Dernièreédition1,60€ vendredinnddrerrede 15février2013 LE FIGARO-N°21317-www.lefigaro.fr-Francemétropolitaineuniquement
PORTRAIT ÉCONOMIE
Lesdeuxvisages LaFranceenpanne
dddddddddddddddddddddddddddd’ArnauddddddArnau Montebourg decroissancedepuis
PPAGEPPPPPPPPPPPPP 2 plusd’unan PAGES18ET19
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
MUNICIPALESHollande Nathalie
parie Kosciusko-
Morizetsurlegéant
candidateindien àParisPAGE4
MALI Leretour
auxaffaires
ducapitaine
Sanogo PAGE6
L’affairedelaviandedechevalmetaujourunevaste
CHOLESTÉROL
tromperieàl’échelleeuropéenne.Legouvernement Mensonges
prometd’assainirlafilièreenFrance. etvéritésdu
L’ÉTAU se resserre autour de viande, touchant au moins professeurEven
la société française Span- treize pays. Après ces révéla- PAGE11
ghero, placée au cœur d’un tions, Benoît Hamon a appelé
vaste système de tromperie à renforcer la traçabilité des PISTORIUS
économique à l’échelle euro- produits, notamment grâce à
péenne, mis au jour par les un meilleur étiquetage, et à L’athlète
enquêteurs de la DGCCRF. revoir le fonctionnement des handisportJeudi, le ministre délégué à la entreprises de trading.
Consommation, Benoît Ha- inculpéde
LasociétéSpangheromon, a confirmé les suspi-
miseencausePAGE8 meurtrePAGE12cions qui pesaient sur l’en-
treprise, informée «que la Reportagesurlafilière
viande destinée aux plats pré- chevalineenRoumanie EDF Proglioveut
PAGE8parésétaitducheval ».Laso-
DestestsenEuropepour unepolitiqueciété incriminée sera pour-
vérifierlaqualitédelaviandesuivie, a-t-il ajouté. Le trafic énergétiquebovine PAGE9durait depuis plusieurs mois
L’éditoriald’YvesThréard cohérentePAGE22et portait sur 750 tonnes de
BenoîtXVIsouhaite
désormaisrester«caché
En visite officielle, le chef de l’État s’est dit prêt
à appuyer l’entrée de l’Inde au Conseil de sécurité auxyeuxdumonde» PAGE10
de l’ONU, tout en encourageant New Delhi à investir
en France pour accéder au marché européen. PAGE7
parYvesThréardéditorial ythreard@lefigaro.fr LE LIVRE ESSENTIEL
Vidéo-L’objectifdes POUR TOUT COMPRENDRE3%dedéficitrelativisé
Caroline Pigozzi l’écrivait déjà :parlegouvernement

www.lefigaro.fr/politique « Le jour où il sera au bout de ses forces
Le scandale de la viande ce est, pour beaucoup, une exigence mora- il ne fera pas de résistance »UneFrançaisechez chevaline est l’occasion le, sinon une obsession.
lesoligarquesrusses trop belle pour faire le Mondialisation ou pas, il y aura toujours des
énième procès de la escrocs et des maquignons. Comme auwww.lefigaro.fr/
mondialisation, de Moyen Age. Mais on devrait aujourd’hui eninternational
l’Europe et du libéralis- être protégés par les organismes de contrôle,
me. Trois mots honnis, suspects de toutes dûment certifiés et rémunérés sur fonds pu-Toutel’actualité
les toxicités, dès lors qu’un grain de sable blics à cet effet. Or c’est là que le bât blesse.sportive
vient gripper la bonne marche de nos so- Comment expliquer que l’alerte du « hor-
www.lefigaro.fr/sport ciétés modernes. On ne sait plus qui fait segate » ne soit lancée que trois semaines
quoi, qui contrôle qui... On en perd la après la découverte du scandale ? Lequel a
Questiondujour
tête. d’ailleurs été signalé par le groupe Findus
Réponsesàla Inutile pourtant de tomber dans les éternels lui-même, alors qu’il aurait pu garder le se-
questiondejeudi: clichés pour trouver les causes de ce « horse- cret pour éviter de compromettre durable-
Faites-vousconfiance gate » : c’est ainsi qu’est surnommée l’affaire ment la réputation de ses produits. Puisque
auxcontrôlessanitaires en Angleterre, pays où elle est née et où l’hip- le contrôle des denrées alimentaires n’est
desproduitsalimentaires? pophagie inspire le plus grand dégoût. pas, jusqu’à présent, du ressort de l’Europe,
Inutile d’aller chercher aussi loin la petite mais de chacun des États qui la constituent,Oui:13,9% bête, sans mauvais jeu de mots : les mêmes ce sont donc les autorités anglaises qui ont
tromperies sur la marchandise existent failli. Et leurs homologues étrangèresNon:86,1% chez nous, sans qu’il soit besoin d’accuser le concernées par la chaîne de fabrication et
23646votants monde entier. Pendant la dernière campa- de commercialisation.
gne présidentielle, la France a, par exem- Que font-elles, plutôt que de harceler le DisponibleVotezaujourd’hui
ple, découvert qu’elle consommait souvent plus modeste des artisans qui n’est pas en
en librairiesurlefigaro.fr
de la viande hallal, sans le savoir ! Révéla- conformité avec le maquis des normes et en numériqueAimez-vouslaviande tion surprenante à l’heure où la transparen- qu’impose notre époque ?
decheval?
F.BOUCHON,J.-C.MARMARA/LEFIGARO, PLON
P.LUCENET/OREDIA,G.BOUYS/AFP www.plon.fr
AND:1,70€. BEL:1,70€. DOM:2,20€. CH:3,20FS. CAN:4,50$C. D:2,20€. A:3€. ESP:2,20€. CANARIES:2,30€. GB:1,80£. GR:2,40€. ITA:2,30€. LUX:1,70€. NL:2,20€.
H:830HUF. PORT.CONT.:2,20€. SVN:2,40€. MAR:15DH. TUN:2,9DTU. ZONECFA:1700CFA. ISSN0182.5852
’&"
M 00108 - 215 - F: 1,60 E
:HIKKLA=]UV[UW:?a@c@b@p@k
IMAGO/PANORAMIC
C




vendredi15février2013 LE FIGARO
2 recto verso
erArnaudMontebourgle1 févrierdernier,
envisitechezlefabricantd’éoliennesFrancEole,
auCreusot,enSaône-et-Loire,département
dontilaétéquatreansleprésident.
JEFFPACHOUD/AFP
Leturbulentministre
duRedressement
productif,quinaguère
défiaitouvertement
lepremierministre
Jean-MarcAyrault,
amisdel’eaudansson
vin.Maisn’arenoncé
àaucunedesesambitions.
ANNEROVAN
arovan@lefigaro.fr
undi 11 février, au septième étage de
l’hôtel des ministres à Bercy. Le mi-
nistre du Redressement productif
Arnaud Montebourg reçoit. Il dîne
avec « tous les amis qui (l’)ont aidé
dans la primaire» socialiste. UneL trentaine de personnes sont là: élus,
conseillers de l’ombre, universitaires, publicitaires
de talent. Parmi les invités, il y a surtout la nouvelle
icône du gouvernement, celle avec laquelle tous les
ministres rêvent désormais de s’afficher: Christiane
Taubira. Montebourg fait son show, multiplie les re-
marques grinçantes dont il a le secret, donne à voir
la complicité qu’il a avec la garde des Sceaux. Instal-
lés à la même table, les invités sont priés de livrer
leur analyse de la situation. Certains en profitent
pour complimenter le ministre. Il adore ça.
Au regard du nombre de participants, rien de bien

important ne pouvait être dit ce soir-là. Mais grâce à
ce dîner dont il a lui-même fait la promotion, Mon-
tebourg aura tenté de convaincre que son curieux
attelage de la primaire est toujours avec lui. « J’ai un
petit groupe d’amis permanents», souligne-t-il
d’ailleurs. Le ministre est encore plus intarissable

sur ses soutiens à droite, ces « patriotes» avec les-
quels il s’« entend bien». « Sur la nationalisation de
Florange, j’ai été soutenu par Bayrou, Baroin, Borloo,
Breton, Guaino», se vante-t-il, oubliant un peu vite pris soin de préciser qu’il disait tout cela « avec treprise de sa circonscription, Arfeo. « J’ai fait pas-
que Thierry Breton n’a jamais défendu la nationali- l’autorisation » de François Hollande. ser un mot à Arnaud Montebourg à l’Assemblée pour
sation stricto sensu. Si elle fait effectivement partie Autre changement de pied : Montebourg ne veut l’alerter sur la situation de la société Grantil. Quelques
de l’arsenal juridique, elle ne peut être utilisée que plus être le brancardier de l’économie française. Pas jours plus tard, je voyais son cabinet. Ils connaissaient
dans des conditions bien précises et « en ultime re- question de s’approcher trop près et de se brûler les le dossier. Ils ont été rapides, attentifs et sérieux »,
cours», avait dit l’ex-ministre de l’Économie, ac- doigts sur le chaudron social. Depuis janvier, l’ex- raconte le député UMP et ex-ministre du Logement
tuel PDG d’Atos. avocat temporise. Il ralentit. « Ce ministère, c’est un Benoist Apparu.
chemin de patience. Les résultats n’arriveront pas À gauche, on observe la mue de Montebourg.
«Quandiléchoue,ilenestmalade» tout de suite. C’est pour dans un an et demi, deux Certains s’en félicitent. « En Conseil des ministres, il
Arnaud Montebourg ne s’embarrasse pas de telles ans », confie-t-il, sans craindre de prendre le con- est toujours aussi allant. Mais il est moins dans l’affect
subtilités. Lorsqu’il était député, il combattait la tre-pied du discours officiel sur l’inflexion du chô- et il aborde des sujets plus essentiels, par exemple le
droite et le patronat. À la tête de ce qu’il considère mage dès fin 2013. « Arnaud a compris que c’était vi- problème de la parité euro/dollar », confie un minis-
comme « un ministère d’unité nationale », le voilà tal d’avoir des résultats et qu’il lui faudra un peu de tre de Bercy. « C’est un ministre utile dans la période
prêt à les séduire pour peu qu’ils ne versent pas temps pour en avoir », analyse un ministre. Monte- parce qu’il porte des idées importantes et incarne le
trop dans le libéralisme. Un grand patron livre son bourg se projette à long terme. Ses credo ? Les filiè- volontarisme industriel », assure le député PS Lau-
analyse : « Il a pris conscience que le sauvetage de res, la relocalisation industrielle. Son rêve ? Per- rent Baumel, chef de file de la Gauche populaire.
l’industrie est le combat de la France et que ce ne mettre à la France de renouer avec son « histoire D’autres critiquent son patriotisme.
peut pas être un partisan». Ilyaeule productive glorieuse », celle des « inventeurs»etde
«Intenseréflexion»Montebourg saison 1 qui s’époumonait sur quel- « l’innovation ». Ses deux enfants, Paul et Adèle,
ques dossiers emblématiques - PSA et ArcelorMit- sont les premiers témoins du changement de pied « Arnaud joue avec le feu. Il met du petit-bois dans la
tal en tête -, désignait publiquement les coupables du ministre. Dimanche dernier, il les a emmenés à la chaudière du repli identitaire. Tout cela est très dan-
- des patrons français et étrangers -, se faisait re- Cité des sciences. gereux », regrette un élu socialiste. D’autres encore
cadrer par Jean-Marc Ayrault, mais marquait des Lassé d’entendre que « le Redressement productif s’amusent de le voir jouer une nouvelle partition.
points dans l’opinion. Il y a maintenant le Monte- ne sert à rien », soucieux de ne pas prêter le flanc à « Mon ministre ricane quand il entend Montebourg
bourg saison 2 qui a compris que ses croisades mé- « la bêtise médiatique » qui pointe chacun de ses re- parler du TGV de 2018, lâche un conseiller ministé-
diatiques n’empêcheraient pas les fermetures vers, Montebourg évoque également les succès plus riel qui le connaît bien. En fait, tout le monde attend
d’usines, les délocalisations, les plans sociaux. Ac- modestes de son ministère : « Tous les jours, il y a qu’il s’épuise, qu’il tombe dans le piège qui lui a été
cusé de jouer « perso », de nourrir l’image d’un des victoires. Elles sont innombrables. Elles sont ano- tendu par Hollande lorsqu’il lui a confié le Redresse-
gouvernement désorganisé, le nouveau Monte- nymes ! » Son équipe affirme ainsi que 330 dossiers ment productif. » Mais au final, personne ne sait
bourg s’est adouci, joue un peu plus collectif. « J’ai d’entreprises en difficulté ont été traités en huit vraiment ce que veut Montebourg. « Il est dans une
pris un sérieux pète sur le casque », répétait-il mois et que, « sur les 55 528 emplois menacés, 45 837 période d’intense réflexion. C’est pour cela qu’il oscille
après son recadrage par le premier ministre, ont été sauvés ».« Si je ne donne pas le nom des en- entre deux discours : la radicalité politique ou le bâtis-
veillant à surjouer le rôle de la victime. Son ami, le treprises, on ne me croit pas », affirme le ministre. seur industriel », confie le député PS Malek Boutih.
professeur de droit Thomas Clay, rectifie : « Le Lundi matin, dans son bureau de Bercy, il tient à en Le troisième homme de la primaire PS n’a pas
moteur d’Arnaud, ce n’est pas la conquête ; c’est sa dire plus. Penché sur ses fiches Bristol, il cite renoncé. Certains se souviennent même de ce qu’il
capacité à transformer la France. Quand il échoue GM Strasbourg, 989 emplois, repris par « une boîte disait en 2012 lorsque Hollande était en campa-
sur un dossier, il en est malade. » Comme si l’ex- belge ». « Ça pouvait faire du Goodyear, ça. » Il évo- gne : « À partir de 2015, on va le ringardiser. Et«avocat n’avait pas d’ego. que le sous-traitant automobile TRW, en liquidation après, on le tapera. » Aujourd’hui encore, il rêve
Montebourg a tiré les leçons de Florange. Il conti- et finalement repris par des cadres de l’entreprise. d’avenir. « J’ai beaucoup d’ambition, confie-t-il.C’estunministre
nue sa « lutte contre le renoncement et le sentiment « Sur 313 emplois, ils en ont gardé 83. Là, j’ai 200 de Je ne l’ai jamais dissimulé. Je n’ai pas besoin de dire
d’impuissance ». Mais différemment. « Il fait partie perte. Mais, j’ai gardé TRW. » Il évoque l’équipe- que je pense à la présidence de la République en meutiledans
d’un gouvernement social-libéral. Il a fini par com- mentier Sora, dont les trois sites ont été repris par rasant. J’y pense depuis des années en me brossant
prendre qu’il ne servait à rien de partir cheveux au Faurecia qui « a conservé tous les emplois ».« C’est les dents », lâche-t-il.lapériode
vent pour être ensuite désavoué », confie un ancien un boulot de chien », assure le ministre. Un travail de « Mon programme (Des idées et des rêves) va être
conseiller. Désormais, le ministre attend que le fourmi dont l’objectif consiste, non plus à sauver les réédité en poche, chez J’ai lu, avec une préface origi-parce
contexte lui soit favorable pour s’autoriser des piqû- emplois à tout prix, mais à « maintenir un embryon nale. Vous savez, je suis bankable. J’ai beaucoup de ti-
res de rappel sur ses combats passés. Alors qu’un industriel qui peut repartir ». Un travail plus labo- qu’ilporte rages. Mon dernier livre sur la démondialisation s’est
front des gouvernements français, belge et luxem- rieux et discret qui lui vaut d’avoir entamé, depuis très bien vendu. » Un scénario que certains jugentdesidéesbourgeois, associés à la Commission européenne, quelques jours, sa descente dans les sondages. Le peu réaliste au regard de la personnalité du minis-
semble se constituer contre ArcelorMittal, Monte- ministre du Redressement productif, qui avait déjà tre. « Arnaud, il n’a personne avec lui. Ses proximi-importantesbourg a poussé ses pions ces derniers jours, affir- perdu 4 points en janvier chute encore de 8 points tés, ses réseaux, ses soutiens s’évaporent à mesure
mant qu’il s’agit là d’« une donnée nouvelle dont il va en février dans le baromètre Ifop-Paris-Match. que d’autres se constituent. Il est dans la création/etincarne
devoir tenir compte ».« La nationalisation n’est pas À défaut de continuer à marquer des points dans destruction. Il est tellement différent de Valls. » Mais,
taboue, elle est très pratiquée dans le monde », a-t-il l’opinion, Montebourg imprime sa marque dans au PS, ils sont quelques-uns à penser que la gravitélevolontarisme
ajouté, en faisant valoir que ce « choix stratégique l’opposition. « Au début, je pensais que le Redresse- de la situation économique pourrait se précipiter.
que la France a écarté » pour le moment, « reste sur ment productif c’était de la com. Mais je me suis rendu Montebourg aurait alors une carte à jouer, croient-industriel»
la table, si ArcelorMittal ne tient pas ses engage- compte que c’est très utile », reconnaît le sénateur ils. Le ministre tue le temps, réfléchit, ménage les
ments ». Et comme s’il voulait enfoncer un coin en- UDI et président du conseil général de Mayenne LAURENTBAUMEL, options. Et joue sur plusieurs registres. Docteur Ar-
DÉPUTÉPSD’INDRE-ET-LOIREtre le président et le premier ministre, le ministre a Jean Arthuis, en se félicitant du sauvetage d’une en- naud. Mister Montebourg.
C
LECARDINAL