Magazine Le Figaro du 08 janvier 2010

Magazine Le Figaro du 08 janvier 2010

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Redecouvrez le Figaro magazine du 08/01/2010

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Date de parution 08 janvier 2010
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Langue Français

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1,30€ vendredi8janvier2010 -LeFigaroN°20353-www.lefigaro.fr-Francemétropolitaineuniquement
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faitlepointpour
«LeFigaro»PAGE Séguin,
18
Palmrevient
enFrance lapassion
avecSFR PAGE22
UnePME dela
allemandepour
construirele
satelliteGalileo République
PAGE21
Le président de la Cour des comptes
est mort subitement d’une crise
cardiaque hier matin. Ses obsèques
auront lieu lundi aux Invalides,LecampObama
à Paris, en présence du chef de l’État.surladéfensive
PAGES2À5,L’HOMMAGEDEMAXGALLO
àmi-mandatPAGE6 PAGE14,ETL’ÉDITORIALPAGE15
Desscanners
corporels
installésàOrly
etàRoissyPAGE9 NicolasSarkozyveuttaxer Encore4milliardsdefrancsdans
lesrevenusdeGoogleenFrance lebasdelainedesFrançais
LORS DE LA CÉRÉMONIE soft, Yahoo! et surtout Goo- HUIT ANS APRÈS le passage à personnes âgées, au fond d’un
des vœux au monde de la gle. Le président de la Ré- l’euro, les Français possè- placard ou d’un vieux vêtement,
culture, le président de la publique s’est élevé contre dent encore plus de quatre sans oublier les sommes empor-
République a repris l’idée le fait que les revenus pu- milliards de francs échangea- tées avec eux par les touristes de
avancée par la commission blicitaires de Google en bles, soit l’équivalent de passage. Depuis 2002, l’équiva-
Zelnik de taxer les revenus France sont enregistrés en 625 millions d’euros. Un pac- lent de 30 milliards d’euros a étéLestéléphones publicitaires en ligne afin de Irlande et échappent ainsi tole qui devra être converti le échangé par les Français, dont
contribuer à la création au fisc. Le ministère de 17 février 2012 au plus tard sous 29 milliards la première année.portables
culturelle en France. Les l'Économie devra trouver peine de perdre toute valeur : La Banque de France encouragepréviendraient premiers visés sont les une solution pour appré- 27 millions de billets dorment régulièrement les retardataires à
géants américains Micro- hender ces revenus. PAGE25 ainsi dans les bas de laine des faire de même. PAGE10Alzheimer PAGE11
Lesgrands
rendez-vous Unhommejuste
spspspspsportifsppppppppppppppppppppppppppppppppppppppooooorooooooo tifstifst dedde202010 1010101010101010100000000000000000000000000000000000000000000 PARIS
PAGEPAGGE1212 unanimité des éloges dé- un génome politique issu du gaullis-
cernés à Philippe Séguin ne me social, teinté de volontarisme
doit rien aux dithyrambes économique, exalté par le respect deL’ convenus qui accompa- l’État et de l’indépendance nationale.
gnent souvent la disparition d’un Pour l’avoir souvent rencontré et
homme politique. avoir beaucoup échangé avec lui, no-
Tous ceux qui l’ont bien connu savent tamment au moment de son débat sur
que Philippe Séguin était, au tréfonds Maastricht avec François Mitterrand,
de lui, tout sauf un homme fait pour j’ai mesuré la sincérité et la force de
la politique quotidienne. son engagement, bien qu’à mes yeux
Le petit orphelin de guerre, boursier il fît fausse route sur l’Europe.
de Tunis devenu énarque puis auditeur Après son échec au RPR et à la Mairie
à la Cour des comptes, par le seul mé- de Paris, c’est à la présidence de la
rite du travail et de l’intelligence, por- Cour des comptes qu’il aura donné le SOLDES
tait,dès son entrée au cabinet de Geor- meilleur de lui-même : un hommeArAArchitecturechitect :
ges Pompidou la marque de ce qu’il tout entier dévoué au service de
lechantierde allait devenir : un homme indépen- l’État.
dant aux convictions inébranlables. Après l’avoir connu et aimé, nouslaPhilharmonie
Homme de grand mais ô combien avons l’immense tristesse de voir par-deParisPAGE28 mauvais caractère, Philippe Séguin a tir un homme juste, libre et intègre.
ÉTIENNEMOUGEOTTEcheminé pendant quarante ans avec
Bicentenairede
lanaissancede
DÉBATS&OPINIONS RENDEZ-VOUSFrédéricChopin
PAGE29 L’ÉDITORIAL PAGE15 LECARNETDUJOUR PAGE13
LEBLOC-NOTESd’IvanRioufol PAGE15 APARTÉd’AnneFulda PAGE38
GIOVE-PAULELLIS/AFP-DR-GETTY Sécuritéaérienne:lesleçonspour
IMAGES/AFP-SVENSIMON/IMAGO 245 rue Saint Honorél’EuropedeJacquesBarrot PAGE14 TOUTEL’ACTUALITÉSURlefigaro.fr
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HUF. PORT.CONT.:2,00€. SVN:2,20€. MAR:13DH. TUN:2DTU. USA:3,95$. ZONECFA:1500CFA. ISSN0182.5852
T 00108 - 108 - F: 1,30 E
3:HIKKLA=]UVXUZ:?k@b@k@i@a;
WITT/SIPA
Cvendredi8janvier2010 LEFIGARO
Vidéo:retoursur
unparcourshorsnorme2 LADISPARITIONDEPHILIPPESÉGUIN
WWW.LEFIGARO.FR/POLITIQUE
1949 1986
Le11novembre, PhilippeSéguin,
à6ans,Philippe alorsministre
Séguinestdécoré desAffairessociales
aunomde etdel’Emploi
sonpèretué dugouvernement
pourlaLibération decohabitation
delaFrance. deJacquesChirac,
etHenriKrasucki,
secrétairegénéral
delaCGT.
1983ÀEpinal,
lorsdesélectionsmunicipales.
Séguin,
laRépublique
enétendard
n imagine sa réaction
s’il pouvait commen-
ter le concert de
louanges qu’a entraî-
DISPARITION né l’annonce de sa
mort. On imagine sonO
rire. Énorme et silen-
cieux, secouant son imposante sil-PhilippeSéguin
houette.Sonriredegarnementpasmé-
estmorthier, contentdesonderniertour.Ce«hihi»
inimitable,contrastanttellementaveclaà6heures majesté de son verbe et son sens aigu,
chevillé au plus profond de son être, du
dumatin,d’une tragique. Oui, il rirait sûrement, Phi-
lippe Séguin, s’il voyait cette avalanche
crisecardiaque de compliments venant de toutes parts.
«Une grande voix.» «Un serviteur deàsondomicile l’État.» «Un homme d’honneur.» «Un
homme des grandes causes.» De
parisien. SarkozyàChiracenpassantparGiscard.
De Fabius à Aubry. De Marine Le Pen à
Sesfunérailles Fillon ou à Juppé. Oui, Alain Juppé, son
meilleur ennemi, qui, la larme à l’œil, aserontcélébrées, assuré hier que Philippe Séguin «avait
très certainement la stature, la compé-lundià15heures, tence, l’intelligence, le caractère pour
assumer les plus hautes fonctions». IlauxInvalides
aurait ri sûrement, Philippe Séguin. Ou
pleuré.Tantchezcetécorchévif,riresetenprésence
larmessefrôlaientparfois.Tantcetours
mal léché, ce grand sentimental, soupedeNicolasSarkozy.
aulait,àlafoisexpansifetpudique,tor- LadisparitiondePhilippeSéguin,figure
PARANNEFULDA turé et tortueux, aurait aimé entendre dugaullismesocial,asuscitédeshommages
-luiquiacourutoutesaviederrièreune Il a pourtant tonné. A joué parfois les nalistes, qui se comportent comme si unanimesdumondepolitique.
S.SORIANO/LEFIGAROreconnaissancequ’ilestimaitn’avoirja- Cassandre,invoquélaRépublique.Cette l’élection avait déjà eu lieu - «circulez,
mais reçue – que l’on pensait à lui pour République du mérite qu’il a si bien in- iln’yarienàvoir!»-,etquisontdéci-
la fonction suprême. Tant il était carnée. Lui, l’orphelin pupille de la Na- sifs pour Jacques Chirac. Mais, contrai- orgueil démesuré et sa détestation des
convaincu qu’un jour «par la grâce tion, le fils d’institutrice devenu énar- rement à toute attente, ce n’est pas lui, compromis, sa maladive intransigeance
d’uneespècedejusticeimmanente, que, avant d’accéder aux plus hautes lui qui a pourtant porté le thème de la l’ont-ils empêché de franchir le Rubi-
luiseraitrendue,etquel’onreconnaîtrait fonctions. Lui qui, pourtant si sensible fracturesociale,quiseranomméàMati- con? D’aucuns pensent qu’il espérait
enfinqu’ilavaitraison».Seulementvoi- aux honneurs et au décorum, a refusé, gnon. Mais Alain Juppé. Confirmation qu’on vienne le chercher, qu’un tel
là.Sonheuren’estjamaisvenue. au nom de son père, mort sur le front d’un malentendu avec Jacques Chirac tempérament ne pouvait correspondre
alorsqu’ilavaitunanetdemi,laLégion qui ne prendra jamais fin. Philippe Sé- qu’à des circonstances exceptionnelles.
d’honneur. Il a pourtant exalté la Fran- guins’enfoncedouloureusementdansle D’autres estiment que le lion rugissant
ce,unecertaineidéedelaFrance,com- rôle de mal-aimé, d’incompris de la était bien plus fragile qu’il ne le laissait
me seuls savent le faire ceux qui l’ont chiraquie. Cela n’explique pas tout. paraître. Un géant aux pieds d’argile.
aiméeavantdelaconnaître.L’enfantde Alors qu’aujourd’hui s’élève le chœur Capable, comme l’a écrit Nicolas
Tunis, ce petit enfant pied-noir issu des éplorés, sincères ou de la dernière Sarkozy, «de passer du plus odieux au
d’unmilieumodeste,quines’estjamais heure,alorsqued’aucunssesententor- plus charmant. Du plus exaspérant au
séparé d’un cahier vert que lui avait phelins,unequestionsepose:pourquoi plusamical.Duplusbrillantauplusobs-
donné sa mère et dans lequel elle avait Philippe Séguin n’a-t-il jamais osé? cur aussi.» Alternant phases de spleen
rassemblé les lettres, photos et articles Pourquoi, l’homme du non à Maas- et d’épicurisme. Dans l’excès toujours.
concernantsonmari,cepetitgarçondi- tricht,letribunexceptionnel,nes’est-il Danstout.Àlafoisindomptable,éternel
gne et meurtri à tout jamais ne s’est ja- pasprésentéàlafonctionsuprême?Son rebelle, et en même extrêmement res-
SOLDES mais effacé chez lui. N’a jamais réussi à caractère a-t-il brisé son destin? Son pectueuxdesfonctions.
semuercomplètementenanimalpoliti-
queconquérant.
Il s’est pourtant autoproclamé gar- Verbatimdiensourcilleuxdestablesdelaloigaul-
listes, ultime détenteur d’un morceau
NicolasSarkozy:«Legaullismeavecde la croix de Lorraine, héraut du gaul-
lismesocial.CommeministredesAffai- luiavaitgardéquelquechosedevivant»
res sociales et de l’Emploi de Jacques
«PERMETTEZ-moi qu’ilchérissaitetqu’ilavaitmisd’embléeauChirac, entre 1986 et 1988, même s’il a
avanttoutechosed’exprimermaprofonde cœur de sa pensée et de son action politi-fait voter la suppression de l’autorisa-
tristesse à l’annonce du décès de Philippe que.SonamourdelaRépubliqueétaitinsé-
tion administrative de licenciement.
Séguin, premier président de la Cour des parable de son amour de la France, de sa
Mais surtout comme adversaire résolu
comptes, ancien de l’Assemblée haute idée de l’État. Le gaullisme, avec lui,
de la politique menée par Édouard Bal-
nationale. Il a occupé pendant trente ans avait gardé quelque chose de vivant. Leladur,entre1993et1995.
uneplacecentraledansnotreviepublique. mot lui allait comme une évidence. Il avaitSa dénonciation, alors qu’il est prési-
Il aimait les idées, il aimait les mots qui les ses défauts, ses faiblesses, ses emporte-dentdel’Assembléenationale«duMu-
portent. Il les défendait avec passion mais ments,maisriendecequ’ildisait,riendecenich social», puis ses discours durant la
sansjamaislamoindrebassesse.Ilétaitné qu’il entreprenait n’était médiocre. Il avait
BOUTIQUE En lIgnE : www.emling.fr campagne présidentielle de 1995, ces
à Tunis. Il était le fils d’un héros mort au des convictions. Il avait de la hauteur de
discours dans lesquels il investit tantParis : 15, rue du Vieux Colombier - 75006 . Le Village Royal 25, rue Royale - 75008
combatetd’unemèreinstitutrice.Ilétaitle vue. Il avait du talent. Il était mon ami. Il va
2, avenue Mozart - 75016 . 96, rue de Courcelles - 75017 . 50, avenue de Wagram - 75017 d’énergie, déchirant à belles dents et
pur produit de cette République du mérite nousmanquer.Beaucoup.»C.C. CNIT. 2, place de la Défense - 92053 Paris La Défense . 124, avenue Charles de Gaulle - 92200 Neuilly sur Seine avecuneironiemordantelaRépublique
balladurienne, les sondages et les jour-
CLEFIGARO vendredi8janvier2010
3LADISPARITIONDEPHILIPPESÉGUIN
1987MinistredutravaildeJacquesChirac.
1989Les12«rénovateurs»RPRetUDFdemandentunerelèvedegénérationàl’occasiondeseuropéennes:(degaucheàdroite)DominiqueBaudis,Philippe
Séguin,ÉtiennePinte,PhilippedeVilliers,FrancoisFillon,MichelNoir, Francoisd’Aubert,CharlesMillon,AlainCarignon,BernardBosson,FrancoisBayrou,MichelBarnier.
L’Europe,sagrandeaffaireSESPETITESPHRASES
ommeelleparaîtloin,latem-
pête provoquée par le débat
Lapréoccupationdel’emploidemeuresecondedans sur le traité européen de«
LeprésidentMaastricht en 1992! Rare-leschoixeffectués,reléguéeaprèsladéfensedelamonnaie, C Françoisment, pourtant, les Françaislaréductiondesdéficitspublics,leproductivismeoula Mitterrandetse sont autant passionnés pour un débat
PhilippeSéguinpromotiondulibre-échange.Jepèsemesmots,nousvivons politique. Et c’est à cette occasion que
participentdepuistroplongtempsunvéritableMunichsocial PhilippeSéguinaacquisunevéritableno- àl’émission» toriéténationale. «Aujourd’hui(DISCOURSDU16JUIN1993LORSD’UNCOLLOQUEÀL’ASSEMBLÉENATIONALE) Gaulliste, le député RPR des Vosges l’Europe»
était indéfectiblement attaché à l’idée de le3septembre
nation.Letransfertprogressifdecompé- 1992. AFP
tences régaliennes aux institutions euro-
de son soixantième anniversaire et se péennes lui inspirait la plus grande mé-Lalogique
terminepardeuxmots:«Àsuivre.»La fiance. La signature du traité de«
deMaastrichtestcelle suitesedérouleraàlaCourdescomptes. Maastricht par François Mitterrand, le
En 2004, Jacques Chirac, sur proposi- président de la République, et ses onze que Chirac, conseillé par Balladur, sou- 20 septembre. Peu à peu, le pays s’en-d’unfédéralisme
tiondeNicolasSarkozy,lenommepré- homologues européens, en février 1992, tientletraitéetpeineàmaintenirsonem- flamme. Fin août, plusieurs sondages
aurabaisfaussement sident de cette vénérable maison. Une est pour lui un casus belli. Séguin refuse prisesurleparti. donnentlenongagnant.Mitterranddéci-
démocratique,l’Europe fonction où il entend distiller un souffle l’abandon du franc, la reconnaissance Le5mai1992,Séguinprononceundis- de de participer à un débat télévisé pour
nouveau n’hésitant pas à faire de cha- d’une citoyenneté européenne, l’exten- cours mémorable à l’Assemblée lors de emporter la décision et choisit Séguinproposéen’estnijuste,
cun de ses rapports un pavé dans la sion des compétences des institutions l’examenduprojetdeloiconstitutionnel- commecontradicteur.nilibre,niefficace,
mare.PhilippeSéguinsemblerevivre. européennes à de nouveaux domaines et le qui autorise la ratification du traité de Lorsduface-à-face,danslegrandam-
c’estlittéralement Que retiendra-t-on finalement de lacréationd’unepolitiqueétrangèreetde Maastricht.Deuxheuresdurant,aucours phithéâtre de la Sorbonne, le héraut du
lui,quirangeaitdanssonPanthéonper- sécuritécommune. d’uneséancedenuit,ledéputédesVosges non paraît à beaucoup mal à l’aise, etl’anti-1789» sonnel de Gaulle, bien sûr, Churchill, pourfend la «logique fédérale» du traité mêmeparfois,obséquieux.Ilassureraen-
Discoursmémorable(DISCOURSDEVANT mais aussi Hannibal? Toute sa vie du- etaffirmesonattachementàlasouverai- suite qu’il a retenu ses coups après avoir
L’ASSEMBLÉENATIONALEDANS rant, l’ancien chargé de mission de Avec Charles Pasqua et Philippe de Vil- neténationale.Ilréclameàcoretàcriun découvert que Mitterrand était souffrant
LANUITDU5AU6MAI1992) Georges Pompidou a souhaité en effet liers, Philippe Séguin prend la tête de référendum. La motion, rejetée, obtient et les coulisses de l’émission «transfor-
apparaîtrecommel’incarnationdusur- l’opposition de droite à la ratification du pourtant101voixvenuesdetouslesbancs méesenhôpitaldecampagne».Le20sep-
saut plutôt que de la résignation. Ce fut traitédeMaastricht.Lamajoritédesmili- de l’Assemblée. Un mois plus tard, Mit- tembre1992,leouil’emporteàunecourte
Il a pourtant caressé l’idée de se pré- le cas lors de sa tentative de putsch tantsRPRd’alorspartagentsesvues,alors terrand annonce un référendum, fixé au majorité:51,05%contre48,95%. G.P.
senter,allantmêmejusqu’àdireunjour avortée au RPR, en 1990, avec Charles
de1994quesiChiracnes’étaitpaspré- Pasqua. Ce fut le cas en 1992, contre le
senté «un autre que lui se serait levé». traitédeMaastricht.En1995,aussi,oùil
Oui,maisvoilà.Iln’apasosé.Et,finale- endossa avec délice les habits du com-
ment, a toujours reculé devant l’obsta- battant de la dernière heure contre la
cle. Évité le véritable affrontement. France balladurienne. Président de
Avec Mitterrand, au moment de Maas- l’Assemblée nationale, de 1993 à 1997,
tricht,oùsesdétracteursl’avaienttrou- PhilippeSéguinfitégalementsoufflerun
vépresqueobséquieuxfaceauprésident grand vent de réformes sur le Palais
socialiste, lors de son débat télévisé. Bourbon. Dans ses dernières fonctions,
Avec Chirac, ce «vrai faux père» qu’il il s’est enfin efforcé d’octroyer une in-
n’a jamais osé «tuer». Quel drôle de dépendanceaccrueàlaCourdescomp-
couple ont formé ces deux-là. Quelles tes, en obtenant, quelques mois seule-
drôles de relations ont-ils nouées! Em- ment après sa désignation, la création
preintes d’admiration et de mépris, en dans la loi de finances d’une mission
ce qui concerne Séguin envers Chirac. budgétaire spécifique de conseil et
Faites d’incompréhension et d’appré- contrôledespouvoirspublics.
hensionpourChiracenversSéguin.
L’incarnationdusursaut Ilalivréavecpanache
Au lendemain de sa bataille de Maas- desbatailles
tricht, en 1992, le député-maire RPR qu’ilasouventperduesd’Épinalchangededimension.Lafigure
deprouedesrénovateursestdevenuele
chef de file des souverainistes. Son dis- Que retiendra-t-on encore? Sa voix
cours-fleuveàlatribunedel’Assemblée unique, profonde, caverneuse. Son rire
nationale en mai 1992 restera dans les énorme. Ses longs soupirs dépités, dé-
annales du Palais Bourbon. Pourtant, le sabusés.Sessilencespluséloquentsque
matamoreSéguinfaitpschitt.Netrans- bien des paroles. Son regard ironique.
formepasl’essai.Chirac,unjourdeco- Ses cigarettes sans filtre. Ses whiskys.
lère, balance à son sujet: «Il est né en Sa dénonciation sans concession de la
1943.Cen’estpasdemafautesisamère «cohabitation émolliente». Sa tumul-
l’aappeléPhilippeetnonpasCharles.» tueuse avec les autres. Et
Finalement, Philippe Séguin aura avec lui-même, surtout. Ses parties de
mené une carrière à l’image de Cyrano solitaireoudebeloteavecdesjournalis-
de Bergerac, l’un de ses héros préférés. tes. Ses colères. Ses emportements. Les
Ilauraétéunperdantmagnifique.Ayant parapheurslancésàlatêtedesescolla-
livré avec panache des batailles qu’il a borateurs. Ses bouderies. Ses régimes.
souvent perdues. Celle du traité de Son mépris parfois cinglant pour ceux
Maastricht.CelleduRPR,dontilaquitté qui ne comprenaient pas son auguste
avecfracaslaprésidence,en1999.Celle pensée.Sabarbe,baromètredesonap-
des municipales à Paris, en 2001. Un pétence politique. Ses escapades sur les
naufrage politique où son tempérament lieux de son enfance, en Tunisie. Sa
suicidaire, sa solitude éclatent au grand tendresse bourrue. Son désespoir ancré
jour. Après cette dernière défaite, Sé- au corps. Ses failles. Sa passion du foot. PRIVÉS
guin s’éclipse. Encore. Lors de la cam- Ses références littéraires. Sa culture.
pagne présidentielle de 2002, on le voit Son aversion pour l’imprécision et
rarementauQGdecampagnedeChirac. l’amateurisme. Son obsession de la
Ilorganisetoutdemêmedeuxmeetings ponctualité.Sapassiondel’histoire.Ses
en sa faveur. Mais la flamme n’y est livres, et notamment sa biographie de
plus.Quelquechoses’estbrisé.Hostileà NapoléonIII.Sonstyle,parfoisdirectet
50% sur les salons selon slock de cuir disponible, nombreux coloris.la constitution de l’UMP, Séguin ne se lumineux, parfois précieux et empesé.
présentepasauxlégislativesdejuin,dé- Sa bienveillance et son orgueilleux Possibilité reprise de votre ancien salon,
missionne du Conseil de Paris avant de pointillisme pour ses écrits et ses dis-
réintégrer son corps d’origine, la Cour cours - il lui arrivait parfois de se citer Offre valable jusqu’au 17 janvier 2010.
des comptes, où il était entré après lui-même. Son attachement et son
ROMEO 12 RUE FBG ST-ANTOINE 75012 PARISl’ENA. Il se partage entre cette institu- amour presque démesuré du verbe, du
tionetleBureauinternationaldutravail motjuste.Touteslesheuresqu’ilapassé
à Genève. Écrit un livre de Mémoires, à patiner ses discours, à les fignoler. Le
Itinéraire dans la France d’en bas, d’en verbe. La parole. Encore. Le dernier
haut et d’ailleurs, qui paraît au moment grandorateur?
-30%
-40%
JAMESANDANSON/CORBISSYGMA,WITT/SIPA,GEORGESBENDRIHEM/AFP,J.ROBINE/AFP,CHESNOT/SIPA
Cvendredi8janvier2010 LEFIGARO
Vidéo:l’émotion
deFrançoisFillon4 LADISPARITIONDEPHILIPPESÉGUIN
WWW.LEFIGARO.FR/POLITIQUE
1998 PhilippeSéguin,présidentduRPRdepuis
juillet1997,s’adresseauxmembresducomitépolitiqueduparti. 1999
Fac-similé1992 desalettre
PhilippeSéguin, dedémission
delaprésidenceCharlesPasquaet
dumouvementPhilippedeVilliers,
gaulliste,
chefsdefile
etdeson
du«Mouvement renoncement
pourlenon», àmenerlaliste
d’unionRPR-saluentlafoule
UDF-DLaux
lorsd’unrassem-
élections
blementcontre européennes.
laratification
dutraité
deMaastricht.
AvecChirac,
desrelations
volcaniques,
maisapaisées
Le président de la Cour des comptes
rêvait d’être le fils préféré
de l’ancien président de la République.
utant ma relation avec qui, à l’approche des européennes, ambi-
AlainJuppéatoujoursété tionnent de bousculer le président du RPR Dehautenbasetdegaucheàdroite:PhilippeSéguin
naturelle, sûre et sponta- et celui de l’UDF Valéry Giscard d’Estaing. avecleprésidentChirac,lorsdelafinaleduchampionnat
deFrancederugby,le31mai1997auParcdesPrinces;née, autant celle nouée Mais c’est aussi lui qui, en vacances à Mar-
avecNicolasSarkozy,pendantlecongrèsnationalduRPR,avec Philippe Séguin doit rakech, siffle la fin de la récré.A enfévrier1997;avecFrançoisFillon,dontilfutlementorêtreconstammentrecher-
enpolitique,en1994àParis.L’allianceavecPasquachée, travaillée, acquise parfois au prix
EYEDEAPRESSE,WITT/SIPA,VERNIER/CROBISSYGMA
d’efforts démesurés.» Dans ses Mémoi- En 1990, contre toute attente, Philippe
res, Jacques Chirac exprime «estime et Séguin, le défenseur du gaullisme social,
affection» pour cet ombrageux cadet, fait alliance avec Charles Pasqua, tenant
«hommededevoiretd’engagement,sou- de l’aile droite, pour tenter de conquérir
cieuxdubienpublicetfoncièrementatta- le RPR. Deux ans plus tard, le tandem
Pasqua-Séguin mène le combat contre
Maastricht alors que Chirac et Juppé fontLaFranceperdaujourd’hui« campagne pour le oui au référendum.
unhommed’honneur,unhomme Pourtant, la victoire de Jacques Chirac
d’Étatd’uneexceptionnelle en 1995 doit beaucoup à Philippe Séguin et
à sa force de conviction. Dans les mee-intelligence.Jeperdspour
tings, il fait un tabac en maniant l’ironie
mapartunami JACQUESCHIRAC cinglante aux dépens d’Édouard Balladur.» Mais une fois encore, c’est Juppé que
ché au service de l’État». Pour autant il Chirac choisit en le nommant premier mi-
n’occulte pas que leurs rapports ont sou- nistre. Du haut de son perchoir, Séguin ru-
vent été volcaniques voire éruptifs. Sé- mine sa mauvaise humeur. Après l’échec
guin rêvait d’être le fils préféré de Chirac. de la dissolution contre laquelle il avait mis
Mais la place était occupée par Juppé, en garde le chef de l’État, il s’empare du
qu’en 1993 le futur président de la Répu- RPR au nez et à la barbe de Juppé. En jan- de Chirac à son égard. La rupture semble
blique avait désigné comme le«meilleur vier 1998, il tente de rebaptiser le RPR, consommée. Depuis, l’histoire ayant fait FrançoisFillonpleureun«ami»
d’entrenous». mais les cadres du mouvement lui infligent son œuvre, Chirac et Séguin se sont ré-
Tout au long de sa carrière, Séguin a dé- un cuisant désaveu en acclamant le nom conciliés. Chirac a envoyé ses Mémoires, etunpèreenpolitique
fié Chirac. En 1988, première déchirure, il de Chirac pendant treize minutes sans fin. accompagnés d’une dédicace très amica-
est candidat à la présidence du groupe En 1999, Séguin abandonne spectacu- le. Séguin lui a répondu sur le même ton,
gaulliste à l’Assemblée, mais le président lairement la présidence du mouvement ajoutant un post-scriptum : «Comment es larmes de François Fillon, ceptique et acquiert le goût et l’expé-
du RPR fait élire Bernard Pons. L’année et la tête de liste aux européennes. Il dé- as-tusuquej’avaismauvaiscaractère?» rendant hommage à «la voix rience des discours rédigés avec un soin
suivante, Philippe Séguin fait partie des nonce des déclarations de Pons et, plus «Cesontlesjournalistesquimel’ontdit», toujours féconde et parfois méticuleux. Mais les convictions n’em-
douze rénovateurs, ces cadets de la droite généralement, un«manquedeloyauté» a répondu Chirac. PHILIPPEGOULLIAUD tourmentée» de son «ami», pêchent pas la tactique. Avec ÉtienneL ont souligné l’intensité d’un Pinte, le maire de Versailles, Jean de
compagnonnage politique de près de Boishue et une poignée d’autres, l’actuel
trente ans, lui aussi toujours fécond et premier ministre organise les conditions
parfois tourmenté. En 1981, Philippe Sé- destinées à favoriser les ambitions du
guin, déjà en quête d’autonomie, repère député des Vosges. «Après l’échec deEn1997,unattelageinattenduavecNicolas
le nouveau benjamin de l’Assemblée, Chiracàlaprésidentiellede1988,onpen-
nouvel élu de la Sarthe. seclairementpourluiàMatignonetmêmeSarkozyrelancelacarrièredufuturprésident François Fillon a 27 ans. Après la mort àl’Élysée.»
brutale de son « père » en politique, Joël
Tempéramentsopposésest le couple politique qui a me le plus improbable de la droite va de- chi, ami des deux hommes.Séguinadmi- Le Theule, il se trouve un nouveau men-
fait le plus mentir les obser- venir un des plus solides. rait l’énergie de Nicolas. Et Sarkozy ap- tor dont il devient rapidement le pre- Mais Philippe Séguin n’est pas un patron
vateurs politiques. En 1997, au Dans son livre Libre, publié en 2000, préciait la pensée originale de Philippe et mier lieutenant.«J’aieud’embléelesen- facile. En 1990, François Fillon tombe
lendemain de la dissolution Sarkozy dresse un portrait touchant et fin surtout sa manière de défendre ses idées, timentd’êtredevantleseulresponsablede des nues et proteste quand son mentor,C manquée, Philippe Séguin de son « ami » Séguin. Le futur président quitte à être marginalisé dans son propre ma famille politique dont les préoccupa- qui incarne alors l’aile gauche du RPR,
tend la main à Nicolas Sarkozy. Qui l’eût y décrit les «rires gargantuesques aux camp.» Devenu chef de l’État, Sarkozy tions n’étaient pas purement électorales; s’allie à Charles Pasqua, qui en représen-
cru ? Le héros chiraquien de la campagne résonances métalliques» du député avait envisagé un moment de nommer leseulqui,danscettegénérationmontan- te l’aile droite. «Tu ne comprends rien :
de 1995 en tandem avec le libéral et d’Épinal.«Ilréfléchitbeaucoupplusqu’on son ami «Philippe» au gouvernement. te, avait une vraie vision», confiera-t-il lapolitique,c’estfairedesalliances.Etlà,
« traître » balladurien, toujours en dis- nelecroitetcalculeplusvitequelamoyen- Fidèle à son tempérament, Séguin a pré- plus tard. Auprès de Séguin, Fillon affine tuasuneautresolution?», lui rétorque
grâce à l’Élysée. En quête d’alliés, Séguin, ne.Sesdécisionssontstratégiquementtrès féré garder sa liberté. BRUNOJEUDY sa synthèse gaulliste, sociale et euros- Séguin. Fillon s’exécute et l’accompagne
qui s’empare du RPR contre l’avis de Jac- pensées», écrit-il. L’une des décisions dans le combat contre Maastricht. Leur
ques Chirac, fait revenir le député des qui restera, c’est sa démission surprise de amitié résiste à la présidentielle de 1995
Hauts-de-Seine par la grande porte. la présidence du RPR en pleine campagne où le député de la Sarthe soutientIlavaitrédigélachartedufootballeur
Nommé d’abord porte-parole de l’équipe des européennes. Laissant Sarkozy re- Édouard Balladur.
de transition, il devient très vite secrétai- prendre le flambeau. «Il vivait sa prési- C’est en 1999 qu’une forme de cassure
PHILIPPE SÉGUIN aimait le football et Hier,lesdirigeantsdufootballnes’ysont
re général, donc numéro 2 du RPR. dence comme un sacrifice», confiera à intervient. Séguin ne prévient pas Fillon
fréquentaitassidûmentleParcdesPrin- pastrompés.«Lefootballfrançaisesten
Leur rapport conflictuel à Chirac ainsi l’époque Sarkozy. de sa démission de la tête du RPR. Aprèsces,engrandsupporteurduParis-Saint- deuil»,aréagilaFédérationfrançaisede
que leur passion commune pour le sport tant d’années au service d’un autre,Germain.Cequel’onsaitmoins,c’estque, footballensaluantunhommepolitiquequi«Ilsétaientcomplémentaires»rapprochent les deux hommes. Une vraie François Fillon se met à son compte. SejeuneauditeuràlaCourdescomptes,ila «aimait ce sport comme un amateur
complicité s’installe dès lors entre eux, Les deux hommes continueront de se rapproche d’Alain Juppé puis gravit lescontribué,entre1973et1974,àposerles éclairé et exigeant». Retourné à la Cour
même si leurs relations sont à la fois cha- voir. En 2004, Séguin se laissera marches du gouvernement, jusqu’à Ma-jalonsdel’organisationmodernedufoot- descomptes,Séguinprésidaitlacommis-
leureuses et complexes.«Ilfallaitlesvoir convaincre par Sarkozy, au cours d’un ball professionnel. Il est à l’origine de la siongrandsstadesdanslaperspectivede tignon. Le maire de Sablé s’est émancipé.
regarderdesaprès-midientièresàlatélé- déjeuner à Bercy, d’accepter la proposi- création de la Direction nationale de l’organisation de l’Euro 2016 ainsi que la Mais sans drame et sans rupture. Confor-
contrôledegestion(DNCG)etarédigéla Fondationdufootball,chargéed’initierlesvision des étapes du Tour de France»,se tion de Chirac de le nommer à la tête de la me à son tempérament équanime opposé
chartedufootballeurprofessionnel. valeursdurespectdanscesport. B.J.souvient Franck Louvrier, conseiller Cour des comptes. «Au fond, ils étaient en tout point à celui, volcanique, de son
presse du RPR. Quoi qu’il en soit, le binô- complémentaires, souligne Roger Karout- mentor. GUILLAUMETABARD
CLEFIGARO vendredi8janvier2010
5LADISPARITIONDEPHILIPPESÉGUIN
2009
Lorsdela
présentation2001 durapport
AvecJeanTiberi, annuelde
lorsd’uneséance laCour
duConseil descomptes.
deParisaprès
lesmunicipales
aucoursdesquel-
leslesdeuxhom-
mess’étaient
violemment
affrontés,
favorisant
lavictoirede
BertrandDelanoë
etduPS. 2002ÀlamosquéedeDjerba,enTunisie,sonpaysnatal.
Pupilledelanation,PhilippeSéguinétudiaaulycéeCarnotdeTunis.
LaCourdescomptes,sadernièremission
Philippe Séguin avait été nommé en 2004 à la tête de la plus haute juridiction financière du pays.
ier, le bureau du premier en octobre 2009, à propos de la présiden-
président de la Cour des ce française de l’Union européenne. Le
comptes est resté vide. même mois, il épingle la baisse de la TVA
Philippe Séguin n’a pas, dans la restauration parce que les créa-
comme il en avait l’habi- tions d’emploi promises ne sont pas auH tude, grimpé les marches rendez-vous. À l’été 2009, il critique la
du grand escalier à 7h30. Il n’a pas bou- gestion du budget de l’Élysée, que la Cour
gonné ou ricané en lisant la presse. Il n’a vient d’éplucher pour la première fois.
pas enfumé les lieux en grillant cigarette L’ancien président du RPR sait aussi
sur cigarette. Dès le début de la matinée, prendre l’électorat de droite à rebrousse-
le drapeau qui flotte au-dessus de l’entrée poil. En 2007, il propose de taxer les
du 13 de la rue Cambon, à Paris, a été mis stock-options parce que, dit-il, c’est«un
en berne. Et, en milieu d’après-midi, le revenu lié au travail, donc normalement
personnel de la Cour a observé une minu- taxable».«Dansunrapportde500pages,
te de silence dans la grand-chambre. résume un proche, il recherchait toujours
les cinq éléments qui pouvaient
faire mouche.» Au pointDansunrapportde500pages,« d’agacer jusqu’aux magistrats
ilrecherchaittoujourslescinq de la Cour, peu habitués aux
élémentsquipouvaitfairemouche tourbillons de la médiatisa-» tion.
Nommé en 2004 à la tête d’une institu- Philippe Séguin était le velours noir et
tion où il était entré en 1970, à sa sortie de l’hermine sans la naphtaline. Aussi sou-
l’ENA, Philippe Séguin va laisser un grand cieux des deniers publics que le socialiste
vide dans la plus haute juridiction finan- Pierre Joxe, l’un de ses prédécesseurs,
cière chargée de contrôler l’utilisation des mais bien plus remuant. Il a permis à la
deniers publics. «Les gens sont abattus, vénérable institution de prendre la lu-
abasourdis, confie un proche. Bien sûr, il mière. Et de fêter dignement en 2007 son
était ce qu’il était…» Colérique, pudique bicentenaire. Il a aussi modernisé cette
et brutal à la fois, Séguin n’a jamais épar- maison et lui a garanti son indépendance
gné ses collaborateurs. Mais il n’était pas en obtenant en 2005 que ce ne soit pas le PhilippeSéguindansseshabitsdeprésidentdelaCourdescomptes,qu’ildirigeaitdepuisjuillet2004. PATRICKKOVARIK/AFP
plus tendre avec les ministres du Budget, ministère du Budget qui tienne les cor-
les maires dispendieux, les présidents dons de la bourse de la Cour.
d’association menant grand train. Même Mais l’indomptable savait aussi se Unquartdesiècledepassionpourunel’Élysée, ces derniers mois, n’a pas été montrer prudent. «Savez-vous que la
épargné par ses saillies. Cour pourrait ne pas certifier les comptes
del’État,cetteannée?» confiait-il auFi- Assembléenationalequ’ilprésidade1993à1997
Indépendanceet garo en avril 2009. Comme les années
modernisation précédentes, la vénérable institution n’a ansLePouvoiretlaVie, Va- Tout au long de sa carrière parlemen- Michel Noir, Charles Millon et François
À la tête de la Cour, Séguin a tenté de lut- pas utilisé l’arme nucléaire. Séguin est léry Giscard d’Estaing re- taire, Séguin n’a cessé de se montrer at- d’Aubert. Au lendemain des législatives
ter à sa façon contre l’impuissance du mort hier sans avoir pu faire voter la loi late sa rencontre, à l’Ély- taché à l’institution. D’abord spécialiste de juin 1988, décidé à s’affirmer, il bri-
pouvoir. Sa dernière sortie date de dé- portant réforme des juridictions financiè- sée, avec les députés RPR des dossiers sociaux, il a souvent changé gue la présidence du groupe RPR à l’As-Dcembre 2009, lorsqu’il critique, à la sur- res bouclée à l’été 2009. Un texte sensible élus pour la première fois à de commission permanente au fil des lé- semblée et est battu d’une voix par le
prise générale, la règle du non-remplace- qui prévoit notamment que la Cour re- l’Assemblée nationale lors des législati- gislatures - passant de la production et candidat adoubé par Jacques Chirac,
ment d’un fonctionnaire sur deux partant prenne la main sur les chambres régiona- ves de mars 1978. Philippe Séguin, pré- des échanges aux finances - pour enri- Bernard Pons. Quatre ans plus tard, le
en retraite, que défend Nicolas Sarkozy. les des Comptes. L’intérim est assuré par sent parmi eux, se distinguait déjà par chir son expérience parlementaire. 5 mai 1992, son discours à l’Assemblée
«Ilyaeuuncertainnombrededériveset Alain Pichon, le doyen des présidents de sa personnalité affirmée, écrit l’ancien contre le traité de Maastricht (voir
Moinsdeséanceslanuituncertainnombred’erreurs», dit-il aussi chambre de la Cour. ANNEROVAN président de la République. page3) figure parmi les rares morceaux
eParachuté quelques mois plus tôt par Après la victoire de la gauche aux légis- d’éloquence parlementaire de la V Ré-
Jacques Chirac dans les Vosges, ce latives de juin 1981, Séguin devient vi- publique. Président de l’Assemblée de
pied-noir né à Tunis y fut vite adopté. ce-président de l’Assemblée au titre de 1993 à 1997, Séguin s’efforce de redon-
Les habitants de la première circons- l’opposition. C’est lui qui, le 18 septem- ner son lustre aux débats parlementai-
cription du département, qui regroupe bre 1981, annonce le résultat du vote sur res. Il limite le nombre de séances deDesréactionsunanimes Épinal et les cantons voisins, lui accor- l’abolition de la peine de mort. Il vote nuit et, en 1995, obtient de Jacques
dèrent leur confiance sans discontinuer en outre en faveur du projet de loi. Le Chirac l’instauration d’une session uni-àdroiteetàgauche de 1978 à 2002. Il paracheva son im- député des Vosges fonde aussi un club que. Au printemps 2002, lassé des com-
plantation en emportant la mairie qui ambitionne de secouer «l’apathie bats électoraux, Philippe Séguin an-
e temps d’un hommage à Phi- d’Épinal en 1983, et la conserva jusqu’à des appareils de leurs partis» avec nonce qu’il ne briguera pas un nouveau
lippe Séguin, les clivages poli- sa démission en 1997. d’autres jeunes pousses de la droite, mandat de député. G.P.
tiques se sont effacés hier. Du
Front national au Parti com-L muniste, tous ont salué ce
«trèsgrandserviteurdel’État» qui, selon
Martine Aubry, «a eu toute sa vie une er
passionpourl’intérêtgénéral ». «Homme Du 6 janvier au 1 février
deconvictionquisavaitgarderunevérita-
ble liberté d’esprit (et) avait ainsi gagné
l’estimeetlerespectau-delàdesafamille
politique », pour Ségolène Royal ; «ad-
MartineAubry:«Ilaeutoutesavieversairetoujoursattachéàladignitéetàla
unepassionpourl’intérêtgénéral.»loyautédel’échangedémocratique », pour
RICHARDVIALERON/LEFIGAROBertrand Delanoë ; «hommequin’aimait
paslesquerellesmédiocresetquiavaitune du hommage «à son patriotisme, à son
conception de la politique qui n’était pas dévouementaubienpublic,àlasincéritéde
unesubalterne», pour Laurent sesconvictions».«Hommedecourageet
Fabius… Michel Rocard a souligné un as- de», pour Xavier Bertrand,
pect plus personnel : «C’était un grand «il n’avait peur de personne, il résistait à
honnête homme, très compétent, très tout», a assuré Jean-Pierre Raffarin. Au
consciencieux au travail, colérique, cha- cours du « Talk Orange-Le Figaro », Ro-
leureux, enthousiaste, un peu cogneur, un ger Karoutchi a appelé les «gaullistesso-
peubrutal,maistoujourspointuettoujours ciaux»à«s’organiser davantage et à
près des faits. » Au MoDem, François s’exprimer davantage pour être une des
Bayrou a salué «unrépublicain » qui «ne forces de la majorité présidentielle de de-
renonçait pas à combattre, même s’il ap- main».
paraissaitseulcontretous». Au Front national, on a surtout insisté
www.roche-bobois.comDans sa famille politique, l’unanimité sur l’aspect«patriote» de l’ancien prési-
est de règle. Son ancien grand rival, Alain dent de l’Assemblée nationale.«Homme *PARIS 12. 10, 14, 16, 18, rue de Lyon (10 H à 19 H 30) • PARIS 3. 92, 96, 98, bd de Sébastopol (10H à 19H30) • PARIS 7. 193, 197, 207, 213, bd St-Germain • PARIS 9. Lafayette Maison . 35, bd
Juppé, a exprimé sa«tristesse» et rappe- decaractère,pupilledelanation,c’étaitun Haussmann (nocturne le jeudi) • PARIS 17. 52, av. de la Gde Armée – 5, 6, rue Denis Poisson • ATHIS-MONS. RN 7 – 12, 18, av. F. Mitterrand • CHEVREUSE. 90, rue Porte de Paris • COIGNIÈRES.
RN 10 • DOMUS C.CIAL / ROSNY S/BOIS. 16, rue de Lisbonne • MAISONEMENT C.CIAL / BOISSÉNART. ZAC de la Plaine du Moulin à Vent • MONTIGNY LES C. RN 14 – 17, 21, bdlé les«combatsmenésensembleautourde patriotequicondamnaitletraitédeMaas-
V. Bordier • MONTLHÉRY. RN 20 – La Ville Du Bois • ORGEVAL. RN 13 • SURESNES. 33, 39, bd H. Sellier • VAL D’EUROPE C.CIAL/SERRIS. 1, cours de la Garonne • VERSAILLES. 6, rue au PainJacques Chirac». Autre adversaire de tricht», a rappelé Jean-Marie Le Pen. o(Place Du Marché). TOUS LES MAGASINS SONT OUVERTS LES DIMANCHES 10 ET 17/01 (SAUF*). Soldes dans tous les magasins Roche Bobois de France participant à l’opération. Liste des magasins : N vert 0 800 39 52 45.
Philippe Séguin, Édouard Balladur a ren- F.-X.B.
ROBINE,GUEZ,BELAÏD,CERLES/AFP,DELORT/LEFIGARO
Cvendredi8janvier2010 LEFIGARO
6 international
Annéeélectorale
àhautsrisquespour
lecampd’Obama
Le Parti démocrate aborde sur la défensive
les élections de mi-mandat de novembre prochain.
Toute la question est de savoir quelle
LAUREMANDEVILLE
sera l’ampleur de ces gains. Les projec-CORRESPONDANTEÀWASHINGTON
ChristopherDodd,tions actuelles indiquent que les démo-
sénateurdémocrateÉTATS-UNIS « Année de tempête », crates sont menacés de perdre la majorité
duConnecticut
« Peur du désastre », « Environnement de 60 sièges dont ils ont besoin pour met-
etprésident
périlleux »… À onze mois des élections de tre fin aux opérations de blocage (filibus-
delacommission
mi-mandat, qui remettront en jeu en ter) organisées par les républicains pour
desfinances,
novembre 37 sièges de sénateurs, la tota- empêcher le passage des lois. Une pers- aannoncé
lité de la Chambre des représentants et pective qui porterait un grave coup au mercrediqu’ilne
39 postes de gouverneurs, la presse amé- programme de l’équipe Obama. Le Parti sereprésentaitpas
ricaine ne mâche pas ses mots pour sou- démocrate pourrait aussi perdre jusqu’à auxélectionsde
ligner les doutes qui traversent le camp 25 sièges à la Chambre. « Les élections de novembre. KRUPA/AP
démocrate, un an seulement après mi-mandat pourraient être un référendum
l’élection historique de Barack Obama. sur le parti au pouvoir, même si le public re. Des batailles féroces se jouent à l’inté- vement des Tea Party Patriots, favorable rien n’est joué et que l’amélioration de la
Au « Yes we can » euphorique de la n’est pas enthousiasmé par l’alternative », rieur du « parti de l’éléphant » pour à une baisse de la fiscalité et à une réduc- conjoncture économique, qu’elle prévoit,
campagne pourrait répondre le « No you analysait hier le Washington Post. Pour déterminer qui, des conservateurs ou des tion du rôle de l’État (deux thèmes clés de pourrait changer la donne. Mais les feux
can’t » d’un électorat fatigué et déçu. l’heure, peu d’analystes imaginent toute- centristes, prendra la main. l’idéologie), rafle, lui, 41 % d’opinions fa- clignotants qui s’allument devraient
Le fait que deux sénateurs de premier fois que les démocrates aillent jusqu’à vorables. Le parti conservateur pense pousser la présidence à mettre le pied sur
Lepiedsurl’accélérateurplan, le président de la commission des perdre la majorité au Congrès. « Ce n’est toutefois que ces problèmes de position- l’accélérateur pour arracher la réforme de
finances, Christopher Dodd, du Connec- pas pour cette année », a d’ailleurs affirmé Selon un sondage du Wall Street Journal, nement stratégique ne l’empêcheront la santé avant qu’il ne soit trop tard. La
ticut, et Robert Dorgan, du Dakota du le leader républicain Michael Steele. l’image globale du parti est à 28 % d’opi- pas de gagner du terrain localement, réforme financière, dont le sénateur
Nord, aient annoncé coup sur coup qu’ils Si les démocrates ont déçu, les républi- nions favorables, contre 35 % pour les donc au Congrès. Dodd était le porte-étendard, va en re-
ne se représenteraient pas a confirmé les cains sont loin d’être en excellente postu- démocrates. Élément nouveau, le mou- L’Administration Obama réplique que vanche souffrir de son départ annoncé.
inquiétudes grandissantes du parti de
Barack Obama, déjà touché de plein
fouet par la baisse de popularité d’un
président jusqu’ici perçu comme un
atout maître. Le puissant gouverneur LadémocratieenAmériquelatinerésisteàlacrise
démocrate du Colorado, Bill Ritter, a
également annoncé qu’il ne remettrait Pour la première fois, les gouvernements civils suscitent plus de confiance que les militaires.
pas en jeu son mandat, ajoutant à la dé-
prime qui étreint le « parti de l’âne ». ments sont sortis renforcés de la crise tème démocratique a augmenté, pour mais toujours moins que l’Église ou la té-LAMIAOUALALOU
Les trois hommes ont beau affirmer que économique. C’est le cas au Brésil, où le atteindre 59 %, soit deux points de plus lévision. « Les souvenirs laissés dans laRIODEJANEIRO
leurs décisions ne sont pas liées à des président Luiz Inacio Lula da Silva enta- qu’en 2008, un excellent cru économi- région par les juntes militaires des an-
vents politiques contraires, invoquant AMÉRIQUES En décembre 2001, au me la dernière année de son second que pourtant, et 11 points de plus qu’en nées 1960 et 1980, et les guerres civiles
des raisons personnelles de quitter l’arè- cœur de la crise économique, des cen- mandat avec une popularité proche de 2002. Marta Lagos, directrice de Latino- corroborent l’idée que les gouvernements
ne, le message est clair : un an après taines d’Argentins investissaient la rue 80 %, mais aussi au Chili, où Michelle barometro, explique ce changement par civils fonctionnent mieux, d’autant que
au cri de « Que se vayan todos ! » Bachelet s’apprête à quitter le pouvoir en les mesures de relance et les politiques c’est durant les mandats de présidents ci-
(« Qu’ils s’en aillent tous ! »). Ce sou- jouissant d’une faveur tout aussi gran- sociales menées cette année, qui ont li- vils que plusieurs pays ont connu la plus
lèvement de la classe moyenne de. En Bolivie et en Équateur, mité l’impact de la crise sur les plus pau- grande prospérité économique », analyseLesdémocratesontdéçu,
avait provoqué en deux se- deux pays marqués par l’ins- vres. Alejandro Sanchez, spécialiste de ques-maisl’électorat maines la valse de quatre tabilité politique, les prési- tions militaires au Council on Hemis-
«Unefièvrederéélections»n’estpasenthousiasmé chefs d’État. Des scènes si- dents Evo Morales et Rafael pheric Affairs, un centre d’études basé à
milaires ont eu lieu au dé- Correa ont été réélus haut Cet appui à la démocratie se manifeste Washington. « Les Latino-Américainsparl’alternative 59%
but de la décennie en Boli- la main. également dans la condamnation du préfèrent désormais un leader civil, éven-desLatino-Américains
vie, en Équateur et au L’institut chilien Lati- coup d’État militaire en Honduras, le tuellement autoritaire, plutôt qu’un gou-soutiennent,en2009,le
l’euphorie d’élections qui ont donné aux Pérou. À l’époque, une nobarometro, qui scrute premier des 31 dernières années dans la vernement militaire qui rime avec viola-systèmedémocratique
démocrates le contrôle du Sénat, de la majorité de Latino-Améri- depuis 1995 les opinions pu- région : seuls 24 % des Latino-Améri- tion des droits de l’homme, censure descontre48%
Chambre et de la présidence, ces der- cains estimaient qu’une res- en2002 bliques de la région, confirme cains approuvent le renversement du médias, etc. », poursuit-il.
niers reculent devant l’obstacle, antici- triction des libertés est tolérable ce renversement de tendance. président Manuel Zelaya. « Le coup Mais cet appui croissant aux gouver-
pant une possible série de défaites. dans la mesure où elle apporte un Son enquête, effectuée à la fin de 2009 d’État en Honduras a valeur d’exemple, et nements en place renforce aussi une
Ils ont à l’esprit les deux récents revers mieux-être économique. dans 18 pays, révèle une Amérique latine rappelle à quel point la voie militaire est tendance à « l’hyperprésidentialisme et
cinglants des élections des gouverneurs De nouveaux soubresauts politiques préoccupée par la situation économique aventureuse », poursuit Marta Lagos. une fièvre de réélections », conclut Marta
de Virginie et du New Jersey, qui ont vu étaient attendus ces derniers mois avec et la délinquance, mais également plus Pour la première fois depuis la créa- Lagos, en se référant notamment aux
basculer du côté républicain des élec- le plongeon de l’Amérique latine dans tolérante, plus heureuse, et plus tion de l’enquête, les Latino-Américains tentatives du Vénézuélien Chavez et du
teurs qui avaient voté massivement Oba- une récession encore plus profonde confiante. Malgré la récession, la pro- estiment qu’un gouvernement civil sus- Colombien Uribe, de briguer un troisiè-
ma en novembre 2008. Nombre de dé- qu’en 2002 (un produit intérieur brut en portion d’habitants qui défendent le sys- cite plus la confiance que les militaires – me mandat successif.
mocrates centristes (connus sous le nom recul de 1,8 % contre 0,8 % à l’époque),
de « chiens bleus ») élus dans des cir- après six ans de croissance économique
conscriptions conservatrices se sentent interrompue. La Cepal (l’antenne éco-
fragilisés, notamment dans le Sud. Selon nomique de l’Organisation des Nations
les analystes, le mécontentement crois- unies dans la région) calcule que la crise GordonBrownaffaibli
sant d’un électorat accablé par la montée a fait tomber cette année 9 millions de
du chômage à deux chiffres et inquiet des personnes sous le seuil de pauvreté parunenouvellefrondeauLabour
conséquences budgétaires de la réforme (moins de deux dollars par jour et par
de la santé - que le Congrès est en train de personne), dont 5 millions dans l’indi- Deux anciens ministres ont proposé un vote pour le renverser.gence (moins d’un dollar par jour).finaliser - devrait permettre aux républi-
cains de regagner plusieurs sièges. Au contraire de 2002, les gouverne-
Gordon Brown. Les principaux préten-CYRILLEVANLERBERGHE
dants à sa succession, de la numéroCORRESPONDANTÀLONDRES
deux du parti, Harriet Harman, aux frè-
GRANDE-BRETAGNE Alors qu’il con- res David et Ed Miliband en passant par
naissait un regain de forme et semblait le ministre de l’Intérieur, Alan Johnson,
capable de refaire une partie de son re- ont laissé passer pas moins de cinq heu-
tard, dans les sondages, sur David Ca- res avant de prendre publiquement la
meron - notamment grâce à quelques défense du premier ministre, laissant
cafouillages de l’opposition -, Gordon l’impression d’avoir attendu jusqu’au
Brown a été affaibli par une nouvelle dernier moment pour voir si la tentative
tentative de putsch déclenchée mercre- de putsch avait des chances de réussir.
di par deux anciens ministres de Tony
CoupdurBlair. Le premier ministre a tenté hier de
minimiser l’importance de l’épisode, en Le dernier à réagir fut le ministre des
le qualifiant « de tempête dans une tasse Affaires étrangères, David Miliband, qui
de thé », mais il en ressort très affaibli. avait déjà hésité à renverser Brown du-
Gordon Brown a jusqu’au début du GordonBrowndoitencorefixerladate rant l’été 2008, expliquant avec une
desélectionslégislatives,prévuesmois de juin pour convoquer des élec- certaine ambiguïté qu’il soutenait «la
auprintemps. NEAL/AFPtions législatives, dont la date la plus campagne pour la réélection du gouver-
probable semble être le 6 mai prochain. nement travailliste.»
Les conservateurs ont toujours en des communes. La courte missive de- Pour tous les médias londoniens, le
moyenne 11 points d’avance dans les mandait l’organisation d’un vote à bul- calendrier de cette nouvelle tentative
sondages, suffisamment pour obtenir la letins secrets pour choisir un nouveau de rébellion, à moins de cinq mois des
majorité au Parlement. leader du Labour et « mettre définitive- prochaines législatives, et le manque
La fronde a été lancée mercredi par ment fin à cette question ». Très vite, d’enthousiasme des ministres à soute-
Geoff Hoon, ancien ministre de la Dé- l’équipe du 10 Downing Street s’est ac- nir leur leader portent un coup dur à
fense, et Patricia Hewitt, ex-ministre tivée pour s’assurer de l’appui des prin- Gordon Brown. Mais, comme le fait
du Commerce, via un e-mail groupé cipaux membres du gouvernement. remarquer John Curtice, professeur de
envoyé aux 350 députés de la majorité Mais, à part quelques alliés fidèles du politique à l’université de Strathclyde,
travailliste un peu après midi. Au même premier ministre, comme le ministre de les rebelles travaillistes ont joué leur
moment, Gordon Brown, de manière l’Éducation, Ed Balls, ou Andy Burn- dernière carte, car « Brown est au
plutôt inhabituelle, était en train de ham (Santé), les déclarations de soutien moins aussi impopulaire maintenant
prendre l’ascendant sur David Came- mirent plusieurs heures à arriver, et fu- que l’était John Major en 1997, avant
ron lors de la séance hebdomadaire de rent pour la plupart très tièdes, évitant qu’il ne mène les tories à une défaite ca-
questions sur les bancs de la Chambre soigneusement de faire les louanges de tastrophique. »
A 1LEFIGARO vendredi8janvier2010
7international
CekamikazequiavaitmenacéRedeker
L’agent double qui a tué sept membres de CIA:Obama
la CIA animait un site djihadiste à l’origine «netolèreraplus
d’erreurs»d’une fatwa contre l’intellectuel français.
les autorités policières françaises. Ces DANSsatroisièmeallocutiontélévi-THIERRYPORTES
dernières ont ainsi fait savoir fin sep- sée relative à l’attentat manqué de
TERRORISME Une de ses nombreuses tembre 2006 que « la DST (le renseigne- Noël contre un vol à destination de
activités avait conduit al-Balawi, l’agent ment intérieur, actuelle DCRI) et l’unité Detroit,BarackObamaaprishiersoir
laresponsabilitédeséchecsduren-double qui a tué pour al-Qaida dans un de coordination de la lutte antiterroriste
seignement américain, reconnais-attentat suicide en Afghanistan sept ont analysé ces menaces et ont conclu à
sant que la chaîne de commande-agents de la CIA le 30 décembre dernier, leur dangerosité. Il a donc été décidé de
ment s’arrête avec lui. «Quand leà condamner à mort le philosophe fran- mettre en place une surveillance » pour
système échoue, je suis responsa-çais Robert Redeker. C’est en effet le site protéger Robert Redeker d’une attaque
ble»,a-t-ildéclaré.djihadiste al-Hesba, que dirigeait Hu- inspirée par la mouvance djihadiste in-
Les services secrets américains
mam Khalil Abou-Mulai al-Balawi, qui a ternationale. étaientconscientsdelamenaceque
lancé une fatwa contre l’auteur d’une présentaital-QaidadanslaPéninsu-AgentdelaCIAtribune virulente le Coran publiée learabique,legroupederrièrelaten-
par Le Figaro en septembre 2006. Depuis Il y a fort à parier que les services secrets tative ratée de Noël, mais n’en
français ne découvrent qu’aujourd’hui avaientpasfaitunepriorité,aexpli-
que le responsable du site al-Hesba était qué le président américain. Cepen-
un agent connu de la CIA, qui le considé- dant, cela n’était «pas la faute d’unAl-Hesba,lesiteInternet
seul individu ou agence», a-t-ild’al-Balawi, rait comme l’un des siens.
ajouté,serefusantàpointerdudoigtexpliquaiten2006 Comme toute vie d’agent double, celle
ouàlimogerquiquecesoit.«commenttuer d’al-Balawi est complexe. Sous le pseu-
Chacune des agences du rensei-uncroisédans donyme d’Abu Dujana al-Khorasani, il
gnement devra désormais établirlapéninsulearabique» multipliait sur Internet les diatribes
clairement les responsabilités de
contre l’Occident. Son site al-Hesba ex-
chacunpourqu’aucunepistenesoit
cet appel au meurtre, Robert Redeker vit pliquait en 2006 « comment tuer un croi- délaissée, distribuer plus largement
toujours reclus, sous protection policiè- sé dans la péninsule arabique ». En 2008, ses informations et établir des en-
re, dans la région toulousaine. alors que d’autres sites proches d’al- quêtes internes sur leur dysfonc-
À peine publiée, cette tribune avait dé- Qaida étaient fermés, al-Hesba postait tionnement.
clenché l’ire du cheikh fondamentaliste toujours ses appels à « la guerre contre RobertRedeker,auteurd’unetribunesurleCoranpubliéeparLeFigaro Leprésidentafermementfaitcom-
enseptembre2006,afaitl’objetd’unefatwalancéesurlesiteInternetd’alBalawi.Youssef al-Qaradawi, prédicateur ve- les juifs », et souhaitait la victoire prési- prendre qu’il les surveillerait de près
Depuis,lephilosophevitsousprotectionpolicière. MATSAS/OPALE etnetoléreraitplusd’erreurs.dette de la chaîne de télévision al-Jezira. dentielle de McCain, le candidat républi-
Il a également promis des mesuresPlusieurs pays arabes, tel l’Égypte esti- cain étant jugé plus favorable à la straté-
de sécurité aériennes additionnelles,mant que l’article insultait l’islam, gie d’al-Qaida. den a officiellement revendiqué l’action rak, qui rédige des commentaires pour la
mais en reconnaissant qu’il n’y avaitavaient momentanément interdit Le Fi- À un moment donné, les services jor- kamikaze de leur activiste. Son attentat presse islamiste dans son pays. Elle
pasdepanacéecontreleterrorisme.garo. daniens crurent avoir retourné al-Ba- suicide a été présenté comme une « ven- croyait que son mari était au Pakistan
Il a enjoint les Américains à ne pas
À l’époque, l’Internet n’a évidemment lawi. C’est eux, semble-t-il, qui le pré- geance » après les attaques de drones pour parfaire ses études de médecine.
céder à une «mentalité de siège»
pas manqué de relayer nombre de propos sentèrent à la CIA. Le site al-Hesba américains au Pakistan, notamment cel- « Il écrivait parfois ses opinions sur Inter- quiferaitlejeudeleursennemis.
enflammés, ignominieux et violents. poursuivait tranquillement son œuvre. le contre le chef taliban Baitullah Meh- net, mais il ne participait à aucune mani-
Ceux du site al-Hesba, catalogué comme Celle, d’al-Qaida, à laquelle al-Balawi se sud. Une version que ne peut croire festation », a-t-elle confié hier à la chaî-
proche d’al-Qaida, ont fini d’inquiéter dévouait. Hier l’organisation de Ben La- l’épouse turque d’al-Balawi, Defne Bay- ne NTV.
milliards sans savoir où cet argent va al-Lacommunautéinternationale ler. Et puis, toutes ces monarchies sont-
elles vraiment si désolées de voir la seule
république du Golfe ouverte à une certaineauchevetduYémen
dose de démocratie rencontrer autant de
problèmes ? », s’interroge-t-il.La stabilité du pays sera le principal enjeu
Washingtonmontrel’exemplede la réunion prévue à Londres à la fin du mois.
Même si les États-Unis n’ont qu’une
ce pays, le plus pauvre des États arabes. confiance limitée envers le président AliContrôle,hier,GEORGESMALBRUNOT
Mais, quatre ans après, seuls 30 % des Abdallah Saleh, ils ont décidé, de leurdansunerueduENVOYÉSPÉCIALÀSANAA
fonds promis ont été versés. La raison ? centredeSanaa. côté, de montrer l’exemple. En 2010,
En2010,PÉNINSULEARABIQUE La communau- Les autorités yéménites seraient dans leur aide au développement et à la sécu-
lesÉtats-Unisté internationale s’active pour mettre l’incapacité d’absorber autant d’argent rité s’élèvera à 63 millions de dollars,
porterontun coup d’arrêt à la lente dérive du Yé- et de transformer cette manne en pro- contre 40 l’an dernier, vient d’annoncer
leuraideaumen, confronté aux défis cumulés du jets de développement ou de réformes le Département d’État.
développementterrorisme, de la pauvreté et de l’éclate- viables. Conséquence : la réunion de Après la récente visite à Sanaa du gé-
etàlasécurité
ment politique. Voulue par le premier Londres devrait se contenter de rassem- néral David Petraeus, patron des forces
à63millions
ministre britannique, Gordon Brown, bler un groupe restreint de pays (États- américaines au Moyen-Orient, le minis-dedollars,contre
une réunion internationale se tiendra à Unis, Europe et monarchies du Golfe). tre des Affaires étrangères, Abou Bakr al-40l’andernier.
Londres le 27 janvier, la veille d’une Korbi, va se rendre la semaine prochaineNASSER/AP
Renforcerl’arméeconférence consacrée à un autre pays à Washington, où il s’entretiendra avec la
quasi « failli », l’Afghanistan. « Mais ce Plusieurs dossiers seront examinés par pays voisins du Golfe en faveur de Sa- matériels pour traquer efficacement al- secrétaire d’État, Hillary Clinton, très in-
ne sera ni une conférence internationale à les ministres des Affaires étrangères des naa ? Mais au-delà, les Britanniques sou- Qaida, qui se sanctuarise dans la patrie quiète de la situation au Yémen. Mais pas
proprement parler, ni même une réunion pays participants : la lutte antiterroriste, haitent que l’argent levé serve à hâter les ancestrale d’Oussama Ben Laden. question d’accepter un déploiement de
de pays donateurs », tempère un diplo- la riposte à la radicalisation (comment réformes économiques et sociales dont le Lutter contre la venue d’étudiants troupes étrangères, répète al-Korbi.
mate occidental à Sanaa. « Il s’agit de éviter que des jeunes étrangers viennent Yémen, selon eux, a un besoin urgent étrangers dans les écoles coraniques C’est une ligne rouge pour Sanaa. Hier, le
lancer un processus, dont on ne sait pas s’égarer dans les écoles salafistes du Yé- (arrêt des subventions, réduction drasti- contrarie la culture du djihad, forgée par vice-premier ministre en charge de la
très bien où il mènera », ajoute-t-il. men, à l’image du Nigérian Abdulmutta- que du nombre des fonctionnaires, etc.) des siècles d’histoire. Quant à l’inquié- Sécurité a averti qu’une intervention mi-
En 2006, une précédente conférence lab, qui a cherché à faire exploser un Sur tous ces points, la tâche est im- tude que le chaos yéménite susciterait litaire américaine au Yémen « pourrait
sur le Yémen avait permis de drainer avion de ligne américain, fin décembre). mense. Les forces de sécurité manquent dans les monarchies voisines, elle est renforcer » al-Qaida et « non pas l’affai-
près de 4 milliards de dollars d’aide vers Comment mobiliser également les riches cruellement de moyens financiers et certes réelle, mais rien ne dit qu’elle se blir ». « Ce que nous demandons, c’est une
traduira par des gestes concrets. assistance en matière de formation, et des
« L’Arabie saoudite, le Qatar ou le armes pour les unités de lutte contre le ter-
Koweït exigent que des plans de finance- rorisme », a souligné devant la presse
ments accompagnent leur aide, affirme le Rashad al-Alimi, le vice-premier minis-Afghanistan:contactaveclesravisseurs diplomate, ils ne veulent pas donner des tre aux Affaires de la défense .
Les talibans exigent le versement d’une rançon et la libération d’un de
leurs commandants avant de relâcher les deux journalistes de France 3.
nu par les États-Unis. La chaîne privée dans une région placée sous le contrôle
ALAINBARLUET
afghane Aina TV a annoncé de son côté opérationnel de l’armée française. Le Habilleleshommesjusqu’àlataille76etjusqu’à2m10
PRISE D’OTAGES Selon l’usage, les in- qu’un commandant taliban dans la pro- chauffeur des deux journalistes, qui a été
CapelsoldesescollectionsAutomne-Hiver2009formations ne filtrent qu’avec la plus vince de Kapisa affirmait détenir les relâché, a notamment pu jouer un rôle
grande parcimonie à propos des deux deux journalistes. utile. Cela avait permis à Bernard
journalistes de France 3 enlevés en Toutes ces informations ont été Kouchner de tenir des propos plutôt op-
Afghanistan. Mais plusieurs indices lais- authentifiées à Paris, où l’on se montre timistes, indiquant dès lundi dernier que
sent supposer que le contact est en passe néanmoins prudent en parlant encore « tout le monde pense qu’ils sont vi-
de s’établir avec les ravisseurs des jour- vants ».
nalistes capturés le 30 décembre, alors Arrivé le même jour à Kaboul, Paul
qu’ils circulaient en voiture entre Surobi Nahon, le responsable des magazinesLesrevendications POLORALPHLAUREN,PALZILERI,
et Tagab, dans la province de Kapisa, à d’information de France Télévisions,
CUTTER&BUCK,COOPERJONES.destalibansontété120 kilomètres au nord-est de Kaboul. s’était également montré « prudemment
èmeDans un premier temps, les talibans authentifiéesparlaDGSE optimiste ». ParisMadeleine-26,bdMalesherbes8 ardt. Lille-88,rueNationale
Tél:0142663421 Tél:0320574817avaient nié leur participation à cet enlè- Cette affaire a également relancé le
M°:SaintAugustinouMadeleine ParkingNouveauSiècle.
vement, orientant les spéculations vers débat sur le déploiement des médias sur ParkingMalesherbes.
erLyon-13,ruedelaRépublique1 ardt.une piste crapuleuse. Mais hier, le chef « d’informateurs, pas d’intermédiaires », les théâtres de crise. Selon Europe 1,
èmeParisLesHalles-74,bddeSébastopol3 ardt. Tél:0478287944de la sécurité dans la province de Kapisa, et en affirmant : « Nous ne sommes pas l’enlèvement des deux journalistes a
Tél:0142722509 ParkingCordeliers.
Abdul Hamid Hakimi, a confirmé que les en phase de négociation. » Celle-ci pour- provoqué la colère de Nicolas Sarkozy M°:RéaumurSébastopol
ParkingsStMartinetBeaubourg. Rennes-2,placeduParlementdeBretagnetalibans avaient établi un contact la rait maintenant se profiler, dans la me- contre « l’inconscience des »,
Tél:0299785025
veille avec ses services et transmis leurs sure où l’identification des ravisseurs est lors du dernier Conseil des ministres. Bordeaux-12,rueMontesquieu ParkingsHocheetVilaine.
Tél:0556812215exigences. effectuée - ou en cours. « C’est insupportable de voir qu’on fait
ParkingGrandsHommes. Strasbourg-27,rueduDômeEn l’occurrence, il s’agirait du verse- Il semble d’ailleurs que les spécialistes courir des risques à des militaires pour al-
Tél:0388322232
ment d’une rançon, mais aussi de la libé- de la DGSE aient pu assez rapidement ler les chercher dans une zone dangereu- ParkingGutenberg.
ration d’un commandant islamiste déte- obtenir des éléments sur cette affaire, se », aurait déclaré le chef de l’État.
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