Abkhazie : A la découverte d'une "République" de survivants

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Imaginez un territoire sous les palmiers et les eucalyptus, en partie montagneux, autrefois inclus dans la Géorgie, qui fut le théâtre d’une guerre féroce en 1992-93, et où partout les maisons détruites, les fenêtres cassées, les toits défoncés seraient restés dans le même état depuis presque dix-huit ans, faute d’argent, à cause d’un boycott international et aussi parce que 200 000 Géorgiens ont abandonné leurs maisons dans cette guerre civile. Les murs des écoles sont tapissés de dessins d’enfants qui évoquent la guerre, les terres encore collectivisées. Les Abkhazes, un petit peuple hanté par la crainte de disparaître, se sont récemment rendus aux urnes pour élire le président de leur République autoproclamée que seuls quatre pays reconnaissent.
Pour saisir les réalités de ce microcosme au carrefour des luttes entre Russes, Occidentaux, Géorgiens, Turcs et Arméniens, Frédéric Delorca propose ici trois angles d’approche : un carnet de voyage à l’occasion des élections, des interviews d’habitants d’Abkhazie et une analyse géopolitique. Il lève ainsi un coin de voile sur une zone de conflit méconnue, où se jouent pourtant le sort des voies d’acheminement du pétrole de la Mer caspienne, et l’avenir des marches orientales de la sphère d’influence de l’OTAN.

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Date de parution 01 janvier 2010
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EAN13 9782849241844
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,012 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Abkhazie
À la découverte d’une « République » de survivantsCollection « Frontières »
Dans la collection :
La Roumanie vingt ans après : le chasseur de la Securitate, Mirel Bran
Transnistrie : voyage officiel au pays des derniers Soviets, Frédéric Delorca
Congo-Kinshasa : la décennie 1997-2007, Alain Bischoff
© Éditions du Cygne, Paris, 2010
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-184-4Frédéric Delorca
Abkhazie
À la découverte d’une « République » de survivants
Éditions du CygneDu même auteur :
Transnistrie, voyage officiel au pays des derniers Soviets, Editions du
Cygne, 2009
La révolution des montagnes (roman), Editions du Cygne, 2009
10 ans sur la planète résistante, Thélès, 2008
Programme pour une gauche française décomplexée, Le Temps des
Cerises, 2007
Atlas alternatif (dir.), Le Temps des Cerises, 2006Plaisanterie abkhaze :
Dieu envoie des anges pour voir ce qu’il se passe en Abkhazie et en
Géorgie. Quand les anges reviennent, Il demande en premier ce qu’ils ont
vu en Géorgie. Les anges disent : « Les Géorgiens sont entraînés par les
Américains, ils ont des armes, de l’argent, ils préparent leurs plans ».
Puis Dieu leur demande ce qu’ils ont vu en Abkhazie. Les anges
répondent : « Hé bien, ils font la fête, ils boivent, ils portent des toasts comme
toujours, ils profitent de la vie ». Alors Dieu dit : « Je m’en doutais. Ils
comptent sur Moi une fois de plus ».Introduction
Sur la côte Ouest de la Géorgie, à la frontière méridionale de
2la Russie, s’étend sur 8 653 km (la taille de deux départements
français), une République autoproclamée seulement reconnue,
à la date où nous publions ce livre, par la Russie, le Nicaragua,
le Venezuela et Nauru : la République d’Abkhazie. Certains
jeunes touristes russes ont beau vanter, sur des groupes
spécialisés de Facebook, ce « délicieux petit pays » caucasien de 200 000
1âmes , il n’en reste pas moins pour autant « une Côte d’Azur en
état de guerre », comme l’écrivait récemment un journaliste du
2Figaro , et donc un pays difficile d’accès où même les
journalistes ne peuvent aisément se rendre.
Pêcher des informations de première main sur cette contrée
relève donc de la gageure, comme une quête de la Toison d’or
– après tout Jason dans son épopée n’a-t-il point débarqué sur
les côtes abkhazes, le pays de Médée ?
On ne peut profiter que de voyages organisés dans le cadre
de contrôles électoraux comme j’en eus l’occasion en décembre
2009, pour l’élection présidentielle.
Je me propose dans ce livre, comme je l’ai fait naguère avec la
Transnistrie, de contribuer à la connaissance de ce pays, à partir de
l’expérience personnelle que j’ai pu en avoir. Cette expérience
n’est pas celle d’un touriste ordinaire : voyageant dans le cadre
d’une délégation, j’ai rencontré des officiels, visité des espaces (le
palais présidentiel par exemple), qui ne sont pas accessibles au
simple voyageur de passage. En même temps, cela demeure une
expérience très fragmentaire, dont je n’entends dissimuler aucune
des lacunes – lacunes sérieuses, mais dont aucune, je crois, ne fut
1. J’emploie ce mot à connotation religieuse parce qu’Abkhazie signifie
en langue abkhaze « pays des âmes ».
2. Le Figaro, 11 juillet 2008.
7assez rédhibitoire pour interdire de tenter de construire autour
d’elle un panorama plus complet de la situation de ce pays.
Dans la première partie du présent livre, je raconterai le
voyage, et le contrôle électoral que nous avons effectué, « filmé
en caméra subjective » pour ainsi dire, sans omettre de souligner
les limites de mon angle d’approche. Ce travail « réflexif »,
comme on dit en sociologie, sur les conditions de l’enquête doit
toujours figurer au premier plan, non seulement pour mettre en
perspective les informations que l’on livre, mais aussi parce que
dans les obstacles, les tâtonnements, surgissent des découvertes,
des intuitions, qui en disent autant sur le pays découvert que sur
la culture de l’Occidental qui l’observe, et sur des cultures
adjacentes – à travers les remarques d’observateurs russes,
américains, et de l’élue d’origine algérienne qui
m’accompagnait. C’est à travers ces jeux de différences aussi que le pays
examiné se constitue et prend sens, sachant que ses habitants
eux-mêmes, même s’ils ne connaissent pas bien les pays
étrangers, doivent, sous leur regard, se définir en fonction d’eux, et
par rapport à eux.
Dans une seconde partie, je complèterai cette chronique du
contrôle électoral par des paroles de femmes d’Abkhazie (une
Arménienne et deux Abkhazes) interrogées avant, pendant et
après le voyage (par téléphone, ou via Internet), ainsi que de
deux observateurs occidentaux, une membre d’ONG française
et un soldat danois, qui ont respectivement connu ce pays en
1995 et 2008. J’ai souhaité aussi avoir des témoignages de
Géorgiens d’Abkhazie afin que ne soient pas passés sous
silence les souffrances et les crimes dont furent victimes les
membres de cette « communauté » (vocabulaire en vigueur dans
le Caucase), dont la plupart ont fui le pays.
En janvier 2010, un Géorgien de France, Alexandre
Tetrishvili, a posté le commentaire suivant sur mon blog : « Les
Abkhazes, peuple opprimés, dites-vous, peut-être vous ne savez
pas qu’ils ont commis un génocide contre les Géorgiens en
1992-93, découpant les cadavres et jetant les gens dans les puits,
8viols etc. ». N’ayant pas trouvé de témoignages directs de
Géorgiens d’Abkhazie, j’ai interviewé plus avant M. Tetrishvili.
Même s’il est souvent plus facile dans les médias occidentaux de
trouver le point de vue du gouvernement géorgien que celui des
Abkhazes, il eût été profondément injuste et erroné de passer
sous silence la manière dont la société géorgienne considère les
Abkhazes, leur histoire, le conflit de 1992-93. Le point de vue
de M. Tetrishvili, qui n’est qu’un point de vue géorgien parmi
d’autres, peut-être pas celui de tous les Géorgiens, constituera
une partie complète, la troisième du livre. Un seul point de vue
pour faire contraste avec celui d’Abkhazes, d’Arméniens et
d’Occidentaux, ce n’est peut-être pas suffisant, mais c’est le seul
que l’on ait pu obtenir dans le délai imparti pour l’écriture du
livre. Les lecteurs sont priés de lui accorder toute l’attention
requise.
Pour les amateurs de géopolitique journalistique ou
universitaire, il conviendra de se rendre directement à mon article en
quatrième partie, qui présente un état général des jeux des
grandes puissances autour de la question abkhaze depuis 18 ans.
Le plan du livre étant ainsi posé, je voudrais juste rappeler ici
quelques éléments de l’histoire récente de l’Abkhazie qui
pourront servir de repères au lecteur néophyte.
Vieille terre de culture sur laquelle a fleuri une civilisation
raffinée dès la plus haute Antiquité, l’Abkhazie, dont l’histoire
au haut Moyen-âge est des plus mal connues, a
vraisemblablement bénéficié, comme bien des territoires du Caucase, de
différentes formes d’autonomie (voire d’indépendance) avant
ed’intégrer à la fin du X siècle un royaume unitaire de Géorgie.
eAu XVI siècle, elle devient ottomane et se convertit à l’Islam
avant que la Géorgie ne la reconquière. En 1810, alors que la
Russie a annexé la Mingrélie et l’Imérétie (Géorgie actuelle) le
prince d’Abkhazie Chachba (Chavarchidze) signe une charte
d’incorporation à la Russie préservant son autonomie comme
pour le royaume de Pologne et le grand duché de Finlande. En
1864, à la fin de la grande guerre du Caucase, l’Abkhazie
9devient un district militaire. La population se révolte. Au terme
de la répression russe, les Abkhazes sont déclarés « peuple
coupable » par le tsar. 200 000 fuient vers la Turquie (comme
d’autres peuples caucasiens résistants, tels les Oubykhs). Les
autres sont condamnés à vivre dans des zones rurales pauvres.
Quand l’empire des tsars s’effondre, l’Abkhazie rejoint l’Union
des peuples du Caucase du nord, et installe un Conseil
populaire abkhaze. En mai 1918 la république sécessionniste
(menchévique) de Géorgie est proclamée. La Géorgie envahit
l’Abkhazie avec le soutien de l’Allemagne (qui misait sur elle
pour atteindre le pétrole de Bakou) en juin 1918. En
févriermars 1921, l’Armée rouge conquiert l’Abkhazie qui devient une
République soviétique socialiste le 31 mars.
Le 16 décembre 1921, la République soviétique d’Abkhazie
signe un traité délégant le pouvoir militaire et fiduciaire à la
République soviétique socialiste de Géorgie tout en gardant le
statut de « république contractuelle » unie à la Géorgie dans le
cadre plus vaste de la République socialiste fédérative soviétique
de Transcaucasie. Elle devient une simple « République
soviétique socialiste autonome » au sein de la Géorgie le 19 février
1931, statut moins favorable officiellement infligé pour punir le
numéro 1 du PC abkhaze Nestor Lakoba d’avoir échoué à
collectiviser complètement les terres. Sous l’influence de Staline
(qui est géorgien), la politique d’assimilation linguistique à la
Géorgie prédomine à partir des années 1930. La tendance
s’inverse à la mort de Staline où le régime soviétique va favoriser
les Abkhazes désormais minoritaires dans leur propre pays
(journaux, écoles, politique de quotas), provoquant chez les
Géorgiens un sentiment de discrimination.
À la fin des années 1980, l’indépendantisme géorgien se
développe contre ce qu’il considère comme une menace de
russification du pays. En réaction, les patriotes abkhazes agitent
le spectre d’une nouvelle « géorgisation » de leur territoire. Une
émeute éclate le 16 juillet 1989 faisant 18 morts et 137 blessés
suite à l’ouverture d’une antenne de l’université de Tbilissi à
10Soukhoumi. Les inquiétudes des Abkhazes sont aggravées par
l’attitude de la Géorgie à l’égard de l’Ossétie du Sud, dont le
statut de République autonome est abrogé par le Parlement de
Tbilissi le 11 décembre 1990. Le 21 mars 1991, le Soviet
suprême d’URSS vote une loi permettant aux républiques
autonomes intégrées à des républiques fédérées d’obtenir
l’indépendance après organisation d’un référendum. Quatre
jours plus tôt l’Abkhazie avait voté pour son maintien dans
l’URSS (comme la Transnistrie) au référendum pour le
renouveau de l’Union soviétique organisé par Gorbatchev, tandis que
la population d’Abkhazie, comme le reste de la Géorgie,
refusait de se rendre aux urnes. Le 19 avril 1991 la Géorgie
proclame son indépendance au terme d’un référendum
organisé le 31 mars mais boycotté en Abkhazie par les
non-Géorgiens. Le nouveau président géorgien élu à Tbilissi en
mai Zviad Gamsakhourdia défend une ligne nationaliste, tout
en évitant la confrontation avec les autorités abkhazes.
Le 22 décembre 1991, la Garde nationale géorgienne
renverse Gamsakhourdia et poursuit une ligne assimilationniste
en restaurant la constitution de la république démocratique de
Géorgie de 1920. Pour se prémunir d’éventuelles réactions
hostiles de la « communauté internationale », les militaires
géorgiens portent au pouvoir l’ancien ministre des affaires
étrangères de Gorbatchev (et ancien responsable du PC
géorgien), Édouard Chevardnadze, qui reçoit dès avril 1992 un
soutient politique actif de l’Allemagne en la personne du
ministre des affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, lequel
se rend à Tbilissi et débloque des fonds européens au profit de
3la Géorgie . En réponse à la restauration de la vieille
constitution menchevique centralisatrice, le gouvernement de la
République autonome d’Abkhazie proclame l’indépendance le
23 juillet 1992, après un vote contesté du Parlement qui n’a
pas atteint la majorité qualifiée requise pour modifier la
constitution du fait de l’opposition des députés géorgiens.
3. Sergei Shamba, http
://www.abkhazworld.com/articles/conflict/262role-of-western-shamba.html
11Gamsakhourdia se réfugie en Mingrélie (Ouest de la Géorgie
et Sud de l’Abkhazie) où il a kidnappé le ministre de l’Intérieur
géorgien.
Le 14 août 1992, des troupes paramilitaires (à l’époque
l’armée géorgienne n’est qu’un conglomérat de milices) dirigées
par Tengiz Kotivani, un membre du conseil d’État militaire
présidé par Chevardnadze, entrent en Abkhazie sous prétexte
de soustraire la voie ferrée au contrôle des troupes de
Gamsakhourdia. Elles envahissent le petit territoire
sécessionniste jusqu’à Gagra au nord, tandis que la Russie échoue à faire
instaurer un cessez-le-feu. Une contre-offensive
abkhazo-nordcaucasienne avec l’appui de forces russes stoppe cette avancée
tandis que Gamsakhourdia entretient toujours l’insurrection en
Mingrélie. Fin septembre 1993, les troupes géorgiennes sont
expulsées d’Abkhazie où Chevardnadze lui-même a échappé de
peu à la mort. L’Abkhazie, protégée par une force
d’interposition de l’ONU, devient ainsi de facto indépendante, mais nul pays
ne la reconnaît, pas même la Russie : en 1996, Boris Eltsine lui
imposera même un blocus. Une nouvelle guerre, mais de six
jours seulement, allait éclater entre la Géorgie et les
sécessionnistes abkhazes en 1998.
En 2008, dans les Balkans, les États-Unis reconnaissent
l’indépendance du Kosovo et, dans le Caucase, le président
géorgien Mikheil Saakachvili, armé par l’OTAN, envahit
militairement l’Ossétie du Sud avant de se replier devant l’avancée
russe. En réponse à ces deux événements Moscou reconnaît
l’indépendance de l’Abkhazie tandis que la Géorgie panse les
plaies de sa défaite.
C’est à ce stade de l’histoire du pays que commença notre
voyage.I. Contrôle électoral au « pays des âmes »
1. Le mauvais réseau
Je me suis envolé pour l’Abkhazie le 10 décembre 2009, avec
à l’esprit l’idée que la connaissance de l’Abkhazie serait notre
Toison d’Or, l’information que nul ne peut avoir dans un
monde pourtant surmédiatisé.
4Dans un journal de voyage Léon Colm écrit : « Vue
comme un régime criminel, pire comme un no man’s land,
l’Abkhazie vit dans une fissure de notre géographie politique.
On ne la connaît pas, on en présume le pire. » En ce qui me
concerne, ayant un peu connu la Transnistrie, j’ai fini par avoir
la certitude que les pays non-reconnus et boycottés par le reste
du monde sont moins mystérieux qu’on ne voudrait le croire.
Notre imagination les situe à l’envers du prosaïsme de nos
pays conquis par l’ennui des chaînes d’information et des
supermarchés, mais, en réalité, partout les gens se
ressemblent. Partout les gouvernements sont soumis aux mêmes
contraintes : il faut nourrir une population, lui apporter des
réseaux d’adduction d’eau, la débarrasser de ses ordures.
Partout la condition humaine est éminemment prosaïque, et
pèse sur les décisions politiques dans le sens de la plus plate
rationalité. Seuls les trop grands consommateurs de films
américains peuvent croire qu’il existe des pays extraordinaires
où tout marche sur la tête.
Si l’Abkhazie pouvait être une Toison d’Or, c’était dans les
détails, dans quelques bizarreries liées à l’isolement à l’égard du
reste du monde. Mais jusqu’à quel point ce pays était-il
réellement isolé ? N’était-il pas, comme les autres, sous l’ œil de Google
4. Léon Colm, Improbable Abkhazie, Paris, Éditions Autrement, 2009.
13Earth, baigné par les ondes de nos satellites, relié par ses
ordinateurs à n’importe quel point du monde ?
J’étais bien décidé à tâcher d’obtenir de visu un ou deux
éléments de réponse, tout en étant conscient que deux handicaps
très sérieux entraveraient ma « quête ». Le premier était la durée
effective de mon séjour à Soukhoumi : deux jours, deux jours
seulement. C’était si peu ! À cela s’était ajoutée une trachéite que
je traînais déjà depuis quatre jours avant de m’envoler pour
Moscou. J’étais épuisé par la fièvre et les antibiotiques. Je ne savais
même pas si je pourrais sortir de ma chambre. Avec la phobie de
la grippe A qui régnait en Occident depuis le mois de novembre,
mon médecin avait ironisé : « Les Russes ne vous laisseront pas
passer, vous allez devoir vous retenir de tousser ! ». Qui, sait,
peutêtre mon voyage s’arrêterait-il donc dans un aéroport !
Cette trachéite n’était pas anodine. À mes yeux, elle
cristallisait toutes les difficultés et la malchance qui avaient précédé le
départ. Elle en était le résultat en même temps que le symbole,
le fruit du stress en même temps que sa métaphore.
Je dois en dire deux mots ici, car les problèmes des
préparatifs annonçaient ceux que nous allions rencontrer sur place et
perturber notre collecte des données pendant tout le voyage.
D’une certaine façon, ces problèmes expliquent pourquoi il est
si difficile pour tout un chacun d’accéder aux pays qu’on
diabolise, et comment ceux-ci, dans la manière dont ils organisent
eux-mêmes leur communication, contribuent involontairement
à accentuer cette diabolisation en compliquant souvent à l’excès
le travail de ceux essaient de mieux les comprendre.
Au départ, le 18 novembre, j’avais reçu une invitation d’une
petite ONG russe basée en Pologne, la même que celle qui avait
organisé mon voyage en Transnistrie. Elle était adressée à celui
que nous appellerons « le prof des Langues O’ », parce qu’il
enseigne à l’Institut national des Langues et Civilisations
Orientales. On nous proposait de participer à une mission de
contrôle électoral en Abkhazie, naturellement tous frais payés,
du 9 au 12 décembre. Le prof des Langues O’, moi-même ainsi
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