Le devoir de mémoire

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Le devoir de mémoire aurait-il fait son temps ? L’injonction, prégnante dans le débat public depuis les années 1990, connaît un reflux relatif. Mais la formule, loin d’avoir disparu, est toujours prête à s’inviter dans l’espace public dès que surgit une nouvelle polémique sur le passé. Faut-il en finir avec le devoir de mémoire ? Est-il d’une invention aussi récente qu’on le croit ? Tantôt justifiée sous les auspices d’une justice réparatrice à l’adresse des victimes, tantôt contestée sous les travers des passions victimaires, la mémoire, dans sa forme injonctive, apparaît fortement polémique. Johann Michel cherche à en dégager les limites et les justifications. Le principe du devoir de mémoire, dans son usage politique, ne peut avoir une pleine légitimité que s’il est adossé à la fois à un travail de mémoire et à un devoir d’histoire.

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EAN13 9782130804833
Langue Français

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Dépôt légal — 1 édition : 2018, octobre
© Que sais-je ? / Humensis, 2018
170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.Pour Ruth SamakIntroduction
Le devoir de mémoire aurait-il fait son temps ? L’expression, omniprésente dans le débat
public depuis les années 1990, connaît certes un reflux relatif depuis la mandature de François
Hollande. Mais la formule, loin d’avoir disparu, est toujours prête à s’inviter dans l’espace
médiatique dès que ressurgit une nouvelle discussion sur le passé. Le temps de l’apaisement
mémoriel, sans être un vœu pieux, n’est pas de mise, à supposer toutefois qu’un consensus sur les
souvenirs collectifs soit un idéal démocratiquement souhaitable. À défaut d’une mémoire
collective réconciliée, au moins le succès d’une formule doit-il nous donner à penser, mais dans
l’exigence d’une mise à distance quand l’usage même de la notion cristallise encore passions et
crispations.
Faire un usage distancié et réfléchi du devoir de mémoire nécessite d’abord d’en dégager les
conditions historiques de production. Plutôt que de figer trop rapidement la notion, il est
préférable, dans un premier temps, de s’attarder sur ses modes d’apparition historiques. Le
devoir de mémoire se présente, dans tous les cas de figure, comme un rapport particulier au passé
qui s’opère sur le mode injonctif : tu dois te souvenir. À la différence du fonctionnement spontané
de la mémoire ou de sa fonction déclarative et narrative, le devoir de mémoire est gouverné par
un impératif moral, voire un commandement politique. L’obligation en est le mode et la
déclinaison. La sémantique impliquée dans le simple « souvenez-vous » ou « vous n’oublierez
jamais » est riche de sens : qui enjoint au souvenir ? À qui l’injonction est-elle adressée ? Pour
qui le souvenir est-il exigé ?
Si l’expression « devoir de mémoire » est un néologisme récent, le problème est toutefois de
savoir s’il faut s’en tenir à la seule expression ou s’il faut l’élargir à toute forme injonctive de
rapport au passé. Sans doute sera-t-il utile de distinguer ici le temps long de la « mémoire
1
obligée » du temps court du « devoir de mémoire ». Parler du temps long du « souviens-toi »,
au-delà de la consécration de la formule « devoir de mémoire », atteste le fait que la mémoire
obligée n’a rien de spécifiquement contemporain, qu’elle est au cœur des identités collectives et
politiques. À s’en tenir aux seuls « mots », on risque de perdre de vue que la « chose » (le
référent) a une longue, voire une très longue histoire au cours de laquelle une société oblige à ne
pas oublier des événements considérés comme fondateurs de son identité. A contrario, il est
essentiel d’historiciser les conditions d’apparition du néologisme « devoir de mémoire », qui dit
2
quelque chose de notre époque . C’est du reste, faute de pouvoir tout embrasser historiquement,
la période très contemporaine qui retiendra notre attention au cours de cette étude. Circonscrire
méthodologiquement l’analyse du devoir de mémoire nécessite par ailleurs de nous en tenir pour
l’essentiel au cas français. Ce choix se justifie parce que l’expression a bien été construite dans
l’espace hexagonal et parce qu’elle y a sans doute suscité les plus vifs débats. Toutefois, ce choix
méthodologique appelle en même temps une prudence si l’on devait considérer le devoir de
mémoire comme un tropisme seulement hexagonal. Lorsque Willy Brandt s’agenouille, le