Les chantiers du numérique

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Français
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Description

Le numérique modifie la nature physique des documents. Bouleverse la production, la conservation, la description et la communication des informations. Crée de nouvelles demandes à l'endroit des archives et en favorise de nouveaux usages. Et appelle une nouvelle organisation des services d'archives et un nouveau métier. Comment veiller à la conservation de l'information et en garantir la qualité dans l'environnement numérique ? Comment débroussailler le maquis des technologies et des termes qui le flanquent ? Que disent le droit et les normes ? Qu'apportent les nouveaux outils ?

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 18
EAN13 9782296494527
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Leschantiersdunumérique
Dématérialisationdesarchives
etmétiersdel’archiviste
Nicolas DELPIERRE,FrançoiseHIRAUX
etFrançoiseMIRGUET(eds)Danslamêmecollection:
27. La valorisationdes archives. Unemission,des motivations, des modalités, descollaborations.
Enjeux et pratiques actuels, 2012.
26. Dans l’atelierdel’historien contemporanéiste.Parcours d’historiens de l’Université catholique de
Louvain, 2012.
25. Les maltraitancesarchivistiques.Falsifications, instrumentalisations, censures,divulgations, 2010.
24. L’erreurarchivistique. De la compréhension de l’erreuràlaperceptionetà la gestiondes
incertitudes, 2009.
23. Les archives audiovisuelles. Politiques et pratiques dans la société del’information , 2009.
22. L’avènementd’une ville universitaire. La créationdeLouvain-la-Neuve, 2009.
21. L’Institut supérieur de philosophiedeLouvain(1889-1968).Inventaire des archives. Introduction
historique, 2008.
20. L’Université catholique de Louvainetlacoopération au développement. Entre microcosme des
relations internationales et laboratoires d’innovations sociales (1908-1981),2008.
19. L’illusion identitairedes étudiantsfrancophones. Le mouvement des étudiantsuniversitaires belges
d’expression française (MUBEF, 1961-1974), 2008.
18. Les engagementsétudiants. Despratiques et deshorizons dans un monde globalisé,2008.
17. De l’UCLaux États-Unis.Les boursiers de la BAEFde 1964 à 1969, 2007.
16. Les archives d’entreprises. Entre gestionpatrimonialeetveille technologique, 2007.
15. La lettreetl’intime. L’émergence d’uneexpression du forintérieur dans lescorrespondances
e eprivées (17-19siècles), 2007.
14. Les relationsdeLouvainavec l’Amériquelatine. Entre évangélisation, théologiedelalibération et
mouvementsétudiants, 2006.
13. La formation desarchivistes. Pourrelever lesdéfis de la société de l’information, 2006.
12. Travailleràl’université.Histoireetactualité des personnels de l’Université de
Louvain(14252005), 2006.
11. De la communicabilitéàl’accessibilité. La communicationdes archives,2005.
10. Images de l’Université et des étudiantsdeLouvain , 2005.
e9. Étudiantsdu21siècle. Une nouvelle générationdans l’aventure universitaire, 2005.
8. Les archives électroniques:quelsdéfis pour l’avenir ? , 2004.
7. Collectiondecours manuscrits de l’Université de Louvain. Catalogue analytique,2003.
6. Archives,universités, monde étudiant : une mémoireenconstruction, 2003.PUBLICATIONSDES ARCHIVESDE L’UNIVERSITÉCATHOLIQUEDE LOUVAIN
CollectiondirigéeparPaulSERVAIS
28
Leschantiersdunumérique
Dématérialisationdesarchives
etmétiersdel’archiviste
Nicolas DELPIERRE,FrançoiseHIRAUXetFrançoiseMIRGUET(eds)
Louvain-la-Neuve 2012Cet ouvrage rassemblelestextes des communications présentées lors des onzièmes
Journées des Archives de l’UniversitécatholiquedeLouvainconsacrées authème :
Dématérialisationdes archives et métiersdel’archiviste. Leschantiers du numérique. Ces
journéesse sonttenues à Louvain-la-Neuveles24 et25 mars 2011 et ont bénéficiédu
soutienduFondsnationalbelgedelaRechercheScientifique (FNRS).
D/2012/4910/31ISBN978-2-8061-0068-9
 Harmattan-Academia s.a.
Grand-Place 29
B-1348Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptationou de traduction, parquelqueprocédé
quece soit, réservés pour tous pays sans l’autorisationdel’éditeur ou de ses ayants
droit.
www.editions.academia.beSommaire
Leschantiersdunumérique.Uneintroduction
Françoise HIRAUX
Quelquesaspectsjuridiquesde l’archivageélectronique
MarieDEMOULIN
Lesfonctionsdel’archivistiqueàl’èredunumérique
Françoise BANAT-BERGER
Collecteretorganiseràl’èredel’administrationélectronique.Données –
Documents–Transactions
Jean-DanielZELLER
Actualitédu records management.Uneexpérienced’approcheparla
classificationàfacettes
Sabine MAS,Dominique MAURELetInge ALBERT S
Numérisationet substitutiondesdocuments: unchapitre singulierde
l’archivageélectronique
SébastienSOYEZ
Authentificationdesarchivesnumériques:l’archivisteen tant qu’expert
judiciaire
LucianaDURANTIFouillededonnéesmultimédias àgrandeéchelleau servicedesinstitutions
d’archivage
Marie-Luce VIAUDetOlivierBUISSON
Lesarchives surinternet.Ducloisonnementaupartage
Jean-Claude GENOUD
Laconstitutiondecollectionsnumériquesen scienceshumaineset socialeset
lacollaborationinterinstitutionnelle
MartinBOUCHER
Nouveauxmétiersetformationdesarchivistes
Jean-Marie YANTE
L’archiviste,lenumériqueetl’avenir
Bruno DELMASTabledesauteurs
Inge ALBERT S,directrice scientifique, Institut de recherche Cognivaen
sciencesdel’information,Gatineau(Québec)
Françoise BANAT-BERGER, sous-directrice de la
politiqueinterministérielle etterritoriale des archivestraditionnelles et numériques,Service
interministérieldesArchivesdeFrance
Martin BOUCHER, directeur du développement informatiquedu Centre
d’éditionnumérique,UniversitédeMontréal
Olivier BUISSON, chercheur en traitement et analysed’images,Institut
nationaldel’audiovisuel,Paris
Bruno DELMAS,professeuràl’Écoledeschartes,Paris
Marie DEMOULIN, chercheur,doctoranteet assistanteau Centrede
Recherche Information, Droit et Sociétéaux Facultésuniversitaires
Notre-DamedelaPaixàNamur
Luciana DURANTI,professeuràl’UniversityofBritishColumbia
Jean-Claude GENOUD,chef de projets documentaires et patrimoniaux,
VilledeLausanne
Françoise HIRAUX,archiviste,UniversitécatholiquedeLouvain
Sabine MAS,professeur adjoint,École de bibliothéconomie et des
sciencesdel’information,UniversitédeMontréal
Dominique MAUREL,professeur adjoint,École de bibliothéconomie et
des sciencesdel’information,UniversitédeMontréalSébastien SOYEZ, archiviste, section Surveillance et Avis,Archives de
l’ÉtatenBelgique
Marie-Luce VIAUD, chercheur au département de la Recherche et
Expérimentation,Institutnationaldel’audiovisuel,Paris
Jean-Marie YANTE,professeuràl’UniversitécatholiquedeLouvain et à
l’UniversitéduLuxembourg
Jean-Daniel ZELLER,archivisteprincipal des Hôpitaux Universitaires de
GenèveetprofesseuràlaHauteécoledegestiondeGenèveLeschantiersdunumérique
Uneintroduction
FrançoiseHIRAUX
Nous sommesdans un basculement, c’est-à-dire dans une rupture. Il faut penser et envisager
les problèmes d’archives autrementpour le monde dans lequelnous entrons.C’est une attitude
intellectuelle, écouter ce que nous dit la société, ce que nous ditlecybermonde de l’internet.
BrunoDelmas
Nous sommes entrés dansunmoment de maturité– quin’est certes pas celuide la
stabilité. Le numériquen’est plus unhorizon, maisunfait général.Le stade des
expériences pilotes est lui-même dépassé. Lessolutions d’hiersont désormais de
mauvaisessolutions.Il s’agit de construiredes modèles,des règles et des pratiques
proprementnumériques.
Internet est,depuis dix ans,lanouvelle révolutionemboîtée dans la révolutio n
numérique. Ceciadesrépercussionsquant aux objetsàarchiver,deplus en plus
multimédias,deplus en plus évanescents... Mais l’implicationprincipale résidedans
les attentes et les pratiques desutilisateurs. La questiondes accès est désormais
primordialeà travers toute une chaîne de consécutions : miseàdisposition, indexation,
droitd’accès,préservationdel’authenticité,droitsd’exploitation...
Des problèmes immensessedressent comme l’explosion quantitative des données à
prendreen charge. De nouveaux modèles s’imposenttels l’engrènement de la
production et de la préservation des informations au plus en amont de leur cyclede vie.
Des fatalitéss’installent, au moins pour un temps: la pérennitédes données est
actuellement dans l’impasse, sans autre réponse que la fuite en avant.Avanttout,le
numériqueconsacrel’informationet introniseladonnée, au détriment– symbolique
aumoins–dudocument.
Au-delàdela technologie, la généralisation numériqueest une affairedecivilisation
et c’est en cestermes, en dépassant les écrans des mille etundéfisqui sepressent,
queles archivistes ontàenvisager la façondont ilsveulentservir lessociétés dont ils
fontpartie.10 Françoise Hiraux
1.Situer
En quinzeans,à peineplus, tout s’est enchaîné trèsvite. Les ordinateurs personnels
venaient de segénéraliser.Les entreprises,les administrations
publiques,lesstructures hospitalières et toutes les autres informatisaient leur gestionet leursservices.
Des centres de traitement des données (data center) semultipliaient pour répondre
aux besoinsquien résultaient.Internet monta en puissance et devintunphénomène
socialmassif.Bientôt,ildevint2.0 et promut l’interactivité. Depuis, la convergence
numérique– dont les applications destéléphones de dernièregénération donnent
une illustration spectaculaireet populaire– a ouvert l’espace toutàfait inédit des
mobilités numériques.Partout cela, notre rapport au monde,à autruiet à
l’information, sinonau savoir,enest transformé.
1.1.Laglobaliténumérique
Nous nous comportons et parfois nous nous vivons,dansune mesure qu’il faut
aussi relativiser,comme desspectateurs intéressés,des acteurs et des
consommateurs d’une planète web quidouble, influence et colorelesréalités concrètes du
monde,des économies,des sociétés larges et des sociabilités proches,amicales voire
familiales.Lacrise ravageusedes subprimes est plus qu’une affairede spéculationet
les millions de profils Facebook n’ontrien d’une anecdotedeconsommation. Un
articledu Mondedu31octobre 2011 titre:«Laplanète web devientl’enjeu centralde
la gouvernancemondiale».Ses auteurs,Thomas Gomart et JulienNocetti,y
analysent de ce point de vuel’affaireWikileaks,les Printemps arabes,les politiques de la
Chineet de la Russie autour de l’internet, la cybersécuritéet les mouvements
capitalistiquesqui sejouent autour destechnologies de l’informationet de la
communica1tio n . QuantàGoogle, l’autreemblème du monde numérique– qui, comme
Facebook, pèse très lourd économiquement–, il incarne, littéralement, une sociétédela
2requête laquelle, entrebeaucoupd’autres choses,bouleversele rapport à
l’informationetdynamise unenouvelleéconomiecognitive.
1Sans oublier d’autres pans de l’économie telsquelaproductiondu coltan et des métaux rares
nécessairesàlafabricationdes machines et le marché de l’équipement généralisé des organismes et des
individus, en rotation incessante, comme on le voit, par exemple, dans le renouvellement rapidedes
téléphonesmobiles.
2Geert LOVINK, «The society of the query and the Googlizationofour lives.A tribute toJosep h
Weizenbaum», publié le 5 septembre 2008,
<http://www.eurozine.com/articles/2008-09-05-lovinken.html>. Le même G.LovinkorganisaàAmsterdam, les 13 et 14novembre 2009, une rencontre sur
ces sujets dont Le Monde a rendu compteles 14, 17 et 19 octobre 2011 sous le titre général «Une
sociétédela requête».Leschantiers du numérique.Une introduction 11
1.2.Unfuturengagé
D’autres facteurs interviennenttellesquela technologisationdes activitésquel’on
voit particulièrement àl’œuvredans les domainestrèssensibles destransports
(l’éruptiondel’Eyjafjöllenavril 2010aimmobilisé l’Europe)etdel’énergie (lafaillite
dessystèmes de sécuritéàFukushima en mars 2011),l’interdépendance généralisée
de tous lessecteurs etune fortecomplexification des procédures de décision,
d’administrationet de gestion. Ces faits structurants engagent l’avenir.«Tout
s’allongeet nos actes et leurs conséquences nous poursuivent plus longtemps
3qu’autrefois,au-delàdel’échelle de nosvies » , souligne Bruno Delmas avant de
poursuivre: «Ilen résulte unbesoinaccru d’informationssur les actions
précédemment menées». La conséquence est immédiate. «Nous devons considérer
désormais les archives non plus comme une ressource pour les historiens,mais
comme unoutildegestiondessociétésà travers lesgénérations.Lamémoire fixée et
précisedes archives est indispensable pour assurer cettecontinuité, désormaisvitale
4pourl’homme.»
1.3.Lesdonnées,pivotdel’informationnumérique
La convergence de l’informatiqueet des nouvellestechnologies de communicatio n
modifieconsidérablement les archives et leur gestion. Le passagedu documentàla
donnéeenest sans doute le trait paradigmatique quiconvoque simultanément des
nécessités informatiques (ledocument comme tel ni son support n’entrent dans les
systèmes électroniques), détermine l’organisation de l’information(entrebases,
tableurs et moteurs de recherche) etrépond aux attentes desusagers dans l’univers
de la requêteévoquéplus haut.Reste le défi essentiel, celuidont la réponse est la
plus difficile car elle excèdel’ordrepratique. Le numériquepense selon les catégories
de l’accèsetde l’usageimmédiats etmême instantanés– quiformentsaperformance
et emportenttous lessuffrages–et méconnaîtstructurellement lesquestions liées à
lapréservationetl’utilisationàlong terme.
2.Lagestiondesarchivesdansl’universnumérique
Les archivistes avaient développé un savoir considérable autour de deux objets
stables: le document et l’inventaire. Chacun reposaitsur l’allianced’un support
physiqueet d’uncontenu fixé quelenumériqueabolit pareillement.Les opérations
fondamentalesde l’archivistique s’en voientprofondémentmodifiées.
3Bruno DELMAS,«L’archiviste,lenumériqueetl’avenir», voirci-dessous,p.195.
4 Ibidem.12 Françoise Hiraux
2.1.Préserverl’informationnumérique
L’élément capital quidistingue l’objet numérique tient dans la disjonction du
contenu et dusupport.Une archive, sous ce régime,est une information et non plus un
document matériellement constitué. Hier,ilfallait conserver des papiers,des
parchemins,des papyrus,des pellicules,destables et des ardoises,ce qui requérait
parfois bien dessoins; il s’agit aujourd’huidepréserver des lignes de codes.Une
révolutiondont les conséquencestechnologiques et les implications économiques et
organisationnellessontconsidérables.
Tout està
repenser,organiser,financer,opérer,dansunenvironnementtechnologiqueextrêmement fluant,particulièrement peu fait pour soutenir des fondations,et
dansun contextedecompétition industrielle et capitalistiqueextrême.Le cloud
computing fournitunexemple saisissant de la convergence des deux dimensions,lui qui
permetde stockerleursdonnéessur lessuperordinateursdotésde capacitésde calcul
et d’espaces considérables, regroupés par centaines de milliers dans de grands
hangars,des fermes de serveurs,appartenant le plus souvent à de grands groupes
informatiques.Onyvoitàl’œuvre,àlafois,des facteurstechnologiques (l’internetà très
haut débit,les performances des fibres optiques,lapuissance desserveurs,plusieurs
couches de software...), des batailles économiques dans lesquelless’affrontent les
leaders mondiaux,mais aussil’entêtante séductionde solutions
externesquidélivreraient les entreprises et les organismes de l’incessantecourseàl’évolutionde leurs
5matériels .
Unesalle d’unefermedeserveurs, 2011
5Unebonne synthèseéconomiquedansledossier«Cloudcomputing»du Mondedu12avril 2012.Leschantiers du numérique.Une introduction 13
Lamédiationdelamachineaccentuelapertinencedu records management.Lesdonnées
de toutenature,y compris les images,doivent êtreorganisées dès leur créationet
leur gestion(tri, conservation, élimination...), planifiée. L’évaluation quiconstitue
plus quejamais l’élément clé d’unarchivage véritable se trouve, elle aussi, reportée
touten amont.
Des critèrestypologiques éprouvés dans l’univers papiers’imposent pour les
archives publiques.Pour les archives privées et ce quiconcerne la
sphèreenpleinedilatationdes espacessemi-privés (les blogs,Facebook et Twitter...),ily faut,en plus,des
6politiques et très certainement une répartitiondesresponsabilités . Par ailleurs, avec
la généralisationduweb, seposent aussi toutes lesquestions oùsecroisent, sur fond
de droit,d’éthique et de profit commercial,laprotectionde la vie privée,le besoin
démocratiquede transparenceetlecadrecomplexedela réutilisationdesdonnées.
Le traitement desquestions de sécuritéet de fiabilitédes archives dans le monde
numériquebénéficie dusocle de ce quifait,depuis le départ,les compétences des
archivistes. Les analyses, les préconisations et les pilotessemultiplient et engrangent
lesrésultats, intellectuels et pratiques. Le terrainest nettement moins assurédu côté
de la préservation des archives numériquesàl’encontre de laquelle s’accumulent les
menacestechnologiques liées à la dégradationdes fichiers,migrationaprès
migration, et au déclassement des logicielsquicontrevient rapidementà toutepossibilité
de nouvelle consultation. Les plus grands organismessont-ils en mesured’y faire
face ? Au niveau moyen,c’est plutôt l’incertitude et le fatalisme qui règnent;presque
une pensée superstitieuse. Êtrearchivistedésormais, serait-ce alors exercersur ce
terrain unepenséeet une voix résolues?
La numérisationdes archives patrimoniales,explicitement liéeàdes actions de
valo7risatio n ,a servi la causedela transitionnumériquedesservices d’archives.En
réalité, quelquechosede très important s’y joue et dépasse l’opération technique quine
concernerajamaisqu’une faible partie des fonds:àl’âge de la consommationde
masse, il appartient aux archivistes de se soucier d’une gestiondurable des biens
collectifsquileur sont confiés.Resteà savoir dansquelle mesure le recoursàla
technologiey concourt ou non carsaconnivence aveclemonde économiqueet la
fuiteenavantqu’ellesdéterminentensemblene sauraitresterimpensée.
6La question fut débattuelors des douzièmes Journées des Archives de l’UCL, dont les actes paraîtront
début 2013.
7Autour du changement de millénaire, il n’était pas de mois sans que ne soit annoncé le lancement de
grands programmes d’éditorialisationnumérique et la mise en ligne de tel outel fonds prestigieux,
presquemythique, d’institutionsqui ne l’étaient pas moins.Aujourd’hui, l’événement occupe plus
rarement le devant de l’actualité, saufles cas exceptionnels : le 26avril 2012,la mairie de New York a
faitsavoirqu’elle ouvraitses archives photographiques au grand public (<http://www.nyc.gov/html/
records/home.html>).14 Françoise Hiraux
2.2.Décrireetcommuniquerdescorpusnumériques
Les archives numériques,les corpus volumineux et l’archivage sousrégime
électroniqueimpliquentdeprocéderàdenouvellesdescriptions.
Premier élément: la forme numériqueimpose quel’identificationintervienne dès la
créationdes documents.C’est l’affairedemétadonnées dont il faut construirele
corpstout comme on avait dû précédemmentstructurer les champs des notices des
anciennesfiches.Maisce quichangelaperspectiveest qu’il s’agitàprésentd’associer
systématiquement les producteursàcetteopération. En effet,
sil’informatiquepermetuncertainnombred’inscriptions automatiquesqu’il revient d’ailleurs aux
archivistes–et ce n’est pas peu de chose– de mettreen place avec les informaticiens,elle
ne supprimepas l’interventionnécessairedes producteurs. Le records managementne
fonctionne pas dans le pur ciel dessystèmes informatiques et la rechercheactuelle
porte surun records managementquiplace les besoins,lesusages et les habitudes des
8individusaucentrede sondispositif .
Deuxième élément: la descriptionet l’exploitationdes grands nombressont
impossibles par uninventaireclassique. Il y faut des indexations automatisées dont la mise
au pointseheurteaux nombreux obstaclessémantiquesquelelangagehumain pose
par essence et aux différences de nature qui séparent le fonctionnement de l’esprit et
9sacomplexitépsychiquedelalogiquenon moins contraignantedes machines . Les
difficultésredoublent pour les immenses corpus audiovisuelsquiajoutent aux
exigences dutraitement par lots la difficulté spécifiqued’être mal servie par l’ordredes
mots(du logos).
Troisième élément: l’usager est devenu,à la fois, unprescripteur important etu n
acteur qui se voitreconnaître un rôlemajeur dans la descriptiondes
archives.Prescripteur,parce lessystèmessont conçus en fonctionde ses besoins,de saculture et
ses pratiques. Et acteur, parce quedesvaleurssont désormaisreconnues autravail
collaboratif ; parce quel’on se trouveaujourd’huidansun renversementqui tient à
ce qu’il est impossible d’inventorierunpeu précisément les corpus de très grande
ampleur–c’est le cas de tous ceux de l’univers multimédia– ; et enfin, parce quele
repérage et l’identificationdes items s’effectuent,informatique aidant,au fildes
ajustements quinaissentdes requêtes des utilisateursetdeleursannotations.
8Voir,ci-dessous,Sabine MAS, DominiqueMAUREL et Inge ALBERTS,«Actualitédu recordsmanagement.
Uneexpérienced’approcheparlaclassificationàfacettes»,pp. 75-106.
9Un exemple: Roger ROBERTS,«Les normes de traitement documentaireet les problématiques
développées auseinduweb sémantique», in FrançoiseHIRAUX (ed.), Lesarchivesaudiovisuelles. Politiqueset
pratiquesdans la société de l’information, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant,coll. «Publications des
oArchivesdel’UCL», n 23, 2009,pp.149-163.Leschantiers du numérique.Une introduction 15
D’une façongénérale, l’accent est missur la visualisation, l’interactivitéet la
collaborativité, sur les cheminements intuitifs,la transversalitédes ressources et
10l’intermodalité qui sont autant de valeurs de l’univers numérique .Dansson exposé,
FrançoiseBanat-Berger nousrappelle aussicombien la miseen ligne d’instruments
de rechercheet de fonds d’archives numérisés «est devenue une politiqueàpart
entière des archivesquiprocède de véritables orientationsstratégiquestransformant
11profondément lesusages » . Jusqu’où aller? Qu’est-ce quiest impliqué, par
exemple, par la commercialisationdes données? Nous en avons débattu lors des
12JournéesdesArchives 2010dédiéesàla valorisatio n .
Quatrième élément: la descriptionet la communicationdes archives doivent
répondreàdes normes pour intégrer les impératifs de circulation et l’échange qui
sont les valeurs prééminentes du numériqueet le soubassement de son
fonctionnement.Des organismes internationaux et nationaux éditent–et parfois édictent–des
règles de présentation et de description quiconditionnentuncertainnombrede
validations.Des normess’imposent (ISO, AFNOR...) et impliquent des formats
d’export et d’échange (par exemple, le Dublin Core...), des métalangages (comme les
différents XML), desstructures d’encodage (l’EAD, EncodedArchival Description...)
et,de plus en plus,des protocoles de communication baséssur la transcription de
requêtescompréhensiblespourle web.
2.3.Administreretanimerdesservices
À travers les mouvements de fond qui reconfigurent la préservation, la descriptio n
et la communication, le numérique modifie aussiles modes d’organisation des
archivesetpousse l’évolutiondumétierdesarchivistes.
Bruno Delmas décrit celui-ci comme,plus résolument etsystématiquementque
13jamais,« unmétier d’administrateur,d’animateur et de savant »
quiappelle,Françoise Banat-Berger le souligne,des compétences «archivistiques,historiques,mais
également organisationnelles,avec ungoût prononcé pour le juridique etun
savoir14faireenmatièredemodélisationdes processus métier » . Cessavoirs etsavoir-faire
10La sociologiefait de cettenouvelle réalité un objet d’étude: PatriceFLICHY, Le sacredel’amateur.
Sociologie despassionsordinairesàl’ère du numérique, Paris, Éditions du Seuil, 2010.L’auteur a
assurélepremierexposédesonzièmesJournéesdesArchivesdel’UCL.
11FrançoiseBANAT-BERGER,«Les fonctions de l’archivistiqueàl’èredu numérique», voir ci-dessous,
p.42.
12FrançoiseHIRAUX et FrançoiseMIRGUET (eds), La valorisationdes archives.Une mission,des motivations,
desmodalités, descollaborations.Enjeuxetpratiques actuels, Louvain-la-Neuve, Éditions Academia,coll.
o«PublicationsdesArchivesdel’UCL», n 27, 2012.
13Bruno DELMAS, op. cit.,p. 202.
14FrançoiseBANAT-BERGER, op. cit.,p.58.16 Françoise Hiraux
qui regardent l’évaluation, la critique et la responsabilité en tantque tiers de
confiance,portent,à la fois, sur l’organisation
pratiquedeprocéduresquipasseellemême par l’analyseet l’expertise–laquelle,à son tour, requiert une maîtrisedela
littératurenormativeet la connaissance des partis pris ailleurs–etsur le conseilet
l’accompagnementqui supposentaussi unemissiondecontrôle.
L’objectif est d’atteindreà de nouveaux systèmes de préservationet de garantie des
informations dans la durée. Il engage tous les groupesstratégiques
d’unétablissement (le staffdes autorités,le serviced’information, l’équipe juridique...) et
concerne,à des degrés divers, tous les personnels.Ceci actualisepuissamment la place et
la responsabilitédel’archiviste quiont paru,à tort et à raison, êtredéstabilisées par
la montée en puissance des fonctions de GED et de BI (informatiquedécisionnelle).
Le mouvement est très certainementsignificatif quia conduit en 2011à redéfinir le
mandat des Archives de l’UniversitécatholiquedeLouvainetàétablirque,«partie
intégrantedusystèmed’informationglobal de l’Université»,celles-ci soient«
structurellement consultées pour tout projetde gestion d’informationayantunimpactsur
15laconservation,l’authentificationetlacommunication» .
«Lemaîtremot estàlamutualisationetà une souplesseaccrue sur les modes
16d’organisation. » Iciencore une visionidéologiquedu numérique, des
considérations issues de l’univers capitalistique quila soutient et des données de faittelsque
«lecontextedifficile de réorganisations profondes et permanentes des organismes et
17de contraction des budgets et desressources générales » secroisent.Mais il est
certain que les contraintes déterminées par lesréalités économiques limitent le
champd’effectuationdesrêves libres de la recherche informatique. Ellesrappellent
queles machines et l’énergie dont elles dépendent,les nombreuses couches de
software incluses dansun système, l’intelligence et le travail des hommes ontuncoût
important.
3.Lesexposés
18Marie Demoulin,juristeet chercheuse au CentredeRechercheInformation, Droit
et Société (CRIDS) aux Facultésuniversitaires Notre-Dame de la PaixàNamur pose
le cadrejuridiqueautravers des problématiques de l’obligation
légaledeconservation, desrègles de preuveet desresponsabilités confiées autiers de confiance. Elle
15MandatapprouvéparleConseil rectoraldel’UCL,le 21décembre 2011.
16FrançoiseBANAT-BERGER, op. cit.,p.57.
17 Ibidem,p.59.
18Marie Demoulinanotamment participé, en Belgique,àla rédaction de la loidu 11mars 2003 sur les
servicesdela sociétédel’informationetàl’élaborationd’uncadrejuridique surlestiersdeconfiance.Leschantiers du numérique.Une introduction 17
envisageàlafois lesquestionsque chaquearchivisteest amenéà seposer,par
exemple sur la valeur probante d’une copienumérique, et les éléments neufsque
soulèvent,dans des registres très différents,la signatureélectroniqueet le cloud
computing.
Deuxième thématique: les politiques nationales et les grands programmes
d’acculturationdu numériquedans le monde des archives.FrançoiseBanat-Berger,
en charge de la politique interministérielle etterritoriale pour les
archivestraditionnelles et numériques aux Archives de France nous présente dans cet esprit le cas des
archives publiques françaises.Son analyseporte sur les logiques numériques et leurs
effets dans la productionet la conservationdes documents publics et examine la
façondontilsinfluencentl’exercicedesfonctionsde l’archivistique.
Les deux exposéssuivants explorent lesquestions de typologieet d’organisation des
archives numériques.Jean-DanielZeller,archivisteprincipaldes Hôpitaux
universitaires de Genèveet professeur à la Hauteécole de gestionde Genève est engagé de
19longuedatedans l’acculturationdu numériquepar le monde des archives . Il nous
fait prendrelamesuredes différences de natureet de destination qui
spécifientrespectivementledocumentetla donnéeetpropose, exemplesetsolutionsàl’appui,de
dégagerune stratégie quipermettededépasser le conflit entrelagestion en mode
donnéesetlanécessitédeproduiredesdocuments sousformedepreuve.
Sabine Mas,professeur àl’Écoledebibliothéconomie et dessciences de
l’information(EBSI)del’UniversitédeMontréal, son collègueDominiqueMaurel et
Inge Alberts,directrice scientifiquedel’Institut de rechercheCognivaen sciences de
l’information travaillent aux moyens de rapprocher le records managementdes besoins
et des pratiques desusagers dans le cadred’une gestionpersonnelle ou décentralisée
de l’information. L’ossaturedeleur projet est de remplacer lessystèmes de
classificationhiérarchiques parune infrastructureàfacettes.Laclassificationà facettes
présentelegrandintérêt de mettreen relationlecontenu du document,plus proche des
besoins individuels,et le contextedans lequel ilaétécréé, incontournablepour les
besoins de gestion documentaire. L’aspect novateur du modèle ISIS dont il est
questionconsisteenl’inclusiondemodalités collaboratives et participatives par lesquelles
les individus peuvent jouerun rôleactif dans l’étiquetage des documents qu’ils
créent, reçoivent etutilisent.Nos collèguesrappellent l’importance primordialede
proposeràl’usagerunmodèle le plus simple, spécifiqueet exhaustif possible afin
d’alléger l’effort cognitif et affectif associéà tout acte classificatoire. Ils indiquent
quel’approche d’organisation et de description des documents numériquesqui
19Jean-Daniel Zelleraparticipéàla rédactiondurapport Stratégie globalepour l’archivage à long terme des
documents électroniques en Suisse édité en 2002 etafait partie de la Commissio n e-Archive (2003-2008).Il
participedepuis2009au«Groupede travail records managementetarchivageélectronique».18 Françoise Hiraux
reflète une démarcheintellectuelle déductiveetdescendante semble toujours avoirsa
place dansun univers technologique quifavorisepour sapart une approche
inductiveetascendante.
L’accompagnement,leconseilet la formation, on le voit, revêtentune grande
importance au moment oùunnombrecroissant d’administrations publiquesse
tournent vers des projets de dématérialisationdeleurs processus de travail, sous la
20poussée des impératifs de l’e-government. SébastienSoye z nous présenteles
orientationsetleseffortsdéployésence sensenBelgiqueparlesArchivesdel’État.
L’univers numérique rendà la diplomatiqueclassique toute son actualitéet la place
au cœur desresponsabilités des archivistes en tantque tiers de confiance. En
l’absence d’originaux et hors de leur milieu de productionpuisqu’il est impossible de
conserver les documents numériques et possible seulement de préserver notre
capacitéàlesreproduire encore et encore, comment peut-on prouver l’authenticitédes
21informations numériques des années après leur création ? LucianaDuranti est,e n
ces matières, undes guides les plus autorisés.Elle nous expose comment les
concepts de la diplomatique et de la criminalistique numérique, couplésà une gestio n
dès le début du cyclede vie,peuventsoutenir,à la fois,la préservationdela foides
documentsnumériquesetla vérificationdeleurauthenticitéaufildutemps.
Le repérageet la consultationdes contenus dansunenvironnement de masse posent
d’autres défis.Marie-Luce Viaudet Olivier Buisson, docteurs en informatique et
chercheursàl’Ina, décrivent et analysent les prototypessur lesquels ilstravaillent
d’extractiond’informations par des méthodes automatiques ousemi-automatiques
d’ensemblestrop grands pour être appréhendés directement parune approche
humaine. Ils donnent aussià l’utilisateur la positionclé de celui qui, accédant en
réalitélepremier aux documents,les annoteet contribueainsià la réalisationde
l’équivalentnumériquedel’inventairedumondeprécédent.
Les outils numériques ouvrent des possibilités,autrefois presquehors de portée, de
faireconverger les informations et de donnerune nouvelle cohérence, socialement
nécessaire, au patrimoine éparpillé par le temps.Lestravaux queJean-Claude
20SébastienSoyeztravaille au seindela section«Surveillanceet Avis»des Archives de l’État en
Belgique. Il est,par ailleurs, undes animateurs du groupe de travail«Archives électroniques»mis en place
début 2010parl’AssociationdesarchivistesfrancophonesdeBelgique(AAFB).
21Luciana Durantiest professeuràl’University of BritishColumbia.Elle dirigeleprojet de recherche
InterPARES (1999-2012) sur la préservationà long terme de documents électroniques authentiques.Elle
est expert pour l’UNESCO et active dans plusieurs organismes et associations internationaux.On luidoit
denombreuxouvragesde théoriearchivistiqueetdediplomatique.Leschantiers du numérique.Une introduction 19
22Genoud a menés et mène à Lausanne pour construiredes bases de donnéesqui
documentent lesressources des bibliothèques, des musées et des archives, mais aussi
desservices communaux enseignentqu’il faut travailler ensemble, entreinstitutions
et entre services,etrendre l’usager partenairedeplein droit.Se saisirrésolument de
toutes les fonctionnalités duweb pour construireceà quoi on ne le destinait pas
d’abord: un savoir, une mémoire qui durent autantqu’ilssepartagent. Retenir le
meilleur du records managementet des fondements de l’archivistiquecontemporaine et
nepashésiterà lesfaireévoluer.
Quantàla thématiquedel’éditionenligne des archives proprementdites,elle trouve
23une bonneintroductiondans la présentation quenousadonnéeMartin Boucher
de deux programmes de numérisationet de diffusionenligne du patrimoine
scientifique québécois et canadien, le portailde rechercheÉrudit et de la plateforme
nationaleduprojetSynergies.
Jean-Marie Yante, professeuràl’UniversitécatholiquedeLouvainauseindelaquelle
il est notamment en charge des enseignements de maîtriseenhistoireet en sciences
ettechnologies de l’informationet de la communication, nous propose unétat de la
questiondes évolutions du métier de l’archivistedans la perspectived’y former
adéquatement.Ilenvisageles dimensionstechniques et organisationnelles,demême que
les exigences légales et déontologiquesqui découlent de l’archivage numérique. Il
poseaussilesrepèresutiles aux débats qui sefont jour sur l’adaptationéventuelle
desprincipesdel’archivistiqueauxconditionsspécifiquesdumondenumérique.
Synthèse
24La conférence de clôturedeBruno Delmas aurait pu inaugurer nosrencontres et
cette introduction. Mais il est infiniment profitable aussi qu’elle lestermine,car
cha22Conservateur au Musée historiquedeLausannede1990à 2009, Jean-Claude Genoudaédité u n
système d’inventaireet d’informationenligne portant sur le contenu des musées communaux
lausannois et documentant des archives photographiques de l’administrationcommunale (<http://musees.
lausanne.ch/>). Il travaille actuellementàl’établissement d’u n recordsmanagementquicoiffe
l’administrationcommunaledans sonensemble.
23Martin Boucher est directeur du développement informatiquedu Centred’éditionnumérique (CEN)
de l’UniversitédeMontréal. Il assume la directionexécutiveet la codirectiondu comité techniquedu
projetpancanadienSynergiesainsi queladirection technologiquedelaplateforme québécoiseÉrudit.
24Après différentes fonctions aux Archives nationales d’outre-mer,aux Archives de la marine,àla
Directiondes Archives de France et des missions pour le PUD-UNESCO, Bruno Delmasadéveloppé la
formationdes archivistes à l’UniversitédeDakar avant d’être appeléàoccuper,à l’Écoledes chartes,la
nouvelle chaired’archivistique, de diplomatiqueet d’histoiredes institutions de l’époque
contemporaine. Iladirigé l’Inade1997à 2001et présidelaSection d’histoirecontemporaine et dutemps présent
du Comitédestravaux historiques etscientifiques.Ilest l’auteur de plus de deux cents ouvrages et
articlesdontu n Dictionnaire desarchivesen1991etunessai, La société sans mémoire,en 2006.20 Françoise Hiraux
cune et l’ensemble de ses propositions méritentune appropriation véritable qui
demandedutempsetunhorizon.
Elle montre quelebasculement numériqueest global etquec’està samesure,
aujourd’hui, queles archivesreçoivent leur nécessitépour répondreaux besoins des
individus et dessociétés, rencontrer l’immensedemande d’identitéet de
reconnaissance, satisfaireaux fondements des droits de l’Homme et contribueràlanécessité
vitaledeconnaîtrepour agir.Elle trace uncheminpour penser et envisager les
problèmes d’archives dans le monde dans lequel nous entrons et documentedes façons
de s’yprendre.Elleparledumétierd’archivisteetde son importance renouvelée.
Elle inviteavanttoutàconsidérer le sensqui s’attacheà l’actede teniràdispositio n
les marques de ce quiaété. Il n’a riendedécisif,encoremoins de révolutionnaire,
maisilpeutbeaucoupàl’instardesgestesposésen conscience.«Lesarchiveshierde
papier,aujourd’huinumériques, sontun élément essentieldelaconservationet de la
transmissiondeladiversitéculturelle quiest une des conditions du développement
25paisibledumonde.»
25Bruno DELMAS, op. cit.,p. 202.Quelquesaspectsjuridiquesdel’archivageélectronique
Marie DEMOULIN
Introduction
La questiondel’archivage et de la conservationdes documents n’est pas neuve: elle
seposedepuis quel’écriture existe. Depuis dessiècles,l’homme s’attacheà
organiser, trier, recenser et conserver des documents de toutes sortes pour assurer leur
pérennité. L’avènement destechnologies de l’informationet de la communicationet
la multiplication des documents électroniquessoulèvent la nécessitédepréserver ce
patrimoine numérique, sil’on veut conserverquelque trace de
l’hyperactivitécontemporaine.Par ailleurs,ilpeut s’avérer opportundenumériser des archives, tout
comme on les microfilmait autrefois,pour faciliter leur gestionet leur
accès,préserver l’informationd’unmanuscrit menacé par la corrosion, voiregagner de la place
en détruisant les originaux papier.Le volume de donnéesàconserver est souventtel
qu’ilconvientde lesorganiseretde les rationaliseravec soinpourpouvoirles
retrouver au moment opportun. Les données électroniques non protégées peuvent être
aisément accessibles,modifiées,c opiées, transmises ou effacées.Dès lors,des
mesures de sécuritédoivent êtreprises,proportionnéesàla valeur etàla sensibilitédes
données,afin de les préserver contredes altérations accidentelles ou frauduleuses et
de réserversinécessaireleur accès aux seules personnes autorisées.Enfin,lalisibilité
des données électroniques doit êtreassuréeàplus ou moins long terme :
lessupports de stockage, le matériel(hardware) et les logiciels (software) évoluent rapidement
etse succèdent, sibien qu’il est difficile de liredes fichiers enregistréssous des
formatspérimésousurdessupportsobsolètesoualtérés.
L’archivage électronique seprésenteainsicomme une opérationcomplexe,
requérant la miseenplace d’outilstechniques et organisationnels pointus en
vuedemaintenir l’intégrité, la traçabilitéet la lisibilitédes documents électroniques. Autant dire
queledéfiest de taille.Sur ce terrain, les préoccupations destechniciens et des
archivistesrejoignent celles des juristes, tant l’écrit est au cœur de notre système
juridique. Il imported’ailleurs de souligner le caractèrenécessairement
pluridisciplinairedel’archivage électronique. La mise sur pied d’unprojet en la matièreexigela