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Les grands reporters

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Description

Les récentes prises d'otages de journalistes français et étrangers ont mis en lumière les terribles conditions de travail des grands reporters. Chaque année, ce sont environ 100 professionnels de l'info qui tombent sur les différents théâtres de guerre et pas une semaine ne passe sans qu'un de ceux-ci soit enlevé, blessé ou emprisonné. En remontant le temps jusqu'aux pionniers (1850), Alexandre Janvier décrit donc l'évolution et les coulisses d'une profession qui fascine toujours les foules.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de lectures 320
EAN13 9782336260747
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

À Marie-Rose, Alexandra Boulat et Didier Lefèvre
ainsi qu’à tous les grands reporters ou membres
de la presse décédés, maltraités ou emprisonnés de
par le monde.TABLE DES MATIèRES LES GRANDS REPORTERS
PRÉFACE 11
INTRODUCTION 15
ère1 PARTIE : L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE 17
1. définition ......................................................................... 19
Les grands reporters à travers l’histoire ................................... 24
une fenêtre sur le monde ......................................................... 28
2. Les agenCes ...................................................................... 35
3. L’évoLution du matérieL ............................................... 42
du film lourd à l’extrême légèreté du numérique ..................... 42
L’envoi de la matière................................................................ 46
Les dérives du direct 49
L’apologie de la lenteur............................................................ 53
La technique du passager......................................................... 55
La composition du sac ............................................................. 56
Les armures de protection........................................................ 59
4. Les reporters amateurs ............................................... 62
L’“amateurisation” de l’info...................................................... 62
m. t out le monde devient rédacteur en chef............................ 65
5. Les femmes reporters ................................................... 69
6. Les reporters inCorporés ............................................ 75
Les rapports avec les armées.................................................... 75
une liberté plus jamais égalée.................................................. 76
Les pools et l’embedding autoritaire ........................................ 78
7GRANDS REPORTERS TABLE DES MATIèRES
Les alternatives à l’embedding................................................. 84
un système décrié par la profession ......................................... 87
Les rapports avec les ong ........................................................91
efficacité des images choc ?..................................................... 93
7. La vie dans Les hÔteL s et La ConCurrenCe .............. 100
Les métiers qui s’accordent 103
Les reporters anglo-saxons et les latins ..................................105
8. dernières évoLutions
dans Le traitement médiatiQue .....................................109
La conscience de l’image ........................................................109
Les corps montrés ...................................................................110
Le journalisme patriote ...........................................................112
La prudence de la presse.........................................................113
La désinformation115
e2 PARTIE : LES CONTRAINTES 119
9. Les dangers ....................................................................121
La difficulté d’être reporter en irak ........................................ 122
Les autres zones dangereuses pour les journalistes ................ 126
Les dangers indirects ............................................................. 132
10. Les prises d’otages ..................................................... 136
un phénomène récurrent ....................................................... 140
Les prises d’otages qui finissent mal… ................................... 142
Les motivations des preneurs d’otages 144
Le débat sur l’envoi des journalistes ...................................... 146
11. La peur .......................................................................... 152
8TABLE DES MATIèRES LES GRANDS REPORTERS
12. Les formations et Les armes .................................. 158
e3 PARTIE : LES CONSÉQUENCES 163
13. Les remises en Cause . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
un rôle parfois ambigu ...........................................................171
Le choc des photos….............................................................. 172
a contrario, faut-il occulter la réalité ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
14. Les émotions et L’esthétiQue ................................... 176
Les émotions.......................................................................... 176
L’esthétique............................................................................ 178
15. Les déCaLages ..............................................................181
Les retours au bercail181
Les demandes surprenantes.................................................... 183
Les gens dans la guerre.......................................................... 184
16. La psyChoLogie et La reLigion ................................ 186
L’opium du peuple des reporters ............................................ 187
e4 PARTIE : LES COULISSES 189
17. Les dossiers ................................................................. 193
18. Les visas ....................................................................... 195
19. Les assuranCes ........................................................... 199
20. La Composition de L’éQuipe ........................................201
9GRANDS REPORTERS TABLE DES MATIèRES
21. Le fixer .......................................................................... 203
22. Les finanCes ..................................................................207
La pression financière des rédactions...................................... 211
un monde en crise212
23. La vie de famiLLe .........................................................215
24. La détente .....................................................................219
25. Les festivaL s et Les réCompenses .......................... 222
ConCLusion ......................................................................... 225
L’humanisme.......................................................................... 227
Les qualités du grand reporter ................................................231
des leçons de vie…................................................................. 234
BiBLiographie .................................................................... 237
articles .................................................................................. 237
Livres..................................................................................... 243
enquêtes ................................................................................ 245
émissions de radio ................................................................ 245
étélévision ......................................................... 246
documentaire ........................................................................ 246
sites internet ......................................................................... 246
10PRÉFACE LES GRANDS REPORTERS
Les maraudeurs de l’info
Par Jean-Paul Marthoz
directeur éditorial de la revue Enjeux internationaux
auteur de Et Maintenant le Monde en Bref. Les Médias et le Nouveau
Désordre Mondial, editions grip , Complexe, 2006.
Coïncidence : le 4 juillet, au moment où je rédigeais cette préface, un
message de breaking news de la BBC a surgi sur l’écran de mon
ordinateur, annonçant la libération d’alan Johnston, après une captivité
de plus de 100 jours à gaza, apportant ainsi une fin heureuse à un
feuilleton qui risquait à tout moment de mal tourner. si les amis d’alan
pariaient sur un scénario à la florence aubenas, une longue
négociation suivie d’une remise en liberté, ils savaient aussi, depuis l’assassinat
du journaliste italien enzo Baldoni en irak en 2004, que les otages
occidentaux ne disposaient pas automatiquement d’un visa de retour
dans le monde de la raison.
partout, les rédactions et leurs directions ont dû tirer les leçons de
cette nouvelle agression contre le journalisme. et leurs conclusions – la
recherche de l’info mérite-t-elle vraiment qu’on prenne pour elle tant
de risques ? - compliquent encore davantage une des formes les plus
mythiques mais aussi les plus essentielles du journalisme : le grand
reportage.
Mythe et (parfois) triste réalité, conclut l’auteur de cette plongée
au cœur d’un métier, de ses rêves et de ses techniques, de ses passions
et de ses doutes, de ses grandeurs et de ses concessions. parmi les mille
contradictions de cet univers de l’information au milieu duquel
bourlinguent avec un inégal bonheur les envoyés spéciaux et les
correspondants de guerre, j’en retiens une : ces dernières années, alors qu’un
monde de plus en plus globalisé semble à portée immédiate d’un click
d’ordinateur ou de caméra gsm, le territoire de l’information s’est
ratatiné. Conséquence de la folie des hommes… ou de la rationalité des
comptables.
Comme l’affirmait déjà en 1991 Jean-Christophe rufin dans son livre
L’Empire et les nouveaux barbares, les terrae incognitae du siècle des
découvertes sont réapparues sur la carte du monde. placées sous la
coupe de groupes paramilitaires, de bandes criminelles, ethniques ou
religieuses, des régions sont interdites au journalisme. des provinces
tribales du Waziristan (pakistan) infestées par les t alibans jusqu’aux
11GRANDS REPORTERS PRÉFACE
forêts du magdalena medio (Colombie) parcourues par les meutes
prédatrices des farC et des paras, de la péninsule de Jaffna (sri Lanka)
aux villages du darfour (soudan), des drames se déroulent à huis clos.
Censée ouvrir une ère mondiale de liberté - cette fumeuse “fin de
l’histoire” prématurément annoncée par f rancis fukuyama-, la chute du
mur de Berlin a débouché sur une prolifération de barrières, de guérites
et de checkpoints.
aussi brutalement que le règne des kalachnikovs, la
soumission croissante du journalisme aux règles de l’économie et de la course
aux dividendes a changé les priorités de l’information. en dépit de la
prétendue consécration officielle des droits de l’homme comme l’aune
et le décodeur universels des tumultes contemporains, il y a
effectivement sur la planète des mondes inutiles, une hiérarchie et une
concurrence des victimes, des pays et donc des personnes qui ne comptent
pas, ou si peu, au moment de déterminer le menu du Jt , le thème de la
cover ou la manchette de la “une”.
dans ce contexte trouble et insécurisé, les journalistes ont
également cédé de trop larges pans de leur territoire à d’autres pourvoyeurs
de l’information. Les enquêteurs des ong de défense des droits de
l’homme, les médecins et secouristes humanitaires, et parfois même
les nouveaux missionnaires, pénètrent dans des régions où la presse
ne se rend plus, sauf en compagnie de militaires des nations unies ou
d’escortes officielles.
entraînés sans bouée dans les torrents des breaking news, les
journalistes sont de plus en plus des cibles faciles, des sitting ducks (canards
au repos), pour les spin doctors et les minders, ces agents omniprésents
de la grande et prospère industrie de la communication stratégique et
de la diplomatie publique. La vérité est, dit-on, la première victime
de la guerre, comme si cet adage excusait tout. Lors de la ruée vers
Bagdad, une grande partie de la “bonne presse” américaine a démontré
que le journaliste peut être une victime consentante, avide de servitude
volontaire.
Le résultat de ces concessions est désolant. dans l’imagerie
populaire, entre les emballements médiatiques et les grands déballages
qui inévitablement leur succèdent, entre les affirmations péremptoires
et les media culpa media maxima culpa, le “grand reportage” évoque
trop souvent la frime et le bidonnage et se reconnaît davantage aux
vestes kakis multi-poches et au gilet pare-balles qu’à l’exactitude et la
pertinence de l’information. Les parachutages de célèbres présentateurs
12PRÉFACE LES GRANDS REPORTERS
de télévision, la mèche gominée et le verbe assuré, sous les spots, “au
cœur des ténèbres”, ont caricaturé le genre.
même si certains de ses meilleurs praticiens cultivent la
flamboyance, les journalistes ont appris que le grand reportage est d’abord
une école de la découverte et donc de la modestie. Être sur le terrain,
à l’écoute des gens et surtout des petites gens, a traditionnellement été
le meilleur antidote aux manipulations et aux simplifications. “J’avais
longtemps cru, écrivait John simpson, célèbre bourlingueur de guerre
de la BBC, que l’essence du bon reportage consistait à montrer aux
gens que les sujets qu’ils croyaient trop compliqués pouvaient en fait
être simplement et facilement expliqués. Aujourd’hui, je suis persuadé
qu’il consiste à faire comprendre aux gens que les grandes questions du
jour sont généralement très compliquées et que des réponses simples et
improvisées – ramenons les troupes à la maison, écrasons les insurgés,
faisons quelque chose - sont souvent le signe de l’impatience et de
l’ignorance, et non de la compréhension”.
Les mains dans le cambouis, les pieds dans la gadoue, au milieu
des champs de mines, le grand reportage s’oppose par définition au
manichéisme, à cette obsession de désigner sans nuances les bons et
les mauvais qui trop souvent maquille la réalité et, en fin de compte,
entache le sentiment d’humanité. L’ancien correspondant du new york
times à saigon, david halberstam, récemment décédé, fut irremplaçable
lors de la guerre du v ietnam non pas, comme le croyaient les
adversaires de la guerre, parce qu’il critiquait l’“empire américain”, mais
bien parce que dans sa recherche de la vérité, il témoignait simplement,
rigoureusement, de ce qu’il voyait, “disant tristement la vérité triste,
ennuyeusement la vérité ennuyeuse” (Charles péguy). exposant sa “part
de vérité”, celle qui dérange. Contre les raccourcis idéologiques et les
aveuglements patriotiques.
face aux tragédies qui ravagent des sociétés happées dans la spirale
de la violence génocidaire et de l’intolérance ethnique ou intégriste, la
presse doit choisir son camp, celui de la dignité humaine, comme il lui
devait de prendre parti contre la barbarie lors des massacres coloniaux
ou de l’holocauste. L’impartialité dans la collecte des faits n’implique
jamais la neutralité face au crime.
or, la ligne d’un journal ne se définit pas seulement dans ses
éditoriaux. elle se forge tout autant dans ses choix de collecte et de
traitement de l’information. Le grand reportage est aussi un engagement.
envoyer un journaliste au darfour, lorsque tout le monde a les yeux
fixés sur l’irak ou sur paris hilton, relève d’une décision éditoriale,
13GRANDS REPORTERS PRÉFACE
c’est-à-dire d’une prise de position. dans ce capharnaüm que sont
devenus les médias, les reporters sont les empêcheurs de pérorer et de
pontifier en rond. ils sont les garants de l’intégrité d’un métier qui reste
fondé sur le devoir de témoignage et de connaissance. “Si la photo
n’est pas bonne, c’est parce que vous n’étiez pas assez près”,
s’exclamait robert Capa. si le journalisme n’est pas assez bon, c’est souvent
en effet une question de distance : trop éloigné du terrain, trop proche
des pouvoirs ; trop loin des gens, trop près de l’antenne de transmission
et des deadlines.
en nous guidant au cœur de ce monde des grands reporters, entre
les écueils d’une machine médiatique tour à tour assoupie et haletante,
en nous décrivant les pratiques et les ambitions d’une profession en
proie au doute, en nous présentant les regards de dizaines de reporters
attachés à leur métier, l’auteur nous rappelle constamment que le
journalisme s’exprime dans la recherche obstinée et têtue des faits, “just the
facts”. et qu’il est animé par la conviction que l’information, comme le
proclama un magnat de la presse britannique, “c’est quelque chose que
quelqu’un cherche à vous cacher, le reste n’est que de la propagande”.
hommage donc aux maraudeurs de l’info…
14Introduction
Bruxelles, 31 août 2004 1h27
insomnie.
J’ai 24 ans. Je suis journaliste. Je ne trouve pas le sommeil en cette
fin d’été. ma femme, elle, dort paisiblement. Je la regarde
emmitouflée dans l’édredon, belle comme jamais. à la même heure à paris,
dans quel état sont les proches de georges malbrunot ou de Christian
Chesnot ? Combien de larmes dégoulinent sur les joues de l’épouse
d’enzo Baldoni, journaliste italien tué voici trois jours ? son
gouvernement refusait de céder au chantage des ravisseurs. L’ultimatum pour les
français est reporté de 24 heures…
Comment vivre avec cette incertitude ? Comment continuer à
travailler, rire, chanter, respirer tout simplement alors que la vie de
votre frère ou de votre fils tient à un rien ? Comment accepter ce destin
tragique ? t omber pour son métier ? seul un soldat ivre de bravoure et
d’amour inconditionnel pour sa patrie le cautionnerait.
Comme beaucoup de jeunes gens à 18 ans, j’ai opté pour des études
de journalisme. Contrairement à ceux qui vous diront qu’ils sont un
peu tombés dedans par hasard, j’ai entamé mon cursus universitaire
par pure vocation. véritable passionné d’information, j’étais fasciné
par ces reporters envoyés au feu de l’actualité.
un homme tombe devant la caméra. scoop pour la BBC. Le
technicien aura la caméra d’or au festival de l’inconscience. Je me
rappellerai toujours le témoignage de ce cameraman anglais qui expliquait
qu’alors qu’il filmait le conflit en yougoslavie, l’objectif de son appareil
lui faisait perdre toute notion du danger réel. Le journaliste qui
l’accompagnait avait plus d’une fois dû le plaquer au sol tel un rugbyman
pour lui faire éviter des balles sifflant dans leur direction.
Comment expliquer cette passion de “l’instant” si chère au regretté
Cartier-Bresson, ce mépris de toute vigilance ? pour quoi risquer sa vie ?
se rendre dans une ville en état de siège pour quelques billets d’une
15GRANDS REPORTERS INTRODUCTION
minute dans des journaux parlés ? “La” photo “du” soldat au “moment”
fatidique où il terrasse son ennemi, le regard figé sur l’arme de son
bourreau ? L’image de cet enfant agonisant dans les bras de son père,
tous 2 pris entre 2 feux dans une rue de guerre civile ?
têtes brûlées ne vivant que pour l’adrénaline de ces moments qui
échappent au commun des mortels. ils passionnent. ils inquiètent. ils
fascinent. ils tremblent…
Je leur dédie ce livre car secrètement je rêve d’être un des leurs. Je
suis comme un enfant devant tant d’aventures même si je sais
maintenant que leurs conditions de travail sont souvent terribles. et pourtant
c’est une forme d’hommage sans complaisance que je ferai ici. Car, et
c’est l’intérêt principal de cet ouvrage, je veux vous faire découvrir
l’envers du décor. Ce qui se cache derrière la minute trente que nous
regardons passivement tous les soirs au journal télévisé. Quelle est
la véritable histoire de cette photo prise dans un moment d’histoire ?
Comment vit-on avant, pendant et après un reportage ? Les anecdotes
d’une expédition, les atmosphères que l’on ne capte pas forcément,
les multiples difficultés rencontrées, les émotions vécues par l’équipe
pendant les tournages. un univers passionnant dont je vais tenter de
vous ouvrir quelques portes.
J’ai pour cela interviewé une cinquantaine de reporters, tous médias
confondus. J’ai lu leurs livres, leurs articles, leurs enquêtes, analysé
photos, films et sites internet, décortiqué leurs reportages sonores ou
télévisés. J’en ai côtoyé également dans ma rédaction, écouté leurs
histoires, bu leurs paroles ; et toutes ces rencontres m’ont à chaque fois
enrichi sur ce monde aussi fascinant qu’impitoyable.
alors, prêts pour le voyage aux pays des grands reporters ?
du mythe à la (parfois) triste réalité…
16ère1 partie :
L’ÉVOLUTION À TRAVERS
L’HISTOIRE1 DÉFINITION
a vant toute chose, perçons le mystère qui plane autour du “grand
reporter”. Que cache cet adjectif qui semble avoir joué un rôle dans la
mythification autour de ces journalistes ? Les a-t-on toujours appelés
ainsi ? utilise-t-on toujours ce titre actuellement ? Comment les grands
reporters ont-ils été perçus au fur et à mesure de l’histoire de la
presse ?
Le terme reporter est introduit par stendhal en 1829. il vient du
verbe anglais “to report” qui signifie rapporter ou relater. Le terme
entre dans le langage journalistique aux etats-unis après la guerre de
sécession et se répand alors dans d’autres langues.
et si l’on en croit le très sérieux Dictionnaire International des Termes
Littéraires (DITL), cette activité n’a pas toujours eu bonne réputation.
on y apprend, en effet, que le mot reportage apparaît tout d’abord en
eanglais au milieu du 19 siècle et est entendu au sens de “cancan” ou
de “commérage”. il s’agit en fait de la juxtaposition du mot “report” et
du suffixe “age” emprunté au français argotique, probablement pour
attribuer cette détestable activité à la frivolité supposée des f rançais :
1le “cancanage” . Myriam Boucharenc, auteur d’un formidable ouvrage
sur les écrivains-reporters, cite quelques appellations dédaigneuses de
l’époque : “Dès les années 1870, le petit reporter indiscret et sans
scrupule défraie la chronique et fait son entrée dans le dictionnaire comme
2“racoleur de nouvelles” et “écrivain subalterne” .
Loin d’être une exclusivité hexagonale, Raymond Manevy nous fait
remarquer dans son livre La presse française de Renaudot à Rochefort
(paru en 1958) l’origine probable de cette mauvaise réputation : “Les
ancêtres des reporters modernes étaient les nouvellistes à la main. Ils
parcouraient les villes, se faufilaient dans les salons, se réunissaient
dans les tavernes pour échanger des informations, inventaient des
nouvelles quand ils n’en avaient pas à vendre aux directeurs des
journaux. Le plus souvent aux alentours des lieux de pouvoir (la noblesse
ou l’Eglise), ils étaient tout à la fois appréciés pour les services rendus
1 “Reportage”, Joëlle Deluche et Jean-Marie Grassin, in : www.ditl.info, 4 mars 2003.
2 M. BOUCHARENC, L’Écrivain-reporter au cœur des années trente, Presses Universitaires du
Septentrion, 2004.
19GRANDS REPORTERS L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE
3et méprisés pour leur travail que l’on comparait à de la prostitution.”
il fut même un temps où d’autres mettaient en page les informations
glanées sur le terrain. mais cette période fut extrêmement courte et la
tendance s’est heureusement rapidement inversée.
a vec le temps, le reporter accède à un certain rang et son statut
est petit à petit reconnu. pour plusieurs raisons, comme le fait par
exemple de côtoyer des personnalités du monde : “Il pénètre dans les
coins les plus secrets, il tourne ou surmonte tous les obstacles, aborde
les plus hauts personnages, suit les ministres en voyage, les armées en
manœuvre, même en campagne, héroïque souvent par simple curiosité,
et quelquefois sournois, inventant les faits divers quand il n’en a pas à
4se mettre sous la dent. Quel homme, quel homme !”
on parle également de “grands reporters” en opposition aux “petits
reporters” ou aux “reporters” (sans adjectif de taille…) qui sont eux
cantonnés à une rubrique moins prestigieuse, celle que l’on appelle
assez vulgairement “les chiens écrasés”. mais ce titre de “grand reporter”
évoque aussi, dans la légende, l’aventure, l’exotisme dans des pays
lointains, inconnus et pleins de dangers que les “baroudeurs”
traversent comme les flammes pour ramener leur reportage… et ce mythe
du journaliste qui parcourt les continents au péril de sa vie, un petit
calepin à la main, semble toujours présent dans les esprits. Le grand
reporter continue en effet d’incarner l’indépendance et la noblesse d’une
profession bercée par les récits ramenés par ces pionniers qui ont éveillé
l’imagination des lecteurs, les faisant rêver à des mondes magnifiques.
il faut dire que, les images n’étant pas légion, le journaliste pouvait
s’en donner à cœur joie à coup de longues descriptions des paysages et
des couleurs rencontrés. et comme la presse est également révélatrice de
son époque, les lecteurs vont, avec la première guerre mondiale, s’ouvrir
vers l’extérieur grâce à ces récits rapportés du front à l’étranger. petit à
5petit, il y aura une ouverture, “un changement d’échelle” comme le dit
Thomas Ferenczi du Monde. plus tard encore, au travers des romans et
3 “Aux origines du journalisme, le reportage”, Denis Ruellan, in : www.cyberjournalisme.com.
ulaval.ca.
4 WOGAN T. (de), Manuel des gens de lettres – Le journal, le livre, le théâtre, Firmin Didot,
1898.
5 “Les Transformations du Journalisme” Thomas Ferenczi, in : Compte-rendu du colloque
“Traces de 14-18” 27 avril 1996, Editions les Audois.
20L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE LES GRANDS REPORTES
des films, le reportage apparaîtra toujours comme le genre-roi du
jour6nalisme, avec un piédestal particulier pour le grand reportage.
on ne peut, cela dit, parler des grands reporters sans évoquer les
écrivains-reporters. alors qu’aujourd’hui, cette double casquette se
fait plus rare, au début du siècle passé, la grande majorité des grands
reporters était écrivain. Certains d’entre eux trouvaient d’ailleurs un
complément à leur métier en étant reporter, et puisaient au cœur de
leurs rencontres occasionnées pour leurs articles les futurs personnages
de leurs romans. L’exemple le plus célèbre est sans conteste Joseph
Kessel pour son livre Le Lion, mais bien d’autres grands noms de
l’écriture comme Blaise Cendrars, Ernest Hemingway, Gaston Leroux,
7Malraux, Maurice Dekobra , Georges Simenon, Mac Orlan feront de
même.
en fait, beaucoup de grands quotidiens, en perte de prestige et de
lecteurs pendant la première g uerre mondiale à cause notamment du
“bourrage de crâne”, font appel aux écrivains de renom pour augmenter
leurs tirages. Car le public est très friand de cette nouvelle façon de
faire de l’actualité : non pas donner l’information brute, mais aider le
lecteur à visualiser, à l’aide de larges descriptions, tant les paysages que
les personnes rencontrés. Ce fut un grand succès. un exemple ? Kessel à
lui seul fait monter le tirage d’un journal comme Le Matin de 150 000
exemplaires. surtout qu’à l’époque, les éditions spéciales sont
annoncées à la criée ou par affichage des jours à l’avance. il y a donc un
véritable effort publicitaire réalisé par les rédactions. pourtant comme
le dit Myriam Boucharenc, “si le reportage a traversé le domaine de la
littérature, il ne s’y est pas fixé. À peine reconnu que déjà concurrencé
par l’essor de l’image et de la radio, il quitte le devant de la scène
litté8raire avant même de s’être codifié et théorisé. ”
L’incroyable légende de ces hommes de l’époque doit, enfin,
beaucoup aux différents récits de leurs voyages et surtout aux conditions
6 “Aux origines du journalisme, le reportage”, Denis Ruellan, in : www.cyberjournalisme.com.
ulaval.ca.
7 Un des écrivains les plus populaires de l’entre-deux-guerres qui par certains côtés
romanesques a entretenu une véritable légende. Lors de ses nombreux voyages, il aimait à porter
des culottes de golf, ce qui fait dire à son biographe, Philippe Collas, qu’il aurait inspiré le
personnage de Tintin à Hergé.
8 M. BOUCHARENC, L’Écrivain-reporter au cœur des années trente, Presses Universitaires du
Septentrion, 2004, p.10.
21GRANDS REPORTERS L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE
de transport. ainsi, l’un des plus grands écrivains-reporters, Henry
de Monfreid, connaît une vie d’aventures tant sur terre que sur mer.
on l’aperçoit pêcheur de perles en mer r ouge, explorateur, trafiquant
d’armes, écrivain, contrebandier de tabac et de haschich, bref un
aventurier qui s’inspire de ses péripéties pour le récit de ses romans. s a
rencontre avec Joseph Kessel est décisive : suivant son conseil il se met
à écrire. on prête d’ailleurs à Kessel des randonnées de 8 heures à dos
d’éléphant ou de mulet, des heures et des heures au volant d’une jeep
pour traverser la savane. t out cela entrecoupé de marches à pied sur
des kilomètres. Bref, des exploits physiques pour atteindre les points les
plus reculés du globe, et ainsi aller chercher les infos au cœur même
de l’aventure. mais on rapporte aussi que ces hommes, mus par un
réel besoin d’évasion, prenaient littéralement leur pied dans l’effort
physique. Certains comme Albert Londres parlent même de vice du
voyage, de besoin de courir les risques et le monde à la fois. Les avions
n’existant pas ou à un stade très peu développé, il fallait dès lors bien
9parler d’expédition même pour aller ne fût-ce qu’en afrique …
d’aucuns disent que le prestige de ces hommes a baissé d’un cran
le jour où les transports se sont modernisés et où les voyages se sont
généralisés ; même si certains clichés relayés par le cinéma ont
entretenu le prestige du grand reporter : homme bronzé, baraqué, barbe d’une
semaine, séduisant mais surtout séducteur de belles femmes,
légèrement alcoolique pour oublier les horreurs et tenir le coup
psychologiquement, flambeur, prêt à tout pour rapporter des images du front.
pour revenir à la notion de “grand”, le maître incontesté Pierre
Assouline explique que “s’il en est des grands, il en est donc des petits.
Le grand reporter serait l’homme qui précède l’événement, et le petit
celui qui suit. En fait, il apparaît que dans l’esprit des journalistes du
début de siècle, tout est une question de distance. Comme s’il fallait
absolument quitter la France pour gagner ses galons dans l’ordre du
10haut journalisme.” idem pour certains dictionnaires journalistiques
même récents, pour qui la distance revêt également de l’importance :
“Le grand reporter est un collaborateur chevronné auquel sont confiés
les reportages sur les affaires importantes et ceux qui exigent un long
9 Londres mit par exemple plus de 50 jours pour faire le voyage de Paris jusqu’à
SaintPétersbourg (Petrograd à l’époque) et périra en 1932 dans l’incendie du paquebot Georges
Philippar qui le ramenait d’un énième voyage en Chine, emportant avec lui le secret de son
ultime reportage.
10 “Réalité ou point de vue”, Edgar Ros, in : www.cndp.fr/revueTDC, mars 1999.
22L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE LES GRANDS REPORTES
déplacement, quand l’événement dépasse les possibilités du
correspon11dant local.” mais pour beaucoup, le grand reportage ne recouvre pas
toujours cette notion d’éloignement. il s’exerce aussi bien dans une
ville de province qu’à 10 000 kilomètres. Michel Parbot déclare ainsi :
“Point n’est besoin, pour être grand reporter, de parcourir le monde. Le
12sujet, la matière, peut se trouver devant votre porte.”
notons enfin que le titre de grand reporter n’est pas uniquement
dévolu à l’info internationale. il s’applique également à des services
comme l’économie, la société (les infos dites générales) et même parfois
le sport. dans ces autres cas, il s’agit plus d’un état d’esprit et d’un travail
d’enquête approfondi sur certains sujets (sans forcément un rapport
direct avec l’actualité) que d’un voyage dans une contrée lointaine.
pour Karelle Ménine de la radio suisse romande, “le grand
reportage est le reportage qui ouvre grand un regard sur une situation à un
moment donné. Il sera un excellent reportage s’il est à la hauteur d’un
questionnement nouveau, surprenant, signature du reporter. Et grand
ne signifie pas loin”. Le (petit) reportage consiste donc “seulement” à
rapporter des faits bruts quand le grand correspond à la perception
d’ensemble d’une réalité sociale.
Le titre de grand reporter revêt aussi dans certaines rédactions une
valeur hiérarchique. dans le système d’échelle de certaines maisons,
il constitue un grade donné suivant l’ancienneté, la compétence ou
la reconnaissance professionnelle. mais il s’agit d’une notion parfois
abstraite tant certains - qui en portent le titre - ne font jamais ce type
de reportage, et d’autres - qui sont en permanence sur le terrain -
ne l’ont pas. Ce statut n’existe d’ailleurs pas partout en Belgique, au
contraire de la france où il est reconnu dans la hiérarchie
journalistique, moins au niveau social que financier. il s’agit parfois plus d’une
valeur honorifique, résultat d’un ou plusieurs reportages appréciés. pour
beaucoup, l’expression est presque un peu dépassée. a insi pour Willy
Vandervorst de la rtBf radio, “c’est une appellation qui était valable
il y a 30 ans ou plus, à l’époque où voyager et émettre était beaucoup
plus difficile”. et cette dénomination peut parfois même revêtir un
aspect cocasse. Comme avec Jacques Danois, l’ancien grand reporter
11 CFPJ (Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes), Le Glossaire des termes
de presse, CFPJ, 1987.
12 “Réalité ou point de vue”, Edgar Ros, in : www.cndp.fr/revueTDC, mars 1999.
23GRANDS REPORTERS L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE
de rtL, qui du fait de sa petite taille avait toujours été surnommé “le
petit”, et qui déclare avec humour : “Lorsque j’ai été promu “grand
reporter”, il m’a fallu faire preuve d’autodérision. Mais je sais que ce
13n’est pas le reporter qui est grand, c’est l’événement qu’il couvre” .
Les grands reporters à travers l’Histoire
voyons à présent, à travers l’histoire, les étapes importantes du
métier de grand reporter et quelques grands noms qui ont marqué le
journalisme de terrain.
Le 4 mars 1678, g and la cité indomptable fut le théâtre d’une
bataille qui fut la première à laquelle assistaient les écrivains. t outefois
ceux-ci s’y intéressèrent mais de loin. Boileau aurait répondu au roi
qui l’interrogeait :
- “Sire, j’étais à cent pas.
- N’aviez-vous pas peur ?
- Oui Sire, je tremblais beaucoup pour Votre Majesté… et encore
14plus pour moi” .
il est en fait quasi impossible de dater la naissance du grand
reportage tant, à travers les temps, les hommes ont toujours rapporté les
récits des guerres ou des expéditions qu’ils menaient. et même si avant
l’invention de la presse, ce rôle était largement réservé aux écrivains ou
15aux poètes , d’autres professions ont d’une certaine manière contribué à
répandre ces nouvelles connaissances. Les auteurs des premiers carnets
de voyage sont des ingénieurs ou des scientifiques dotés d’un joli coup
de crayon, mais surtout d’un grand sens de la précision. à l’instar de
duplessis, qui accompagne une expédition mandatée par Louis xiv
en t erre de feu, ils ont pour mission de répertorier les découvertes de
16toutes sortes .
13 J. DANOIS, Eclats de mémoire, Editions Les Dossiers d’Aquitaine, 2005, p.25.
14 CARLO BRONNE, Hemingway et Jean Racine, reporters de guerre en Ardenne, Editions JM
Collet, 1985, p. 91.
15 On peut par exemple citer Pline Le Jeune qui décrivit l’éruption du Vésuve à Pompéi en 79
avant JC.
16 “Sur les nouvelles pistes du carnet de voyage”, Frédérique Deschamps, in : Libération, 7
décembre 2004.
24L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE LES GRANDS REPORTES
epourtant il faudra attendre le 19 siècle pour réellement parler
d’articles de presse. C’est en effet l’heure des premiers magazines
d’actualité comme l’Illustration ou l’Illustrated London News, qui, comme
leur nom l’indique, se composent d’articles illustrés à l’aide de dessins.
t outefois, l’authenticité de ceux-ci n’est pas toujours garantie. “Ils sont
réalisés sur les lieux même de l’action, mais sont bien souvent
réinterprétés voire carrément inventés par leurs auteurs se fiant à des rumeurs
ou à des témoignages pas toujours très fiables. Et, il faudra une
succes17sion d’inventions en tout genre pour que la photo les remplace” .
on évalue donc la naissance de celle-ci aux alentours de la fin
des années 1830. elle serait en fait l’aboutissement des travaux de 2
chercheurs, l’un français, Nicéphore Niépce et l’autre anglais William
18Henry Fox-Talbot . L’époque est, comme on le sait, chargée de
révolutions et de conflits en tout genre, mais c’est surtout outre-atlantique
que se démarqueront véritablement les pionniers du photojournalisme.
ainsi, durant le conflit qui oppose le t exas au mexique en 1846, un
certain Charles Betts réalise déjà des portraits de soldats, mais c’est lors
de la guerre de Crimée (1853-1856), qu’on voit apparaître les premiers
réels reportages de guerre. Ceux-ci sont l’œuvre notamment de Carol
Szathmari, un peintre d’origine roumaine qui réalisera quelque 300
images calotypes, principalement de la vie dans les camps militaires.
on épingle surtout Roger Fenton qui ramènera de ce conflit
quelques centaines de portraits de soldats ou de camps militaires. financé
par un éditeur de manchester, il est également le premier journaliste
19“embedded ” de l’histoire, contraint comme nombre de nos
contemporains à une certaine forme de censure. pour pouvoir accompagner
les soldats, il doit suivre à la lettre les conditions imposées par la
reine victoria, c’est-à-dire, ne pas montrer le sang des soldats blessés
ou morts au combat. de plus, les conditions techniques de l’époque
sont déplorables et ne permettent pas encore de prendre une scène en
mouvement. Les photos ne seront pas publiées telles quelles et seront
recopiées par des dessinateurs graveurs. Ce qui fait que les “clichés”
diffusés dans l’Illustrated London News et Il Fotografo sont tronqués et
le résultat donne une version idyllique de cette guerre. il devra
également travailler dans des conditions terribles, passant du froid glacial
17 P-J. AMAR, Le Photojournalisme, Nathan Université, 1999.
18 “Le Temps du doute”, Edgar Roskis, in : www.cndp.fr, mars 1998.
19 “embedded” signifie incorporé (Voir chapitre Embedded page 75).
25GRANDS REPORTERS L’ÉVOLUTION À TRAVERS l’HISTOIRE
à la chaleur insoutenable, et par ailleurs lutter contre l’épidémie de
choléra qui sévit alors dans les troupes. atteint par la maladie, il sera
remplacé par James Robertson et Felice Beato, tous 2 photographes
officiels de l’armée britannique, qui, tout en ne rapportant toujours pas
20de photos de victimes, ramèneront des images de ses conséquences .
il faut bien dire aussi que le matériel de l’époque se prête assez
mal aux exigences d’une guerre. Le procédé employé pour prendre ces
clichés est le daguerréotype. L’un de ses inconvénients principaux est la
lenteur (parfois plusieurs heures de pose…). Les photographes ne
pourront donc ramener que des images fixes de panoramas d’après bataille.
Celui-ci sera remplacé assez vite par le calotype, procédé de négatif sur
papier, puis par le procédé au collodion. Cette méthode va éclipser les
autres jusqu’au nouveau siècle, par la qualité des résultats, malgré son
fonctionnement compliqué, basé sur un mélange de produits chimiques
disposé sur plaque de verre, et un inconvénient majeur : le transport du
matériel.
un ingénieux personnage résout ce problème en promenant son
laboratoire mobile à l’aide d’un chariot racheté à un ancien marchand
de vin. Matthew Brady couvre la guerre de sécession (1861 – 1865)
en suivant les troupes sur les champs de bataille. il prend plus de 8000
clichés, relatant les terribles réalités de la guerre qu’il subit également :
21blessé, il connaîtra la faim pendant le conflit . C’est aussi l’un des
premiers qui entreverra dans son travail une source financière non
négligeable. s on but sera dès lors de vendre ses clichés au
gouvernement, mais celui-ci mettra près de 15 ans à les acquérir, le tout pour une
somme plus que modique. même s’il reste Le témoin de cette guerre, il
terminera ruiné alors que ses clichés ornent désormais les murs de la
22Bibliothèque du Congrès à Washington …
Cette guerre restera aussi la première dont on voit les cadavres et où
les photographes portent un jugement moral sur les événements qu’ils
couvrent. L’évolution des appareils se poursuit durant le conflit. on
assiste notamment à une première “miniaturisation”, qui permet aux
photographes de travailler plus discrètement et de prendre les gens sur
20 P-J. AMAR, Le Photojournalisme, Nathan Université, 1999, p. 27.
21 A. BARRET, Les premiers reporters photographes 1848-1914, Duponchelle, 1977, p. 13.
22 A. , Les prr1977, p. 49.
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