Magazine Le Figaro du 19 mars 2013
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Magazine Le Figaro du 19 mars 2013

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Date de parution 19 mars 2013
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1,60€ mardi19mars2013 LE FIGARO-N°21344-www.lefigaro.fr-Francemétropolitaineuniquement Dernièreédition
BUDGET SARKOZY
DELADÉFENSE Visitesurprise
Lalettreouverte del’ancienchef
deFrançoisFillon del’ÉtatenLibye
PAGE7àHollande PAGE16
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
APRÈSLAPARTIELLEDEL’OISE INTERVIEW
Borloodemande
une«pause
fiscale » PAGE3
RYTHMES
SCOLAIRES
22villespour
lereporten2014
PAGE9
OTAGES L’appel
ausecoursdela
familleenlevée
auCamerounL’éliminationdelacandidatesocialiste
PAGE6Europe:lesauvetage dèslepremiertourdelalégislativedel’Oise
VATICANetl’impopularitécroissantedel’exécutifrenforcentdeChypre Danslesecret
lescraintesduPS,quireconnaîtuneforme duconclavePAGE18tourneaufiasco
de«désaffection»desFrançais.
LITTÉRATURE
Les 9 points perdus par Sylvie sultatestàl’imagedesderniers siondesFrançais.Lerésultatde
LeprochainHoussin, candidate PS dans la sondages, qui confirment la l’Oise a semé l’inquiétude au
e2 circonscription de l’Oise, chute impressionnante de la siège du PS, où le climat est Houellebecq
entre les législatives de juin cote de popularité de François «morose». «Cette partielle est
2012etlescrutindecediman- Hollande.Àl’Élysée,onconcè- un signal qu’il faut absolument serasombre
che,témoignentdeladéfiance de que la politique engagée analyser», estime un respon- etpoétiquePAGE27
del’électoratdegauche.Ceré- peut susciter l’incompréhen- sablesocialiste. PAGES4ET5
ObamaenIsraëltente
Le Parlement chypriote doit se prononcer ce mardi unenouvelleapprochepour
sur le plan de sauvetage qui comprend une taxe sur
tous les comptes bancaires, mais les épargnants en relancerleprocessusdepaix
colère refusent d’être les « cobayes de l’Union euro- PAGE2
péenne ». PAGES20,21ETL’ÉDITORIAL
NEWYORKTIMES parGaëtandeCapèleéditorial gdecapèle@lefigaro.fr
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enfrançaisfrançais



Aprèsl’effondrementetle dalités du plan qui intriguent et inquiètent.
sauvetage in extremis de Car,pourlapremièrefoisdanssonhistoire,VIDÉO-L’installation
son système bancaire en l’Europe viole la sacro-sainte garantie des
dupapeFrançois
2008, on croyait l’Europe dépôts. Ponctionner jusqu’à plus soif les
endirect vaccinée. Jamais plus, contribuables pour réparer des années de
www.lefigaro.fr pensait-on, elle ne pren- laxismeestdéjàfortdiscutable,commeonle
drait le moindre risque avec ses banques, mesurechaquejourenFrance.Neplusassu-
Questiondujour dont beaucoup sont encore bien malades. rerlasécuritédesépargnantsvabienau-de-
Réponsesàla C’était compter sans l’invraisemblable plan là.C’estinstillerlevirusmorteldeladéfian-
questiondelundi: de sauvetage de Chypre, qui replonge la ce dans tout le système bancaire. Que les
zoneeuroeneautrouble.Ettémoignedece déposantssoientd’honnêtescitoyensoudesTrouvez-vous,comme
quelesapprentissorciersdeBruxellesetde oligarques ne change rien à l’affaire. Vou-GérardDepardieu,
Francfortn’ontrienapprisdecescinqder- drait-on inviter les Espagnols, les Grecs ouquelaFranceesttriste?
nièresannées. lesPortugaisàviderleurcompteenbanque
Passonssurlaméthode,quipiétineallègre- au plus vite que l’on ne s’y prendrait pasNon:13%
ment la démocratie parlementaire. Puisque autrement!
latroïka-c’est-à-direlesfonctionnairesde L’occasion est belle, entend-on, de mettreOui:87%
l’UE,duFMIetdelaBCE-enadécidéainsi, à contribution la lessiveuse chypriote,
41347votants les députés chypriotes sont priés de voter, abreuvée de milliards de fonds russes aux
instamment et sans discuter, une taxation originesdouteuses.Sûrement.MaislavraieVotezaujourd’hui
des dépôts bancaires. Le tout avec la béné- question est de savoir comment elle a pusurlefigaro.fr
dictiondel’Europe,passablementgênéeaux prospérer au vu et au su de tous, au beau
Plandesauvetagede
entournures.Inutile,danscesconditions,de milieu de l’Europe, jusqu’à provoquer une
Chypre:est-ceunebonne
verser des larmes de crocodile à chaque indigestion du système bancaire de l’île.
idéedetaxerlesdépôts pousséepopulisteauxélections. Sans qu’il ne se soit trouvé aucune troïka
bancairesdesparticuliers? Toutautantquelamanière,cesontlesmo- pours’enémouvoir.
GILLESBASSIGNAC/LEFIGAROMAGAZINE-
SEBASTIANSCHEINER/AP-HOWHWEE
YOUNG/AFP
AND:1,70€. BEL:1,70€. DOM:2,20€. CH:3,20FS. CAN:4,50$C. D:2,20€. A:3€. ESP:2,20€. CANARIES:2,30€. GB:1,80£. GR:2,40€. ITA:2,30€. LUX:1,70€. NL:2,20€.
H:830HUF. PORT.CONT.:2,20€. SVN:2,40€. MAR:15DH. TUN:2,9DTU. ZONECFA:1700CFA. ISSN0182.5852
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YORGOSKARAHALIS/REUTERS
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mardi19mars2013 LE FIGARO
2 recto verso
Àquelquesjours
delavisitedeBarackObama,
desIsraéliensréclament,
le15marsàJérusalem,
lalibérationdeJonathanPollard,
condamnéàlaperpétuité
auxÉtats-Unispourespionnage
auprofitd’Israël.
AMIRCOHEN/REUTERS





israéliens avec lesquels il souhaite prendre date. Il ira l’avantage d’être plus réaliste qu’une paix globale et
Alorsqueleprésidentse recueillir à Yad Vashem, le Musée de l’Holocauste, définitive, rendue encore plus illusoire par le contex-
ADRIENJAULMES déposera une gerbe sur la tombe d’Yitzhak Rabin, te régional actuel.
etLAUREMANDEVILLE visitera la Basilique de la Nativité à Bethléem et américainentame Mais au-delà de la réalité du terrain, c’est peut-
CORRESPONDANTS passera par Ramallah, avant de faire une escale chez être le contexte politique américain qui éclaire la mo-
ÀJÉRUSALEMETWASHINGTON l’allié jordanien. Mais ces gestes obligés ne réussiront destie de la démarche d’Obama. Pour l’ancien am-mercredisonpremier
pas à occulter la brutale réalité du contexte de cette bassadeur Chas Freeman, spécialiste du Moyen-
visite : celle d’un paysage politique bouché, révélant Orient et de la Chine,«cevoyageestunmouvementvoyageenIsraëletdans
epuis Jimmy Carter, la paix israélo- une perspective de paix israélo-palestinienne mori- défensifdestinéàfairetaireceuxqui,enAmérique,ac-
palestinienne fait figure de Graal bonde. La fameuse poignée de main de 1993 entre cusentleprésidentdenepasavoirétésuffisammentali-lesTerritoirespalestiniens,
que chaque président américain a Rabin et Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche, gnésurlespositionsd’IsraëletdeNétanyahou.Jesoup-
tenté de conquérir sans jamais y devant un Bill Clinton radieux, appartient à une çonne même qu’Obama a promis à ses donateurs delaMaison-Blancheparvenir. Barack Obama s’était autre époque. Vingt ans après, les choses ont radica- campagnedecocherlacase “Voyage en Israël” ».Illui
lancé dans cette quête dès le début lement changé. Sur le terrain, la colonisation de la fautretirerIsraëlduchampdepolitiqueintérieurepour
s’emploieàmodérerDde son premier mandat. À peine Cisjordanie a rendu presque impossible la création se consacrer aux défis budgétaires qui l’attendent. Ce
élu, son premier coup de fil avait été au président de d’un État palestinien viable basé sur les frontières de sujetestdevenuunalbatros», ajoute cet observateur
l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Ses es- 1967 : les colonies israéliennes et les routes qui les re- lesattentessurune averti du Moyen-Orient et de la politique américaine.
poirs étaient grands et son engagement réel, lient entre elles et à Israël ont morcelé le territoire, Chas Freeman décrit une scène politique où«le
confiaient alors à Washington conseillers et experts, isolant les centres de population palestiniens les uns lobby pro-Israël» occupe «une place démesurée»relanceduprocessus
qui croyaient dur comme fer au«rééquilibrage» de des autres. par rapport à sa représentation. Ce lobby représente
la politique américaine en faveur du monde musul- 4 % d’une population juive qui représente elle-mêmedepaix.MaisBarackLafacecachéedelaLuneman. C’était l’époque du discours du Caire, celle des 2 % de la population américaine, note-t-il, le para-
appels répétés d’Obama à Nétanyahou à faire cesser Mais le plus grave est sans doute le scepticisme qui doxe de la situation étant que 70 % des Juifs améri-Obamaest-ilpourautant
la colonisation juive dans les Territoires, comme s’est emparé des deux camps. En Israël, la question cains sont des libéraux pro-Obama, mais silencieux
préalable à une reprise des négociations entre les par- palestinienne a quasiment disparu du débat politique. sur la politique étrangère. Il explique que le lobby ul-condamnéties. Entre les lignes, la Maison-Blanche parlait d’un Les Palestiniens appartiennent dorénavant à un traminoritaire de l’Aipac a trouvé«unalliéincondi-
vrai effort pour tordre le bras d’Israël et l’amener en- monde invisible, l’autre côté de la barrière de sécurité tionnel» chez les 40 millions de fondamentalistesau«tourisme»fin à négocier avec le monde arabe et les Palestiniens. est comme la face cachée de la Lune. Le calme relatif chrétiens. Sur l’autre flanc de la scène, les contre-
Il s’agissait de rompre avec les huit années d’aligne- qui règne en Cisjordanie, administrée par le protecto- poids sont rares, en dehors de J Street, lobby juif libé-
ment de l’équipe Bush sur les positions israéliennes. rat pro-occidental de Mahmoud Abbas, est confondu auProche-Orient? ral qui affirme que faire la paix avec les Palestiniens
Obama pensait que son charisme et son volontarisme avec la fin du problème. La gauche israélienne ne se est dans l’intérêt d’Israël et s’insurge contre l’aligne-
allaient finalement faire triompher les bonnes volon- préoccupe plus que de questions sociales et la derniè- ment de l’Aipac sur le Likoud.
tés de part et d’autre.«Ilyavaitlàbeaucoupdenaïve- re personnalité politique à vouloir à tout prix négocier
Lanouvelledonneénergétiqueté», note le chercheur Aaron David Miller, qui a été avec les Palestiniens est Tzipi Livni, qui paye son
conseiller sur le conflit israélo-palestinien pour plu- acharnement de l’impopularité des Cassandre. La droite américaine, proche de ce fameux lobby,
sieurs administrations et suit aujourd’hui le dossier De l’autre côté, la division territoriale et politique donne évidemment une version différente des évé-
au Woodrow Wilson Center. entre le proto-État du Hamas à Gaza et celui de nements qui ont discrédité la politique moyen-orien-
Quatre ans plus tard, Obama est devenu plus réa- l’Autorité palestinienne en Cisjordanie ne cesse de se tale d’Obama, estimant qu’il n’a fait que récolter la
liste. «Il a renoncé au coup de baguette magique et creuser, achevant de démoraliser les Palestiniens. La tempête en se désolidarisant de son plus fidèle allié.
comprisqueledossierisraélo-palestinienneseréglait politique de collaboration sécuritaire de Mahmoud Mais«commentl’Amériquepourrait-elleêtreunmé-
pas avec des méthodes de “médiateur de rue”, dit un Abbas avec les Israéliens ne lui a apporté aucun résul- diateur crédible si elle est alignée sur l’une des deux
officiel israélien.Onsentqu’iladoptecettefoisuneap- tat tangible, ni ralentissement de la colonisation, ni parties?», interroge Chas Freeman. Il ajoute que la
procheplusprudente.» libération de prisonniers. Le vieux président, discré- situation sur le terrain a contribué à démobiliser un
dité, a aussi perdu sa confiance dans les Américains, président qui a bien d’autres priorités. «Pourquoi
«Aucunepropositionnouvelle» après avoir constaté l’impuissance d’Obama à faire irait-il dépenser son crédit politique déjà réduit dans
Le Proche-Orient est aussi profondément transfor- pression sur Israël. uneentrepriseaussisûred’échouer?Soyonsréalistes,
mé. Les révolutions arabes ont bouleversé les équili- La confiance des États-Unis dans leur propre capa- depuis2000,leprocessusdepaixestunefarce», lâche
bres politiques dans la région. Les Frères musulmans cité de peser sur le dossier a aussi été émoussée.«On Freeman. Pour expliquer la prise de distance d’Oba-
sont au pouvoir au Caire, l’Iran travaille à construire nepeutpasvouloirleschosesplusquelespartieselles- ma, l’éditorialiste Thomas Friedman évoque aussi le
l’arme nucléaire, la Syrie est en feu et le conflit israé- mêmes», aurait lâché Obama après l’échec de sa pre- contexte énergétique, qui pousse Washington à se«
lo-palestinien éclipsé par le grand affrontement ré- mière tentative. A-t-il pour autant renoncé ? La real- désengager du Moyen-Orient et à voir la question is-
gional entre sunnites et chiites. L’Amérique est aussi politik a-t-elle remplacé le «Yes we can!» de son raélo-palestinienne «comme un hobby plutôt qu’uneSoyons
en plein repli stratégique après dix ans de guerres en premier mandat ? S’apprête-t-il à ne faire le voyage à nécessité».«Ladécouverted’énormesréservesdepé-
Irak et en Afghanistan. C’est donc un président pro- Jérusalem que pour enrober de déclarations un peu trole et de gaz fait de l’Amérique du Nord la nouvelleréalistes,
fondément désabusé, car conscient des contraintes vagues son désintérêt pour un problème irritant et Arabiesaoudite.Quiaencorebesoindel’ancienne?»,
- à la fois intérieures aux États-Unis et propres à la insoluble ? depuis2000, écrit-il dans leNewYorkTimes.
région - qui arrive mercredi en Israël pour une visite «Obamaasurtoutchangédeméthode, analyse un Faut-il pour autant en déduire que le voyage en Is-
leprocessusdont son entourage s’est acharné à sous-estimer pu- diplomate occidental.Iln’arrivesûrementpasavecun raël d’Obama est un coup pour rien, comme le
bliquement l’impact. Le voyage sera destiné à plan de paix, mais va sans doute tenter une approche conclut Friedman avec une franchise brutale, parlantdepaixest«écouter» Israéliens et Palestiniens, a expliqué so- plus subtile, comme de convaincre les deux parties de d’un président condamné au«tourisme» en Israël ?
brement son conseiller spécial Ben Rhodes. Il n’y reveniràlatabledesnégociations.» Les analystes es- Ni Chas Freeman ni Aaron Miller ne partagent un dia-unefarce»aura«aucunepropositionnouvelle» sur le front de la timent qu’en échange d’une aide financière consé- gnostic aussi tranchant, soulignant que la discussion
paix, a-t-il averti, indiquant que le président se quente et d’un gel non déclaré de la colonisation, il sur l’Iran avec Nétanyahou ne sera pas un luxe pourCHASFREEMAN,SPÉCIALISTE
contenterait d’appeler les deux parties au dialogue. pourrait convaincre Mahmoud Abbas de reprendre acheter «du temps diplomatique» auprès d’Israël etDUMOYEN-ORIENT
L’habillage symbolique du voyage aura pourtant les pourparlers, d’autant que Tzipi Livni est entrée au poursuivre la négociation avec Téhéran.«RéparerlaETDELACHINE
belle allure. Pour sa première visite en Israël au titre gouvernement Nétanyahou avec un mandat dans ce CHRISTOPHERMARTEL/COURTESY pire relation qu’ait jamais eue un président américain
de président, Barack Obama prononcera un grand sens. Le nouveau secrétaire d’État John Kerry serait avecunpremierministreisraélienestunedécisionjus-
discours au Centre international des conventions de par la suite discrètement chargé d’aplanir les diffi- tifiée», conclut Aaron David Miller.
Jérusalem, devant un public de jeunes étudiants cultés. Ce scénario aux ambitions réduites aurait ajaulmes@lefigaro.fr;lmandeville@lefigaro.fr
A
LE FIGARO mardi19mars2013
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