Lectures critiques en communication

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L'auteur analyse les différentes formes prises par la communication et les interactions tour à tour complexes et fécondes qui se nouent entre la communication, la culture, les technologies numériques et la société d'une façon plus générale. Ce livre propose un ample panorama des nombreuses thématiques de recherche qui se développent au sein des Sciences de l'Information et de la Communication en même temps qu'il pose un regard critique sur la nécessaire conformation de cette discipline par rapport à une demande sociale toujours plus en quête de sens.

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Date de parution 01 mai 2016
Nombre de lectures 22
EAN13 9782140008733
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Alexandre EyriesLectures crit ques en communicat on
Culture, technologies, société
Depuis leur création en 1975 les Sciences de l’Information et Lectures crit ques de la Communication n’ont cessé de revendiquer leur caractère
interdisciplinaire, leur volonté d’explorer diverses pistes et de se
ramifi er dans de multiples directions sous l’infl uence conjuguée en communicat on
des (r)évolutions de la société, des progrès de la science et de la
technologie ainsi que du renouvellement des pratiques d’accès aux
biens culturels et aux multiples phénomènes de consommation. Ces Culture, technologies, société
différentes avancées ont favorisé le glissement progressif d’une
société de l’information vers une société de la communication.
Alexandre Eyriès analyse dans cet ouvrage les différentes
formes prises par la communication et les interactions tour à tour
complexes et fécondes qui se nouent entre la communication, la
culture, les technologies numériques et la société d’une façon plus
générale.
Ce livre propose un ample panorama des nombreuses
thématiques de recherche qui se développent au sein des Sciences
de l’Information et de la Communication en même temps qu’il
pose un regard critique sur la nécessaire conformation de cette
discipline par rapport à une demande sociale toujours plus en
quête de sens.
Alexandre Eyriès est enseignant en Sciences de l’Information et de
la Communication à l’IUT de Dijon et chercheur au Laboratoire
CIMEOS / Équipe 3S de l’Université de Bourgogne. Il mène des
recherches sur la communication politique, les écritures
socio-médiatiques, les usages sociaux des dispositifs numériques et les
différentes formes de cultures. Il collabore aux revues Epistémè et
Visual Culture (Corée du Sud), Quaderni (France) et Questions de
communication (France).
Illustration de couverture :
© «Men talk», peinture à l’huile et à l’acrylique
sur toile, Yuna Bert.
ISBN : 978-2-343-09000-9
28 €
Lectures crit ques en communicat on
Alexandre Eyries
Culture, technologies, société



























Lectures critiques en communication
Culture, technologies, société


























Collection Des Hauts et Débats
Dirigée par Pascal LARDELLIER,
Professeur à l’Université de Bourgogne
Contact : pascal.lardellier@u-bourgogne.fr

Titres parus ou à paraître

Serge Chaumier, L’inculture pour tous. La nouvelle Utopie des
politiques culturelles (2010)
Sarah Finger et Michel Moatti, L’Effet-médias. Pour une
sociologie critique de l’information (2010)
Arnaud Sabatier, Critique de la rationalité administrative. Pour
une pensée de l’accueil (2011)
Claude Javeau, Trois éloges à contre-courant (2011)
Christophe Dargère, Inconcevable critique du travail (2012)
Anne Van Haecht, Crise de l’école, école de la crise (2012)
Elise Müller, Une anthropologie du tatouage contemporain.
Parcours de porteurs d’encre (2013)
Jacques Perriault, Dialogue autour d’une lanterne. Une brève
histoire de la projection animée (2013)
Loïc Drouallière, Orthographe en chute, orthographe en
chiffres (2013)
Alexandre Eyriès, La communication politique, ou le
mentirvrai (2013)
Richard Delaye, Pascal Lardellier (co-dir), L’Engagement, de la
société aux organisations (2013)
Christophe Dargère, Stéphane Héas (co-dir.), Les porteurs de
stigmates. Entre expériences intimes, contraintes
institutionnelles et expressions collectives (2014)
Anne Parizot, Le Bibendum Michelin et ses Bibs. Mystère et
ministère d’un totem…sans tabous (2014)
Daniel Moatti, Le Débat confisqué : l'école entre Pédagogues et
Républicains (2014)
Jean-Christophe Parisot de Bayard, Plus que la fraternité.
Plaidoyer pour une re-croissance sociale et morale (2015).
Alexandre Eyriès, La communication politweet (2015).
Alexandre Eyriès, Lectures critiques en communication.
Culture, technologies, société (2016). Alexandre EYRIES



Lectures critiques en communication
Culture, technologies, société












Du même auteur




La communication politweet, Paris, L’Harmattan : collection
Des Hauts et Débats, 2014, 135 pages.
La communication politique ou le mentir-vrai, Paris,
L’Harmattan : collection Des Hauts et Débats, 2014, 130 pages.
André Malraux et la communication : du récit littéraire au
storytelling politique, Paris, L’Harmattan : collection
Communication et Civilisation, avril 2013, 108 pages.
Henri Meschonnic et la Bible. Passage du traduire, Paris,
L’Harmattan : collection Espaces Littéraires, 2011, 260 pages.
Henri Meschonnic. Théorie et éthique de la relation-langage,
ie Paris, Alain Baudry et C : collection "Les voix du livre", 2011,
284 pages.
L’imaginaire de la guerre dans l’œuvre de Joseph Kessel, Paris,
Le Manuscrit, 2008, 284 pages.
André Malraux, une ontologie de l’engagement, Paris,
Connaissances et Savoirs, 2007, 160 pages.

Contact : alex.eyries@yahoo.fr




















© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09000-9
EAN : 9782343090009 Préface

L’ouvrage que voici a le grand mérite de fournir un panorama
des avancées les plus récentes des sciences de l’information et
de la communication telles qu’elles ressortent d’une
cinquantaine de recensions pratiquées par l’auteur, puisées dans
des revues francophones. Y sont traitées les thématiques
suivantes : politique, technologies, discours, dispositifs, cultures
ainsi que médias et société. Je n’ai pas l’intention de faire une
revue de ces textes, aux contenus très divers, mais je me
contenterai d’émettre une série de réflexions que m’inspire leur
lecture. Je suggèrerai des prolongements possibles des travaux
présentés ainsi que des domaines émergents à aborder dans une
édition ultérieure.
J’en viens tout d’abord à ce qu’on entend par communication.
On est loin aujourd’hui des définitions inspirées du téléphone,
le triplet émetteur/message, récepteur et des travaux de Shannon
et Weaver. Deux courants de pensée scientifique l’ont fertilisé.
Un courant technologique sur lequel nous reviendrons. Ce n’est
pas nouveau. Rappelons-nous que Marconi était télégraphiste à
bord du Titanic et qu’il prit conscience lors de son naufrage (15
avril 1912) de la nécessité de pouvoir adresser un même
message simultanément à plusieurs récepteurs. Le germe de la
radiophonie était là. Le second courant de pensée était plus lié
aux sciences humaines en général. Processus de partage,
coconstruction, espace public, délibération, conflit sociocognitif,
controverses, délibérations, négociation, instrumentalisation de
la confiance, articulation avec les théories de la connaissance
entre autres, sont venus au fil des ans enrichir et compliquer le
schéma télégraphique initial. On s’est aperçu aussi que
l’information est un processus rapide et que la communication,
en dépit des apparences, est un processus lent. La
communication a été instrumentalisée dans de nombreux
domaines, comme on le verra plus loin, depuis les conseillers en
marketing jusqu’aux spin doctors et aux techniques de
storytelling, présents aussi dans cet ouvrage.


7La question de l’interdiscipline

Cette avalanche de notions fit penser à certains dans les années
1990 que les sciences de la communication (et de l’information)
constituent une interdiscipline. On ne peut pas se contenter
d’une pirouette terminologique pour résoudre le problème ainsi
posé par l’évolution conjointe de la technologie et de la société.
La question de l’identité de nos savoirs et de nos pratiques reste
posée. A tout prendre, le terme de médiologie, créé et
revendiqué par Régis Debray, m’aurait davantage convenu car
il nous aurait épargné l’obésité de la panoplie conceptuelle des
SIC qui augmente de jour en jour. Le champ scientifique de
cette « discipline » est constamment travaillé par des
interactions entre science, technique et société qui impose une
réflexion épistémologique sur l’évolution de ce champ de
savoirs. L’un des auteurs rappelle que chaque époque possède
sa configuration communicationnelle. Posons-nous la question à
propos des mutations de celle que nous sommes en train de
vivre.
Une bonne partie du présent ouvrage est consacrée au politique,
qui apparaît comme un terrain de prédilection pour nos travaux.
Les SIC en France ont été profondément influencées par les
travaux de Jürgen Habermas, notamment avec la notion
d’espace public, qui a servi de corridor entre nos « disciplines »
et la science politique. L’ouvrage rafraîchit la réflexion à ce
propos. Il montre des symbioses en cours sur le lobbying
politique, sur le rapport entre politique et séduction – signe de
faiblesse -, sur la parole politique de confrontation (Michel
Rocard), sur les stratégies pour conquérir la confiance.
Plusieurs contributions traitent de la fabrique du discours
politique. Quand un outil de communication devient-il
politique ? Lorsqu’il sert un projet de transformation de
l’opinion notamment. On dispose de grands exemples, mais il
faut aussi aller fouiller dans les recoins de l’Histoire. Quand, au
ème17 siècle, le Père Kircher utilise la lanterne magique pour
peser sur la Propagation de la Foi n’écrit-il pas (en latin) dans
son Ars Magna Lucis et Umbrae : « Si tu disposes de quelques
plaques (pour projections) dans un lieu obscur, tu peux grâce à
elles, démontrer ce que tu veux » ? et d’ajouter « pour le plus
8grand ébahissement (summo stupore) des spectateurs » .Sous la
Révolution, le projectionniste belge Etienne Gaspard
Robertson, faisait ainsi revivre dans ses Fantasmagories, avec la
crédulité de l’époque, Danton, Marat, mais refusait pour Louis
XVI ! Autocensure obligeant déjà ! Nous touchons là un point
faible de nos disciplines : le peu de cas accordé à la dimension
historique, dont les travaux – à amplifier d’urgence - nous
permettrait de mieux connaître leur phylogenèse.

Communication, histoire et technologie

Les rapports entre communication et technologie sont fortement
éclairés par l’histoire des techniques. Comme nous venons de le
èmerappeler avec l’œuvre du Père Kircher au 17 siècle, les
rapports entre l’une et l’autre sont étroitement imbriqués. Tout
ème èmeau long des 18 et 19 siècles, les inventions se sont
èmesuccédées, pour aboutir, à la fin du 19 , à la création du
cinématographe par les frères Lumière. Les spectateurs
s’enfuyaient de la salle de projection lorsque sur l’écran le train
entrait en gare de La Ciotat. Déjà à l’époque, une notion était
travaillée depuis très longtemps : celle de dispositif, l’art
d’organiser les moyens en vue d’une fin, qui conduisit à ce
qu’on appelle aujourd’hui les médias immersifs. Restons un
moment sur cette notion. Le rêve de tout organisateur de
spectacle audiovisuel a toujours été de mettre en situation
d’immersion ceux à qui son message est destiné, C’est déjà
chez Platon un des agencements du mythe de la caverne, inspiré
des spectacles dravidiens, comme l’écrivit le philosophe Pierre
1Maxime Schuhl , où l’on voit défiler la réalité. Un des premiers
organisateurs de tels dispositifs qui mettait le spectateur en état
d’immersion fut l’Abbé Suger, au onzième siècle, à qui l’on
doit la basilique de Saint Denis. Quel était le projet de
Suger ? : organiser un dispositif, ici la basilique, qui mette les
fidèles en état de claritas. La claritas, est pour lui un état de
grâce qui ouvre à la foi divine. Pour cela, Suger agence ce
qu’on pourrait appeler aujourd’hui une panoplie technologique :

1 Pierre Maxime Schuhl, La fabulation platonicienne, Paris, P.U.F.,
1947.
9la lumière avec les cierges et les miroirs, les odeurs, avec
l’encens, le son, avec les orgues et les cloches. J’ai eu
l’occasion d’assister en Arménie, dans la cathédrale
d’Echmiadzin à une messe de rite arménien, le plus ancien rite
chrétien, célébré par le Katholikos, l’équivalent du Pape : le
texte de Suger était effectivement à l’œuvre. Les ors, les
lumières, les chants plongeaient les fidèles dans une sorte de
claritas. Ce type d’agencement fit écrire à Erwin Panofsky, un
grand historien des dispositifs religieux, que l’Abbé Suger fut le
premier expert dans l’art du show ! On retrouvera tout au long
de l’Histoire la création de dispositifs d’ambiance religieuse,
lignée dans laquelle s’inscrit le Père jésuite Athanase Kircher.
Toutefois, dans les années 1990, l’apparition d’Internet a
bouleversé la donne en mettant à disposition de tout un chacun
– et non plus des seuls professionnels – des outils de
communication textuelle et graphique, selon une organisation
horizontale. Les échanges se font d’individu à individu, de
groupe à groupe, d’individus à groupes, d’individus à sites, etc
On ne saurait oublier le nom de Pierre Schaeffer, qui fit par son
œuvre le lien entre communication et technologie. Son apport ?
La notion de machine à communiquer : des machines qui
produisent, émettent et transmettent des signaux qui constituent
en fait des simulacres d’une réalité filmée. Curieusement, les
sciences de l’information et de la communication ont peu
adopté cette notion, alors qu’elle situe de plain pied la
communication dans les sciences humaines. En effet, la tache
sémiotique, qui donne sens au simulacre, relève de la
compétence humaine d’analyse et d’interprétation. Ce n’est pas
le président de la République que je regarde sur l’écran du
téléviseur, mais un assemblage de pixels que j’identifie comme
tel. A tout bien peser, elle cette notion est autrement plus
féconde que le vocable de technologie de la communication, qui
ne touche pas à la question sémiotique.
L’anthropologie sociale, la paléontologie se sont elles aussi
intéressées au rapport entre communication et technologie. Et
de façon magistrale. Je m’en tiendrai à l’exemple d’André Leroi
Gourhan dont les travaux sont mondialement connus. Dans son
ouvrage publié en 1965 chez Albin Michel, La mémoire et les
rythmes, il fait une prospective de la communication et
10notamment de la communication audiovisuelle. Leroi Gourhan,
très intéressé par l’informatique (il y fut initié par un autre
grand chercheur, Jean Claude Gardin) et saisi par
l’autonomisation des systèmes de traitement de données, écrit
dans son texte de prospective – Leroi Gourhan écrit en
1965 : « l’audiovisuel, ce langage en train de quitter
l’Homme » faisant référence aux dispositifs autonomes de
traitement des données et des images qui se multiplient
aujourd’hui, mais qui n’existaient pas à l’époque. Ce texte, bien
en avance sur son temps, me frappa au point qu’il me conduisit
à mettre en chantier mon livre Mémoires de l’ombre et du son,
une archéologie de l’audiovisuel, que préfaça Bertrand Gille.
(Flammarion, 1981).
Un autre rapport à étudier entre technologie et communication
est celui de la réversibilité des appareils et des techniques. La
caméra conçue par les frères Lumière pouvait servir de
projecteur, à condition qu’on y glisse une source lumineuse et
qu’on fasse projeter un film développé. Le cas n’est pas unique.
Un autre fut celui qui consista à chercher à voir le son. Dès le
èmedébut du 19 siècle, des esprits curieux s’intéressaient à
l’enregistrement des vibrations sonores. Un typographe, Léon
Scott, de Martinville, né en 1818, donnera par ses travaux la
forme que prendront les tentatives de réaliser un phonographe
pendant des décennies. Quel est son projet ? « Nous
transformerons, écrit-il, par des moyens mécaniques, le tracé
des mots (prononcés) en une suite de signes ». Il nomme
« phonautographe » l’appareil projeté. C’est un pavillon
connecté à un stylet fixé sur une membrane sensible. Celle-ci
reçoit les vibrations de la voix et les inscrit sur un cylindre
rotatif enduit de noir de fumée. Pour Scott ce tracé sinusoïdal
est celui de la voix parlée, résultant de la tonalité et du timbre.
Cette invention apporta deux notions. La première est que la
voix est transcriptible en une ligne continue, qui en est la
représentation analytique. La seconde est qu’elle impose un
modèle : pavillon, stylet, cylindre. Le photographe Joseph
Nadar assista à une démonstration. « On vient de nous faire voir
le bruit », déclara-t-il. Il faudra, par contre, bien des années et
bien des échecs, pour que l’on puisse reproduire la voix à partir
de la trace laissée. Les inventeurs cherchaient en effet à
11entendre des traces ! C’est en 1879, que le mécanicien de
Thomas Alva Edison, étonné par le chuintement des aiguilles
qui lisaient des bandes perforées du télégraphe, essaya de lire
par aiguille, non pas une trace plate mais la trace en relief
constituée par les perforations du papier. L’échographie
contemporaine s’inscrit dans cette lignée de dispositifs
d’échange entre les sens. La sonde sonore promenée sur un
organe du patient renvoie un écho graphique sur un écran et
dessine la trace ainsi produite.

L’Ecole et le numérique

Dans une des contributions de l’ouvrage, un auteur fait
justement remarquer que l’Ecole en France a connu des débats
sur la laïcité mais aucun sur ce qu’il est convenu d’appeler le
numérique. (les anglo-saxons nous reprochent ce terme auquel
ils préfèrent celui de « digital »). Et pourtant, en 1971, eut lieu
au Centre International d’Etudes Pédagogiques, à Sèvres, un
colloque international organisé par l’OCDE, sur l’informatique
à l’école secondaire. S’ensuivirent colloques, formations des
maîtres, création d’un langage informatique ad hoc, le langage
LSE et une expérimentation sur dix ans du langage LSE dans
cinquante huit lycées et collèges.. Mon intention n’est pas de
raconter tout cela mais de rappeler de revenir sur quelques
points qui me paraissent essentiels. Le premier est la relation
du langage naturel avec un langage formalisé de
programmation. Il apparaît nécessaire que les élèves – et, avant
eux, les maîtres – sachent élaborer le modèle qui sous-tend le
logiciel qu’ils construisent ou qu’ils utilisent. Le passage de
l’un à l’autre n’est pas simple. A Sèvres avait été présenté un
organigramme de la bataille de Waterloo. L’auteur avait
imaginé non sans naïveté un test avec deux issues : qui
attendait-on : Blücher ou Grouchy ?, ce qui était faire peu de
cas de la dimension historique. C’est un bon exemple de ce
qu’il ne faut pas faire. Des écrivains se sont attaqués au rapport
entre langage naturel et langage formel. On en trouvera des
exemples dans les ouvrages de Raymond Roussel et de Georges
Perec. Roussel a écrit plusieurs livres avec un mécanisme censé
masquer son identité d’auteur. Il décrit de nombreuses
12procédures, notamment celles qui contiennent des boucles. Par
exemple, « après constat de siccité » traduit une boucle qui va
tourner jusqu’à ce que le tableau soit sec ; « après routinière
récupération de métal » indique que la boucle contient une
routine. Certains mots sont en effet des routines. Cela n’est pas
sans rappeler l’origine du mot regard qui contient une boucle
re-ward. Georges Perec nous a donné un exercice de style de ce
type dans un texte intitulé « L’art et la manière de demander
une augmentation à son chef de service ». Toute la pièce est
constituée d’une série d’organigrammes qui débouchent tous
sur la corbeille à papier qui recueille les demandes refusées. Ce
texte, plus connu sous son titre raccourci, l’Augmentation, fut
une réponse à un pensum que j’avais infligé à Georges Perec
pour un numéro de la revue Enseignement programmé (Dunod,
1967, N°4).
Un autre point concerne le rôle du cortex cérébral dans la
communication, notamment l’aire corticale de pilotage du
2mouvement . Beaucoup de travaux portent sur la relation entre
un sujet qui joue à un jeu vidéo et l’univers virtuel dans lequel il
évolue sous la forme d’un avatar (Mazalek et al., 2009). Une
question préalable a été de vérifier que les sujets peuvent
reconnaître leurs propres mouvements dans des représentations
simplifiées et abstraites. Les neurosciences ont apporté à ce
propos la notion fondamentale de codage commun. : celui-ci
réunit dans une aire corticale les fonctions d’exécution
(activation motrice), de perception et d’imagination du
mouvement. Ce codage commun permet – c’est une découverte
fondamentale - d’activer deux de ces fonctions à partir de la
troisième. Ainsi, à l’observation d’un joueur ou d’un sportif,
pratiquant un exercice, on constate chez celui qui regarde une
réplication physique implicite de celui-ci. D’où un effet, jusque
là non perçu, qui ouvre de nouvelles voies, par exemple, à
l’entraînement des sportifs de haut niveau.


2 Jacques Perriault « Jeux virtuels. Aspects sociocognitifs et
sémiotiques » in « Les jeux vidéo. Quand jouer, c’est communiquer »,
Coordonné par Jean-Paul Lafrance et Nicolas Oliveri,) Hermès/
CNRS N° 62, avril 2012, pp 92-101.
13
Les normes et standards pour la communication
éducative
Depuis une quinzaine d’années, la communication du savoir
par ordinateurs et réseaux numériques a pris un essor
considérable. Il était devenu évident que ce mode
d’apprentissage connaîtrait un grand développement du fait de
la double croissance d’Internet et de la demande de formation.
Mais ce développement se heurtait à un risque
d’incommunication, du fait de l’étanchéité des logiciels
éducatifs et des plateformes. Aussi bien, à l’initiative de l’ISO
(International Standard Organization), une commission
internationale fut-elle mise en place pour établir des règles
d’organisation et de format des contenus pédagogiques pour
permettre leur échange ainsi que la mise en communication des
plateformes qui les gèrent. L’échange des contenus suppose en
effet une indexation commune grâce à des catalogues raisonnés
et partagés de rubriques (métadonnées). On voit ici que les SIC
sont convoquées à double titre :
 Pour la construction de modèles de communication
entre plateformes, ce qui a conduit à la résolution de
problèmes techniques, tels que, par exemple, la
construction pour l’Éducation Nationale d’un profil
3d’application du standard LOM (Leaming Object
Metadata) ou encore la mise en compatibilité du
standard SCORM (Shareable Content of Resources
Management) et de la norme MPEG, cela afin de
pouvoir faire circuler des textes accompagnés
4d’images .


3 Ce profil a été réalisé par contrat entre le Ministère de l’Éducation
Nationale et l’AFNOR
4 Ce travail a été réalisé par le laboratoire PARAGRAPHE
(Université Paris 8) dans le cadre d’un contrat avec I’ISCC.
145 Pour l’élaboration négociée au niveau international de
systèmes de métadonnées décrivant les fonctionnalités
de modèles d’apprentissage en ligne, élaboration qui
s’inscrit dans le droit fil de l’ingénierie documentaire,
le document princeps étant le Dublin Core, codage
initialement conçu pour la documentation automatique.
Les standards SCORM et LOM résultent de tels
travaux de même que la norme MLR.
Ces deux items constituent des outils pour la médiation
éducative et culturelle. Françoise Bernard le rappelle : « ...c’est
la notion de médiation qui permet de dépasser la logique
binaire qui oppose sujet et objet, individu et organisation,
technique et social et de penser la triade
"individu-techniqueorganisation ». Ainsi la communication numérique par les
réseaux impose de nouveaux impératifs au monde de
l’éducation comme ailleurs. C’est une nouvelle dimension qui
s’ajoute à la discipline sciences de l’information et de la
communication.
Conclusion
Ce bref parcours dans des faits de communication, quelque peu
hors des sentiers battus, renforce le sentiment de diversité de
nos préoccupations et de nos pratiques. Il nous convie à
renforcer nos travaux et nos réflexions sur un vaste territoire
concerné notamment par l’anthropologie, les sciences
cognitives, la technologie – pas seulement numérique - sans
oublier l’histoire. Au lecteur de se plonger maintenant dans ce
foisonnement.

Jacques Perriault


5 Les membres sont notamment les pays européens, la Russie, la
Nouvelle Zélande, la Tunisie, le Ghana, les États Unis, le Canada.
15
Introduction

Dès lors qu’on souhaite évoquer la communication il n’est
pas rare que, sous l’effet d’un réflexe conditionné, l’on associe
de nos jours immanquablement la communication avec les
prothèses technologiques et les systèmes médiatiques. Or,
comme le note fort judicieusement Armand Mattelart dans
L’invention de la communication : « chaque époque historique
et chaque type de société ont la configuration
communicationnelle qu’ils méritent. Cette configuration avec
ses divers niveaux, qu’ils soient économique, social, technique
ou mental, et ses différentes échelles, locale, nationale,
régionale ou internationale, produit un concept de
6communication hégémonique ». S’il est hors de doute que
notre société contemporaine est marquée par l’hyper-connexion
et la communication technologique à outrance, on ne saurait
limiter la communication à cette seule vision partiale et
réductrice de phénomènes beaucoup plus subtils et exigeants et
qui dépendent de nombreuses variables culturelles,
sociologiques, politiques et économiques. Ce sont donc toutes
les dimensions et toutes les modalités de la communication qui
seront explorées dans le présent ouvrage scientifique qui aspire
à rendre compte à la fois de la variété et de la diversité des
pratiques communicationnelles et de la kyrielle de thématiques
de recherche existant au sein du milieu académique des
Sciences de l’Information et de la Communication.
Ce livre témoigne donc à divers égards d’un
engagement d’enseignant et surtout de chercheur au service
d’une discipline ou plutôt d’une interdiscipline scientifique –
les Sciences de l’Information et de la Communication – se
situant à l'articulation de diverses sciences humaines et sociales
(sociologie, sociologie des usages, sociologie des sciences,
anthropologie, linguistique, pragmatique et analyse de discours,

6 Armand Mattelart, "Introduction" dans L’invention de la
communication, Paris, Editions La Découverte : collection "La
Découverte / Poche ", octobre 2011, p 8.
17interactionnisme symbolique, études des médias, Cultural
Studies, sociologie des médias) et des sciences de l'ingénieur
considérant avec une plus grande acuité les innovations
technologiques dans les domaines de l’informatique, des
systèmes d’information complexes et des outils de
communication de plus en plus mobiles nomades et
ubiquitaires.
Cette interdiscipline scientifique que constitue les Sciences
de l’Information et de la Communication embrasse des
domaines et des thématiques de recherche extrêmement
diversifiés, des usages sociaux des technologies de
l’information et de la communication à la communication des
organisations et des institutions, de la médiologie à l’analyse de
communautés en ligne et hors ligne, de la communication
politique à l’étude des médias classiques, nouveaux médias et
médias sociaux, de l’analyse de discours à l’étude des outils
numériques et des phénomènes sociétaux et identitaires qui leur
sont indissolublement liés. Comme l’écrit fort justement Robert
Boure dans un chapitre de l’ouvrage Les sciences de
l’information et de la communication. Objets, savoir, discipline
publié en 2013 aux PUG sous la direction de Stéphane Olivesi :
« les SIC sont nées avant tout de la création dans l’université
d’enseignements spécifiques (médias, techniques d’expression,
documentation…) mais aussi de filières et de diplômes liées
pour l’essentiel à la montée en puissance de l’information et de
la communication dans la société et par voie de conséquence
7répondant à l’apparition de nouveaux types d’emploi. ». Les
Sciences de l’Information et de la Communication ont été
d’abord accueillies dans des Unités de Formation et de
Recherche et dans des départements en Lettres Arts et Sciences
Humaines au sein de nombreuses universités en France parce
que les disciplines instituées plus anciennes (sociologie,
anthropologie, littérature) ne les ont pas considérées d’un très
bon œil, tant s’en faut en raison de puissants narcissismes
croisés. Les Sciences de l’Information et de la Communication

7 Robert Boure, "SIC : l’institutionnalisation d’une discipline" dans
Stéphane Olivesi (dir.), Sciences de l’information et de la
communication. Objets, savoirs, disciplines, op.cit., p 252.
18s’assignent donc pour tâche d’accompagner et de tenter de
cadrer les métamorphoses des médias. Elles étudient le
développement incessant des nouvelles technologies et l’essor
des relations publiques, sociales et interpersonnelles dans leur
ensemble.
C’est en grande partie cette lointaine origine littéraire des
Sciences de l’Information et de la Communication qui a joué,
dans mon cas personnel, un grand rôle dans le profond attrait
que j’ai ressenti pour cette discipline ouverte à la croisée de
plusieurs sciences humaines. Mais plus encore que cette
origine, c’est la richesse et la grande originalité des domaines
de recherche ouverts et portés par les Sciences de l’Information
et de la Communication qui ont revêtu le plus d’intérêt à mes
yeux. C’est la communication sous toutes ses formes
(discursive, verbale, non verbale, politique, interpersonnelle,
interculturelle, politique, publicitaire, etc.) qui me requiert
depuis de longues années et pas seulement celle qui se place
sous l’angle du déterminisme technologique. La communication
est ici « prise dans une vision plus large, englobant les
multiples circuits d’échange et de circulation des biens, des
personnes et des messages. Cette définition couvre tout à la fois
les voies de communication, les réseaux de transmission à
longue distance et les moyens de l’échange symbolique, tels les
expositions universelles, la haute culture, la religion, la langue
8et, bien sûr, les médias ». La communication, c ‘est avant tout
un moyen de rassembler les hommes et des les fédérer autour de
valeurs et de convictions communes. Elle partage en cela depuis
toujours des traits communs avec la religion puisque religare
c’est relier les hommes et les faire interagir entre eux à travers
un moyen de communication (un médium au sens de Marshall
McLuhan qui affirmait que le médium c’est le message insistant
beaucoup plus sur le moyen de communication que sur le
message délivré, passant finalement au second plan) quel qu’il
soit – signaux de fumée, jeu de miroirs, messages codés,
langage cryptique tel que l’argot – et a fortiori le langage qui
est le bien commun de la plupart des hommes dans les sociétés
occidentales postmodernes. En effet "communicare" selon

8 Armand Mattelart, "Introduction", op.cit., p 8.
19l’étymologie du mot latin c’est tout d’abord "participer à
quelque chose". C’est aussi "être en rapport mutuel [et
réciproque], en communion avec" une autre personne sur la
base de pratiques et de convictions partagées. C’est aussi
"partager" et surtout "entrer en relation [en interaction] avec"
une tierce personne. La dimension interactionnelle, de partage
et d’échange est absolument indissociable de la communication,
elle en est à la fois l’alpha et l’oméga. Mais bien évidemment la
communication a en outre partie liée avec des phénomènes
sensibles (selon la formule d’Aristote il y a aussi des dieux dans
la cuisine) et sensoriels. Les odeurs constituent un moyen de
communication à part entière. Le marketing sensoriel – telle la
bonne odeur de pain chaud qui vous accueille à l’entrée d’un
magasin –en témoigne à bien des égards. La communication
mobilise enfin une série d’opérations symboliques (rites, effets
de connivence culturelle, illusion référentielle, potentiel
iconique, etc.) qui en font la complexité au moins autant que la
singularité. C’est par voie de conséquence des phénomènes
communicationnels dans leur ensemble – et non pas ceux qui
sont exclusivement dépendants du tropisme médiatique et
technologique – qu’il sera question dans cet ouvrage, ainsi que
des usages et des modes de régulation sociale qui accompagnent
les mutations des formes symboliques et des technologies au
service du pouvoir.
Doté d’une grande curiosité intellectuelle et d’une passion pour
la lecture, j’ai sollicité plusieurs revues nationales et
internationales à comité de lecture en Sciences de l’Information
et de la Communication (Questions de communication,
Communication, Recherches en communication, Hermès) pour
leur proposer d’écrire des recensions critiques sur des ouvrages
récents relevant du champ des Sciences de l’Information et de
la Communication et qui soient suffisamment représentatives de
ela diversité des recherches menées en 71 section. Ces revues
ont répondu favorablement à ma proposition (qu’elles en soient
d’ailleurs ici chaleureusement remerciées) et j’ai ainsi eu
l’opportunité de rédiger des recensions critiques sur une bonne
cinquantaine d’ouvrages depuis un peu plus de cinq ans et je
continue d’ailleurs à en écrire très régulièrement pour ces
différentes revues.
20 Cet ouvrage se propose de retracer – à travers un certain
nombre de recensions critiques mises en perspective – un
parcours de chercheur qui m’a mené de la narratologie et de
l’argumentation vers les Sciences de l’Information et de la
Communication. Ces différentes recensions critiques ont
accompagné mes premiers travaux en Sciences de l’Information
et de la Communication consacrés aux nouvelles formes de la
communication politique (storytelling, utilisation des réseaux
sociaux), puis aux usages sociaux des technologies numériques
et à la culture. Ces recensions critiques ont étés le plus souvent
écrites en correspondance avec mes intérêts de recherche. Elles
ont quelquefois même dans certains cas constitué une ouverture
à des domaines jusque-là inexplorés, fonctionnant comme des
émanations de la sérendipité que le dictionnaire Larousse
définit comme « la capacité, l’art de faire une découverte,
9scientifique notamment, par hasard ».
Ces recensions ont donc été à bien des égards des
aiguillons venus piquer ma curiosité, des ouvertures sur des
champs mal balisés, des invitations à approfondir l’exploration
de phénomènes émergeants à la croisée de la communication,
de l’espace public et de la société. Le présent ouvrage –
reprenant une partie desdites recensions mises en perspective –
est organisé de façon thématique et composé de six parties
respectivement consacrées à la politique (et à la communication
qui en est indissociable, ainsi qu’aux fictions télévisuelles et
cinématographiques qui en découlent), aux technologies de
l’information et de la communication (et au premier chef le
Web 2.0, les réseaux sociaux numériques, les objets connectés).
Les trois autres parties de l’ouvrage sont également consacrées
aux discours (fictionnels, entrepreneuriaux et publicitaires ainsi
qu’aux stratégies d’interprétation qui y sont afférentes), aux
dispositifs numériques et médiatiques (multi-écran, dispositifs
immersifs, jeux vidéo, etc.), à la culture appréhendée dans une
perspective multifocale (mondialisation et hybridation,
contrecultures, cinéma, art contemporain et installations multimédia).
La sixième et dernière partie de l’ouvrage, enfin, s’intéresse aux

9 http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sérendipité/186748

21médias dans les rapports complexes qu’ils entretiennent avec
les sociétés qui les ont vu naître (massification des médias,
conjugalité et sexualités numériques, numérique éducatif,
journalisme web, cyberaddiction des jeunes, etc.).












22

Première Partie :
Politique








23
La politique française et internationale s’est profondément
transformée en l’espace d’une quinzaine d’années sous la
pression conjuguée de multiples phénomènes tout autant
sociétaux que médiatiques. Pour parler en termes goffmaniens,
si sur la scène politique, les acteurs se donnent en spectacle et
affermissent leurs talents de séducteurs, dans les coulisses
s’agitent les hommes de l’ombre, les conseillers en
communication, les media trainers, les conseillers en image et
les spin doctors habiles à composer de belles narrations utiles.
Les leaders politiques ont également reçu un renfort de
poids avec des chaînes de télévision aux fictions de plus en plus
politisées et une production cinématographique littéralement
fascinée par les trajectoires des hommes politiques dans leur
ascension jusqu’au plus haut sommet de l’état.
Les réseaux sociaux, fraîchement apparus dans
l’écosytème médiatique, ont été promptement investis par les
politiciens et leurs équipes de campagnes au nom d’un mythe
(celui de la démocratie directe) et dans l’espoir de s’adresser à
une cible considérablement élargie.





24Chapitre 1 : Groupes de pression et politique:
un enjeu communicationnel et stratégique ?

Dès lors qu’approchent les grandes échéances électorales on
voit resurgir en ordre de marche derrière les candidats à
l’élection (en l’occurrence présidentielle pour ce qui est de la
France), une cohorte de collaborateurs et de directeurs de
campagne et de la communication qui aident les candidats à se
positionner à leur avantage sur l’échiquier politique et à situer
leurs prises de parole dans un contexte relativement favorable.
De nos jours, il n’est que de regarder les débats, discours et
allocutions précédant les différents tours d’une élection (fût-elle
nationale ou locale, éminemment prestigieuse ou plus ordinaire)
pour constater que la communication joue à présent un rôle
vraiment central dans le domaine de la politique et des affaires
publiques. Chaque responsable politique dispose de conseillers
pour anticiper et préparer aux mieux ses différentes rencontres
avec les citoyens et les médias. De même, chaque grand dossier
dont la gestion incombe à l’Etat est préparé en amont, avec des
intervenants spécialistes de différents domaines et qui essaient
d’user et d’abuser de leur influence pour favoriser notablement
les intérêts qu’ils défendent. C’est précisément ce qu’on nomme
des lobbyistes qui essaient de croiser deux axes de la
communication politique : l’attachement manifeste à la
sauvegarde d’intérêts collectifs (ceux de la Nation ou de
l’Europe, par exemple) et l’opiniâtreté mise en œuvre pour la
défense d’intérêts partisans (et parfois même, complétement
tendancieux). Cette bipartition de l’ouvrage Communication
politique et lobbying permet dans un premier temps de mieux
donner à voir les interactions complexes et plurielles entre les
citoyens et le politique et, dans un second temps, de souligner
l’ampleur des interrelations entre les groupes d’intérêts et les
décideurs politiques.
Dans sa préface, Patrick Charaudeau écrit : « la communication
politique ne doit pas être réduite à ce que par ailleurs on
appelle le marketing politique. Elle ne doit pas non plus être
considérée comme secondaire au regard de l’action politique.
La communication politique est un tout qui participe de
25l’ensemble des modes de communication sociale, car c’est le
langage, à travers tous ses systèmes de signes, qui rend
possible la constitution du lien social, avec ses rapports de
force, ses stratégies de persuasion et de séduction et ses
procédés de régulation des conflits afin de produire un possible
10vivre ensemble ». La communication politique est
effectivement un univers complexe et mouvant, dont les critères
définitionnels ne cessent de s’enrichir ou de se déplacer, de se
renforcer ou d’être refondés. C’est par l’adoption d’une
démarche globale qu’on peut saisir la communication politique
dans sa pluralité multiple et dans son architecture arborescente.
Par essence, la parole politique fait son apparition dans l’espace
public et a vocation à y circuler librement, à sa guise, au gré des
influences, des sollicitations extérieures ou des exhortations en
interne. Ce faisant, la parole politique subit un certain nombre
de contraintes.
Il convient ici de faire une petite – mais néanmoins nécessaire –
précision : dans la parole politique ce ne sont pas des individus
qui interagissent entre eux, mais ce sont au contraire des entités
ou des instances collectives (partis, listes électorales, think
tanks, etc…) qui se définissent par le biais des rôles sociaux
qu’ils jouent ou entendent jouer, des opinions et des statuts.
C’est cette interaction entre diverses entités ou instances que
Patrick Charaudeau définit ci-après : « dans l’espace politique
se font face une instance de pouvoir (ou de conquête du
pouvoir) et une instance citoyenne entre lesquelles s’instaurent
des relations complexes et des enjeux particuliers du fait que
cette confrontation passe toujours par une instance de
médiation (Ibid., p 5) ».
Le phénomène politique est une architecture relativement ardue.
Pour le saisir dans son ensemble, il est judicieux de le faire par
le biais de la circulation de la parole dans l’espace public.
L’observation des modalités de circulation de la parole
constitue un point de vue privilégié pour essayer de comprendre
comment se construisent les relations entre l’instance politique

10 Patrick Charaudeau, Préface dans Theodoros Koutroubas,
Communication politique et lobbying, Bruxelles, De Boeck :
collection Info & Com, 2011, p 5.
26et l’instance citoyenne dans une société. Le positionnement de
Patrick Charaudeau fournit un éclairage différent et
complémentaire par rapport aux recherches menées en
communication politique. C’est ainsi que, selon Patrick
Charaudeau, « analyser la parole politique comme processus de
communication revient à examiner sa manifestation (le dit), les
contraintes auxquelles se trouvent soumis ceux qui la
produisent, les caractéristiques des appareils de diffusion et
11l’impact qu’elle peut avoir sur les opinions ».
Le linguiste met ensuite à profit les ressources de la rhétorique
pour analyser la manière dont les acteurs politiques et les
décideurs se présentent lorsqu’ils interviennent dans les
médias ou sur la place publique (à l’occasion de discours ou de
meetings). Il détermine des modèles de présentation de soi dans
le discours par les politiciens : « la manifestation discursive
témoigne de la façon dont l’acteur politique construit sa propre
image, celle des citoyens auxquels il prétend s’adresser et le
projet d’idéalité sociale qu’il veut défendre, et ce à des fins de
persuasion. Mais l’acteur politique n’est pas seul. En tant que
représentant d’une collectivité, il subit les influences de tous
ceux qui l’entourent, celles de son propre parti, celles des
groupes de pression, celle des conseillers, ce qui l’oblige à
jouer entre contraintes et désir d’individuation, entre forces
12opposées et alliances ». La parole produite par les acteurs
politiques n’est pas neutre ni parée de toutes les vertus. Elle
n’arrive pas directement, tant s’en faut, au public citoyen, elle
est à son tour mise en scène par les appareils de médiation
(presse, radio, télévision, internet) qui s’en emparent, la
déforment et produisent un véritable brouillage énonciatif.
Un dernier aspect important de la communication
politique est souligné par Patrick Charaudeau dans sa préface. Il
s’intéresse à la manière dont se construisent les opinions
publiques en suivant des processus complexes et, ce, parfois
même en dépit de la parole politique. Comme l’écrivent
Theodoros Koutroubas et Marc Lits : « la politique et la
communication sont deux activités constitutives de la vie en

11 Patrick Charaudeau, Préface, op.cit., p 5.
12 Ibid., p 5.
27