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AGRICULTURE ET LA PAYSANNERIE VIETNAMIENNES

184 pages
L'agriculture occupe une place fondamentale dans l'économie vietnamienne aujourd'hui. La paysannerie est de ce fait une composante essentielle de la société vietnamienne. Une première partie analyse les grandes évolutions et la transition vers l'économie de marché, une deuxième aborde le monde paysan, les conditions de vie et l'évolution du travail lui-même dans des régions différentes (Delta du Mékong et le Centre).
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L'AGRICULTURE ET LA PAYSANNERIE VIETNAMIENNES

ASSOCIATION D' AMITIE FRANCO-VIETNAMIENNE (AAFV)

L'AGRICULTURE ET LA PAYSANNERIE VIETNAMIENNES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Points sur l'Asie dirigée par Frédéric MANTIENNE

Déjà parus

Laurent METZGER, Les sultanats de Malaisie, 1994. Richard SOLA, Birmanie: la révolution kidnappée, 1996. Laurent METZGER, Stratégie islamique en Malaisie (1975-1995), 1996. Firouzeh NAHA VANDI, Culture du développement en Asie, 1997. Frédéric GRARE, Le Pakistan face au conflit afghan, 1997. Kham VORAPHETH, Chine, le monde des affaires, 1997. Jacques HERSH, Les Etats- Unis et l'ascension de l'Extrême-Orient. Les dilemmes de l'économie politique internationale de l' aprèsguerre, 1997. Kham VORAPHETH, Asie du Sud-Est, 1998. Jérôme GRIMAUD, Le régionalisme en Asie du Sud, 1998. A. WILMOTS, La Chine dans le monde, 1998. Patrice COSAERT, Le centre du Vietnam: du local au global, 1998. Fabrice MIGNOT, Villages de réfugiés rapatriés au Laos, 1998. Jean-Jacques PLUCHART, La crise coréenne. Grandeur et décadence d'un modèle de peiformance, 1999. Michel BLANCHARD, Vietnam-Cambodge: une frontière contestée, 1999. Corine EYRAUD, L'entreprise d'Etat chinoise: de "l'institution sociale totale" vers l'entité économique ?, 1999. Leïla CHOUKROUNE, La Chine et le maintien de la paix et de la sécurité internationales, 1999. Alexandre MESSAGER, Indonésie: Chronique de l'Ordre nouveau, 1999.

@ L' Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8868-4

AVERTISSEMENT

L'Association d' Amitié Franco-Vietnamienne (AAFV) a organisé le samedi 27 février 1999 une Journée d'infornlation et de débat sur l'agriculture et la paysannerie vietnamiennes aujourd'hui. La réunion, qui s'est tenue à l'Institut National Agronomique, a rassemblé plus de 120 participants en présence de l'Ambassadeur de France au Viêt-nam et de l'Ambassadeur du Viêt-nam en France. Les débats ont été introduits par neuf exposés de spécialistes, dont trois venus du Viêt-nam grâce à l'appui de l'Ambassade de France. Cet ouvrage, qui constitue les actes de cette Journée, a été rédigé sous la direction d'un comité éditorial dont la composition figure ci-après. COMITE EDITORIAL Françoise Clavairol1e, anthropologue, maître de conférence à l'Université de Tours Françoise Direr, Centre d'information et de documentation sur le Viêt-nam contemporain (CID-Viêt-nam) Francis Gendreau, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-Orstom) Yves Grenet" économiste Nguyen Duc Nhuan, directeur du Laboratoire Sociétés en développement, Université Paris 7/CNRS Christian Taillard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) L'ensemble des textes a été relu par Johann Didier, Charles Fourniau, Claude Lebedel et Colette Tarbouriesch.

LES PUBLICATIONS

DE L'AAFV

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"Objectif coopération. Le L'Harmattan, J985, 277 p.

dossier

franco-vietnamien~',

"Le chant du riz pilé "', L 'Harmattan~ 1995, J 78 p.

"La France et le Viêt-nam dans l'espace francophone "', L'Harmattan, J997, 205 p.

Association d' Amitié Franco-Vietnamienne (AAFV) 44 rue Alexis Lepère, 931 OOMontreuil Tel: 01.42.87.44.34 ; Fax: 01.48.58.46.88

PREFACE Nguyen Chien Thang, ambassadeur du Viêt-nam en France, et Serge Degallaix, ambassadeur de France au Viêt-nam

L'Association d'amitié franco-vietnamienne, en organisant une journée sur l'agriculture et la paysannerie vietnamienne, puis en publiant cet ouvrage, a pris une heureuse initiative et nous nous en réjouissons. Cela pour au moins trois raisons. Tout d'abord, le monde agricole occupe une place centrale dans le développement de l' écol1omiedu pays et dans les mutations de sa société: l'agriculture est le passé, le présent et le futur du Viêt-nam. Le pays doit à la fois conserver ce capital et le faire évoluer. Cet ouvrage montre bien les transformations profondes qu'a connues ce secteur depuis plusieurs années et ses nombreux problèmes: infrastructures et technologies rudimentaires, transformation et comtnercialisation embryonnaires des produits, etc. L'évolution doit donc se poursuivre, de façon à assurer l'alimentation de la population, augmenter la productivité, améliorer les revenus et les conditions de vie en milieu rural et contribuer aux exportations. En second lieu, nous savons bien que l'agriculture est la priorité des priorités, le premier front du gouvernement vietnamien qui met tout en œuvre pour atteindre ces objectifs, comme le rappelle l'intervention du Premier Ministre, Monsieur Pham Van Khai,

L'agriculture et la paysannerie vietnamiennes

opportunénlentreproduite à la fin de cet ouvrage. Les enjeux sont en effet considérables, tant en tennes macro-économiques que par rapport aux transfonnations de la société et à l'équilibre entre les villes et les campagnes. D'ores et déjà, des programmes sont mis en œuvre., mobilisant des ressources financières considérables. Mais nous savons bien que la transfonnation d'une agriculture est une question complexe et qu'elle doit s'appuyer sur une bonne connaissance et une bonne compréhension des structures, des systèmes d'exploitation et de leur fonctionnement. Les analyses figurant dans cet ouvrage constituent donc un apport essentiel qui éclairera les décisions des responsables. Enfin, l'agriculture est une composante importante de la coopération franco-vietnamienne puisque pIllS de la moitié de l'aide publique française au développement est dirigée vers le monde rural. La totalité des instruments de la coopération française sont utilisés: actions de l'Agence française de développement, protocoles du Trésor dans l'agro-industrie, coopération culturelle, scientifique et technique (pour les études, la fonnation et la recherche), interventions des instituts de recherche et des universités qui travaillent dans le secteur rural (avec une longue histoire si l'on pense à René Dumont ou à Pierre Gourou). La coopération décentralisée et les organisations non-gouvernementales sont aussi très présentes dans ce domaine du développement rural. Les investisseurs privés français interviennent aussi dans l'agriculture (secteur sucrier, alimentation du bétail, engrais, vaccins, etc.). Cet ouvrage a mobilisé toutes les compétences, les savoir-faire, tant français que vietnamiens, et il est lIne marque supplémentaire de l'amitié et de la coopération entre nos deux pays. Au-delà de son intérêt, cet ouvrage est aussi UIle occasion de «faire savoir» nos compétences et nos connaissances. Cet exercice devra être renouvelé et l'occasion nous en sera fournie avec le séminaire prévu sur ce thème prochainement à Hanoi, qui sera organisé avec le concours de l'Atnbassade de France et quipennettra de montrer qu'il y a des savoir-faire accumulés sur cette réalité complexe de l'agriculture et de la paysannerie vietnamiennes. Et de le faire savoir. 8

AVANT-PROPOS Charles Fourniau, Président délégué de )'AAFV

L'Association d'Amitié Franco-Vietnamienne poursuit avec l'édition de cet ouvrage une fonne d'activité qu'elle pratique depuis des années. De colloques en débats et en publications, nous avons proposé différents sujets: la coopération des PME françaises avec le Viêt-nam, la culture vietnamienne, la francophonie, etc. Notre soucipennanent est d'infonner (et COffilllent ieux infonner que par m le débat?) afin que l'opinion soit n1Ïeux éclairée sur la réalité vietnamienne, car le Viêt-nam reste mal connu et les media n'en parlent guère. Infonner, non pas sur l'anecdote, mais sur ce qui est fondamental. Informer sans asséner des vérités toute faites. Tout au contraire, il s'agit d'abord de bousculer les idées simplistes, favorables ou défavorables, qui constituent la caricature du Viêtnam réel. Infonner, c'est ensuite se poser des questions, et dans la période actuelle, il faut s'en poser dix fois plus qu'auparavant car en se développant, le Viêt-nam se complexifie. Comprendre le Viêt-nam en mouvement. d'aujourd'hui suppose donc qu'on y regarde d'un peu plus près. Or, dans le Viêt-nam de toujours comme dans la mutation fondamentale actuelle de ce pays, on trouve l'agriculture et la paysannerie au centre de son histoire passée et présente, d'où le choix de ce thème. Mais ce sujet est immense, et nous n'avons pas la prétention d'en faire une étude

L'agriculture et la pavsannerie vietnamiennes

exhaustive. Nous n'avons pas non plus voulu nous limiter à quelques aspects « pointus». Nous sommes simplelnent désireux d'embrasser en le survolant dans son ensemble lIDproblème capital pour le Viêt-nam d'aujourd'hui. Mais il y a aussi, il faut bien l'avouer, autre chose :notre anlitié pour le Viêt-nam ne serait pas ce qu'elle est si nous n'avions pas été sous le charme de ses villages clos à l'intérieur de leurs haies de bambous, et si nous n'éprouvions pas pour le paysan vietnamien cette affection mêlée de respect qu'imposent sa dignité et sa profonde culture populaire. D'ailleurs, à travers les pages qui suivent, souvent techniques, se dessine un portrait superbe du paysan vietnamien, de son courage, de son intelligence. Grâce à lui, ce pays en croissance démographique encore rapide, a réussi à assurer, pour la première fois de son histoire, non seulement son autosuffisance alimentaire, mais aussi à disposer d'un surplus important pour l'exportation, ce qui lui permet, en partie, d'importer les biens nécessaires à la fois au mieux-être de la population et au développement économique. Mais en même temps, nous avons vu l'immensité des problèmes qui se posent dans la call1pagnevietnamienne et la pauvreté qui y règne encore. Ce que ne peut pas régler d'un coup de baguette magique la mutation en profondeur qui transfornle ce pays depuis une dizaine d'années. Et c'est bien là une autre raison de notre intérêt intellectuel pour le Viêt-nam. Ce pays est un extraordinaire laboratoire d'expériences. Il faut suivre de près son évolution si nous voulons réfléchir à l'avenir de notre monde où l'Asie JOLIeun rôle de plus en plus déterminant et où se posent une multitude de problèmes inédits qui exigent que nous sortions de nos schémas anciens. Finalelllent, notre réflexion permet de dégager déjà des conclusions en ce qui concerne les rapports de coopération entre la France et le Viêt-nam dans le domaine de l'agriculture. Car tel est bien le sens de notre initiative. Si nous pensons que le Viêt-nam mérite d'être connu, nous sommes convaincus aussi qu'il est de l'intérêt mutuel des deux pays que les rapports franco-vietnamiens aillent en se développant. En avançant dans la connaissance des 10

réalités vietnamiennes, nous voyons mieux l'impérieuse nécessité et les nombreuses possibilités de la coopération entre notre pays et le Viêt-nam. Cette journée nous l'a montré, et sous son double aspect: ce qui peut aller de la France vers le Viêt-nam de la part de ses cherchellfs, de ses techniciens, de ses hommes d'affaires, mais aussi ce que nous pouvons recevoir du Viêt-nam, en matière économique certes, mais surtout en connaissances, en réflexions, en élargissement de notre compréhension du monde et de ses problèmes. Nous nous réjouissons de constater que les relations francovietnamiennes sont devenues depuis quelques années un partenariat qui fait la preuve de son efficacité réciproque, comme l'a montré notarmnent le 7ème Sommet de la Francophonie qui s'est tenu à Hanoi en novembre 1997. Nous nous efforçons d'apporter notre pierre à cette construction avec notre exigence de vérité et notre sentiment d'amitié. C'est sous ce double signe qu'est placé cet ouvrage.

* * *

Pour terminer, je tiens à remercier chaleureusement les spécialistes français et vietnamiens qui ont participé à notre Journée et à cet ouvrage. Leurs contributions sont remarquables à la fois par leur qualité scientifique, la connaissance du terrain qu'elles suggèrent et l'esprit d'amitié qui les anime, sans lequel la technicité risque d'être une machine froide et mal adaptée. Ils nous permettent d'avancer dans l'information, la compréhension, la réflexion, et cela dans la seule atmosphère qui vivifie cet effort, celle de l'amitié. Et je remercie aussi très vivement l'Ambassade de France à Hanoi pour l'intérêt qu'elle a manifesté pour notre initiative et pour l'aide qu'elle nous a apportée, tant pour la tenue de la Journée que pour la publication de cet ouvrage.

Il

LISTE DES AUTEURS

Pascal Bergeret, représentant du Groupe de recherche et d'échanges technologiques (GRET) au Viêt-nam, Programme Fleuve Rouge, Hanoi Dao The Tuan, directeur de recherche à l'Institut national des sciences agronomiques (INSA), Hanoi Marc Dufumier, professeur à l'Institut national agronomique Paris Grignon (INA PG), Paris Francis Gendreau, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-Orstom), Paris Jean-François Le Coq, doctorant, Institut national agronomique Paris Grignon (INA PG), Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (ClRAD), Paris Le Thi, chercheur au Centre d'étude de la famille et de la femme, Hanoi Rolat1d Moreau, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-Orstom)
Didier Pillot, agronome, directeur du Groupe de recherche d'échanges technologiques (GRET), Paris Christine Poursat, responsable du programme microfinance, de recherche et d'échanges technologiques (GRET), Paris et

Groupe

Pierre UsseImann, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Montpellier

INTRODUCTION

Le 1110nderural vietnamien~ entre le paysan et l'Etat

INTRODUCTION

LE MONDE RURAL VIETNAMIEN, ENTRE LE PAYSAN ET L'ETAT Francis Gendreau
(IRD)

Lors de la conférence nationale des conseils et des con1ités populaires qui s'est tenue en septembre 1998 à Hanoi, le Premier MinistrePhalll Van Khai a insisté sur la nécessité « de renforcer le développement de l'agriculture et de l'économie rurale» car « l'agriculture et l'économie rurale jouent illl rôle déterminant dans la stratégie de développement et de stabilité économique, le renforcement de l'industrialisation et la Inodemisation du pays» (cf. Annexe I). C'est dire l'actualité et l'importance du thème de cet ouvrage.

Perspective historique Il faut tout d'abord rappeler avec Dao Thê Tuân que l'Asie du Sud-Est est le berceau du riz cultivé. L'Etat vietnamien s'est constn1Ît en développant une civilisation du riz à partir du delta du Fleuve Rouge. Et la société vietnamienne s'est constituée entre un Etat central fort et des communautés villageoises qui ont toujours su conserver une certaine autonomie.

L'agriculture et la paysannerie vietnamiennes

L'économie socialiste instaurée au Nord Viêt-nam à partir de 1954, puis dans tout le pays après la réunification avec le Sud en 1975 a COlmude graves difficultés largement liées aux guerres puis à l'isolement économique et politique du pays. Parallèlement, les coopératives agricoles ne se sont pas révélées efficaces sur le plan économique et n'ont pas développé l'esprit d'entreprise ni la créativité des paysans. Dans les coopératives agricoles au Nord dll pays, les paysans s'efforçaient surtout de produire mieux sur les 5 % de terre qui leur étaient confiés au titre de l'économie familiale privée. Dans le Sud, partie du pays qui connaissait lIne économie de type capitaliste, des tentatives ont été menées pendant quelques années en matière de planification, mais on a très vite réalisé que la création des coopératives agricoles et la suppression du commerce privé étaient nuisibles à l'économie. Les difficultés économiques ont amené les dirigeants à engager, prudemment et progressivelnent, des réformes dès la fin des années soixante. C'est ainsi que quelques coopératives agricoles du Nord l ont expérimenté le «contrat clandestin» et ont pu étendre la superficie des terres attribuées à l'exploitation privée, des formes de métayage sont appanles, puis les coopératives ont été incitées à allouer les terres non cultivées aux paysans. Avec la rénovation de l'économie du pays lancée en 1986, les réformes se sont amplifiées et accélérées: reconnaissance de l'exploitation falniliale en 1988, loi foncière en 1993, etc. L'initiative et le dynalnisnle des paysans ont ainsi pu s'exprimer et ont engendré des performances certaines dans le secteur de l'éco11omie agricole. Dans ce contexte, il faut noter la faillite du système des coopératives agricoles qui ne sont, pour l'instant, pas relnplacées; leur disparition est toutefois compensée par la richesse de la vie sociale dans les villages, avec ce que Pascal Bergeret a appelé les « associations de la sphère domestique».

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Voir ci-après le chapitre I. 18