Afrique, un nouveau partenariat Nord-Sud

Afrique, un nouveau partenariat Nord-Sud

-

Livres
241 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Conçu en 2001, opérationnel depuis 2003, le Nouveau Partenariat pour le Développement (NEPAD) entend répondre aux attentes légitimes d'un continent en matière de paix, de sécurité, de gouvernance, d'éducation, de santé, toutes conditions de base du développement. Au-delà des inévitables lenteurs et insuffisances dans certains domaines d'une expérience à ses débuts, il marque l'existence d'une volonté politique porteuse d'avenir.
L'ambition de ce livre est d'en décrire et d'en analyser aussi objectivement que possible les développements concrets.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 juillet 2005
Nombre de lectures 94
EAN13 9782336264851
Signaler un abus

Afrique, un nouveau partenariat Nord-Sud

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Robert Edmond ZIA VOULA, Le Congo, enjeu territorial et développement local, 2005. Mwayila TSHIYEMBE (sous la direction de), La transition en République Démocratique du Congo: bilan, enjeux et perspectives, 2005. Paul SONI-BENGA, Les non-dits des violences politiques du Congo-Brazzaville,2005. domi Jean Marie Doré, Résistance contre l'occupation en Région Forestière. Guinée 1820-1930, 2005. Mamadou Dian Cherif DIALLO, Répression et enfermement en Guinée. Le pénitencier de Fotoba et la prison de Conakry de 1900 à 1958,2005. N'do CISSÉ, Les rites initiatiques chez les Sénoufo, 2005. François DURPAIRE, Les Etats-Unis ont-il décolonisé l'Afrique noire francophone ?, 2005. Eugénie MOUA YINI OPOU, Le Royaume Téké, 2005. Dominique QUENUM, Ouidah au coeur de son destin, 2005 Pierre ERNY, L'éducation au Rwanda au temps des rois, 2005. Placide MOUDOUDOU, Jean-Paul MARKUS, Droit des institutions administratives congolaises, 2005. Gabriel HAMAN!, Les Notables Bamiléké de I 'OuestCameroun: rôle et organisation dans les institutions traditionnelles, 2005. Axel Eric AUGÉ, Le recrutement des élites politiques en Afrique subsaharienne, 2005. Albert KALONJI, Congo 1960 - La sécession du Sud-Kasaï, 2005. J.-M.K. MUTAMBA MAKOMBO, Patrice Lumumba correspondant de presse (1948-1956),2005. J.-R. MAZANZA KINDULU, J.-C. NLANDU-TSASA, Les nouveaux cadres congolais, 2005. Liliane PREVOST, Isabelle de COURTILLES, Guide des croyances et symboles, 2005. Georges TOUAL Y, Réflexion sur la crise ivoirienne, 2005.

Jean-Pierre

PATAT

Afrique,

un nouveau partenariat Nord-Sud

L'Harmattan 5-7 )lIe de l'ÉcolePolytechnique

L 'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

75005 Paris FRANCE

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Ouvrages du même auteur
.
. . . .

Les banques centrales - SIREY1973 Histoire de la France au XXe siècle (en collaboration avec Michel Lutfalla) - Économica - 1986 Monnaie, système financier et politique monétaire
(6e édition) - Économica - 2002

L'ère des banques centrales - L'Hannatlan - 2003 Histoire de l'Europe monétaire (4e édition) - La Découverte - 2005

www.1ibrairieharmattan.com e-mail: harmattan!@wanadoo.fr cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8873-4 EAN : 9782747588737

PRÉAMBULE Les choses sont en train de bouger en Afrique, comme jamais auparavant. Mais peu de monde en est conscient, dans les pays industrialisés comme en Afrique. Aujourd'hui, dans les pays du Nord, deux courants d'opinion, deux meutes pourrait-on presque dire, malheureusement très fournies, s'opposent sur le destin du continent. Pour les premiers, tous les malheurs africains sont de la faute des pays industrialisés: héritage de la colonisation, pillage des ressources naturelles, préservation forcenée de leurs intérêts commerciaux, indifférence aux plus élémentaires problèmes de pauvreté, de santé, d'éducation, autant d'éléments à charge. Dans ces conditions, les remèdes avancés ont le mérite de la simplicité et paraissent d'autant plus appropriés qu'ils bénéficient de l'approbation bruyante ou implicite d'intérêts souvent contradictoires mais coalisés pour faire le procès des pays industrialisés avec, il faut bien le remarquer, un particulier acharnement à l'égard de l'Europe. Davantage d'aide publique au développement (APD), l'effacement total de la dette, la suppression des avantages commerciaux dont bénéficient les agricultures des pays riches, et l'Afrique sera sauvée. Non que ces orientations ne soient pas indispensables. L'aide a beaucoup baissé en valeur relative depuis dix ans. Les politiques agricoles, en Europe et aux États-Unis, ne sont pas exemptes de reproches. Sans doute doit-on simplifier et accélérer les procédures d'effacement de la dette. Mais prétendre que la solution des problèmes africains réside dans les seules évolutions, souhaitables, sur ces questions, c'est faire preuve d'ignorance ou de mauvaise foi.

7

Le deuxième courant impute les souffrances de l'Afrique aux Africains et à eux seuls: guerres inter-États, conflits tribaux ou ethniques, incapacité gouvernementale et administrative, corruption généralisée se conjuguent pour annihiler toute amorce de développement. Inutile par conséquent de dépenser le moindre euro, le moindre dollar supplémentaire en une aide qui disparaît dans le tonneau sans fond de l'incompétence et de la prévarication. Pour les tenants de cette approche, l'aide publique au développement, même si sa totalité représente une proportion dérisoire de la richesse des pays du Nord (0,4% pour la France, l'un des pays pourtant les plus généreux), est encore trop élevée. Tant que les Ailicains n'auront pas totalement changé de comportement, il ne saurait être question de l'augmenter. Les tenants de ces deux courants se rejoignent cependant sur un constat: la situation n'évolue guère en Afrique. Pour les premiers, les pays industrialisés s'en désintéressent, d'autant plus que, depuis la fin de la guerre froide, le continent ne présente plus le même intérêt géostratégique. Pour les seconds, les Africains ne se prennent absolument pas en charge et se complaisent en gémissements et anathèmes contre les pays riches. Ce constat d'une totale inaction à l'égard de l' Aili que est malheureusement partagé par nombre d'observateurs et de responsables africains. «Une longue énumération de calamités» sans aucune avancée tangible. Tel devait être leur commentaire presque unanime sur le sommet pour le développement durable tenu à Johannesburg à la fin 2002. Il est vrai que les pays riches ne s'y étaient pas toujours montrés sous leur meilleur jour. Silence sur les politiques agricoles. Marchandages et interminables discussions sur la ratification des accords de Kyoto, que beaucoup d'Ailicains considèrent comme ne les concernant pas et détournant l'attention de leurs problèmes. «Comment », s'écriera un participant, « nous demander, dans l'état de 8

pauvreté où nous nous trouvons de respecter un arbre, une source, quand nous avons besoin de bois pour nous chauffer, de l'eau de la rivière pour arroser des cultures qui nous pennettent de ne pas mourir de faim? » Ainsi, chez tous les acteurs des sociétés africaines, dans les branches de la société civile, est ancrée la conviction que la situation du continent suscite peut-être de la compassion mais aucune action effective. Et encore, la compassion n'est même pas toujours au rendez-vous: «dix morts au Proche Orient, c'est un drame dont tous les média parlent abondamment; cent, mille morts dans le sud-ouest du SÇ)udan, personne ne l'évoque» constatera, non sans quelques raisons, un responsable africain. Et pourtant, depuis quelques années, peu de temps en fait à l'échelle du problème, se déroule une expérience qui ne ressemble pas aux nombreux plans de développement, hélas sans réelle portée, qui se sont succédé au fil des décennies. Une expérience qui, pour la première fois, met au pied du mur les acteurs du développement du continent. Les pays africains d'abord, à l'origine de la démarche, qui reconnaissent que, oui, une grande part des malheurs africains est d'abord de la responsabilité des Africains et que le continent offre au reste du monde, et par conséquent aux investisseurs qui détiennent une clé essentielle du décollage, une image peu engageante, et qu'il faut impérativement redresser cette image en améliorant la sécurité, la démocratie, les droits de I'homme, le fonctionnement de l'appareil gouvernemental, de la justice, tous ces comportements que l'on globalise dans le concept de gouvernance. Les pays industrialisés également, et spécialement les pays du 08 qui reconnaissent qu'ils n'ont pas fait tout ce qu'ils auraient dû faire, que le problème africain est un problème systémique mondial, et qui acceptent de

9

s'associer durablement à la démarche, dans un nouveau partenariat qui doit remplacer l'assistance. Le Nouveau Partenariat pour le Développement Africain, NEP AD, est le fruit de cette double prise de conscience. Ebauché au sommet du G8 de Gènes en 2001, confirmé à celui de Kananaskis au Canada en 2002, sur les rails après le sommet d'Evian de 2003, épaulé par les travaux de la « Commission for Africa» mise sur pied par le Premier ministre Tony Blair pour préparer la présidence anglaise du G8 en 2005, le NEP AD représente un espoir dont nombre d'observateurs, d'analystes, de responsables, en Afrique et dans les pays du Nord, n'ont pas encore pris
conSCIence.

Non que les choses se soient déjà radicalement transformées en si peu de temps; non que l'expérience des trois dernières années se soit seulement soldée par des réussites, et qu'on ne constate pas des inerties, des insuffisances, de graves retards. Mais une voie est tracée, une volonté politique s'est faite jour. L'ambition des lignes qui vont suivre est de décrire les principes, les modalités, les premiers résultats, mais aussi les déceptions d'une démarche encore largement méconnue, qui doit s'inscrire dans la durée et par conséquent bénéficier de l'appui de tous ceux qui pensent que le problème africain nous concerne tous.

la

,

PREMIERE PARTIE

GENÈSE ET CONCEPTION DU NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE

CHAPITRE I

MARGINALISATION

DE L'AFRIQUE

DURANT LES VINGT DERNIÈRES ANNÉES DU SIÈCLE PRÉCÉDENT

En 2004, dix-neuf pays africains ont connu un taux de croissance supérieur à 5%, alors qu'entre 1990 et 2003, à peine cinq avaient atteint ce résultat. Année exceptionnelle qui doit beaucoup à la croissance mondiale et à la hausse des prix des matières premières et en particulier celle du pétrole? Début d'un décollage qui s'est fait tant attendre? Des chiffres encourageants certes, mais qui ne reflètent pas encore la situation de la majorité des pays africains, où la croissance reste insuffisante pour faire reculer, même modestement, la pauvreté. Surtout, des avancées fragiles, car l'on a connu dans le passé des pays ayant fait montre de brillants résultats et qui ont ensuite, pour de multiples causes, replongé dans le déclin, voire le chaos. Des avancées qui ne renversent pas encore une tendance, globalement désastreuse pour le continent durant les deux dernières décennies du vingtième siècle. Durant cette période en effet, pratiquement chaque année a apporté son lot de désastres entraînant l'Afrique vers une véritable spirale de régression. Dans un environnement marqué par un foisonnement de conflits inter-États oulet interethniques et une montée apparemment inexorable des atteintes des maladies contagieuses, et alors que, dans le même temps, de larges

13

parties du monde sont passées de la pauvreté à un stade avancé de développement, on a assisté à la marginalisation du continent dans la production, le commerce, la société, les échanges culturels mondiaux. MARGINALISA TION ÉCONOMIQUE. La population de l'Afrique représentait 9,5% de la population mondiale en 1970 et 13% en 2000. Sur la même période, la part du continent dans le PIB mondial est passée de 3,5% à 2,3% et sa contribution aux courants d'exportations de 5% à 2%. S'agissant de l'Afrique subsaharienne, plusieurs prévisions à long tenne lui accordaient encore récemment un taux de croissance annuel moyen de la richesse par habitant de 1,5 à 1,8% sur les trente premières années du XXIe siècle, contre 2% pour l'ensemble du monde. Sa part dans la production mondiale, qui n'est déjà plus que de 1%, tomberait dans ces conditions à 0,5%. Les quelques succès affichés par des États, souvent petits -Maurice, Namibie, Botswana, et plus récemment Mozambique- ayant mené une bonne politique et où l'aide des pays riches a été judicieusement utilisée, pourront-ils, par effet de contagion, infirmer cette prévision pessimiste? C'est l'enjeu des dix prochaines années. L'évolution africaine comparée à celle d'autres régions pauvres de la planète est révélatrice. Alors que dans les années 60, le revenu par tête était, en Afrique subsaharienne, supérieur à celui de l'Asie de l'Est, il lui est désormais plus de deux fois inférieur. Les pays africains attiraient 5% des investissements directs internationaux en 1970 et moins de 1% en 2000. Ces investissements se sont d'ailleurs concentrés sur un petit nombre de pays (Angola, Nigeria et Afrique du Sud en recueillent 60%) et concernent presque exclusivement les productions de certaines matières premières, de sorte 14

que la plupart des pays du continent restent à l'écart des retombées de la mondialisation, et en particulier des délocalisations des investissements industriels dans les pays émergents. La moitié de la population africaine dispose d'un revenu inférieur à un euro par jour. Si les tendances actuelles se poursuivent, ce nombre est supposé s'accroître de 100 millions d'unités d'ici 2015. Certes, la situation n'est pas identique partout. Le petit Botswana, le géant d'Afrique du Sud affichent un revenu par tête annuel supérieur à 3 000 dollars, mais huit pays africains ont un revenu moyen annuel inférieur à 200 dollars et peu dépassent 400 dollars. La proportion de la population disposant de moins d'un dollar par jour de ressources est presque partout, en Afrique subsaharienne, supérieure, et quelquefois très supérieure à 20%. Même le «riche» Botswana en compte 23%, ce qui signifie que dans les États apparemment plus développés que la moyenne, le processus de croissance est profondément inégalitaire et que ces sociétés sont elles-mêmes traversées par la fracture Nord- Sud. De bons esprits diront qu'un euro à Bobo-Dioulasso a un pouvoir d'achat bien supérieur à un euro à Bruxelles. Raisonnement séduisant pour certains, où l'on finit par démontrer qu'un Hindou ne vit en fait pas tellement plus mal qu'un Français. On constate d'ailleurs que par le miracle du calcul en «parité de pouvoir d'achat », le PIB africain par habitant évalué avec cette méthode est plus de trois fois supérieur au PIB en monnaie courante. Mais la vie moderne, et même la vie tout simplement ne se résument pas à la disponibilité de produits de subsistances de base ou de petits services rendus aux coins des rues. Il faut se loger, se vêtir, se soigner, acquérir les livres et le matériel scolaire. Par ailleurs, comment espérer une quelconque promotion sociale si l'on ne peut disposer de quelques biens manufacturés et en particulier ceux qui 15

pennettent de véhiculer la communication et l'information? Or, les retards des populations africaines dans ces domaines n'ont cessé de s'accroître. MARGINALISA TION SOCIALE ET CULTURELLE. Près de 30 millions d'Africains sont aujourd'hui affectés par la pandémie du SIDA, soit 70% de la population mondiale concernée. L'espérance de vie ne se rapproche des standards de l'Occident qu'en Afrique du Nord. Dans deux zones, Afrique de l'Est et Afrique australe, elle a diminué sur les cinq dernières années du siècle précédent de 47 à 46 ans dans la première, de 47 à 43 ans dans la seconde. Les 19 pays ayant l'indice de développement humain le plus bas sont tous en Afrique subsaharienne. 41% de la population âgée de plus de quinze ans est analphabète, 42 millions d'enfants de 6 à Il ans, sur un total de 107 millions ne sont pas scolarisés en Afrique subsaharienne, et ce chiffre est en augmentation. Dans le domaine culturel, les quelques brillants exemples de réalisations artistiques à mettre au crédit d'individualités ou de groupes africains ne peuvent masquer une réalité beaucoup plus sombre: d'après l'UNESCO, la consommation individuelle de papier dit « culturel» (journaux, papier d'imprimerie) en Afrique subsaharienne atteint à peine le dixième de la moyenne mondiale. Seulement 1,5% des titres de publications dans le monde provient d'Afrique. Enfin, le retard en matière d'accès à la communication et à l'infonnation est également considérable. D'après l'OCDE, il y aurait 14 lignes de télécommunication pour 1 000 habitants en Afrique pour une moyenne mondiale de 131; 170 postes de radio et 35 postes de télévision à comparer à des moyennes mondiales de 360 et 230.

16

Le nombre de micro-ordinateurs ne serait que de 3 pour 1 000 habitants, chiffre quinze fois inférieur à la moyenne mondiale. DES ÉVOLUTIONS QUI PEUVENT S'INTERROMPRE OU S'INVERSER AVEC LE TEMPS: RIEN NE PARAÎT DÉFINITIVEMENT GAGNÉ. Aux chiffres, déjà déplorables en eux-mêmes, s'ajoute un constat particulièrement décourageant d'un continent où les tendances, relativement positives jusqu'au début des années 70 -on observait alors un lent accroissement de la contribution de l'Afrique à la richesse mondiale- semblent depuis s'être inversées. Entre 1965 et 1973, l'Afrique, avec un taux de croissance du PIB de 4% l'an, soit 1,5% par habitant, rattrapait, lentement certes, son retard. Cette tendance s'est ensuite inversée. L'année 2004, avec une croissance estimée à 5%, contraste avec le marasme de la plupart des vingt années précédentes, mais cela ne peut encore être considéré comme un rétablissement durable. Ce n'est pas un hasard si le recul a commencé dans les années 70, avec la multiplication des coups d'État et prises de pouvoir par des régimes de dictature. Entre 1980 et 1995, la croissance africaine était retombée à 2,4% l'an et sa richesse par habitant avait reculé. Les évolutions par pays montrent que des progrès indéniables peuvent être remis en cause, annihilés pour faire place à des situations de dramatique régression. Dans les années soixante et jusqu'au milieu des années soixantedix, plusieurs pays d'Afrique subsaharienne (Botswana, Côte d'Ivoire, Gabon, Nigeria, Kenya...) connaissaient des taux de croissance dignes de l'Asie. Aujourd'hui, à côté du cas du Botswana, de Maurice qui, depuis plusieurs années, et on l'espère définitivement, montrent des progrès continus dans la voie de la bonne gestion macro-

17

économique, de la gouvemance et de la croissance, combien d'autres pays semblaient avoir «décollé» et se sont ensuite enfoncés... Le Nigeria, véritable phare de l'Afrique dans les années soixante, non seulement dans le domaine économique, mais aussi dans celui de la culture, de l'éducation, de la médecine, et que près de trente ans de conflits, de dictature militaire, ont conduit à une situation économique et sociale chaotique et meurtrière que le retour d'une démocratie hésitante parvient difficilement à améliorer. Le Cameroun où la période de prospérité relative et de progrès, en grande partie grâce aux ressources pétrolières, n'a duré que peu de temps. Pour ne pas parler de la Côte d'Ivoire, longtemps orgueil de l'Afrique de l'Ouest et qui, bien avant le conflit interethnies du début du XXIe siècle, avait déjà régressé au point de devoir solliciter son éligibilité à la procédure d'allégement de la dette destinée aux «pays pauvres et très endettés» (initiative du FMI dite PPTE - cf. infra). DE MULTIPLES EXPLICATIONS, TOUTES PARTIELLEMENT VALABLES. Il n'est d'abord pas contestable que le continent africain a été victime de circonstances défavorables qui lui sont extérieures. Une sensible diminution de l'aide des pays riches. L'érosion de l'Aide publique au développement (APD) a été particulièrement spectaculaire chez les plus grands pays industrialisés. Comme on aura l'occasion de le développer plus avant, tout ce qui conditionne le développement de l'Afrique n'est pas une unique question d'« argent» et le grand mérite de l'initiative du NEP AD est de le reconnaître implicitement. On ne peut toutefois s'empêcher de

18

constater la simultanéité de deux décennies particulièrement défavorables, les années 80 et 90, et de la phase de déclin de l'aide. Certaines études de la Banque mondiale montreraient en outre, dans plusieurs pays, et dans la mesure où l'environnement de gouvemance est bon, une relation positive entre un accroissement de l'aide, une réduction de la pauvreté, une augmentation du revenu national et des investissements de l'extérieur. L'aide provient des pays membres de l'OCDE, qui exposent et comparent leur politique au sein du Comité d'Aide au Développement (CAD), des organismes multilatéraux, enfin pour une faible part des pays arabes producteurs de pétrole. En montants, les flux nets en faveur de l'Afrique qui étaient passés de 1 milliard de dollars en 1969 à 32 milliards en 1991, étaient retombés à 18 milliards à la fin du siècle. Ce qu'il faut bien appeler un désintérêt à l'égard de l'Afrique est attesté par le fait que les autres pays en développement n'ont pas subi la même réduction. La part des pays de la zone subsaharienne est ainsi passée de 36% à 31% entre 1990 et 2000. Cette diminution a été presque entièrement imputable aux pays membres du CAD, dont la part dans le total est passée de plus de 70% à 63%, tandis que celle des organismes multilatéraux augmentait de 21% à plus de 30%. Les pays membres du CAD qui consacraient au début des années 90 près de 0,5% de leur PIB à l'APD, au bénéfice de l'ensemble des pays en développement, ne versaient plus que 0,22% de leur richesse en 2000. Encore faut-il préciser que, dans cette enveloppe, figurent les allègements de dette consentis par les créanciers publics dans le cadre de l'initiative PPTE (cf. infra). On est très loin de l'objectif fixé par l'OCDE à ses membres (0,70% du PIB pour l'aide à l'ensemble des pays en développement). Ce sont chez les grands pays que la

19

diminution a été la plus importante, mouvement qui a accentué une situation où l'effort en faveur des pays pauvres apparaît inversement proportionnel à la richesse globale du pays donneur. Panni les pays riches ayant consacré en moyenne dans la décennie 90 plus de 0,2% de leur PIB à l' APD en faveur de l'Afrique, on ne trouve en effet, à l'exception notable de la France (0,28% du PIB) que de petits pays: Norvège, Danemark, Suède... Ce pourcentage était, au début du XXIe siècle de 0,06 pour les États-Unis ou le Japon. Trois raisons peuvent être avancées pour expliquer cette régression. La fin de la guerre froide a conduit à un certain désengagement chez des grandes puissances qui avaient jusqu'alors lié une grande partie de leur aide à des conditions géopolitiques. Les orientations budgétaires prises par les pays industrialisés dans les années 90 sont une deuxième explication. La part dévolue à l' APD a fait d'autant plus les frais d'un mouvement général de limitation des dépenses publiques que s'est manifestée, dans les opinions publiques et par voie de conséquence dans les parlements, une certaine «fatigue» à l'égard d'une aide suspectée de ne bénéficier qu'à des gouvernements inefficaces et corrompus. Une troisième raison, qui pose un problème structurel d'envergure qu'il faut impérativement résoudre, est liée à l'insuffisante capacité administrative et économique de pays bénéficiaires, qui ne parviennent pas à mobiliser efficacement la totalité des lignes de crédits engagées par les bailleurs de fonds. La répartition par pays de l'APD a pu en outre, jusqu'à récemment, soulever des questions. On remarquait en effet des flux d'aide par habitant particulièrement importants en faveur de pays qui ne sont pas les plus pauvres: Guinée Equatoriale, Gabon, Botswana, Maurice, Namibie (entre

20

40 et 100 dollars par habitant), alors que des pays parmi les plus démunis du continent: l' Ethiopie, le Tchad, recevaient moins de 20 dollars par habitant. Cette tendance reflétait, mais partiellement, une réorientation de l'aide en fonction de critères davantage liés à la gouvernance du pays bénéficiaire. Une plus grande concentration en faveur des plus pauvres est toutefois observée ces dernières années. Le Nigeria qui recevait moins de 35 dollars par habitant en 2001, a bénéficié en 2002 de plus de 50 dollars. Les pays très peuplés, qui sont également, pour la plupart, parmi les plus pauvres demeurent toutefois relativement défavorisés. L'efficacité de l'aide est par ailleurs souvent mise en doute. En dehors de critiques faciles et pas toujours justifiées dénonçant des détournements ou des évaporations de fonds qui seraient dus à la corruption, ou tout simplement à l'incompétence, on peut estimer que dans bien des cas, l'efficience de l'aide souffre de l'absence d'objectifs clairs et en particulier d'une insuffisance de ciblage sur des domaines susceptibles d'exercer un «effet de levier» maximum. Une meilleure harmonisation des procédures suivies par les pays donateurs serait également souhaitable, ainsi qu'une recherche des «meilleures pratiques» en ce domaine. Idées de simple bon sens dira-t-on, d'autant plus qu'il existe une instance appropriée pour ces exercices comparatifs, le Comité d'Aide au Développement (CAD) dans le cadre de l'OCDE (cf. infra). Depuis quelques années, une partie de l'aide provient des allègements de dettes consentis aux «pays pauvres et très endettés» (PPTE - cf. infra). Là encore, la critique est facile et il est tentant d'ignorer ce qui a été fait pour réclamer l'annulation pure et simple des dettes. Il est possible que l'on arrive à cette issue qui n'aurait d'ailleurs pas tous les avantages qu'on lui prête. Mais la procédure PPTE a déjà abouti à des résultats substantiels en terme de 21

réduction de la charge budgétaire de plusieurs pays. Les retombées en terme d'action effective et efficace contre la pauvreté qui en sont normalement la contrepartie ne sont pas toujours très claires, mais se mettent en place de plus en plus fréquemment de véritables partenariats entre le ou les pays créanciers et le pays débiteur, partenariats dans lesquels, la réduction de la dette n'est qu'un élément d'un plan plus ambitieux.
AFRIQUE
Quelques repères - Années 2000-2002 30 061 000 km2 - 812 000 000 habitants - 53 États
PIB (milliards SUS) 550 328 31 189 10 082 9297 PIB/hab. (SUS) 671 495 5007 35 010 24 211 PIB PP A/hab. (SUS) 1 820 1 562 7 160 32 193 25 121

Afrique Afrique subsaharienne Monde Etats-Unis Union européenne

Dix plus grands Etats africains (millions d'hab.) Nigeria 117 Egypte 69 Ethiopie 64,5 52,5 R.D. Congo 43,8 Afr. du Sud Tanzanie 36 31,8 Soudan Kenya 31,2 Algérie 30,8 30,5 Maroc

Dix Etats les plus riches (PIB/hab. SUS) Seychelles 7310 Maurice 3 800 Botswana 3300 Gabon 3 180 Afr. du Sud 3020 Tunisie 2090 Namibie 2050 Algérie 1 590 Egypte 1 490 Cap Veft 1 330

Dix Etats les plus pauvres (PIB/hab. SUS) Ethiopie 100 110 Burundi Sierra Leone 130 170 Erythrée 170 Malawi Niger 180 Guinée B. 180 Tchad 200 Burkina Faso 230 Angola 240

Accès aux infrastructures sociales (ensemble de l'Afrique) (en pourcenta Je) 1985 1990 2000 Sanitaires 60 35 55 61 Eau potable 42 55 62 Services de santé 61 66 Source: OCDE

22

L'évolution du prix des produits de base. Plus que toute autre région du monde, l'Afrique dépend pour sa richesse et son commerce des produits de base primaires. Plus de quarante ans après la fin du processus d'indépendance, la plupart des économies africaines restent adossées, pour près de 90%, aux productions primaires. Le pétrole couvre plus de 50% des exportations; les produits agricoles, cacao, café tabac environ 13%, et des produits miniers divers, cuivre, or, diamant 6%. Aussi, les biens manufacturés, essentiellement les textiles et les vêtements, ne participentils qu'à hauteur de 25% aux ventes à l'étranger. Chez certains pays: Burkina Faso, Mali, Ethiopie, Nigeria, trois et quelquefois moins de trois produits de base couvrent plus des trois quarts des exportations. On le sait, les cours mondiaux des produits de base sont beaucoup plus volatils que ceux des biens manufacturés. Sur les vingt dernières années, ces prix ont connu des évolutions contrastées. Le redressement des cours du pétrole des années récentes a porté ces derniers à des niveaux très supérieurs à ceux de 1983, après plus de dix ans de prix très bas, procurant ainsi à certains pays des taux de croissance faramineux dont il n'est pas certain qu'ils profitent également à toutes les populations. Les cours du coton ont également connu un redressement récent, alors qu'ils se situaient encore en 1999 à 30% en dessous des niveaux d'il y a vingt ans. Les prix des autres principales matières premières sont aujourd'hui inférieurs à leur valeur d'il y a vingt ans, en dépit du redressement des dernières années dû à une nouvelle demande, venant essentiellement de pays asiatiques (Chine). Le prix du café arabica a bénéficié de cette reprise, celui du cacao dans une moindre mesure car sa consommation n'a pas encore percé en Asie.

23

Dans l'ensemble donc, une situation en amélioration relative sur le court terme, mais avec toujours la menace d'une grande volatilité des prix. La dépendance des pays africains à l'égard des prodllits de base et l'évolution défavorable, jusqu'à une période récente, des prix de certains de ces derniers, ont incontestablement une part dans le recul de la participation de l'Afrique au commerce mondial. Constat à double facette: on peut déplorer que le prix de ces produits soit à ce point instable et étudier des mécanismes susceptibles d'atténuer l'ampleur de ces mouvements (la France fait des propositions en ce sens). Mais par ailleurs, les faibles avancées des pays africains dans la voie de la diversification de leur production et de la vente de produits élaborés les maintiennent dans cette dépendance à risque. Les politiques commerciales des pays industrialisés vis-à-vis de l'Afrique ne contribuent d'ailleurs pas à favoriser cette diversification. Les modifications du climat et de l'environnement. Très dépendantes de l'agriculture, les économies africaines sont particulièrement sensibles aux aléas climatiques, d'autant plus que le réseau d'irrigation est très limité. Durant les dernières années, la raréfaction des pluies, ou leur violence lorsqu'elles surviennent, a accru les handicaps. La déforestation, voulue ou non, la désertification de nouveaux espaces, les invasions d'insectes entament le potentiel agricole du continent. Les obstacles aux exportations vers les pays industrialisés. des produits africains

À première vue, ce handicap serait en voie de disparition, si l'on considère les nombreuses initiatives

24