Que des conflits
surgissent à l’occasion de leurs rapports professionnels
semble relever d’un principe naturel d’affirmation de l’acteur
par rapport au système. Le reste ne serait alors qu’une
question de management de la ressource humaine dans un
contexte où les conflits professionnels ne sont souvent pas si
loin des problèmes de personnes.
En nous intéressant au fonctionnement des
Rédactions de presse, c’est pour analyser divers types
d’enjeux :enjeux relationnels, enjeux d’influence et
enjeux de positionnement. Plus intéressant, chacun y va de
son éthique, de ses aspirations et ambitions, avouées ou
non ! Plus celles-ci sont divergentes et plus les risques de

conflits sont élevés. Mais, cela n’est-il pas plutôt dans la
nature des organisations humaines? A ce sujet, nous
tenterons d’ailleurs de montrer à quel point les
antagonismes, les contradictions sont pour la Rédaction de
presse source de vitalité. C’est à certains égards une école
duvivre ensemble etce que Claude JAMEUX dit de
l’entreprise à ce sujet reste valable pour la Rédaction de
presse : « les acteurs participant à l’entreprise ont des traits
originaux :leur histoire, leur culture, les valeurs
auxquelles ils aspirent, les intérêts qu’ils défendent. Ils
sont donc porteurs d’objectifs qui ne sont pas
1
nécessairement convergents… »
Mais loin de s’en émouvoir, il semble bien que
l’absence de conflits dans une communauté d’hommes est
devenue aujourd’hui trop flatteuse pour être considérée
comme un signe de sérénité et un véritable témoignage de
cohésion et de réussite. Seule la capacité des Rédactions à
dépasser leurs conflits internes pourrait conférer à celles-ci
du mérite. Et de là naît la plus grosse curiosité de ce
travail, disons le plus grand questionnement de cette
œuvre : comment les journalistes s’y prennent pour aplanir
les conflits professionnels? De quels outils de médiation
et d’arbitrage disposent-ils pour laver le linge sale en
famille ?Quel est le secret de ces armes qui leur
permettent de contenir certains débordements
professionnels ou comportementaux dans les limites des quatre murs
de la Rédaction et de parvenir à dédramatiser les « gaffes »
les plus grossières ? Ont-ils vraiment les moyens coercitifs
ou pédagogiques pour «dompter les appétits de leurs
membres les plus transgressifs et pour mettre à leur place,
ceux d’entre eux qui bafouent le plus ouvertement la
2
morale professionnelle ? »

1
C. JAMEUX, Sciences de la société - les organisations au risque de
l’information, Presses Universitaires du Mirail, octobre 1994, p 43
2
C. LEMIEUX,Mauvaise presse, Editions Métailié, 2000, p.88

14

Evidemment, nous ne répondrons pas à ce faisceau
de questions sans avoir préalablement identifié la
typologie et les sources de conflits et des sujets qui fâchent
le plus au sein des Rédactions de presse et en quoi ils
affectent le fonctionnement de ces Rédactionsvoire
l’image du métier ?
Notre intention est justement de révéler ces
Rédactions sous leurs facettes d’espaces de dialogue
professionnel, de solidarité et de fraternisation plutôt que
de lieux d’affrontement. Même si l’intensité des jeux de
pouvoir frise parfois le « sauve qui peut ! ».
Aussi, voudrions-nous mettre en évidence la forte
parenté existant entre la Rédaction de presse et l’espace
public qui se nourrissent tous deux de contradictions,
d’intrigues, mais aussi de rivalités dans l’argumentation et
surtout dans la recherche de l’argument meilleur selon le
3
concept de Jürgen HABERMAS . Ce qui finirait de nous
convaincre de ce que les Rédactions de presse sont,
quelque part, des écoles de démocratie où se cultivent
aussi bien des valeurs de discipline, de responsabilité,
d’amour du travail, d’émulation, de tolérance voire de
citoyenneté. Et s’il en est ainsi, c’est bien en raison d’un
contexte institutionnel caractérisé par une libération
quasitotale de la parole et un usage professionnel de la
disussion orientée vers la quête de l’intercompréhension
sans laquelle la vie en groupe semble difficile. Dans ce
même contexte, plutôt que de confier à un pouvoir, fût-il
démocratique, la réglementation de la pratique
journalistique dont on ne sait jamais à quel point elle sera
contraignante, les journalistes n’ont-ils pas raison de
vouloir auto-administrer leur profession, tout au moins en
ce qui concerne l’honneur professionnel ?


3
Philosophe allemand, théoricien de l’Espace public

15

Par ailleurs, la perspective d’une capitalisation de
toute la somme d’enseignements et d’outils que la
communication organisationnelle peut apporter au
management des Rédactions de presse nous paraît digne
d’intérêt. Notamment, pour celles qui ambitionnent de
renforcer leur potentiel d’autorégulation que nous
définissons ici en rapport avec l’accès des professionnels
de l’information à des niveaux supérieurs de maturité
discursive, professionnelle, intellectuelle et humaine.
Derrière cette exigence, se trouve en filigrane, le souci
d’une autorégulation qui tienne compte des intérêts des
tiers, notamment des consommateurs. Car, si l’on est
mieux servi que par soi-même, l’on n’est pas toujours
suffisamment exigeant envers soi-même.
Cette approche de l’autorégulation nous paraît
d’autant plus essentielle qu’elle nous met en garde contre
toute tentation des Rédactions de presse à se barricader
derrière de nouvelles déontologies taillées à leur propre
mesure. Toutefois, si l’autorégulation n’autorise pas à être
moins légaliste, il n’est non plus totalement exclu qu’une
Rédaction en quête d’autonomie veuille développer un
style moral propre censé influencer ses choix éditoriaux
mais également ses mécanismes/ modèles spécifiques de
médiation et de cohésion interne. Les groupes, lorsqu’ils
sont compacts, fortement structurés autour d’idéaux
librement consentis, ont par nature une forte capacité à
développer des logiques internes intégrant l’organisation
du travail, l’affectation des charges, la gestion des
connaissances, le partage des intérêts, l’autodiscipline, etc.
Il s’ensuit dans bien des cas que les performamces du
groupe tiennent moins aux motivations financières qu’à la
volonté profonde de coopération de ses membres, tous
portés par l’énergie deconstruire ensemble. C’est là un
trait dominant des groupes et les Rédactions de presse,
toutes proportions gardées, ne peuvent y déroger.

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En définitive, cette autorégulation, comment la
définir :un raccourci? Une alternative? Une chance? Un
exutoire ?Une appropriation de pouvoir? Une quête
d’autonomie ?Une arme protectionniste? Ou tout
simplement une école de la responsabilisation individuelle et
collective. Les prochaines lignes nous le diront, peu ou prou !

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