La science de l'information

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En s'informatisant, l'information s'industrialise, il faut la stocker, la communiquer, la rechercher et ces opérations sont de plus en plus techniques. Cet ouvrage fait le synthèse des domaines, concepts et méthodes de la science de l'information.

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Date de parution 08 octobre 2004
Nombre de visites sur la page 72
EAN13 9782130613299
Langue Français

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QUE SAIS-JE ?
La science de l’information
YVES-FRANÇOIS LE COADIC
Professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM)
Troisième édition refondue 11e mille
Du même auteur
A ciência da informação (édition portugaise), Brasília (Brésil), Briquet de Lemos Livros, 1re éd., 1996, 2e éd., 2004.
Usages et usagers de l’information, Paris, Nathan, coll. « 128 », 174, 1997.
Le besoin d’information, Paris, ADBS Éditions, 1998. Dictionnaire encyclopédique de l’information et de la documentation, Paris, Nathan, 2001. Statistique et mathématique de l’information, Villeurbanne, Presses de l’ENSSIB, 2001.
Stiinta informarii (édition roumaine), Bucarest, Editura Sigma, 2004, Dictionnaire de l’information. Science, technologie, management, Paris, A. Colin, 2004.
Traduction en serbe (Belgrade, Éd. Clio, à paraître en 2005).
La première édition de cet ouvrage a été sélectionnée en 1995 pour le prix Roberval – Prix du livre et de la communication en technologie – dans la catégorie « Ouvrage grand public de réflexion sur la science et la technologie »
978-2-13-061329-9
Dépôt légal — 1re édition : 1994 3e édition refondue : 2004, octobre
© Presses Universitaires de France, 1994 6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre Du même auteur Page de Copyright Introduction Chapitre I – L’objet : l’information I. –Qu’est-ce que l’information ? II. –Information et donnée III. –Information et connaissance IV. –Information et communication Chapitre II – Les premières disciplines I. –La bibliothéconomie II. –La muséconomie III. –La documentation IV. –Le journalisme Chapitre III – Une science, une industrie pour l’information I. –Une science, une industrie II. –Une science sociale III. –Une science interdisciplinaire IV. –Son institutionnalisation Chapitre IV – La science de l’information I. –La construction de l’information II. –La communication de l’information III. –L’usage de l’information IV. –L’infométrie : mesure des activités de construction, de communication et d’usage de l’information Chapitre V – Épistémologie et histoire de la science de l’information I. –Épistémologie. Les concepts, les méthodes, les lois, les modèles et les théories de la science de l’information II. –Histoire de la science de l’information Chapitre VI – La technologie de l’information I. –Une science des techniques d’information II. –Une histoire des techniques d’information III. –Les techniques « papier » IV. –Les techniques électroniques Chapitre VII – Les nouveaux paradigmes en science de l’information I. –Quatre nouveaux paradigmes II. –Le paradigme du travail collectif III. –Le paradigme du flot IV. –Le paradigme de l’usage V. –Le paradigme de l’électron Chapitre VIII – L’éducation à l’information I. –Des apprentissages nécessaires
II. –Des connaissances enseignables Conclusion Annexe I – Les principales revues scientifiques et techniques en science de l’information Annexe II – Les principales banques d’informations en science de l’information Annexe III – Les principaux services Internet en science de l’information et de la documentation Notes
Introduction
L’information écrite, orale, audiovisuelle se vend bien. Elle se vend de mieux en mieux et en grandes quantités. Le développement rapide de la consommation des produits informationnels est un phénomène récent. Ces produits émergent donc dans la sphère de la production et de l’échange marchand, donnant naissance à ce qu’on appelle les industries de l’information, le marché de l’information, avec leur cortège de biens informationnels, de services informationnels, de produits informationnels, tous plus ou moins assistés par ordinateur. Il est donc indéniable que l’information s’industrialise en s’informatisant de plus en plus. Non pas que nous fassions, de ce fait, de l’information la clef de l’intelligibilité des processus naturels et du progrès des civilisations comme Duhem le fit de l’énergie au XIXe siècle, mais il nous faut reconnaître qu’elle est l’objet d’une science de « pointe », d’une technologie de « pointe » et d’une industrie de « pointe ». Ces caractéristiques sont déterminées, comme l’annonçait Lyotard en 1979, par le changement de statut du savoir qui accompagne l’entrée des sociétés dans l’âge dit postindustriel et celle des cultures dans l’âge dit postmoderne1. Il constatait alors que, « depuis quarante ans, les sciences et les techniques dites de “pointe” portent sur le langage, la phonologie et les théories linguistiques, les problèmes de communication et la cybernétique, les algèbres modernes et l’informatique, les ordinateurs et leurs langages, les problèmes de traduction des langages et la recherche des compatibilités entre les langages machines, les problèmes de mise en mémoire et les banques de données, la télématique et la mise au point de terminaux “intelligents”... ». Il poursuivait en faisant remarquer que « l’ incidence de ces transformations technologiques sur le savoir semble devoir être considérable ». Aussi le développement de la production d’informations (informations générales, informations scientifiques et techniques) et de systèmes d’information a-t-il rendu nécessaire une science qui ait pour objet l’étude de l’information, c’est-à-dire une science de l’information ainsi que d’une technologie et de techniques, aboutissement des découvertes faites par cette science. Ce qui nous amène aussi à nous interroger sur les relations entre la science de l’information, la technologie de l’information et la société. Société que l’une et l’autre semblent influencer à un point tel qu’elle a pris leur nom et est devenue « société de l’information », abandonnant ainsi les qualificatifs très matériels d’« industrielle », hérité du XIXe siècle, puis de « postindustrielle », inaugurant l’âge de l’information et l’ère du secteur quaternaire2. D’origine anglo-saxonne, la science de l’information est issue de la science des bibliothèques et a donc pris comme objet d’étude l’information délivrée par ces organismes, qu’ils soient bibliothèques publiques, bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées ou centres de documentation. La lecture publique, l’histoire du livre ont donc constitué la matière des premières études entreprises. Puis l’information, intéressant les sciences, les techniques, les industries et les États, a pris le pas sur ces sujets, dynamisée par l’arrivée des techniques d’information et les besoins grandissants d’information des secteurs scientifiques, techniques et industriels concernés et du grand public. La science de l’information s’est donc construite et repose actuellement sur ce socle informationnel.
Chapitre I
L’objet : l’information
Le développement de la science de l’information a longtemps reposé sur des concepts ambigus, polyvalents, à la transparence trompeuse. Nous voulons parler des mots « informationc », connaissance » et communication ». L’apparition de ces concepts ou maîtres mots n’était ni gratuite ni innocente. Elle visait à assurer, à travers un langage pseudo-scientifique qui se voulait commun, une certaine convergence de méthodes et de pensées, et finalement un pseudo-consensus. On espérait parvenir ainsi à une maîtrise parée des prestiges d’une science3. Seul ou associé avec les deux autres dans le but, pensait-on, de lever un peu de son ambiguïté, le concept d’information, utilisé dans différentes disciplines, a longtemps présenté un caractère flou tout en conservant une valeur heuristique considérable. Qui n’a pas entendu parler de la célèbre théorie de l’« information », théorie mathématique relative à la mesure et à la transmission des signaux électriques ? Elle porte aussi, parfois, le nom de « théorie de la communication ». Qui n’a pas entendu parler de la description de l’hérédité en termes d’« information », de messages, de codes ? Et de la théorie du code génétique ? Base fondamentale de la biologie, cette théorie inclut non seulement les matières relatives à la structure chimique du matériel héréditaire et de l’« information » qu’il porte, mais aussi les mécanismes moléculaires d’expression de cette « information ». L’« information » est alors une mesure de l’organisation d’un système 4 : mesure de l’organisation d’un message dans un cas (Shannon, Weaver), mesure de l’organisation d’un être vivant dans l’autre cas (von Bertalanffy). Elle peut aussi être la mesure de l’ordre des molécules dans un récipient contenant un liquide ou un gaz (Boltzmann). La notion était devenue caméléonesque5. Aussi ne retiendrons-nous de ce large spectre de concepts que le concept qui a à voir avec la cognition et la communication humaines, en écartant en particulier les concepts d’« information » de la théorie mathématique du signal (voir chap. V, I, 5) et de la théorie du code génétique.
I. – Qu’est-ce que l’information ?
L’information est une connaissance 6 inscrite (enregistrée) sous forme écrite (imprimée ou numérisée), orale ou audiovisuelle sur un support spatio-temporel. L’information comporte un élément de sens. C’est une signification transmise à un être conscient par le moyen d’un message inscrit sur un support : imprimé, signal électrique, onde sonore, etc.7 Cette inscription est faite grâce à un système de signes (le langage), le signe étant un élément du langage qui associe un signifiant à un signifié : signe alphabétique, mot, signe de ponctuation. Que ce soit pour le simple plaisir de connaître (Freud), d’être informé sur les événements politiques, sur les progrès de la science et de la technologie ou pour celui, moins simple, d’être au fait des derniers objets et résultats de la recherche (faits, théories, hypothèses, etc.), de suivre le front de la connaissance scientifique, le but de l’information reste l’appréhension de sens ou d’êtres dans leur signification, c’est-à- dire reste la connaissance ; la transmission du support, de la structure, en étant le moyen. L’exemple le plus banal est le renseignement, la nouvelle donnée par un journal, par la radio ou la télévision8.
« Document » est le terme générique désignant les objets porteurs d’information. Un document est tout artefact qui représente ou exprime à l’aide de signes graphiques et iconiques (mots, images, diagrammes, cartes, figures, symboles), audio et vidéo (inscrits sur un support papier ou électronique), un objet, une idée ou une information. On le décline en document papier et en document électronique selon le type de support. Deux caractéristiques majeures décrivent le devenir de l’information : l’explosion de sa quantité et l’implosion du temps de sa communication.
1 .L’explosion de la quantité d’information.Le progrès technique et – social se fondant sur la puissance créatrice des langages et du raisonnement logique qui en découle, on comprend l’importance de la communication verbale de l’information. Avec l’avènement de l’écriture, d’orale, cette dernière est devenue écrite. Cela a eu pour conséquence, pour un faible coût en énergie, de multiplier l’information (copie de manuscrits, imprimerie, photocopie) et de la mémoriser, permettant ainsi d’extérioriser, dans les bibliothèques en premier, une des fonctions du cerveau humain, la mémoire. Ces opérations de multiplication et de mémorisation expliquent pour une bonne part ce qu’on a coutume d’appeler l’explosion de l’information (plus exactement, l’explosion de la quantité d’information) : une croissance qui obéit à une loi de type exponentiel. L’exemple de la croissance des revues scientifiques primaires 9 est, à cet égard, très significatif (voirfig. 1). On notera que les revues de résumés (revues dites secondaires), qui avaient été conçues à l’origine comme devant faciliter l’accès aux revues primaires, ont connu la même évolution. Leur informatisation, qui est à l’origine des banques de « données », n’a fait que déplacer le problème puisque elles aussi ont connu le même type de croissance, entraînant l’arrivée de serveurs de plus en plus importants, véritables supermarchés de l’information.
Fig. 1. – Croissance des littératures scientifiques
L’avènement de l’électronique (qui s’est traduit par le passage de supports matériels à des supports immatériels) puis de l’informatique et le développement
de la communication d’informations à distance (télécommunication) n’ont fait que renforcer ces tendances. Démultiplication, amplification et mémorisation de masses d’informations se poursuivent sans fin et font parfois douter de la convivialité de la nouvelle société de l’information !
2 .L’implosion du temps de communication de l’information.Nulle – distance ne fait plus obstacle à la vitesse, nulle frontière n’arrête plus l’information. Les ordinateurs travaillent au milliardième de seconde. Les satellites de télécommunications permettent d’atteindre en quelques secondes, par voie entièrement automatique, toutes les régions du monde. On découvre ici cette notion d’implosion du temps, qui nous semble révolutionner autant les systèmes d’information modernes que la notion précédente d’explosion de l’information. Les systèmes électroniques coupent le temps nécessaire à la réalisation des tâches de recherche et de traitement de l’information. Il s’ensuit une contraction rapide du temps nécessaire pour collecter l’information, la traiter et s’en servir pour prendre des décisions. Dans le secteur des mass media, il y a deux cents ans, le quotidien était chose rare. L’arrivée du télégraphe, du fac-similé, du téléphone, accélérant la vitesse de délivrance des nouvelles, autorisa la généralisation de ce type de presse. Depuis, radio et télévision ont permis de saisir l’événement pendant qu’il arrive parfois même de le précéder.
3.Le flot de l’information.– La conjonction de ces deux phénomènes conduit à l’apparition de flux10 (vitesse des flots) d’information très élevés, c’est-à-dire à la circulation d’importantes quantités d’information par unité de temps :
par-delà les frontières nationales. Ces « flots transfrontières de données » illustrent l’internationalisation du marché de l’information. Leur maîtrise pose des problèmes économiques, juridiques et politiques délicats. Ils permettent également de comprendre l’intérêt grandissant pour le « juste-à-temps de la connaissance »(just in time knowledge)ses pratiques, la veille informative, et l’« intelligence économique » et la gestion des connaissances.
II. – Information et donnée
En informatique, on appelle donnée la représentation conventionnelle, après codage, d’une information sous une forme permettant d’en faire le traitement électronique : La représentation après codage à l’aide du code ASCII (voirchap. VI, IV, 1 ) du mot « information » est la suite des signaux électriques suivants :
chaque lettre étant représentée par 7 signaux numériques binaires (à deux états 0 et 1). Ainsi, la lettre « i » s’écrit :