Magazine Le Figaro du 08 septembre 2012
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Magazine Le Figaro du 08 septembre 2012

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Retrouvez le Figaro magazine du 08/09/2012

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Date de parution 08 septembre 2012
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Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

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1,50€ samedi8-dimanche9septembre2012 LE FIGARO-N°21182-www.lefigaro.fr-Francemétropolitaineuniquement Dernièreédition
TUNISIE,ÉGYPTE SANTÉ
Comment Pourquoiles
lessalafistes femmesprennent
tissentleurtoile duventreaprès
PAGE8 50ans PAGE14
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
PS Présidence
duparti:ultimeLegrandretour
bataillepourles
candidats PAGE4deWestSide
CHINEStoryàParis
Mobilisation
contrelescamps
detravail PAGE5
ÉTATS-UNIS
Obama,entre
humilitéet
Malmenéparlessondages, combativité PAGE6
surfonddecriseéconomiqueet ÉDUCATION
dehausseduchômage,lechefde Unecrèche
l’Étatsesaittrèsattenduàlaveille s’attaqueau
«sexisme» PAGE10desoninterventiontélévisée.
François Hollande s’expri- ENQUÊTED’UNSECOND EMPLOI
mera, dimanche, au 20 heu- SOUFFLE. PAGE2
Sapinlanceres de TF1. Il devra répondre LEFRONTDEGAUCHE
aux attentes des Français à ACCENTUESESCRITIQUES. PAGE3 saréforme
qui il demande de faire l’ef- HOLLANDEFERME
SURL’OBJECTIFDERAMENERfort «le plus important depuis dumarché
LEDÉFICITÀ3%EN2013. PAGE23trente ans» pour assainir les dutravail PAGE22
financespubliques. L’ÉDITORIAL
Annecy:lapiste
Lechef-d’œuvrecrééàBroadwayen1957estrepris
auThéâtreduChâteletpour87représentations, durèglementde
àpartirdu26octobre.Àcôtédecetévénement,
d’autrescomédiesmusicalesserontjouéescette comptesfamilial PAGE9saisondanslacapitale.Découvreznotresélection.
PAGES30ET31
parAlexisBrézet,directeuréditorial desrédactionsdu«Figaro»



MONSIEUR le président de la Répu- ventiontéléviséedecedimanche,se- France et l’Europe traversaient une
blique, rassurez-vous, nous ne sacri- raitvosvacancesinterminables,votre crise «d’une gravité exceptionnelle».
fierons pas à la mode du «Hollande «communication» lénifiante, Reconnaissez qu’il était temps! Dans
bashing » qui vous chagrine tant. «style» sous-préfectoral! Fadaises! votre bouche, et dans la bouche de
N’ayant jamais enfourché, avec l’ar- La question, la seule qui vaille avant vos ministres les moins idéologues,
méedesflatteurs,lesbalançoiresdela apparaissent désormais des mots -votre grand rendez-vous avec les
«normalitude», nous n’entonnerons Français, est de savoir si, revenant «coût du travail», «compétitivité»,
pas,aveclechœurdesprocureurs(ce sur terre, vous allez enfin clairement, «déficit commercial» - qu’on n’avait
sont les mêmes, en doutiez-vous?), pas l’habitude d’entendre au
le refrain de la «nullitude». Non pas Parti socialiste. Mais à côté deSUPPLIQUEÀFRANÇOIS
que les reproches dont la presse, ces HOLLANDEÀLAVEILLE ces petits pas sur le chemin du
temps-ci, vous accable soient imagi- réalisme, regardons jusqu’iciD’UNEINTERVENTION
naires ou immérités - entre nous soit TÉLÉVISÉEDÉCISIVEPOUR vos principales décisions. Elles
dit, vous l’avez bien cherché – mais L’AVENIRDELAFRANCE. vont à grandes enjambées dans
parce que ces polémiques sont au le sens opposé! À quoi bon cla-
fonddérisoiresauregarddelagravité franchement et résolument tourner le mer «Compétitivité! Compétitivité!
dudramequisejoue. Compétitivité!» comme les cabris dudos à vos promesses électorales, et
Carenfin,vouslesavezbien,laFran- renonceràcettepolitiquedésastreuse Général, si c’est pour accabler dans le
Transoceance danse sur un fil. Le chômage ex- qui consiste à aligner des impôts et même temps de taxes et de charges
Chronographplose. Les déficits galopent. La réces- des dépenses là où, pour redresser la nouvelles les entrepreneurs, les en-
sion nous guette. Les agences de France,ilfaudraitdesréformesetdes treprises et les épargnants? Com-
notation et les marchés financiers économies. mentcroireàvotre-louable-inten-
n’attendent que l’occasion de Oh!,biensûr,ilseraitinjustedepré- tion de tenir mordicus la barre des
consommer le déclassement histori- tendre que depuis votre élection vous 3% de déficit, quand déboule chaque
que de notre pays. Et le problème, jourunedépensenouvelle?n’avez rien appris, ni rien compris.
nous dit-on à la veille de votre inter- L’autre jour, vous avez admis que la suitepage19
ALG:185DA. AND:1,60€. BEL:1,60€. DOM:2,20€. CH:3,20FS. CAN:4,50$C. D:2,20€. A:3€. ESP:2,20€. CANARIES:2,30€. GB:1,80£. GR:2,40€. ITA:2,30€. LUX:1,60€. NL:2,20€.
H:830HUF. PORT.CONT.:2,20€. SVN:2,40€. MAR:15DH. TUN:2,9DTU. ZONECFA:1700CFA. ISSN0182.5852

M 00108 - 908 - F: 1,50 E
3:HIKKLA=]UVZUX:?k@j@a@i@k; FETHIBELAID/AFP-BENSTANSALL/AP-NILZBÖHME/BBPROMOTION-MEDIAFORMEDICAL/TETRA-JUSTINTALLIS/AFP
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samedi8-dimanche9septembre2012 LE FIGARO
Hollandefermesurl’objectifderamener2 recto verso ledéficità3%en2013


FrançoisHollande,
jeudiàLondres.
FrançoisHollande BENSTANSALL/AFP
doits’exprimerdimanche
mer sur tous les sujets », leur a-t-il dit. « C’était lapi-au20heuresdeTF1.
daire », raconte un membre du gouvernement.
En l’espace de quelques sondages, la cote de po-Enselivrantàunexercice
pularité du président a donc franchi le seuil d’alerte.
Le quinquennat de François Hollande a commencéde«pédagogie»,
sans illusions excessives et se poursuit d’emblée
dans l’impopularité. « Alors que les Françaisilcomptereprendre n’avaient pas encore reçu leur feuille d’impôts »,
s’alarme un proche. Mais à l’Élysée, on ne dramatise
lamainaprèsunerentrée pas. François Hollande ne s’attendait pas à connaî-
tre un état de grâce après son élection.
marquéeparl’inquiétude
«Ilfallaitraconterunehistoire»
« On n’a pas vu venir deux choses. L’essence d’abord.desFrançaissurl’action
Les gens se sont demandés pourquoi il ne se passait
rien sur quelque chose qui semblait facile. Et puis il y adesongouvernement.
eu les conséquences de l’affaire du tweet. C’est la
question de son autorité qui a été touchée », estime un
partisan de Hollande. Alors quelque chose s’est
peut-être rompu durant l’été? « Il faut qu’il retrouve
l’esprit de la campagne, le rêve français », conseille
NICOLASBAROTTE un ami. « Il fallait raconter une histoire, c’était faci-
nbarotte@lefigaro.fr le », regrette un autre. « On est revenu au Hollande
d’avant ! » Celui qu’on qualifiait « d’indécis ». Taxa-
tion à 75%, plafond du livret A, contrôle au faciès…
Le gouvernement a parfois donné le sentiment
d’aménager les engagements de la campagne. Ou de
e doute a peu de prise sur lui. La tenta- corriger des excès. Face aux patrons qu’il a reçus il y
tion de l’ironie est toujours plus forte. a une dizaine de jours, le président s’est montré ras-
François Hollande est maître dans l’art surant. « Ils avaient le sentiment que le gouvernement
de la pirouette et du double sens. Par- n’aimait pas les entreprises », raconte-t-on.
tout, il se prête à l’exercice de dire une À l’Élysée, on réfute tout catégoriquement. Allo-
chose et d’en penser une autre. Ainsi cation de rentrée scolaire, emplois d’avenir, enca-Ljeudi, à Londres devant les athlètes drement des loyers, création de postes dans l’Édu-
paralympiques, il se félicite d’avoir honoré la « pro- cation nationale… Autant de promesses tenues. Il
messe » qu’il avait faite de venir les rencontrer lors n’y a ni tournant ni jugement. « Il n’y a pas de cris-
de ces Jeux. « Entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, il tallisation définitive » de l’opinion. C’est donc la fau-
y a parfois un écart », sourit-il. Plus tard, il évoque te au contexte. « Quand il y a tant de plans sociaux, je
devant eux le problème de la médiatisation de leurs ne vois pas comment on peut être populaire », relati-
disciplines. « Dimanche, je dois parler à la télévision. vise le maire de Quimper Bernard Poignant, qui
Ce sera la fin des Jeux paralympiques, on pourra me conseille bénévolement le président. On ne peut pas
donner la parole », plaisante-t-il, comme si son in- tout ramener « à de la communication », déplore un
tervention n’était pas très attendue. Le chef de l’État membre du cabinet.
s’est invité au 20 heures de TF1. Ce sera la dernière Derrière la façade, Hollande est cependant plus
étape de l’opération de reprise en main qu’il a enga- préoccupé qu’on ne le dit. «Il est inquiet», assure un
gée depuis quelques semaines. Il promet « un exer- de ses proches. Cette semaine, il a beaucoup tra-
cice de pédagogie » pour redonner le cap de son ac- vaillé sur la préparation du budget 2013. Un exercice
tion. Il avait commencé ilyaunpeu plus d’une impossible: plus de 30 milliards à trouver pour res-
semaine à Châlons-en-Champagne, en soulignant pecter l’engagement de réduction du déficit à 3%
« la gravité exceptionnelle de la crise ». alors que la croissance ralentit encore un peu plus. Il
Après la pluie du printemps, qui accompagnait faudra plus d’efforts et il faudra le dire. « L’idée qu’il
presque chacun de ses déplacements, le chef de fallait solenniser la situation a été évoquée », raconte,
l’État essuie désormais une pluie de critiques. «Je avec un certain sens de l’euphémisme, un ministre
suis toujours avec la pluie », s’est-il moqué lors associé à ces réunions. « C’est l’aggravation de la
d’uneconversationinformelleaveclapresseàBer- crise qui conduit le président à revenir sur le devant de
lin fin août. « La pluie a cessé, ce sont les critiques la scène », résume-t-on à l’Élysée. La cure d’austé-
qui sont venues. » Chute dans les sondages, criti- rité qu’il va devoir imposer au pays pour réduire les
ques de la presse, interrogations dans son camp, déficits risque de lui coûter très cher: des centaines
charge de l’opposition… « C’est un rite initiatique », de milliers de chômeurs en plus sont à craindre.
dédramatise-t-il désormais en attendant que cela « Avec ça, tu es battu en 2017 ! », lui a prédit un ami.
passe. «Ilyaun climat », se désole un conseiller.
«Iln’apaspeurducontact»
«Cequ’ilfaut,c’estfixerunrythme» Serein de nature, François Hollande doit lutter
Autour du président, on s’est donné le mot pour contre la sinistrose. Le premier ministre l’a dit à son
renvoyer la presse à ses propres retournements. C’est loin tout ça. En attendant, le président se résoudre à intervenir. Impossible de laisser seuls gouvernement en Conseil des ministres: « Il faut
« Rien n’était inattendu, pas même les commentai- veut être présent partout : il était dans un collège à au front un premier ministre dont la parole n’impri- toujours porter l’optimisme. » Pas facile. La situation
res », confie le ministre du Travail, Michel Sapin, ta- Trappes lundi, dans une usine à Évian vendredi, me pas et un gouvernement où les rivalités se révè- économique est pire que prévu. « Il n’y a pas une
quin. « On connaît ça par cœur. Accélérer, ralentir, sera au Salon des productions animales (Space) à lent jour après jour. Devant ses proches, François porte qu’on ouvre où il n’y a pas de cadavres »,
les faux plats… C’est une question répétitive. Ce qu’il Rennes mardi prochain… Comme pour rassurer Hollande a admis que l’été avait été mauvais. « Il re- confiait lundi le ministre délégué à l’Économie so-
faut, c’est fixer un rythme. Cela revient au prési- encore, une conférence de presse est d’ores et déjà connaît que quelque chose n’a pas fonctionné », ra- ciale Benoît Hamon. Il venait d’accompagner le pré-
dent. » C’est ce que le chef de l’État compte faire: annoncée, sans doute début octobre. « Il faut par- conte un de ses proches. « Qu’il y avait un problème sident dans un collège de Trappes où les bonnes
expliquer ce qui a déjà été entrepris pour répondre ler. Mais parler ce n’est pas forcément annoncer, de réglage qui supposait un autre mode de communi- idées foisonnent. « Ça donne le moral. »
« aux attentes et aux interrogations » des Français, donner une mesure par jour. C’est parler aux Fran- cation. » Avec le premier ministre, ils en ont discuté Pour le reste, il y a effectivement de quoi dépri-
relaie un conseiller. Sa majorité l’attend aussi. «Il y çais qui ont besoin de comprendre », explique-t-on à la fin du mois dernier. « Jean-Marc Ayrault lui a dit mer… « PSA a été un élément déclencheur », explique
a une nécessité d’avoir une parole forte », souligne à l’Élysée, où l’on veut rompre avec le style les choses franco de port », poursuit-on. Agacé, le la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, en
Laurent Baumel, « après ce qui a pu être jugé comme Sarkozy. « Entre Nicolas Sarkozy et François Hol- président a conclu qu’il fallait « accélérer ». « Ils ont référence aux licenciements annoncés cet été chez
un trou d’air ». Le député d’Indre-et-Loire espère lande, ce n’est pas la même méthode », soupire un bien vu ce qu’il se passait. Ils se sont dit qu’il y avait un le constructeur automobile. « On peut agir mais en
l’entendre sur le pouvoir d’achat. Élue de la Somme, nouveau député. « D’accord l’autre excitait les fou- problème lié aux mauvaises nouvelles de la rentrée », même temps on ne peut pas faire que le plan social
Pascale Boistard guette de son côté les «choix» du les, c’était épuisant. Mais on ne peut pas dire que ce explique le député de Seine-et-Marne Olivier Faure, n’intervienne pas. » Les moyens d’action sont limi-
gouvernement. « Le problème, ce ne sont pas les soit ça avec Hollande. Il y a peut-être un milieu à qui connaît bien les deux hommes pour avoir tra- tés. « On peut accompagner la reconversion des sala-
idées mais les financements », dit-elle. Quant à Jérô- trouver ? Qu’il montre plus de punch. » vaillé à leurs côtés pendant des années. Le président riés »,assure-t-elle. Hollande et son gouvernement
me Guedj, député très à gauche de l’Essonne, il don- Après cent jours de prise de distance depuis son s’est aussi exaspéré des bisbilles gouvernementales, doivent se résoudre à admettre leurs limites. « Les
erne rendez-vous en 2013: « Le vrai test c’est le 1 Mai. élection, après laquelle il a été accaparé par les affai- au point de rappeler à l’ordre ses ministres la semai- Français savent que le président n’a pas de baguette
Est-ce que le PS sera dans la rue ? » res internationales et européennes, le président a dû ne dernière. « Vous n’êtes pas obligés de vous expri- magique. Ils lui demandent d’être au combat », esti-
me le ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillau-
me Garot, qui était au côté du président à Châlons.
Un bain de foule et une bouffée d’oxygène. « Il n’a
pas peur du contact avec les Français. »
Marcherestunevaleursûre.
Hollande redoute d’apparaître comme un prési-
dent lointain, de se couper de la réalité et de ne plus
FabricationFrançaise percevoir les attentes des Français. « Sarkozy s’était
laissé enfermer, Hollande en a tiré quelques leçons »,
observe Bernard Poignant. Pour rendre compte de
l’état du pays au président, le maire de Quimper va
organiser des déjeuners régulièrement. Premier
rendez-vous dans les jours qui viennent avec de
nouveaux députés. Le maire de Tulle, Bernard Com-
bes, se charge aussi d’écouter les élus.
Ce ne sera peut-être pas suffisant. L’interroga-
tion se diffuse déjà sur la compétence du gouver-
nement. « Ils ne sont pas à la hauteur », râle un élu.Sarkozys’était
Le fonctionnement de l’Élysée est critiqué. «Ilya
laisséenfermer, un problème d’organisation : il y a trop de technos
autour du président et pas assez de politiques », es-Hollandeenatiré« time un conseiller ministériel influent. Comme
souvent, François Hollande ne pourra compterquelquesleçons»www.paraboot.com que sur lui-même pour rebondir et mériter le sur-
BERNARDPOIGNANT,MAIREDEQUIMPER nom de président-culbuto.
A