Objectif blogs!
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Description

La Galaxie Internet voit émerger une multitude de nouvelles étoiles: les blogs. Ces carnets de bord en ligne sont autant de tentatives d'exister sur la toile et s'influencer toutes les zones de pouvoir (sphère médiatique, politique, scientifique, économique, etc.) Cet ouvrage explore la blogosphère actuelle à travers une pluralité de discipline telles que la communication, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie, le droit, les sciences de gestion et de l'éducation.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de lectures 269
EAN13 9782336283203

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Communication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des recherches originales menées sur l’information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D’autre part, valoriser les études portant sur l’internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la très grande diversité de l’approche communicationnelle des phénomènes humains.
Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.
Dernières parutions
Yannick ESTIENNE et Erik NEVEU, Le journalisme après Internet, 2007.
Eric DACHEUX, Communiquer l’utopie, 2007.
Joëlle Le MAREC, Publics et musées, la confiance éprouvée, 2007.
Stéphane OLIVESI, Footnotes, une socioanalyse de communication par le bas... de page, 2007.
Jean-Curt KELLER, Le paradoxe dans la communication, 2007.
Pierre ZEMOR, Le défi de gouverner communication comprise. Mieux associer les citoyens ? Conversation avec Patricia Martin, 2007
Corinne MARTIN, Le téléphone portable et nous, 2007.
Philippe J. MAAREK (dir.), Chronique d’un « non » annoncé : la communication politique et l’Europe (juin 2004 - mai 2005), 2007.
Alberto ABRUZZESE, La splendeur de la télévision, 2006.
Objectif blogs!

Annabelle Klein
© L’HARMATTAN, 2007
5-7, rue de l’Êcole-Polytecbnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr
9782296046702
EAN : 9782296046702
Sommaire
Communication et Civilisation - Collection dirigée par Nicolas Pelissier Dernières parutions Page de titre Page de Copyright INTRODUCTION Chapitre I - BLOGS ET QUESTIONNEMENTS MÉTHODOLOGIQUES Chapitre II - TYPOLOGIE DYNAMIQUE : UNE BLOGOSPHÈRE DE PROJETS Chapitre III - LA LIBERTÉ D’INFORMER RETROUVÉE Chapitre IV - DE LA COMMUNICATION ÉLECTORALE À L’IMPLICATION PERSONNELLE Chapitre V - ENTRE DIFFUSION ET CO-CONSTRUCTION DU SAVOIR Chapitre VI - DE L’ÉCLATEMENT DES USAGES À LA COMPLÉMENTARITÉ PÉDAGOGIQUE Chapitre VII - VERS UNE RELATION COMMERCIALE DE PROXIMITÉ Chapitre VIII - VOUS TOUS CHEZ MOI Chapitre IX - REGARD JURIDIQUE CONCLUSION GÉNÉRALE BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE BLOGOGRAPHIE PRÉSENTATION DES AUTEURS Médias et communication à l’Harmattan
Au nom du GRICI, je tiens à remercier les Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix (Namur-Belgique) de la confiance qui nous a été accordée en finançant deux chercheurs pour la réalisation de ce projet scientifique.
Ma reconnaissance va également aux collègues des Facultés de sciences économiques, sociales et de gestion, d’informatique, de droit et de philosophie et lettres pour leur participation active. Ces collaborations fructueuses se sont en outre ouvertes aux collègues de l’Académie Louvain, et en particulier à certains membres de l’Observatoire du récit médiatique (Université Catholique de Louvain). Ainsi, au-delà des auteurs présents dans cet ouvrage, le travail collectif a été soutenu par de nombreux collègues : Philippe Marion, Jean-Luc Brackelaire, Bernard Mouffe, Jean-Marc Everard, Karine Joannes, Claire Lobet.
A chacun des auteurs, pour son assiduité et l’ouverture dont il à fait preuve et qui a permis un véritable travail interdisciplinaire.
À Anne-Claire Orban de Xivry, Julie Matagne et Lysiane Romain qui ont tout mis en œuvre afin de permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même.
INTRODUCTION
Par Annabelle Klein
N os actions communicationnelles actuelles ne cessent d’évoluer. Les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) deviennent ainsi les TIC, leur nouveauté se relativisant. Aujourd’hui omniprésentes, leur développement dépend autant de la poussée technologique que de ce que Bernard Miege appelle les divers procès sociaux 1 , c’est-à-dire l’ancrage social et les usages qu’en fait la société. Ainsi, les TIC résultent de dépendances et de déterminations croisées entre l’ordre de la technique et le social. De même, les formes de communication d’aujourd’hui révèlent tout autant qu’elles construisent et transforment nos rapports au monde, à l’autre et à soi.
La réflexion menée dans cet ouvrage s’appuie sur un terrain particulièrement fertile au questionnement communicationnel : les blogs. Le choix du blog, en tant qu’objet typiquement socio-technique, permet en effet de se pencher sur la « communication en train de se faire » et sur les constructions de soi en jeu dans ces nouveaux espaces. Les essais de définition des blogs, souvent incomplètes et hasardeuses, se confrontent à cette difficulté d’articulation du technique et du social (usages). Ainsi, un blog 2 (contraction du terme weblog) est communément envisagé comme un journal en ligne, un carnet de bord sur Internet. Il se définit comme étant un « site Web personnel composé essentiellement de billets d’actualité, publiés jour après jour ou au gré des humeurs et apparaissant selon un ordre anté-chronologique, les plus récents figurant en haut de pages ». 3 et « susceptibles d’être commentés par les lecteurs et le plus souvent enrichis de liens externes » 4 . Cependant, au-delà de cette définition minimale et essentiellement centrée sur la dimension technique, le blog varie selon les situations et les usagers. C’est la raison pour laquelle « définir ce qu’est un blog n’est pas simple [...] ; l’origine de cette difficulté tient à ce que les blogs sont à la fois un outil et un phénomène aux facettes multiples» 5 .
Dans une perspective communicationnelle et systémique, il est primordial de montrer en quoi la sphère technique est faite du social, du culturel, du symbolique, etc. et en quoi les logiques sociales de la communication rencontrent les objets techniques et se « sédimentent » en eux.
Nous serons alors mieux en mesure de saisir les raisons qui poussent à ce double constat : une même terme (le blog) couvre une multitude de réalités alors qu’en retour, une même réalité s’inscrit dans une dénomination multiple 6 .
Il ne s’agit dès lors en aucun cas de suivre le cours des événements ou l’effet de mode. Au contraire, il s’avère que cet «objet » de recherche suscite de nombreuses interrogations appelant l’interdisciplinaxité. Nous voulions en outre ouvrir la vision encore trop répandue des blogs comme carnets intimes, le plus souvent tenus par des adolescents. Le phénomène dépasse, et de loin, la pratique de journal intime sur Internet. Tantôt décriés, tantôt admirés, tantôt ignorés, tantôt intégrés, ils sont devenus des dispositifs « tout terrain » de la communication humaine, suscitant questions et controverses. Derrière la vision caricaturale du blog en tant que journal intime dans lequel exhibitionnisme et narcissisme dérangent, d’autres travaux interrogent davantage le phénomène dans ses fondements. Ces études mettent alors généralement l’accent sur le succès de ces auto-publications en ligne et sur l’ampleur du phénomène qu’elles représentent. On mentionne souvent l’hétérogénéité des usages, l’intégration du blog autant dans la sphère privée que professionnelle mais aussi la diversité des profils des blogueurs ou les nouvelles potentialités technologiques de l’outil. Il est également fait référence à ses effets révolutionnaires en terme de communication, sur le système médiatique, et plus globalement sur la société civile : les effets de publication sur Internet, en ce compris les mouvements de mobilisation qui en découlent, l’oscillation du blogueur entre centration sur lui et décentration vers son public, la confusion entre l’espace privé et l’espace public, etc. Devant la multiplicité des questions soulevées et selon les approches abordées, les définitions du blog foisonnent. Saisir toute sa complexité nous oblige à le concevoir selon une perspective d’éclatement, et ce à plusieurs niveaux.
Tout d’abord, le blog intègre différentes caractéristiques techniques mises en place dans d’autres dispositifs en ligne : les réactions par le biais des commentaires constituent la trame des forums, la publication chronologique fait l’intérêt des « News publishing », le système de syndication de contenu est intégré à des sites d’actualité, l’écriture collaborative anime l’outil wiki. Ainsi, le blog rassemble au sein d’une même interface un ensemble de techniques qui étaient, jusqu’ici, isolées ou liées à des outils distincts sur le net. La dimension multimédia du blog accentue encore davantage cette richesse technologique puisqu’il est possible, à l’intérieur d’un même weblog, d’insérer du texte, des images (dessins, photos), du son et des vidéos de manière interconnectée. Cette co-présence de divers supports techniques à l’intérieur des blogs entraîne en outre une diversité des modes d’expression.
Les pratiques de blogging qui se créent en réponse à cette énorme diversité technologique se divisent dès lors selon une multiplicité d’usages. Du jeune garçon qui met les photos de ses copains, au geek 7 collectant les dernières actualités du web, en passant par la talentueuse cuisinière publiant ses recettes de petits plats ou le journaliste utilisant l’espace de liberté d’un blog pour recréer sa propre ligne éditoriale, un blogueur n’est pas l’autre. Les initiatives, les objectifs, les attentes, les projets de même que les intentions des blogueurs sont très variés et ne permettent pas d’analyser globalement la blogosphère sous un angle unique.
Parallèlement à cet éclatement des usages existe également celui des contenus. La simplicité de publication et l’attrait pour ce nouveau média provoquent une profusion de contenus en ligne, traitant d’une infinité de thèmes. Bien qu’ils se rapportent généralement à des catégories thématiques communes (sportives, culturelles, citoyennes, familiales, etc.), les contenus sont publiés sous des modes de traitement, des styles d’écriture et des angles d’approche tellement divers qu’ils provoquent un débordement éditorial diffus.
Le blog se présente donc comme un terrain bien moins anecdotique qu’il n’y parait. Sa montée en phénomène en témoigne. « Les blogs (...) constituent sans doute, avec le téléchargement en pair-à-pair, le phénomène le plus massif des récentes dynamiques d’usages sur Internet » 8 . Technorati - moteur de recherche en ligne spécialisé sur Internet 9 - annonce le chiffre de 70 millions de blogs en 2007, ce qui représente 1,5 millions d’articles postés chaque jour, et 17 posts par seconde. La langue du blogging se partage entre le japonais (37%) et l’anglais (36%), le français obtenant une place toute relative dans la blogosphère (2%). L’arrivée massive d’adolescents sur la plate-forme Skyrock Blog va pourtant participer à l’expansion de la blogosphère française. En constituant un phénomène générationnel à elle seule, cette plate-forme déclarait en avril 2007 le chiffre de 8 millions de blogs créés, un chiffre doublé par rapport à mars 2006.
Au-delà de ces données quantitatives, le succès des blogs trouve également une visibilité par la variété des usages et des utilisateurs. Selon Benoît Desavoye, le « besoin de pouvoir diffuser ses idées et d’échanger avec d’autres internautes est une attente légitime puisqu’elle est un des mythes fondateurs de la démocratisation dc l’Internet dans le courant des années 90. Les blogs ont su répondre à ce besoin, ce qui explique qu’ils aient connu une adoption et un succès si rapide.» 10 .
Quantitatif, social, le phénomène des blogs se place également dans une perspective historique, conjuguant l’évolution technologique des weblogs avec une actualité forte. La genèse « technologique » place l’origine du weblog au tout début de l’Internet. T’im Berners-Lee, inventeur du world wide web, aurait été à l’origine du blogging puisqu’il aurait blogué sans le savoir. 11 A partir de 1996, des carnets web apparaissent ; en décembre 1997, John Barger invente le terme de weblog qui signifie log of the web (littéralement, « journal de bord sur le Web », « blog »), pour finalement voir l’apparition, en 1999, d’une première solution de blogging 12 permettant de créer gratuitement son blog en quelques minutes.
Parallèlement à ce développement technologique, la propulsion de la pratique de blogging coïncide avec des moments forts, pour ne pas dire tragiques, de la société contemporaine. Le 11 septembre 2001 en fait partie: « Aprés avoir atteint le ground zero, les Américains ont eu le désir de savoir ce que leurs collègues, leurs voisins et le monde entier pensaient et ressentaient. Les weblogs fournissaient le moyen idéal de transmettre ces impressions.» 13 . D’autres évènements majeurs de la société civile ont également participé à l’expansion des blogs : la guerre en Irak (donnant naissance au genre warblog ) , l’épidémie de pneumopathie atypique (SARS) ou le tsunami de décembre 2004 en Asie, pour ne citer qu’eux. D’une façon similaire, en France, le suicide de deux jeunes collégiennes dans le Nord Pas de Calais, l’une ayant fait part de ses intentions suicidaires sur son journal intime en ligne 14 , a fait couler beaucoup d’encre. La presse s’est emparée de ce fait divers tragique pour constater le phénomène de blogging des jeunes, souvent jugé alarmant (exhibition de soi ; diffusion ou même contagion de sentiments négatifs tels que l’appel au suicide, le dégoût de la vie et la colère, etc.).
Aujourd’hui, la blogosphère continue de s’alimenter à l’actualité de la société civile. Les temps forts, par exemple des élections politiques, des catastrophes naturelles, des faits économiques ou des conflits sont commentés, partagés, débattus par les blogueurs, transformant, de ce fait, le schéma classique de l’information et favorisant la mise en réseau des individus. De son côté, la société doit à présent composer avec cette émergence d’auto-publications en ligne aux vocations parfois citoyennes, parfois plus égocentrées. Les médias classiques notamment se recomposent aujourd’hui en tenant compte de ces mouvements d’informations. Cette influence réciproque justifie donc également la pertinence d’une approche non seulement communicationnelle mais également interdisciplinaire, plurielle et systémique.
Cet ouvrage est ainsi le résultat d’une recherche plurielle menée par un groupe de chercheurs 15 d’horizons disciplinaires tels que la communication, le droit, la sociologie, les sciences de l’éducation, la psychologie, l’anthropologie et les sciences de gestion. Nous avons montré combien est nécessaire la pluralité des angles pour définir les contours d’un phénomène aussi complexe que le blogging. Néanmoins, recherche plurielle ne doit en aucun cas devenir recherche éclatée, à l’image de l’objet qu’elle étudie. C’est la raison pour laquelle notre groupe de recherche a fait preuve de beaucoup de rigueur, d’ouverture et d’exigence durant près de deux ans : chaque chercheur ayant choisi son questionnement en fonction de son champ disciplinaire, des équipes se sont constituées autour de thématiques et de questions transversales. En séminaire, chaque avancée était régulièrement soumise au regard de l’ensemble du groupe qui, par ses interventions, sollicitait précisions, remises en question, etc. dans le plus grand respect de chaque discipline. En retour, chacun s’enrichissait de ces apports pour retourner à son propre questionnement de manière sensiblement différente. Outre ces croisements de regards deux chercheuses en communication ont offert à chaque équipe de travail un point d’appui, à travers un essai de typologisation qui s’est avéré très productif.
Enfin, des lectures finales croisées ont parachevé ce tissage et en cela, nous sommes heureux d’avoir gagné ce difficile pari d’une véritable interdisciplinarité.


Les deux premiers chapitres offriront au lecteur les fondements théoriques et méthodologiques qui ont servi de base commune et de guide à l’ensemble de la recherche. Car si chaque chapitre aborde des questions et des usages de blogging spécifiques, cette conceptualisation reste, comme nous l’avons dit plus haut, cruciale pour comprendre l’ensemble de la démarche. D’abord, quelques réflexions méthodologiques permettent de situer le cadre dans lequel s’inscrivent les différentes analyses. Ensuite, notre proposition typologique constituera le fil rouge de l’ouvrage. Fondant ses critères de classification sur la relation que le blogueur tisse avec ses lecteurs, la typologie tentera de circonscrire la complexité de la blogosphère par sa construction axiale qui ouvre la voie vers une analyse dynamique et diachronique.
Les deux premières analyses (chapitres III et IV) sont spécifiques en ce sens qu’elles interrogent la pratique de blogging chez des individus bénéficiant déjà d’espaces publics d’expression puisqu’il s’agit d’une part, de journalistes qui tiennent un blog et d’autre part, du phénomène de blogging chez les hommes politiques. En ce qui concerne les journalistes en particulier, nous y découvrirons un phénomène paradoxal qui s’est produit lors de chaque révolution technologique : tout comme la radio après la presse écrite, et la télévision à la suite de la radio, la peur du blog vécu comme une menace pour les médias traditionnels s’estompe progressivement. Les confrontations du départ ont cédé le pas à des complémentarités. Ainsi, d’une part, le public des médias de masse est de plus en plus sélectif, de plus en plus interactif, et partant, de plus en plus co-responsable de l’énonciation médiatique. D’autre part, et face à cela, le journalisme en ligne recadre et tente de retrouver ses idéaux, de même que ses pratiques. Non seulement le journaliste et ses destinataires se retrouvent dans une position d’interdépendance enrichissante, mais tous les journalistes n’ont pas déserté leurs employeurs. Car, le blog s’avère un outil de prolongement de l’activité journalistique, un espace alternatif d’expression. Bref, le blogging n’a pas changé les journalistes, il leur a plutôt permis de retrouver les sources du métier.
D’autre part, de plus en plus de blogs de politiciens voient le jour pendant les campagnes électorales, introduisant ainsi un nouvel outil de transmission d’idées et surtout de contact avec l’électorat. Il sera alors question d’analyser comment le blog est investi par l’homme politique d’aujourd’hui.
Ensuite, nous poursuivrons l’analyse avec les blogs scientifiques. Alors que les chercheurs scientifiques trouvent dans le blogging un moyen d’alimenter leurs réflexions par le débat virtuel, mais aussi de s’ouvrir au monde, combattant ainsi leur solitude, la mise en ligne des réflexions qu’ils nourrissent et de leurs publications met en péril la paternité de leurs recherches. La notion de confiance sera alors interrogée afin de mieux comprendre en quoi celle-ci régit les interactions entre chercheurs.
Par la suite, nous interrogerons les blogs pédagogiques que les professeurs et élèves publient dans le milieu scolaire. Des pratiques observées émanera un modèle « idéal » de blogging pédagogique basé sur la complémentarité des appropriations de l’outil. Nous dégagerons donc les missions pédagogiques que les blogs peuvent remplir, et ce, dans le contexte plus large des NTIC.
Une réflexion s’engagera ensuite sur un domaine de plus en plus touché par les pratiques de blogging : les entreprises. Il sera question de l’appropriation du blog dans les nouvelles petites entreprises virtuelles, comme moyen innovant de gestion et de développement d’une relation de proximité entre l’entreprise et le client.
Après avoir balayé la blogosphère dans ses aspects les plus étonnants, nous reviendrons à ceux qui incarnent encore la majorité des représentations liées à cette blogosphère : les jeunes. Utilisateurs habitués de l’Internet, ceux-ci sont souvent catégorisés comme un monde virtuel à part, sans intérêt mais quelque peu mystérieux. Dans le chapitre qui leur est consacré, il sera justement question de révéler les mécanismes de sociabilité virtuelle à partir de l’analyse du phénomène de starification « Skyblogstar ».
Chacune de ces analyses a rencontré, à un moment ou à un autre, diverses questions juridiques spécifiques. Nous avons pris le parti de conclure par un regard juridique qui éclaire les diverses problématiques rencontrées. La liberté d’expression, le droit d’auteur, le droit à l’image, et la responsabilité des contenus seront abordés en donnant au lecteur le cadre juridique construit par les textes de lois et la jurisprudence.
Bon voyage au pays des blogs !
Chapitre I
BLOGS ET QUESTIONNEMENTS MÉTHODOLOGIQUES
Par Nathalie Burnay et Annabelle Klein

La méthodologie n’est pas le pticepteur ou le tuteur du savant mais toujours son élève (P. Bourdieu)

1. De la nécessité d’une heuristique de la méthodologie de recherche
D epuis une quinzaine d’années, Internet fait l’objet de toutes les interrogations et les analyses foisonnent pour tenter de comprendre les usages des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Sous des regards disciplinaires divers (sociologiques, psychologiques, juridiques, économiques, communicationnels, ...), les chercheurs se penchent sur ces nouvelles formes de communication tout en ayant le souci d’adapter les méthodes à cet objet en pleine construction et transformation. Cependant, les repères semblent encore manquer pour amorcer une véritable réflexion sur ces formes méthodologiques émergentes. Il apparaît, à travers les diverses expériences de recherche, que ces « bricolages méthodologiques, s’ils sont créatifs et novateurs ne sont pas sans poser une multitude de difficultés et de questions de fond.
Or, l’exigence scientifique est au cœur des pratiques de recherche. Les impératifs méthodologiques côtoient ainsi ceux de la construction théorique, garante d’une certaine forme d’émancipation des contraintes du terrain. Ce n’est en effet que dans l’articulation et dans le jeu sans cesse renouvelé entre méthodologie et théorie que se construit le fondement même de la démarche scientifique. De la construction de l’objet à la publication des résultats, les pratiques suivies et les choix posés vont peu à peu dicter l’orientation même de la recherche. L’enjeu n’est rien d’autre que la quête d’une certaine forme de généralisation des données qui dépassent le cadre précis et nécessairement restrictif de l’observation.
Encore faut-il s’accorder sur ce que l’on place sous le vocable de scientificité. En effet, depuis la remise en question de l’épistémologie cartésienne, l’influence des théories des systèmes complexes et du constructivisme a avancé de nouveaux paramètres de scientificité comme la prise en compte du rapport du chercheur à son objet, l’impact de celui-ci sur ce qu’il étudie, etc. dans une perspective de saisie de la complexité. L’étude des blogs en tant que tissu de relations complexes et mouvantes appelle à l’adoption d’une telle posture. Le renversement méthodologique est puissant : le chercheur ne peut plus rester en extériorité par rapport à l’objet qu’il étudie, dissèque, analyse. Il doit à présent tenir compte de sa présence et de son implication dans l’analyse du système complexe dont il fait à présent partie. Le sujet-acteur est à la fois observateur et observé.
Dans ce chapitre, il s’agira de s’interroger sur les relations qui peuvent s’établir entre les impératifs scientifiques et les nouvelles pratiques de communication. En effet, si celles-ci s’ancrent bien dans le schéma classique des sciences humaines, dans ce qu’elles ont de typiquement identitaire au sens large du terme, elles ne sont pas sans poser de questions sur les dispositifs méthodologiques que leurs interprétations soulèvent : l’objet de recherche et sa nécessaire construction ; la construction de l’objet de recherche et sa relative mouvance ; l’adaptation de la méthodologie aux questionnements et à l’objet de recherche ; les questions spécifiques de validité interne des données recueillies et plus spécifiquement les questions de clôture du système ; les questions spécifiques de validité externe et plus spécifiquement les questions liées aux techniques d’échantillonnage.
L’objet de cet article est donc de réfléchir à une méthodologie spécifique et adaptée à une recherche qui peut éclairer d’autres recherches dans le domaine des NTIC. Il ne s’agit en aucun cas d’un modèle à suivre et encore moins d’instructions méthodologiques auxquelles chacun aurait à se soumettre pour assurer la cohérence de l’ensemble de la recherche interdisciplinaire qui suit. Nous montrons au contraire que chaque questionnement appelle une méthodologie appropriée. Tout au plus cet article permettra-t-il peut-être d’éviter quelques écueils.

2. Une perspective dynamique en construction
Comme de nombreux ouvrages consacrés à la méthodologie en sciences sociales l’ont déjà souligné, il serait artificiel de penser qu’un dispositif méthodologique peut être entièrement mis en place préalablement à la recherche : les différentes phases s’enchaînent et s’entremêlent continuellement, dans un construit sans cesse renouvelé. Les recherches menées dans le champ des usages des NTIC n’échappent pas à ce constat. Comme le soutient très bien Gaston Bachelard, les modélisations fermées sont amenées à rester stériles si elles ne se laissent pas interpeller par le terrain et les contradictions qui en émanent : « On dit souvent qu’une hypothèse scientifique qui ne peut se heurter à aucune contradiction n’est pas loin d’être une hypothèse inutile. » 16
Ces considérations poussent à reconnaître et à défendre une position de recherche qui consiste en un incessant va-et-vient entre position théorique et ouverture empirique car si un cadre théorique permet de « lire » une réalité, celle-ci ne peut s’y laisser enfermer, elle y résiste, fort heureusement d’ailleurs, et l’attitude du chercheur consiste à s’ouvrir à elle en réinterrogeant le cadre choisi, le transformant voire l’élargissant.
Il est dès lors essentiel que le lecteur ne donne à ce chapitre un statut de préalable à l’analyse qui suit. Rappelons que nous avons souhaité suivre un fil, parfois difficile à tenir, entre un faisceau d’interrogations théoriques et une attitude d’ouverture empirique dans la découverte de notre corpus. C’est la raison pour laquelle nous pouvons dire que nous sommes parties d’un canevas de questions initiales moins destinées à encadrer strictement et ainsi à enfermer l’horizon de la recherche qu’à constituer une série de points de repère souples appelés à être réinterprétés, décomposés, repris, déplacés, voire rejetés par la recherche empirique. Car comme le défend Christian Lalive d’Epinay, la démarche scientifique ne peut se résumer à « ramener l’inconnu au connu ». A cette réduction il nous faut opposer le cheminement et l’ouverture car « comprendre l’Alter n’est pas le prendre, et surtout pas se prendre pour lui. » 17 . L’avancée scientifique passe par cette confrontation et ce va-et-vient incessant.
Ainsi nous considérons notre dispositif méthodologique comme étant l’articulation du cadre théorique, de la démarche méthodologique d’ensemble ainsi que des techniques utilisées en vue d’aboutir à la compréhension du phénomène étudié.
Ainsi, notre cadre théorique est marqué par l’interdisciplinarité, la méthode est variée, adoptant tantôt une posture analytique (chercheur en extériorité par rapport à l’objet) tantôt une perspective compréhensive et systémique (intervention du chercheur dans la sphère d’étude). Quant aux techniques utilisées, elles relèvent autant de l’observation, que de la participation, autant de l’analyse quantitative que de contenu, autant d’analyse des commentaires que d’entretiens semi-directifs.

3. La construction de l’objet de recherche et sa relative mouvance
Dans un cours de sociologie suivi il y a déjà un certain nombre d’années consacré au changement social, l’éminent professeur commençait son enseignement par cette phrase restée célèbre chez plusieurs générations d’étudiants : « il serait préférable de consacrer un cours au maintien social plutôt qu’au changement social ». La boutade s’inscrivait alors parfaitement dans une perspective « classique de la sociologie : derrière les grandes évolutions, se cachent de nombreuses permanences... L’objet donc de la sociologie, et plus généralement des sciences humaines, se caractérise davantage par de la résistance au changement et donc une certaine forme de permanence que par un changement rapide et incessant. La construction de l’objet de recherche s’appuie en réalité sur un dispositif méthodologique qui ne craint le déplacement de cet objet.
Force est de constater que cette caractéristique ne semble plus être totalement d’actualité en ce qui concerne l’explosion des formes et des usages des nouvelles technologies, terme polysémique s’il en est : des pages personnelles aux blogs en passant par le développement des mondes virtuels, peu d’eau s’est pourtant écoulée. L’accélération des temporalités de l’objet contraint-elle le chercheur dans sa propre temporalité ? Peut-on concevoir des dispositifs de recherche lourds qui permettent de cerner l’objet mouvant ? Faut-il, au contraire, penser les dispositifs méthodologiques dans des espaces temporels réduits de manière à pouvoir photographier l’instant et ainsi toujours être en phase avec l’évolution technologique ? Le risque est alors grand de sombrer dans une frénésie sans fin d’adaptation des temps sociaux, qui ne fonctionnent plus sur des registres similaires.
Pour répondre à ces questions qui interpellent, peut-être faut-il revenir aux fondements mêmes des sciences sociales telles qu’elles se sont construites dès le 19 ièrne siècle et développées au 20 ième autour des questions de sens. Au-delà des évolutions rapides d’une technologie qui se renouvelle à faire frémir le professeur en question, se cachent des réalités sociales qui n’échappent pas aux impératifs du social, même si les modes de réalisation physiques évoluent frénétiquement. Plus précisément, l’usage des nouvelles technologies ne prend sens que dans un contexte plus large dont elles ne sont finalement que l’une des manifestations visibles et directement observables. Elles symbolisent ainsi, voire cristallisent, des transformations sociétales qui s’inscrivent davantage dans la durée, dans une temporalité qui finalement convient davantage au chercheur. Sur ce point, elles ne s’écartent pas trop des chemins classiques de la recherche en sciences sociales, ce qui, finalement, rassure le professeur en question...
Cependant, nous le verrons, le chercheur confronté à ces terrains mouvants est amené à adopter des aptitudes nouvelles tant en termes techniques (un corpus mouvant exige de nouvelles formes de récolte d’informations incluant un archivage particulier) qu’en terme de posture de recherche (inclure le mouvement dans la continuité).

4. L’adaptation de la méthodologie à l’objet de recherche
Si l’objet mouvant s’insère finalement dans des mouvements de transformation sociétale plus importants, il n’empêche que le dispositif de recherche s’en trouve affecté. En effet, si l’on considère toute recherche scientifique comme la résultante d’une confrontation entre modèle théorique et empirie, certaines questions méthodologiques sont spécifiquement liées à cette mouvance de l’objet : la question du corpus semble ici prendre toute son importance dans ce qu’il a d’interactif et de non permanent.
Classiquement, les sciences sociales reposent sur la constitution d’un corpus empirique stable. Qu’il soit composé de textes, d’entretiens ou de questionnaires standardisés, il forme un ensemble fini d’éléments sur lequel le chercheur peut travailler sereinement dans la durée.
Le travail sur les blogs comporte cette particularité qu’il repose sur une certaine forme d’éphémère, de « quasi vivant » : les blogs naissent, se développent au fil des rencontres et finissent par s’évanouir sur la toile, laissant par ci par là des relents d’existence. Cette caractéristique essentielle transforme le processus de recherche parce qu’il impose une vision diachronique au chercheur, c’est-à-dire une nécessaire prise en considération de la mouvance. Il s’agira en effet de pouvoir s’approprier un objet dynamique, évolutif qui requiert donc une prise de position épistémologique reflétant ce caractère. Toute tentative de compréhension du phénomène exigera, comme un postulat incontournable, de se saisir de l’objet et donc de le construire et de le théoriser en fonction de ce dynamisme. Les concepts employés et leur articulation, c’est-à-dire le cadre théorique, devront donc pouvoir témoigner eux aussi du cycle de ce « quasi vivant ».
Une autre caractéristique incontournable des blogs vient compléter la métaphore du vivant : l’interactivité. Le blog n’existe que par ses relations, en ce sens il devient un objet social. Il perd son sens s’il est isolé. Cet isolement peut provenir à la fois de la désertion des internautes (le blog n’est plus consulté) ou de la dilution des liens (le blog n’est plus référencé).
D’un point de vue méthodologique, cela suppose de considérer le blog comme un espace d’échanges évolutif et constructif qui nécessite de l’interpeller dans une structure plus vaste qui intègre la figure de l’Autre, cet alter rendu nécessaire, et de se centrer sur l’échange comme support d’analyse. Plus qu’un dire, le blog est relation. Il faut donc adapter le dispositif méthodologique de manière à saisir le dire dans ses relations.
D’un point de vue théorique, cela suppose de construire un cadre théorique, a priori ou a posteriori, qui rende compte également de cette figure de l’Autre. Plus qu’une caractéristique, c’est l’essence-même du blogging qui est ici en jeu.

5. La question de la validité externe et les méthodes d’échantillonnage
La question de la validité se pose de manière centrale dans toute recherche à visée scientifique. Pour pouvoir appréhender ce concept de validité, il faut pour cela établir une distinction entre la validité interne et la validité externe.
La validité interne pose la question de savoir si le résultat observé n’a pas été obtenu en raison de défauts dans la conception de la recherche et ou de l’instrument de mesure utilisé. Elle réside dans la justesse et la pertinence du lien établi entre les observations empiriques et leur interprétation.
Quant à la validité externe, elle reflète un autre doute : même rassurés sur la question de la validité interne, les résultats de la recherche peuvent-ils être extrapolés et généralisés à des populations plus larges que celle étudiée ?
La validité externe renvoie donc à la question de la généralisation des données, c’est-à-dire à la capacité d’extrapoler les résultats obtenus à partir d’un ensemble défini de sujets observés à la population entière. Se posent alors toutes les questions liées aux techniques d’échantillonnage, aux choix du corpus et aux techniques de représentativité à proprement parler.
Quelles que soient les techniques de récolte du matériau (des plus quantitatives aux plus qualitatives, des plus expérimentales au plus compréhensives), la question du choix du corpus se pose au chercheur et cela à plusieurs niveaux : quels sujets étudier ? Comment les choisir ? Si les questions posées sont similaires, les réponses, au contraire, divergent et prennent sens dans une forme d’épistémologie de la méthode. La construction du corpus ne repose pas sur des postulats, qu’il s’agisse de soumettre un questionnaire standardisé à un grand nombre d’individus ou de mener des entretiens approfondis avec peu de sujets. Loin de nous l’idée d’opposer les méthodes ; les enjeux demeurent quand les techniques divergent : de l’inférence statistique à l’induction analytique, des échantillons raisonnés, stratifiés ou en grappes à des échantillons par contraste ou approfondissement, du nombre d’individus sélectionnés au principe de saturation des données...
A nouveau, la question pertinente revient à s’interroger sur les éventuelles différences que l’objet blog engendrerait. La validité externe repose notamment sur deux éléments essentiels, pris comme supports de réflexion : la constitution du corpus et sa qualité, et l’analyse des données du corpus.
La constitution du corpus constitue une étape importante du processus de recherche et repose sur l’idée simple que la population, trop nombreuse, ne peut être considérée dans sa totalité et qu’il faut donc choisir des sujets à l’intérieur de cette population. Les techniques d’échantillonnage tendent de répondre à cette nécessaire sélection. Le dynamisme de la toile et la rapidité de transformation des sites amènent le chercheur à s’interroger encore davantage lorsqu’il s’agit de comprendre les mécanismes, les logiques de fonctionnement, les contours des blogs ou même lorsqu’il s’agit de saisir les stratégies identitaires des blogueurs. Le chercheur doit alors composer avec deux caractéristiques déjà mentionnées : la mouvance de la toile et l’explosion des genres. La mouvance peut être appréhendée à partir de deux clés de compréhension différentes : soit en figeant à un moment t l’interprétation, soit en construisant son objet dans un rapport diachronique et évolutif. Dans ce sens, on aboutira soit à une analyse de l’objet approfondie à un instant donné, soit à une analyse quasi longitudinale.
Reste l’autre caractéristique qui repose sur un sentiment d’unicité des blogs : ils sont tous différents, construits sur des impératifs différents, avec des objectifs différents, des outils technologiques différents. Le chercheur peut parfois se perdre dans les méandres de la diversité. Or, la généralisation des données passe nécessairement par un dépassement de ce sentiment, c’est-à-dire sur une analyse, qui, certes, ne nie pas cette diversité, mais qui repose sur des formes de regroupements logiques et construits en fonction de l’objet de recherche. Les techniques de triangulation permettent quelque peu de solidifier le modèle théorique, soit l’on multiplie les chercheurs sur un même corpus, soit on multiplie les types de recueils de données, soit on multiplie les techniques d’analyse du corpus. C’est dans la confrontation des différents angles ainsi créés que peut naître une certaine forme de généralisation des données. Si cette triangulation trouve ici toute sa pertinence, elle n’est évidemment pas réservée à ce seul objet et de nombreux écrits sur la question témoignent de son importance dans les sciences humaines.
Finalement donc, les prescrits en terme de méthodologie de recherche ne se trouvent pas profondément modifiés par l’objet blog, mais les adaptations nécessaires à l’appréhension des phénomènes liés aux TIC mènent à construire de nouveaux dispositifs méthodologiques. Car aucune recherche ne peut se targuer d’avoir échappé à un questionnement approfondi sur la méthodologie qu’elle génère. S’interroger, c’est également reconnaître la complexité de la réalité sociale et poser les limites humaines à cette complexité...

6. Les questions de la validité interne et de clôture du système
La validité interne porte sur le bien-fondé des relations établies entre variables : la variable indépendante a-t-elle bien produit le résultat avancé ou s’agit-il d’une relation fallacieuse ?
Quels sont les facteurs qu’il s’agirait de prendre en considération et qui seraient susceptibles de mettre en doute le résultat observé ? Dans cette section, il s’agira de travailler la relation entre cet impératif scientifique que constitue la validité interne et l’objet spécifique des blogs. Plus précisément, l’enjeu sera de montrer combien le traitement de la validité interne est affecté par l’objet blog, à partir de la question de la clôture du système. Celle-ci renvoie aux différents paramètres interprétatifs insérés dans le modèle d’analyse. Il s’agit donc de s’interroger sur la nature de l’espace interprétatif: quelles sont les variables qui composent le système ? Quels sont les éléments qui font sens dans la compréhension du phénomène ? Les questions et leur terminologie dépendent bien évidemment du registre épistémologique dans lequel le chercheur se situe, mais derrière se cache toujours la même question, celle de l’interprétation. Comment interpréter les données dont je dispose afin que l’ensemble des éléments fasse sens ?
La constitution du modèle théorique repose sur une série de concepts articulés dans un tout cohérent. La validité interne s’interroge sur le bien-fondé de la nature des concepts pris en considération dans le modèle et sur les relations qu’ils entretiennent entre eux. Comment construire ce modèle pour qu’il rende compte au mieux de la réalité sociale ? Comment interpréter l’observé pour en dégager le théorisé ? Comment s’assurer qu’il n’existe finalement que peu de distorsion entre l’empirique et le théorique ?
En fonction des paradigmes de référence, les réponses à ces interrogations diffèrent : de la constitution d’un groupe de contrôle dans l’approche expérimentale au contrôle des variables par des analyses multivariées sophistiquées dans l’analyse quantitative ou encore de l’analyse fine et complexe de données d’enquête. Les techniques ne manquent pas et les résultats rendent bien souvent compte non d’une parfaite adéquation, mais d’une correspondance relative et acceptable entre le modèle proposé et les données empiriques : le « toute chose étant égale par ailleurs » sauvant parfois bien des chercheurs...
Sans développer plus l’argumentaire inscrit dans tous les ouvrages de méthodologies des sciences sociales un peu sérieux, la question qui devrait être traitée dans ce chapitre s’articule davantage autour de l’interrogation suivante : est-ce que l’objet « blog modifie les dispositifs méthodologiques en œuvre pour s’assurer de la solidité du modèle théorique ?
Répondre à cette interrogation revient à travailler sur le corpus empirique et son traitement.
Deux types de dispositifs de recherche sont envisageables : soit par une observation de blogs dans lesquels je n’interfère pas (je suis observateur), soit par une intrusion dans la blogosphère ( je suis acteur: j’ai des interactions avec d’autres blogueurs).
Dans le premier cas (je suis observateur), l’incidence sur la constitution de l’objet de recherche est minime et revient à travailler sur un corpus extérieur au dispositif de recherche et qui ne s’en trouve pas modifié par une forme d’interférence avec le chercheur, sauf à croire que sa « simple » visite engendre des répercussions sur la vie du blog. Néanmoins, ce corpus a la particularité, comme déjà souligné, d’être mouvant et de se transformer au fil des rencontres sur la toile. C’est donc bien cette mouvance qui sépare ce type de corpus d’un classique recueil de textes. Mais cette spécificité n’entraîne finalement pas le chercheur très loin de ses habitudes scientifiques : la mouvance rend compte de phénomènes sociaux plus fondamentaux qui, eux, sont beaucoup moins statiques ; la mouvance implique l’utilisation d’un arsenal conceptuel dynamique. En soi donc, les questions de validité interne ne s’en trouvent guère affectées : nécessité d’une observation longue et minutieuse, description précise de l’observation, prise en considération de l’ensemble des observations...

Exemple 1. Blogs et politiques
L’analyse des blogs politiques présentée dans cet ouvrage repose sur un double corpus : les blogs des principaux candidats aux élections présidentielles françaises du printemps 2007 et ceux des ministres francophones du gouvernement fédéral et du gouvernement wallon réalisés dans le cadre des élections fédérales belges se déroulant à la même période.
Une analyse de contenu a ainsi été réalisée à partir du corpus recueilli, sans que celui-ci n’ait connu de modification du fait de la présence des chercheurs. En effet, aucune interaction n’est intervenue entre le chercheur et les blogueurs.
De même, les analyses de blogs scientifiques, pédagogiques et d’entreprises innovantes ont adopté le même dispositif centré sur l’observation non participante où le chercheur reste en extériorité par rapport à l’objet qu’il étudie (visites de sites, observations, lecture de commentaires).
Dans le second cas ( je suis acteur), il y a donc des sources d’interférence entre le chercheur et l’objet qui risquent bien de modifier, par cette intrusion, la vie du blog. Comment en effet isoler l’impact de sa participation sur la vie du blog ? Comment déceler les traces de sa présence et l’interaction suscitée avec les autres blogueurs ?
A nouveau deux cas de figure coexistent : soit la récolte du matériau de recherche correspond à une sollicitation claire du chercheur qui initie l’interaction, soit la récolte du matériau découle d’une insertion dans la blogosphère, au cœur de la vie du blog.
Dans le premier cas (initiateur), le dispositif ainsi constitué renvoie clairement aux impératifs scientifiques des sciences sociales : sur la constitution soit de questionnaires standardisés répondus via la toile, soit d’entretiens compréhensifs, soit encore d’échanges interactifs par focus groupes...

Exemple 2. Blogs et journalistes
L’analyse des blogs journalistiques qui sera présentée repose à la fois sur l’analyse de blogs et sur une série d’entretiens semi-directifs. Les auteurs des blogs ont été sollicités par deux chercheurs afin de les éclairer sur leurs hypothèses.
Nous sommes ici dans le cas de figure somme toute assez classique où le chercheur amène à lui l’informateur, hors contexte de production du blog. Mais la toile peut aussi correspondre à une technique particulière de collecte du matériau empirique, qui impose et imprime ses propres spécificités sur la nature des données recueillies. Il ne s’agit donc pas seulement d’un support technique différent, mais bien d’un mode de communication différent qui influence les règles de la communication langagière. Par exemple, la question des temporalités dans la construction de l’échange s’imprime différemment. Ainsi, la construction d’un cadre d’entretiens sur Internet exige la prise en compte d’un espace/temps spécifique. Par exemple, si l’entretien semi-directif se fait via ce canal de communication, ce sont toutes les règles classiques de cette technique de récolte de l’information qui s’en trouvent modifiées : la question de la gestion des silences, de la relance et autres techniques d’empathie doivent être repensées dans des temporalités différentes. Ce type d’entretien implique donc différentes règles directement liées à Internet : la question de la durée se pose différemment, et dès lors comment construire une relation de recherche à travers ces petits morceaux d’entretiens ? Comment tenir compte des codes particuliers utilisés pour pallier l’absence physique et reconstruire une espèce de langage non-verbal et iconique (emoticon, smileys ) ? Comment établir un rythme de rencontres virtuelles pour éviter la dissolution de l’échange ?
C’est ainsi que se posent les questions relatives à la construction d’un cadre d’entretien spécifique à notre objet de recherche tout autant qu’au média utilisé pour la récolte d’informations. Cette construction réflexive d’entretiens par Internet constitue, nous semble-t-il, une voie féconde pour de nombreuses recherches en sciences humaines mais qui exige à la fois créativité et réflexion constante sur ce que l’on fait.
Dans le second cas ( insertion ), se pose la question du dévoilement : dire ou pas son statut particulier de chercheur sur la toile. Outre le problème déontologique que cette prise de décision suppose, l’aspect méthodologique s’en trouve également affecté. Si le chercheur se dévoile, c’est-à-dire révèle son statut et ses finalités, il entre dans un processus de recherche dans lequel il est tout entier compris. Il peut en effet s’avérer intéressant d’emprunter les moyens d’échanges habituellement utilisés par les internautes et d’entrer ainsi dans le monde qui nous est proposé. Il paraît également utile de nous placer, en tant que chercheur, à une place d’usager qui tienne compte non seulement de son objet d’étude, les blogs, mais également de son inscription dans un ensemble communicationnel plus large. Entrer en contact avec un auteur de blog par la voie prévue à cet effet permet une position idéale pour percevoir la « disposition communicationnelle» dans laquelle se trouve un blogucur lorsqu’il est interpellé par un visiteur 18 .
Ce dispositif s’approche d’une observation participante dont l’immersion impose une participation active du chercheur au sein de la communauté étudiée, dans ce cas, celle des blogueurs. S’applique dès lors l’ensemble des dispositions qui régissent cette technique particulière de recueil et d’analyse des données : insertion de longue durée, constitution de rapports de confiance interpersonnels...

Exemple 3. Blogs et jeunes
Le chapitre consacré aux jeunes est avant tout construit à partir d’un corpus composé de 45 Skyblogstars recensés entre le 1 er janvier 2007 et le 15 mai 2007. Le recueil des données semble donc davantage reposer sur un dispositif méthodologique apparenté à une observation passive des blogs. Cependant, l’analyse, si elle repose sur le corpus ainsi constitué, est également influencée par les nombreuses expériences de blogueuse d’une des chercheuses avec un public jeune. Dans ce sens, c’est l’entièreté du dispositif méthodologique qui s’en trouve affecté : le choix raisonné du corpus n’est d’ailleurs que la résultante de cette pratique de biogueuse. Dès lors, ce dispositif méthodologique peut s’apparenter, de manière indirecte, à une insertion dans la blogosphère et relever de ce cas de figure.
Si le chercheur choisit l’anonymat, il n’est pas non plus à l’abri d’une influence indirecte dont il faudra tenir compte dans l’analyse des données recueillies. Mais cette posture est peu envisageable du fait même des problèmes déontologiques qu’elle génère.

7. De la tentative de construire un savoir structuré sur une réalité sociale complexe
La blogosphère constitue un espace mouvant d’échanges et d’interactions multiples qui, comme dans toute forme de vie sociale, possède ses règles, ses codes et ses usages, multiples et divers. Vouloir les cataloguer, voire les typifier s’avère une mission délicate parce que sa complexité ne se laisse pas saisir facilement. Pourtant, l’enjeu n’échappe à personne : comment, en effet, comprendre un phénomène social quel qu’il soit sans en saisir les contours et les aspérités ? Pour le dire autrement, l’enjeu repose sur une tentative raisonnée tant théoriquement que méthodologiquement de construire un savoir structuré sur une réalité sociale complexe. Mais si la construction d’un savoir scientifique est à ce prix, long et tortueux est le chemin qui y mène. Les routes sont multiples, parfois entrecroisées, et parfois... ne mènent nulle part.
Ce savoir structuré devrait en tout état de cause répondre aux impératifs méthodologiques développés dans ce chapitre : la nécessité de construire un savoir complexe ; qui tienne compte de la mouvance de l’objet ; où l’aspect dynamique est central ; et où les enjeux de validité, tant externe qu’interne, doivent prendre place.
Le chapitre suivant devrait permettre de relever le défi en proposant une typologie novatrice de la blogosphère qui pourra nourrir l’ensemble des chapitres de cet ouvrage,.
Chapitre II
TYPOLOGIE DYNAMIQUE : UNE BLOGOSPHÈRE DE PROJETS
Par Anne-Claire Orban de Xivry, Julie Matagne et Annabelle Klein
C onstituer une typologie est une étape indispensable pour s’émanciper du terrain de recherche. La complexité des blogs renforce davantage cette nécessité d’un cadre d’analyse général notamment parce que les caractères éclaté, mouvant et éphémère des blogs doivent pouvoir être pris en compte. De plus, en tant qu’objet social, les blogs existent à l’intérieur d’un rapport avec autrui. Toute construction typologique devra donc également tenir compte de cette dimension interactive de l’objet en construisant une structure capable de saisir cette figure de l’Autre.
Jusqu’ici, les typologies de blogs existantes ont été construites sur base de critères principalement externes au secteur de l’Internet. Elles se retrouvent donc rapidement dépassées par le dynamisme de la toile. Nous reconsidérerons leur pertinence et leurs limites de manière à pouvoir proposer par la suite un nouvel essai de typologie. Mais auparavant, il nous faut revenir sur notre objet en présentant une définition des blogs qui adoptera un point de vue socio-technique doublé d’une approche communicationnelle.

1. Définitions du blog

1.1. Le blog, un outil, des usages. Définition socio-technique
Devant la dimension multiple et éclatée de notre objet, nous avons fait le choix de soutenir une définition qui tient compte des caractéristiques techniques de l’outil blog couplées aux usages qu’elles génèrent. Les prérequis technologiques sont au nombre de quatre, et constituent le niveau de base de notre définition. En corrélation à ces potentialités technologiques correspondent des usages de blogging, qui ont exponentiellement évolué depuis le weblog original et qui participent à la spécification du blog autant que le format. L’appropriation de l’outil par les usagers induit en effet des tendances qui sont à rapprocher ou à différencier des autres outils en ligne tels que les pages personnelles, les forums, les messageries instantanées, les wikis, etc. Dans une moindre mesure, ces usages définissent l’outil blog à un second niveau. La facilité de publication : « Les blogs font partie de la famille des outils de gestion de contenu parfois appelés CMS (abréviation de l’équivalent anglais Content Management System ) » 19 . Le format wysiwyg du blog — what you see is what you get — induit que le système met lui-même en forme les textes, les images, la recherche dans un blog, l’archivage des entrées, l’inscription d’hyperliens, etc. Des connaissances techniques pointues de programmation ou de développement web ne sont donc pas nécessaires. Avec les blogs, publier sur Internet est devenu moins laborieux et plus accessible.
Une première conséquence du système de gestion de contenu dans l’appropriation de l’outil est l’accès simplifié à la publication en ligne. Outre son accessibilité technique, il induit également une mise à jour fréquente du contenu. La facilité de la rédaction en ligne dépasse l’obstacle des mises à jour fastidieuses et lourdes des sites développés sous langage informatique. Nous postulons cependant que cette opportunité technique peut rapidement se transformer en une contrainte pour le blogueur. Devant les attentes généralisées de ses lecteurs, le blogueur doit fournir un effort plus fréquent en renouvellement de contenus. Un second effet de ce système wysinyg se loge dans l’appropriation personnelle de l’espace blog. Parmi les offres standards des plates-formes, le blogueur tente de personnaliser un maximum son espace : il arrange les modules les uns aux autres, choisit le design, les couleurs, la typographie. A l’instar d’un lieu de vie, le propriétaire marque son territoire et y insuffle ses goûts et ses envies. La publication chronologique (ou anté-chronologique) et l’archivage: La page d’accueil du blog publie les entrées (billets, notes, articles, etc.) sous un ordre chronologique inversé ou non. En cela, le blog est fort proche d’un « carnet de bord » en ligne puisque les mises à jour sont publiées selon une variable temporelle. Dans cette même démarche technique, l’archivage automatique des entrées caractérise le format blog : sous un mode hebdomadaire ou mcnsuel, le système de gestion de contenu classe et range les billets.
Cette hiérarchisation temporelle des billets va permettre une mise en contexte des contenus. La possibilité d’un retour aux archives fournit un cadrage historique aux propos et permet d’en retracer l’évolution. Elle facilite également une structuration et une mise en perspective de la pensée, tout en constituant un espace virtuel vital pour le blogueur : la suppression de son blog, ou la perte d’un de ses contenus peut parfois équivaloir à l’effacement d’une partie de sa vie. L ’ hypertextualité  : Sur la page d’accueil de son blog ou à l’intérieur des notes, le blogueur lie son blog ou son contenu vers d’autres contenus en ligne (blogs, pages Internet, moteur de recherche, cartes en ligne, etc.) au moyen d’hypertextes. Trois types d’hyperliens sont récurrents dans un blog. La blogroll (ou blogoliste) représente la liste de blogs « voisins » (dans la thématique, les relations, les affinités, les intérêts, etc.) que le blogueur publie constituant de ce fait un réseau. Le « lien permanent » ou permalien (permalink en anglais) est l’adresse web (url) unique de la note permettant d’y accéder de façon permanente et directe, et ainsi d’y faire référence depuis une autre page Internet. Enfin, le lien hypertexte commun renvoie un contenu vers une autre source d’information. Ces trois usages de l’hypertexte confirment ainsi l’adage du blogging : un blog se lit et se lie 20 .
L’utilisation abondante et plurielle des hyperliens transforme l‘ interconnexion en une pratique caractérisante du blogging. Lier un blog ou un de ses contenus à une source externe en ligne facilite la mise en réseau des contenus et des personnes. Bloguer crée une sorte de maillage inter-blogs. Soulignant également cette interconnexion comme point commun partagé par de nombreux blogs, Cyril Fiévet appuie le fait qu’ « un blog n’est pas grand chose lorsqu’il est lu de façon isolée, mais dans leur ensemble, les blogs constituent bel et bien un média nouveau, qui établit des sous-communautés d’individus, via les liens qui sont tissés au fil des jours ». 21 L’ interactivité  : Les formes de l’interactivité peuvent être multiples. Nous en décrirons trois. L’une d’entre elles doit être au minimum présente pour qu’un blog soit reconnu comme tel.
La première, la plus usuelle, est l’interaction par commentaires interposés. La possibilité de commenter les billets rencontre un franc succès chez les blogueurs. Selon les profils de ces derniers, cette interactivité sera plus ou moins limitée. Entre une totale liberté de réaction et la fermeture des commentaires, il existe divers degrés de modération : celle a posteriori 22 , celle a priori 23 et l’inscription obligatoire préalable à toute publication de commentaire. Le choix de la modération n’est pas établi définitivement : selon les événements ou les sujets, le blogueur peut préférer un autre type d’encadrement des commentaires, jusqu’à la fermeture de ceux-ci.
La seconde forme d’interactivité est la mise à disposition d’un point de contact avec l’auteur (adresse e-mail, formulaire de contact, livre d’or, etc.). Fonctionnant sous un mode plus privé, ce type d’interactivité peut se montrer plus relationnel que les commentaires.
Enfin, la troisième forme d’interactivité prend naissance dans I’ interconnexion des blogs les uns avec les autres. Les blogs s’interrogent, s’interpellent, se répondent entre eux. En appui à cette interconnexion, le système technique du rétrolien ( trackback en anglais) permet les notifications entre sites. Les auteurs peuvent relier des billets de blogs différents et partager de cette façon un même sujet de conversation, ou se faire référence, de façon unilatérale ou mutuelle, au moyen de ce rétrolien.
L’interactivité générée par les blogs va provoquer chez les blogueurs une pratique d’échanges et de mises en relation croissantes. Sur son célèbre blog, Loïc le Meur affiche en baseline : « Les médias traditionnels diffusent des messages. Les blogs démarrent des conversations. » 24 . La mise en relation des contenus et des idées provoque une série de débats et de rencontres caractérisant la forme de la blogosphère et participant à la construction de ses contenus.
L’interactivité dans sa globalité participe également à la montée en puissance d’un internaute « en action ». A ce sujet, Benoît Desavoye souligne que «grâce aux blogs, leurs auteurs sont devenus libres de s’exprimer en ligne. Ils sont moteurs de l’action, lancent des débats, diffusent leurs idées. [...] Cette liberté d’action permet aux internautes-blogueurs de reprendre le pouvoir tout en facilitant les possibilités de dialogues par blogs interposés ou au travers de commentaires très faciles à faire». Il en conclut même que « si l’action est au premier plan, l’interaction, utile et constructive n’est donc pas laissée de côté, bien au contraire». 25
En conclusion, le blog ne peut réellement être défini que dans une perspective de mise en relation entre l’offre technologique et l’appropriation de l’outil par les usagers. C’est précisément cette réciprocité qui donne sens à la spécification du blog par rapport aux autres outils en ligne, et qui rend sa définition à la fois globale et ouverte aux développements futurs de l’outil et de ses pratiques.
A partir de cette définition socio-technique minimale, l’outil blog se développe et abrite d’autres fonctionnalités tels que le fil de syndication de contenu (flux RSS, par exemple) 26 , un moteur de recherche interne ou des catégories. Ces autres caractéristiques technologiques ne constituent cependant pas encore, selon nous, des conditions suffisantes et nécessaires à la définition du blog, bien qu’amenées à se développer davantage. Le déploiement technique de l’outil blog est d’ailleurs croissant, et s’oriente vers des pratiques de plus en plus diversifiées. Dans l’autre sens, la multiplicité des usages appelle à une offre technologique répondant à ces attentes.

1.2. Le blog, un nouveau média. Définition communicationnelle
Jusqu’ici, nous avons défini le weblog en tant que technologie, outil renvoyant à une instrumentalisation de la technique 27 . Or, le blog se positionne plus largement comme un média. A ce sujet, nous rejoignons Pierre Moeglin 28 , lorsqu’il propose de définir le média comme une conjugaison entre « une présence de contenu » et une « reproduction élargie ». A partir de cette définition, nous pouvons alors nous orienter vers celle de Francis Balle, spécialiste des médias, qui définit le média comme « un équipement technique permettant aux hommes de communiquer l’expression de leur pensée, quelles que soient la forme et la finalité de cette expression 28 ».
A plusieurs égards, le weblog rencontre cette définition du média, en se présentant à la fois comme un support de diffusion et un moyen d’expression. Benoît Desavoye abonde également dans ce sens en rappelant que le weblog est « un média pour lequel il faut prendre en considération à la fois le ou les émetteurs, mais aussi et surtout l’importance de leur audience » 29 .
Plus particulièrement, les weblogs sont classés dans la famille des nouveaux médias, en distinction avec les médias de masse. Cela s’explique par le fait, qu’ils sont intrinsèquement liés à l’Internet, mais aussi, parce que le blog, comme les autres nouveaux médias, pousse à repenser le schéma classique de la communication. L’interactivité et la mise en réseau générées par Internet ont pour effet que l’émetteur n’est plus unique : il se démultiplie et se construit en relation avec son (ou ses) récepteur(s). La rétroaction dans les weblogs est telle qu’il s’agit moins pour l’émetteur de diffuser un message que de le construire en interaction avec son public, au point même que les rôles de chacun peuvent s’échanger et se redéfinir constamment. A ce niveau, la dimension communicationnelle, perçue comme une « aptitude à cristalliser, concentrer, révéler et éventuellement modifier les cadres d’échanges » 30 prend tout son sens.

2. Nécessité d’une typologie adaptée aux blogs
Outre qu’elle fait accéder un nombre croissant d’auteurs à la production de contenus en ligne, la facilité de publication dans les blogs provoque également une réappropriation des standards par ces auteurs, avec innovations et usages multiples, dont la création de genres hybrides ou en marge des genres établis. Il nous faut donc établir un système de description et de classement, à partir de critères jugés pertinents et qui permettent de ramener cette multiplicité à quelques types fondamentaux. Tel est l’objectif de la typologie qui va suivre.
Plusieurs modes de classement ont déjà été élaborés pour tenter de classifier les blogs. Issus ou non de la blogosphère, ces modes de classification varient selon leur contexte et utilité. Néanmoins, ils restent bien souvent trop confus. Les annuaires, par exemple, composent en général avec différents modes de classification à la fois thématiques (art, actualité, web, cuisine, etc.) et techniques (vidéos, photos, radios, etc.). Cette méthode présente donc l’inconvénient qu’un même item puisse appartenir à des catégories différentes. La surinformation encombre alors le répertoire et nuit à l’efficacité de l’outil. En réalité, les annuaires de blogs ne sont pas adaptés à leurs objets. Empruntant des critères classificatoires utilisés pour des genres extérieurs à l’Internet (livres, services, etc.), les annuaires sont peu adaptés à leur objet car difficilement compatibles avec la pluralité des contenus et des approches des blogs. Au-delà des répertoires, nous avons observé trois principaux systèmes de classement de blogs reposant, respectivement, sur l’utilisation de critères techniques, socio-démographiques et thématiques.
Un des premiers réflexes de classification de la blogosphère a été de distinguer les productions selon les techniques utilisées. Ainsi, au vocable blog, se sont rattachés ceux de photoblog (pour les blogs à vocation principalement photographique), de vidéoblog (pour des blogs aux images animées), de radioblog (pour des blogs musicaux) ou encore de moblog (blogs mis à jour à partir du téléphone mobile). Des plates-formes spécifiques à la mobilisation de chacune de ces techniques ont alors été proposées aux internautes. Mais, rapidement, l’offre technique s’est développée et simplifiée, permettant à l’utilisateur d’intégrer sans distinction l’une ou l’autre technique à l’intérieur d’un même blog. Aujourd’hui, la plupart des blogs intègre simultanément ces différentes techniques que sont la vidéo, l’image et le son, rendant ainsi la distinction par la technique inappropriée.
Les critères socio-démographiques sont également souvent sélectionnés pour distinguer les blogs des uns des autres. L’âge, le sexe, la catégorie socioprofessionnelle des blogueurs engendrent ainsi une classification par usagers. On parle de blogs de jeunes, de journalistes, d’artistes, de femmes, de politiciens, d’adolescents, de troisième âge, d’entreprises, de professeurs, etc. Néanmoins, il faut composer avec le fait qu’il n’est pas toujours possible d’identifier l’auteur du blog. En général, la détermination du profil du blogueur dépend de ce qu’il veut bien dire ou en laisser transparaître. D’autre part, un blogueur peut également revêtir plusieurs « statuts sociaux » (artiste, enseignant et père de famille) affaiblissant de ce fait la pertinence des catégories. Par ailleurs, il est intéressant de constater que cette typologie par usagers engage les notions de légitimité et de représentations projetées par ces catégories socio-démographiques. Par exemple, un lecteur s’attend à trouver des réflexions, des expériences et des témoignages pédagogiques dans le blog d’un enseignant.
Enfin, le système classificatoire exclusivement axé sur le contenu des blogs — les thématiques - est certainement celui dont l’application est la plus large. Les critères thématiques renvoient donc rapidement les blogueurs vers des territoires connus, d’autant qu’ils rejoignent bien souvent les catégories présentes dans les médias traditionnels. Il est d’ailleurs courant que des blogueurs se réclament eux-mêmes d’une thématique ou d’une autre. Appliqués au domaine des blogs, les critères de contenu font apparaître deux difficultés. D’une part, la règle implicite de la mise à jour des blogs provoque une contrainte éditoriale particulièrement prégnante dans la pratique du blogging, ce qui tend à accroître la production de contenus publiés. Un blog dont la thématique était originellement précise peut quitter, au fil des publications, son projet de départ pour verser dans d’autres thématiques. D’autre part, la liberté éditoriale propre aux blogs engendre souvent un entremêlement de différents thèmes, agencés sous forme de rubriques.
Parallèlement à ces trois critères, nous ajouterons deux pratiques attachées à la blogosphère qui entrent également en jeu dans la détermination de classements. Le système de tugging est une démarche personnelle du blogueur qui entreprend lui-même un classement en nommant ses billets au moyen de mots-clés, d’étiquettes. 31 Cette pratique reste, toutefois, non systématique, peu accessible (difficulté d’accès aux tags de référencement) et parfois détournée (utilisation de noms de tags attirants pour accroître les liens entrant vers leurs sites). La seconde pratique réside dans les hit-parades de blogs régulièrement proposés par certains sites Internet, avec en point central de ce système, la notion d’ audience. Basés notamment sur des systèmes de votes, ces classements évaluent la popularité et l’influence des blogs. 32 A ce sujet, il est important de ne pas confondre les concepts d’influence, d’affluence et de notoriété. 33 Par influence, on désigne le pouvoir qu’un blogueur dispose pour orienter les choix de son lectorat en fonction de ses propres recommandations. L’affluence correspond au trafic que le blog génère chaque mois. Autrement dit, il s’agit d’un système analytique reposant sur des données factuelles comme le nombre de visiteurs mensuels ou le nombre de pages vues. Enfin, avoir de la notoriété s’associe à un statut d’expert sur un sujet précis, qui découle de l’activité professionnelle du blogueur ou de ses passions.
Ce détour par la blogosphère renforce notre sentiment qu’il manque aujourd’hui un mode de classement qui répond aux caractéristiques intrinsèques des blogs. Selon nous, les systèmes de classement des blogs existants sont défaillants pour deux raisons principales : la confusion et la rigidité des modes de classement. D’un côté, les critères classificatoires se suffisent rarement à eux-mêmes et ne permettent pas une analyse exhaustive. Appliquée à un objet en mouvance, la typologie doit également se montrer flexible au risque de devenir très vite dépassée. En effet, une typologie ne s’annoncera réellement pertinente qu’à condition de pouvoir rendre compte des évolutions qui traversent la blogosphère.
Nous avons le sentiment que l’inadéquation des typologies présentes sur Internet s’explique par l’utilisation de logiques de classement externes au web. Dans le paragraphe suivant, nous proposerons une typologie dynamique construite à la lumière des difficultés méthodologiques détaillées ci-dessus. L’originalité de cette typologie sera de répondre aux contraintes liées à notre objet d’étude par la prise en compte de critères essentiellement communicationnels.

3. Une typologie par projets

3.1. D’une relation de promesse au projet du blog
Le choix d’une typologie construite à partir de caractères intrinsèques au médium Internet nous invite à préférer la dimension relationnelle des blogs plutôt qu’un focus sur leurs contenus. A travers tout blog, une relation particulière se construit entre l’auteur et ses lecteurs. En effet, la position de l’auteur par rapport à son contenu d’une part, et l’interaction qu’il propose à son public, d’autre part, se distinguent d’un blogueur à l’autre. Ce sont sur ces différents modes relationnels que nous proposons de classifier la blogosphère.
En développant le concept de promesse, François Jost, dans sa réflexion sur les genres télévisuels, défend l’idée que chaque programme télévisuel induit un horizon d’attentes chez le téléspectateur qui découle de la promesse faite par le genre. Ainsi, la promesse d’une émission en direct sera l’authenticité alors que celle d’une fiction sera la pertinence narrative. 34
De la même façon, chaque blog instaure une promesse caractérisée par son genre. Mais alors que la notion de promesse renvoie plutôt, dans le cadre de la typologie des genres télévisuels, à des attentes téléspectatorielles ; du côté des blogs, la promesse se construit davantage sur la relation qu’elle sous-tend. Celle-ci devient donc le critère différenciatcur dans notre typologie de la blogosphère. Un blog se distingue d’un autre par la relation nouée entre l’émetteur et le récepteur, son contenu et sa mise en forme ne faisant que la révéler. Contrairement aux genres télévisuels proposés par François Jost, la place du lecteur ne sera donc pas d’appartenir ou non au monde proposé par le blogueur 35 , mais plutôt d’accepter ou non la relation tendue. Les attentes du lecteur s’expriment donc vis-à-vis de ce mode relationnel.
A la base, la promesse de François Jost est un acte unilatéral, posé par l’émetteur. Transposé dans notre typologie de la blogosphère, ce concept semble a priori rompre avec la dynamique d’échanges (l’interactivité) en jeu dans les blogs. Bien au contraire, cette conception de la communication qu’est la promesse empêche d’accorder trop d’importance au diktat de la rétroaction, notre typologie reposant sur la relation nouée avec le public, et non sur les réactions des lecteurs. Par contre, nous concevons que ces dernières peuvent influencer le type de relation instaurée dans le blog. C’est pourquoi, nous proposons que le terme de promesse devienne, dans la blogosphère, celui de projet. Car au contraire d’un programme télévisuel, le blog est le résultat d’une construction toujours en devenir. Les échanges via les commentaires peuvent influencer, au final, les mouvements des relations. Ainsi, alors qu’une promesse est établie une fois pour toute par la détermination d’un genre, le projet, lui, suppose une réorientation, une évaluation, une évolution en la quête de nouveaux objectifs relationnels.
Nous insistons sur l’importance de bien comprendre, qu’à travers cette typologie, nous ne prétendons pas analyser les intentions de départ du blogueur mais plutôt les traces réelles de la relation qu’il propose. Il pourrait en effet exister un écart plus ou moins grand entre ce que le blogueur souhaitait mettre en place et le blog tel qu’il a été réalisé. Ainsi, les conséquences d’un écart trop important entre le blog désiré par l’auteur et le blog perçu par le lecteur sont triples : l’arrêt du blog (ex: un blog destiné au noyau familial devient un blog lu par des milliers d’internautes), sa transformation radicale (retrait des catégories « personnelles » du blog) ou un déplacement progressif du blog. Dans la typologie présente, il n’est donc pas question de juger le succès, la réussite ou l’accomplissement d’un projet par rapport aux intentions de départ, mais simplement d’observer les traces de la relation que l’auteur entretient avec son public à travers le contenu de son blog. L’objectif étant d’observer si, au-delà des différents projets des blogueurs, nous pouvons déterminer des blogs-types en fonction du projet que ceux-ci construisent pour leurs lecteurs et pour eux-mêmes.
Le projet du blog se base, selon nous, sur une double dynamique relationnelle : l’implication de l’émetteur et l’interaction proposée au récepteur. Ces deux dimensions définissent, à l’intérieur de notre typologie, deux axes à partir desquels il est possible de classer les blogs. L’implication de l’auteur dans son contenu (axe vertical) varie selon que l’auteur du blog expose un contenu personnel (soi, sa vie, ses états d’âme, ses humeurs, ses opinions, etc.) ou extérieur à lui (sujets de société).