Al-Qaida dans le texte

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Français
330 pages
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Description

Cette édition totalement inédite des textes d'Al-Qaida a été publiée aux PUFen 2005 dans la collection "proche Orient", que dirige Gilles Kepel. Elle est rééditée en "Quadrige" avec une préface inédite de G. Kepel et une actualisation portant principalement sur al-Zawahiri et al-Zarqawi (mort en Irak depuis). Tout l'intérêt de l'ouvrage est de présenter en vis-à-vis des extraits de textes des quatre figures de l'islamisme contemporain, et des commentaires et des analyses de spécialistes des mouvements islamistes contemporains.

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Nombre de lectures 1
EAN13 9782130639886
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Sous la direction de
Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli
Al-Qaida dans le texte
Écrits d’Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi
2008
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130639886 ISBN papier : 9782130561514 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
“Cet ouvrage a pour ambition d’analyser le système doctrinal produit par ce que l’on nomme “Al-Qaida” à partir de ce qui s’en donne à lire.” Pour la première fois, on trouvera ici un choix de textes des quatre plus importants dirigeants de l’islamisme jihadiste contemporain. Directement traduits de l’arabe, ils sont présentés, commentés et analysés par une équipe internationale de spécialistes rassemblés autour de la chaire Moyen-Orient Méditerranée de Sciences-Po. Élucider cette idéologie, c’est se donner les moyens d’accéder à son intelligence.
Table des matières
Introduction générale. L’essentiel d’Al-Qaida(Gilles Kepel)
Chapitre I. Oussama ben Laden
Oussama ben Laden, une icône tribunitienne(Omar Saghi) Une jeunesse saoudienne Les années de formation Le retour du vétéran Terrorisme, martyre et vidéo Une grammaire d’Al-Qaida Une élite thaumaturge Une « base » pour imposer la « norme » Extraits deLa Tanière des compagnons(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) Extraits de « Déclaration de jihad contre les Américains qui occupent le pays des deux lieux saints »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) Extraits d’un « Entretien avec CNN »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) « Déclaration du Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les croisés »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) Extraits d’un « Entretien avec Al-Jazira »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) [Les objectifs d’Oussama ben Laden] Extraits de « Recommandations tactiques »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) « Seconde lettre aux musulmans d’Irak »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) « Message au peuple américain »(Oussama ben Laden et Jean-Pierre Milelli) Chapitre II. Abdallah Azzam Abdallah Azzam, l’imam du jihad(Thomas Hegghammer) Débuts dans la vie Études religieuses à damas (1964-1966) Le jihad palestinien d’Azzam (1967-1969) Doctorat à al-Azhar (1971-1973) Les années passées à Amman (1973-1980) Halte à Djedda Au sein du jihad afghan Le bureau des services Ambassadeur de la cause afghane
L’assassinat d’Abdallah Azzam Héritage et influence Extraits deLa Défense des territoires musulmans constitue le principal devoir individuel(Abdallah Azzam et Jean-Pierre Milelli) Introduction Le combat en Afghanistan et en Palestine Commençons par l’Afghanistan Extraits deRejoins la caravane !(Abdallah Azzam et Jean-Pierre Milelli) Préface à la première édition Conclusion Note à l’attention de ceux qui viennent accomplir le jihad Extraits deMœurs et jurisprudence du jihad(Abdallah Azzam et Jean-Pierre Milelli) Étymologie du terme jihad Sens et emploi du terme jihad Mœurs et jurisprudence du combat De l’exécution des moines De l’exécution des vieillards infidèles, des malades, des aveugles et des impotents De l’exécution des femmes communistes en Afghanistan L’avis prédominant sur le traitement des prisonniers Les prisonniers communistes afghans L’origine du terme martyr Définition du martyr Les conditions nécessaires au martyre La toilette funéraire du martyr La prière pour le martyr Peut-on appeler quelqu’un martyr ? Celui qui meurt victime des rebelles et bandits de grand chemin Extraits de« Aux jeunes musulmans des États-Unis »(Abdallah Azzam et Jean-Pierre Milelli) Extraits de « La base solide »(Abdallah Azzam et Jean-Pierre Milelli) L’importance de la base solide dans le jihad afghan Chapitre III. Ayman al-Zawahiri Ayman al-Zawahiri, le vétéran du jihad(Stéphane Lacroix) L’enfance et l’éveil politique de Zawahiri L’assassinat de Sadate et l’épreuve de la prison Le jihad afghan et la rencontre avec ben Laden Les années de lutte contre le régime égyptien De l’ennemi proche à l’ennemi lointain
Zawahiri après le 11 septembre 2001 Extraits deLa Moisson amère. Les soixante ans des Frères musulmans(Ayman al-Zawahiri et Jean-Pierre Milelli) Extraits deConseil à l’oumma de rejeter la fatwa du cheikh Ben Bazautorisant l’entrée au parlement(Ayman al-Zawahiri et Jean-Pierre Milelli) 1 - Le moyen légal d’éliminer la corruption qui atteint nos pays 2 - L’essence de la démocratie 4 - Les conditions de l’avis légal 5 - Les conséquences néfastes de l’erreur d’un savant religieux 7 - Conseil au cheikh Ben Baz Extraits deCavaliers sous l’étendard du Prophète(Ayman al-Zawahiri et Jean-Pierre Milelli) I - Des phénomènes convergents II - Des devoirs impérieux Extraits deL’Allégeance et la Rupture. Un article de foi altéré et une réalité perdue de vue(Ayman al-Zawahiri et Jean-Pierre Milelli) I - Les bases de l’allégeance et de la rupture en islam Conclusion Chapitre IV. Abou Moussab al-Zarqawi Abou Moussab al-Zarqawi, le jihad en « Mésopotamie »(Jean-Pierre Milelli) Al-Zarqa Al-Zarqawi Al-Maqdissi Al-Chami Extraits de« Lettre à Ben Laden et al-Zawahiri »(Abou Moussab al-Zarqawi et Jean-Pierre Milelli) 1 - Les Kurdes 3 -[sic]Les hérétiques 2 -[sic]Les sunnites II - La situation actuelle et le futur III - Où en sommes-nous ? IV - Plan de travail V - Mode opératoire VI - Qu’en est-il de vous ? « Lettre d’al-Zawahiri à al-Zarqawi »(Abou Moussab al-Zarqawi et Jean-Pierre Milelli) Index des noms de personnes, de dynasties, de peuples et de tribus(Gilles Kepel et Jean-Pierre Mileli)
Index des noms de lieux(Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli) Index des médias(Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli) Index des événements, institutions et concepts(Gilles Kepel et Jean-Pierre Mileli) Index des œuvres citées(Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli)
Introduction générale. L’essentiel d’Al-Qaida
Gilles Kepel Gilles Kepel,professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, est spécialiste de l’islam contemporain. Il a notamment publiéLe Prophète et PharaonLe (Paris, Seuil, 1993),Jihad. Expansion et déclin de l’islamisme (Paris, Gallimard, 2000) etFitna.Guerre au cœur de l’islam (Paris, Gallimard, 2004).
ien que les événements du 11 septembre 2001 aient quitté l’actualité immédiate Bet entrent désormais dans l’histoire, Al-Qaida demeure un phénomène insaisissable. La traque de ses dirigeants, près de quatre ans après les faits, n’avait pas abouti, et Ben Laden comme Zawahiri continuaient impunément à se montrer sur les écrans de télévision du monde entier, chacun retenant son souffle dans l’attente d’un nouvel attentat spectaculaire et dévastateur. Et l’on n’est guère au clair sur la nature même de l’entité Al-Qaida – une fois épuisées les métaphores sidérales : nébuleuse ou galaxie terroriste, ces termes révèlent d’abord l’immensité d’un espace infini et effrayant, mais aussi notre propre incapacité à concevoir cet objet non identifié. Celui-ci met au défi les catégories usuelles par lesquelles nous étions habitués à appréhender les organisations politiques ou religieuses, les relations internationales à l’époque où la guerre froide entre Moscou et Washington se déroulait selon un certain nombre de codes, de normes et de règles, bien définis. Al-Qaida – l’un des sens du terme arabe signifie « la règle » – révèle par effraction, à défaut d’établir clairement, de nouvelles règles des rapports entre États, nations, sociétés, entre la violence et son spectacle télévisé, de nouvelles formes de mobilisations militantes, en même temps qu’elle semble raviver des codes anciens que l’on croyait tombés en désuétude : quête du martyre, endoctrinement religieux évoquent spontanément le Moyen Âge plus que l’ère informatique. Nous avons habillé cette incapacité à penser le phénomène du nom de « terrorisme », une appellation sur laquelle s’accordent tous ceux qui voient dans Ben Laden et ses acolytes des monstres – mais que réfutent bien évidemment ceux qui les tiennent, à des titres divers, pour des héros. Que l’on sympathise avec pareil jugement de valeur et condamne la terreur d’un point de vue moral ne nous éclaire pas pour autant sur la nature d’Al-Qaida. Au contraire peut-être, comme l’a montré la logique de la « guerre contre la terreur » qui a mélangé les genres en justifiant d’un même souffle la traque inaboutie de Ben Laden, l’éradication du régime des Talibans et l’élimination de la dictature de Saddam Hussein, la désignation de « terrorisme » représente une facilité intellectuelle qui se satisfait de confondre dans une même réprobation ce dont nous peinons à discerner les logiques. Il s’agit là de ce que Durkheim qualifiait de « prénotion », définie par lui comme une sorte de concept, grossièrement formé à partir du sens commun, qui prétend donner à voir un phénomène social mais en occulte en réalité l’intellection. Aux États-Unis
aujourd’hui, la production de livres sur le terrorisme est devenue une véritable industrie : ils ne font guère progresser la connaissance, mais assurent une sorte de transition entre une lecture du monde structurée par la guerre froide dont la soviétologie constituait la discipline reine, et notre difficulté présente à appréhender l’univers multipolaire qui a suivi l’effondrement du communisme – dominé par une superpuissance unique à laquelle s’opposent des modes de résistance, d’insurrection, de violence, brouillés et confus. La prétendue « science du terrorisme » (servie par des experts instantanés qui encombrent plateaux de télévision et étals des librairies) sert d’étai entre les théories brinquebalantes de « la fin de l’Histoire » et du « choc des civilisations ». Mais elle est de peu de secours pour penser les transformations de l’univers en ce début de troisième millénaire. Elle appartient au registre de la rhétorique, flatte une opinion désemparée, mais ne l’éclaire pas. À rebours de ces démarches englobantes, le présent livre a l’ambition plus modeste d’analyser, de mettre à plat, le système doctrinal produit par ce que l’on nomme Al-Qaida, à partir de ce qui s’en donne à lire. Chaque téléspectateur a aisément accès au registre des images que diffusent les chaînes satellitaires, et qui mettent en scène des attentats, des déclarations d’idéologues enturbannés devant une grotte, des otages lisant un communiqué pour supplier qu’on ne les exécute pas – dans une séquence désordonnée qui joue sur la peur et le voyeurisme, comme tout bon spectacle. Les internautes, quant à eux, trouvent des images plus extrêmes, comme les décapitations d’otages – à l’instar de ceux qui recherchent sur la toile les émotions fortes procurées par l’exhibition de diverses perversions sur les sites spécialisés. Ces images constituent le spectre le plus accessible de la propagande d’Al-Qaida, mais leur décryptage est malaisé, car elles fonctionnent surtout dans le registre de l’émotion. S’adressant à un très large public, elles mobilisent peu l’argumentation raisonnée – excepté lorsque sont lues des déclarations en arabe, mais le caractère complexe du propos amène les chaînes occidentales à réduire alors les images à une brève séquence spectaculaire, accompagnée d’une citation traduite, lorsqu’elle formule une menace précise ou présente un caractère immédiatement compréhensible. Or, outre ces déclarations télévisées, les principaux idéologues qui s’expriment au nom ou autour d’Al-Qaida ont fait circuler sur la toile – parfois aussi sous forme imprimée – toute une littérature destinée principalement, peut-on supposer, aux cercles des militants et sympathisants potentiels. Elle fournit en substance la rationalité des actions, inscrit la violence spectaculaire dans une mobilisation à finalité politique, grâce à l’usage d’un argumentaire religieux, historique, voire nationaliste. Ce corpus écrit représente, en l’absence de tout organigramme d’une organisation qui se nommerait Al-Qaida, l’élément le plus tangible de l’identité du phénomène. Élaboré selon un mode rationnel et discursif – destiné à emporter la conviction, à justifier l’investissement de l’univers de sens islamique par un jihad guerrier tous azimuts –, il permet à ses lecteurs de pénétrer à l’intérieur d’un mode de pensée, au plus profond d’une vision du monde. Et c’est cette vision du monde qui constitue pour l’essentiel Al-Qaida, quelles que soient par la suite les vicissitudes des actions qu’entreprennent les militants du jihad qui se reconnaissent en celle-ci. Élucider cette idéologie, par-delà sa qualification en terrorisme, c’est se donner les moyens d’accéder à son intelligence, de la définir en « compréhension » plutôt qu’en