Antiterrorisme et Société

Antiterrorisme et Société

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Que deviennent les libertés publiques lorsque l'Etat, par ses hommes politiques et ses services de renseignement, évoque un scénario catastrophe à venir, et, au nom de la sécurité collective, argue d'une situation d'exception justifiant la surveillance et la coercition en invoquant la nécessité de l'antiterrorisme ? Est-ce que ces mesures antiterroristes sont proportionnelles au danger ? Sont-elles raisonnables ? Et qui doit trancher ?

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Ajouté le 01 mars 2006
Nombre de lectures 245
EAN13 9782296147577
Langue Français
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An titerro ris me et société
Publications issues du programme-cadre de recherche ELISE

L'Harmattan 5-1, rue de l'ÉcoIe-Polytecbnique ; 75005 Paris

FRANCE
L'IIarmaUaD HoDp Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Barmatfaa Kiuba.. L'Barmattaa Italia L'BarlDattaa Burkiaa Faso

FacoodesSc. Sociales. Pol. et Adm. ; BP243. K.lN XI Université de Kinshasa ROC

-

Via Degli Artisai. 15 10124 Torino
..

1200 logements vina 96 1282260 Ouagadougou 12

ITALIE

Rédacteurs en chef: Didier Bigo (lEP de Paris), Antonia G-arcia Castro (EHESS) Equipe éditoriale: Nathalie Bayon (Université Michel de Montaigne, Bordeaux III), Philippe Bonditti (lEP de Paris), Lament Bonelli (Université de Paris X, Nanterre), Emmanuel-Pierre Guittet (Université de Paris X, Nanterre), Jean-Pierre Masse (EHESS), Christian Olsson (lEP de Paris) Secrétariat de rédaction: Estelle Durand Numéro sous la responsabilité scientifique de : Didier Bigo, R.B.J. Walker et l'ensemble des chercheurs du PCRD 5 Elise Ont participé à ce numéro: Laurent Bonelli, Colombe Camus, Claire Duvivier, Emmanuel-Pierre Guittet, Miriam Perier, Anastassia Tsoukala Comité de rédaction: Ayse Ceyhan, Frédéric Charillon, John Crowley, Gilles Favarel-Garrigues, Michel Galy, Virginie Guiraudon, Jean-Paul Hanon, François Lafond, Josepha Laroche, Khadija Mohsen, Gabriel Périès, Anastassia Tsoukala, Jérôme Valluy, Dominique Vidal, Yves Viltard, Chloé Vlassopoulou Comité éditorial international: Didier Bigo, R.B.J. Walker (co-éditeurs de l'édition anglaise de C&C), Hayward Alker (EU), Malcolm Anderson (GB), Bertrand Badie (France), Sophie Body-Gendrot (France), Lothar Brock (Allemagne), Jocelyne Césari (France), Alessandro Dai Lago (Italie), Michel Dobry (France), Elspeth Guild (GB), Martin Heisler (EU), Daniel Hennant directeur de publication (France), Jef Huysnlans (GB), David Jacobson (ElJ), Christophe Jaffrelot (France), Jirky Kakonen (Finlande), Yosef Lapid (EU), Bernard Lacroix (France), Ned Lebow (EU), Fernando Reinares (Espagne), Nicolas Scandamis (Grèce), Marie-Claude Smouts (France), Michael Williams (GB), Michel Wieviorka (France) Manuscrits à envoyer: Cultmes & Conflits, Centre d'Etudes sur les Conflits, 34, rue de Montholon BP 20064 75421 Paris cedex 09. Tél. : (33-1) 4921 2086 Fax: 01 40 12 19 38 -redaction@conflits.org Conception de la couverture:
Aurélie Veyron-Churlet

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Les opinions exprimées dans les articles publiés n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Ce nwnéro a bénéficié des soutiens du ministère de la Défense, du Centre National du Livre, et du Centre National de la Recherche Scientifique. Il présente les résultats du programme de recherche ELISE (European Liberty & Security, FP5). Ce programme bénéficie du fmancement de la Commission ew-opéerme.

www.librairieharmattan.com
harmattan 1@wanadoo. IT diffusion.hannattan@wanadoo.fr

@ L'Harmattan / Cultures et Conflits, 2006 ISBN: 2-296-00622-1 EAN : 9782296006225

Publications

Antiterrorisme et société issues du programme-cadre de recherche ELISE

Sommaire

Didier BIGO, Emlnanuel Pierre GUITTET
Editorial. Antiterrorisme et société. . . . . . . . . . . . . . .

p.5 p. 9

Vivienne JABRl La guerre et l'Etat libéral démocratique.. Anastassia TSOUKALA La légitimation des mesures d'exception dans la lutte antiterroriste en Europe Emmanuel-Pierre GUITTET « Ne pas leur faire confiance serait leur faire offense». Antiterrorisme, solidarité dénl0cratique et identité politique.. .. ... ... ... ... ... .. ... Martin MOUCHERON Délitpolitique et terrorismeen Belgique: du noble au viL... Didier BI GO, R.B.J. WALKER et l'ensemble des chercheurs ELISE Liberté et Sécurité en Europe: enjeux contemporains. .. .. .. ... .. ... Regards sur l'entre-deux Antonia GARCIA CASTRO Trelew Voix croisées. Argentine, 1972..................................... Chroniques bibliographiques Elwis POTIER Réflexions sur les violences extrêmes: Purifier et détruire, de Jacques Sémelin.. .................... ........... . Jean-Marie IZQUIERDO Comment parler de }'ETA ? Lecture des ouvrages de Jean Chalvidant, Antonio Elorza et Femado Reinares.. ..... . .... .. .. .. ...
Résumés / Abstracts. .....................................................

p. 35

p. 51 p. 77

p. 103

p.139

p. 165

p. 173
p. 179

Cultures & Conflits Derniers numéros parus

Militaires et sécurité intérieure. L'Irlande du Nord com",e métaphore C&C - n056 - 4/2004

L'Europe des caulps. La nlise à l'écart des étrangers C&C - nOS?- 1/2005

Su~picion et exception
C&C

- n058 - 2/2005

Dialogues franco-bré~'iliens violence et la délllocratie
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sur la

- n059 - 3/2005

L'action hUlnanitaire : norlnes et pratiques. Politique, prescriptions obligations morales
C&C

légales et

- n060 - 4/2005

Actualité de la revue, colkX}ues, sénunaires, www.contlits.orglRésunlés Abstracts, International en anglais

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cJeg.artîcles (fi1U1çais1anglais) et tous les atticles publiés sur: sur: www.ciaonet.org Science; Abstracts. Indexé dans SociolObrical

également

disponibles

Politicnl Science Abstracts, PAIS/Poli/ical

Editorial.
Didier BIGO,

Antiterrorisme
Emmanuel-Pierre

et société

GUITTET

Ce nouveau numéro de Cultures & Conflits sur « antiterrorisme et société» est le troisièlne et dernier volet de la publication des travaux issus du programme-cadre de recherche ELISEl qui se prolonge maintenant sous le nom de CHALLENGE. Ce nU1l1éroest l'occasion pour nous de revenir plus amplement à la fois sur les implications de la logique militaire de la guerre ~u terrorisme que nous avions évoquées dans le numéro «Défense et identités. Un contexte sécuritaire global2 ? » et sur le statut même de la guerre dans le monde contemporain lorsqu'on applique ce terme de guerre à la violence politique qui traverse les régimes libéraux et s'inscrit dans leurs relations à l'autre. Cette analyse des figures contelnporaines de la guerre poursuit la recherche initiée dans le premier volet de la présentation des travaux du programme ELISE, publiée dans le nunléro 56 de la revue, intitulé «Militaires et sécurité intérieure. L'Irlande du nord comme métaphore3», un numéro où nous nous proposions d'analyser ces mOlllents où les militaires veulent faire retour sur l'interne et la protection des frontières, au nom de la lutte contre la violence politique d'une organisation clandestine. Le deuxième volet avait trait à l'approfondissement des logiques de « suspicion et [d']exception4 ». Nous avions publié les contributions des chercheurs de l'Université de Nijmegen (Pays-Bas) et de l'Université de Keele (Royaume-Uni) sur

1. ELISE, European Liberty and Security, est un programn1e de recherche de type PCRD (5egénération) financé par la Commission européenne. Il regroupe depuis octobre 2002 sept universités européennes dont l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (France) et le King's College (Royaume-Uni) dont nous publions ici les contributions. 2. «Défense et identités. Un contexte sécuritaire global? », Cultures & Conflits, n044,
hiver 2001, 172 p. 3. « Militaires et sécurité intérieure. L'Irlande du Nord comme métaphore n056, hiver 2004, 264 p. 4. « Suspicion et exception », Cultures & Conflits n058, été 2005, 220 p. », Cultures & Conflits,

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DIDIER

BIGO,

EMMANUEL-PIERRE

GUITTET

ce thème. Ce numéro poursuivait à sa manière la réflexion engagée précédemlnent sur les logiques, les dispositifs et les stratégies antiterroristes à l'œuvre en Europe et aux Etats-Unis. Véritable numéro charnière de la recherche menée dans le progrannne ELISE, celui-ci visait l'exploration de ces moments où, sous le coup d'une violence disruptive, l'inclinaison vers les raisonnements du scénario du pire produit un climat de suspicion justifiant le recours à des dérogations en matière de libertés publiques et de droits de I'Hoffilue. Nous cherchons avec ce numéro à approfondir encore davantage l'impact de ces formes d'exception qui se parent des figures de la guerre, et disent répondre à la violence par une coercition et une surveillance renforcées. Il y a sans doute à réfléc.hir sur le niveau approprié de réponse à la violence politique, et nous l'avons fait depuis longtemps, en nous demandant si ces formes de violences mettent en jeu ou non la survie de l'EtatS, et ce qui se passe quand les discours et figures de guerre se surimposent à ces logiques et se veulent explicatives du moment. Quand les inquiétudes politiques génèrent des solutions parfois plus dramatiques que les maux auxquels elles sont supposées apporter raison; quand les rhétoriques d'une menace diffuse et prégnante prennent le pas sur les analyses circonstanciées et minutieuses; quand les politiques d'exception font appel à un discours de légitimation fondé sur la prévention et la préemption; quand, en définitive, la guerre devient la solution la plus évidente, qu'advient-il infine de nos traditions libérales et démocratiques qui étaient au cœur de ce qu'il fallait protéger de la violence des organisations clandestines? Vivienne Jabri montre très clairement comme la guerre imprègne la normalité de nos processus politiques et refonde ainsi les conceptions classiques de l'Etat libéral. Dans son analyse des discours de justification des mesures dérogatoires et restrictives aux libertés publiques en France, en Italie et au Royaume-Uni, Anastassia Tsoukala montre, quant à elle, comment cette introduction d'une certaine figure de la guerre rend possible la justification de cette diminution des droits fondamentaux. La vulnérabilité de toute démocratie supposerait donc
5. Chocquet C., «Le terrorisme hiver 2001, pp. 19-64. est-il une menace de détense? », Cultures & Conflits, n044,

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Editorial. Cultures & Conflits n061 - 2006

l'établissement d'une meilleure politique de sécurité où les libertés seraient occultées au nom de l'éradication de la menace terroriste. Dans son article, Emmanuel-Pierre Guittet discute ce discours politique européen visant à l'établissement d'une meilleure politique de sécurité commune fondée sur une meilleure coopération en matière de lutte antiterroriste, et montre comment le référent démocratique permet de recouvrir l'illégalité suivant une politique d'amnésie qui convertit le plon1b de la coopération en or de la qualité démocratique de l'Etat de droit. En revenant pas à pas sur l'histoire de l'infraction politique dans le droit belge, Martin Moucheron montre comment la dépolitisation des actes et/ou des auteurs qualifiés de « terroristes» et donc de ce passage de l'appréciation à la dépréciation de l'intention politique participe de la reconfiguration des règles de l'Etat libéral démocratique.

7

Roberto

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Politica
Proyecto

Crimin:al

de la Guerra

HueHas. Desafjo(s)"1 Utopias deJ Control y Control de lasUtopias 207 pp. ISBN 84-76.58-758-9

C'oed. Observatorio dei Sistema Penal y los Derechos Humanosae faUn/versitat de Barcelona (OSPDH)

ANTHROPOS
SERV1CIO DE INFOR~~1AClé)N I\.pdo. Coneos 224 o£n 9'1 Rubi Tel. (34) 697 22 £)6 Fax: (:34) ~;3 587 26 61 anthropos(!.3tanthropos-editorial. corn '"\:~'~l .antl'lropos-editol"ial.cOI"I"l

La guerre et l'Etat libéral démocratique
Vivienne JABRI

Les transformations de la modernité tardive sont souvent perçues comme les manifestations sociopolitiques et économiques des changen1ents résultant des processus de mondialisation 1. Mais de telles transformations doivent également être pensées en des termes permettant de comprendre leurs liens avec les formes émergentes de conflits internationaux. En relations internationales, le conflit, et la guerre en particulier, se situent dans le système anarchique que la pensée néo-réaliste envisage comme déterminant les relations entre Etats. La « troisième image» de Kenneth Waltz est ainsi systématique dans sa conception de la causalité de la guerre, rejetant tout mode de pensée qui placerait l'emphase sur les caractéristiques innées de l'être en tant qu'individu, ou le type de structure gouvernementale des Etats; respectivement la première et la seconde image2. Partant des prédilections de Waltz pour des explications systémiques de la guerre des explications qui fournissent des hypothèses distinctes et se réfèrent aux rouages du système international ainsi qu'à la nature

même de l'Etat comme unité de base de ce système -, on ne peut
s'étonner qu'il ait été particulièrement critique envers les manifestations récentes de la guerre et du conflit que sont la « guerre au terrorisme» et l'invasion de l' Afghanistan3. Si on considère l'accent néo-réaliste mis sur la «continuité de la politique internationale », la réponse de Waltz ne nous surprend pas.

1. Cet article a été traduit par ~1irianl Perier. Il est le résultat de recherches financées par le projetcadre de la Commission européenne (FP5) intitulé « European Liberty and Security: Security Issues, Social Cohesion and Institutional Development of the European Union: ELISE». Les passages de ce texte fàisant appel à la notion que nous appelons la « matrice de la guerre» font référence au texte de Jabri V., « War, Security and the Liberal State », Security Dialogue, vo1.37, nOl, 2006. 2. Voir Waltz K., !vlan, the State and "Yar: A Theoretical Analysis, New York, Columbia University Press, 1954, ainsi que, du même auteur: Theory qflnternational Politics, Mass, London, Addison-Wesley, Reading, 1979. 3. Waltz,K. «The Continuity of International Politics», Booth K., DUlme T. (dir.) Worlds in Collision, chapitre 31, London, Pal grave, 2002.

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VIVIENNE

JABRI

Face à ceux qui expriment une certaine nostalgie pour le monde des certitudes et des calculs de Waltz, ceux qui, comme nous, se situent du côté critique et constructiviste de la discipline peuvent interroger son approche épistémologique et ontologique. Les deux principaux défis qu'on pourrait soulever en réponse à Waltz se réfèrent, dans un preInier temps, à la nature changeante du terrain que nous entendons comIne «global », et, dans un second temps, à la signification des «types» d'Etats qui font les relations en politique internationale. Là où le monde waltzien est un monde d'unifonnité et de prévisibilité, au sein duquel les Etats ne sont que des unités engagées dans des réponses calculées aux impératifs du système, l'arène globale est une arène d'incertitude et d'imprévisibilité, au sein de laquelle les Etats rivalisent pour se placer. Cette rivalité les oppose non pas entre eux,nlais à des agences non étatiques, des corporations internationales aux organisations non gouvernementales, à des réseaux divers. Ce qui est le plus problématique pour Waltz et pour les Etats pensés comme uniformes, c'est que certaines de ces agences sont en concurrence avec l'Etat dans des domaines, qui, au sens weberien du terme, font partie du monopole étatique, notamment la sécurité et la violence4. Les transfoffilations de cette ère moderne ne sont donc pas uniquement des transfonnations liées au niveau Inondial - la troisième Îlnage de Waltz ruais elles ont une influence centrale sur la nature Inême de l'Etat modenle et sur la manière dont cet Etat moderne distinct réagit à ce qui constitue une menace aux attributions traditionnelles. La deuxiènle image de Waltz devient centrale dans cet âge des transformations globales, dans la mesure où l'Etat ne peut plus être pris comme une unité fermée, engagé de manière mécanique dans le calcul de ses intérêts distincts lorsqu'il est en concurrence avec des unités similaires dans les rouages tout aussi mécaniques d'un système d'Etats international.

4. PourWaltz, la clef est le pouvoir, et, en particulier, le pouvoir nlÎlitaire. Toutefois, l'élén1ent de « continuité» plus que de transforrnation est, selon lui, que «les terroristes contribuent à la continuité de la politique internationale.llspoursuivent des tendances à l'œuvre... le terrorisme est line menace à la stabilité des Etats et à la tranquillité d'esprit de leurs dirigeants.. .A1ais dans la mesure oÙ le terrorisme est une anne brandie par les pauvres. les terroristes ne menacent pas sérieusement la sécurité des Etats ». Voir Waltz K., «The Continuity oflntemational Politics », op. cit., p. 353.

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La guerre

et l'Etat libéral démocratique Cultllres & Conflits n061 - 2006

Lorsque la deuxième image de Waltz prend de l'importance, les éléments constitutifs du mode de gouvemance, la machinerie bureaucratique de l'Etat, ainsi que la « sphère sociale» prennent sens dans nos considérations liées à la guerre et à la paix dans une ère mondialisée. Chacun à leur tour, ces éléments sont leurs manifestations transnationales; en d'autres termes, ils sont tous pris dans des réseaux de relations complexes qui rendent la division interne/externe très problématique. La spatialité des pratiques de gouvernement, ainsi que les relations qu'on associe traditionnellement à la société civile (que je nomme ici la « sphère sociale ») ne peuvent être considérées en termes d'insularité d'un ordre civique maintenu par le biais de technologies de contrôle et légitimé par des discours d'identité et d'affiliation. L'« intensification» des relations spatio-temporelles caractéristiques de l'ère de la mondialisation décrit non seulement une ère de connexion et de vulnérabilités mutuelles croissantes, mais modifie notre perception des dynamiques de guerre et de paix dans la modernité tardive. Ce faisant, de tels changements donnent une grande importance à la sphère sociale en elle-même, lorsqu'on ne considère pas uniquement les origines et les causes du conflit mais ses dynamiques et les réponses possibles. La spatialité - véritablement globale de la sphère sociale rapproche les événements distants, de sorte que les differends traditionnellement associés aux conflits locaux, tels les conflits israélopalestinien ou du Cachemire, acquièrent une portée mondiale et donc des réponses mondiales. Tandis que de telles réponses peuvent apparaître, par certains égards, institutionnelles, sous la forme des Nations unies ou de coalitions étatiques, elles peuvent égalelnent impliquer des acteurs de la sphère sociale globale avec leur propres expressions et articulations des conflits, offrant ainsi aux anciens conflits locaux des manifestations et des réarticulations mondiales. L'émergence de défis associés à la violence, elle-même liée à des organisations mondiales et souvent clandestines, exprime exactement ce à quoi nous faisons référence lorsque nous parlons de la spatialité de la sphère sociale. Une autre manifestation de la spatialité n10ndiale de la sphère sociale émerge de la proximité des événements distants dans cette modernité

Il

VIVIENNE

JABRI

tardive, et a, de nouveau, des Î1nplications sur nos considérations de la guerre et de la paix. Si la référence de Mary Kaldor aux «nouvelles guerres5» peut être problématique par son cadre ten1porel, eUe oftre pourtant une caractérisation intéressante aux conflits comme ceux des Balkans et de l' Aftique sub-saharienne entre autres, en mettant en avant lIDefois encore les défis des nouvelles formes de guerre et les réponses qllÎ y sont associées. Pour Kaldor notalnment, le fait que les populations civiles soient très souvent les cibles de conflits de factions ou de la crinnnalité, et que ces initiatives soient soutenues par les réseaux de finances mondiaux et une loyauté ethnique représente de véritables défis aux droits de l'Homme, dans ce qui est considéré comme une arène mondiale de plus en plus cosmopolite. Pour Kaldor con1ffiepour d'autres, dont Habermas6, le fait qu'un certain nombre de situations semblables, comm.e au Sierra Leone, en Bosnie, au Kosovo, en Somalie, pour n'en citer que quelques-unes, aient abouti à une intervention armée extérieure, suggère l'émergence d'une « nouvelle» forme de guerre, soit la « guerre humanitaire », là où les droits de l'Homme et leur protection deviennent essentiels. Le fait que les événements locaux ne puissent plus être isolés d'une vision globale se trouve au cœur des débats sur les responsabilités globales qui émergent de la spatialité globale de la sphère sociale. L'implication de l'Etat démocratique libéral est centrale dans ces transfoffi1ations qui affectent les manifestations modernes de la guerre et de la paix. Nous nous intéresserons donc, dans cet article, à l'impact que cette guerre de la modernité tardive - et spécifiquement la forme de guerre associée à la violence disperse des organisations en réseau a sur l'Etat démocratique libéral. C'est dans ce sens que ladite deuxième image de Waltz nous intéresse tout particulièren1ent.En effet, alors que la théorie de la paix délnocratique peut suggérer une zone de paix comprenant les démocraties libérales, les transformations mondiales auxquelles nous venons de faire référence mettent l'accent justement sur les éléments historiquement considérés comme constitutifs de l'Etat démocratique libéral. Là où l'ordre civique de l'Etat démocratique libéral est traditionnellement considéré COlnme
5. Kaldor M., New and Old Wars: Organized
Press, 1999. 6. Habermas J., The Past as Future, interviewé Cambridge, Polity Press, 1994, pp. 5-32. Violence in a Global Era, Cambridge, Polity

par Haller M., traduit et édité par Pensky M.,

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La guerre et l'Etat libéral démocratique Cultures & Conflits n061 - 2006

une zone de paix, et comme la source de la paix entre les Etats, suivant la conception kantienne de la «paix perpétuelle? », cet ordre civique se voit accorder une tout autre lecture par Michel Foucault et son analyse des rouages du pouvoir dans l'Etat moderne. L'objectif de cet article est donc d'explorer la lecture foucaldienne de la sphère sociale et de chercher à savoir comment cette lecture peut révéler les mécanismes du pouvoir dans la conjoncture historique actuelle, et tout particulièrement la manière dont les pratiques de guerre font partie de ces rouages. La dynamique à laquelle nous nous référons lorsque nous abordons l'idée de «matrice de guerre» révèle que, tandis que la politique internationale actuelle peut suggérer un certain bannissement des frontières et des distinctions, de telles démarcations sont néanmoins essentielles à la compréhension des défis posés à l'Etat démocratique libéral par les pratiques de la violence. Car, comme nous le verrons, bien que les frontières ne soient plus associées à des territoires distincts, elles sont « portées» dans la corporalité de l'Autre, et deviennent manifestes dans ces localisations transnationales que sont les rues, les voisinages, les villes, les pays de la modernité tardive, et dans ces localisations « entredeux ». La lecture foucaldienne des lignes de front qui place ces dernières au sein de la sphère sociale apparaît particulièrement pertinente dans les manifestationsmodemes du conflit et de la violence, des pratiques qui défient tout particulièrement l'Etat libéral démocratique et sa propre perception comme lieu de la loi et des droits. L'article suggère que bien que l'analytique de la guerre et du pouvoir de Michel Foucault soit significative pour notre compréhension de l'actuelle «guerre au terrorisme» et de ses implications pour l'Etat libéral démocratique, elle doit être poussée à l'arène globale où la spatialité clairement globale de la sphère sociale est prise en compte. C'est en effet à ce niveau que la lecture foucaldienne de la souveraineté et de la gouvemen1entalité fait face à de véritables défis. C'est la mondialité des pratiques de guerre et de violence qui font de la guerre une technologie de contrôle.

7. Kant L, « PerpetualPeace : A Philosophical Sketch », Political ~Vritings:, Hans Reiss (dir.), traduit par Nisbet H.B., Cambridge, Cambridge University Press, 1970.

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La matrice de la guerre et le problème de la sécurité La «guerre au terrorisme» est construite connne une guerre mondiale, transcendant l'espace et défiant manifestenlent les conventions internationales. Elle se distingue des guerres mondiales précédentes, y compris de la Première et la Seconde, en ce que ces deux dernières ont toujours été analysées par I'historiographie comnle des confrontations interétatiques, bien qu'impliquant, de manière périphérique, des milices non gouvernementales, à certains moments et certains endroits. Des narrations futures de la confrontation actuelle et de ses diffërents paramètres reprendront bien sûr ces anciem1esgrilles de lecture. Mais ce qui fait tout l'intérêt de la présente discussion est l'aspect distinctement global de cette guerre, car ilIa rend particulièrement pertinente et topique pour des recherches qui s'attachent en premier lieu à la relation entre guerre et politique, entre la guerre et les processus politiques qui définissent l'Etat moderne. L'hypothèse initiale de cet article stipule que la guerre n'est pas confinée dans sa ten1poralité et sa spatialité propres mais qu'elle imprègne, au contraire, la normalité du processus politique, et qu'elle a donc une influence déterminante sur les éléments considérés comme constitutifs de politiques dénl0cratiques libérales: responsabilité de l'exécutif, examen législatif, sphère publique de discours et d'interaction, égalité des citoyens devant la loi, et, pour rejoindre Habermas, légitimité politique fondée sur des pratiques de communication libres et égales (équitables) qui sous-tendent la solidarité sociale8. La guerre perturbe ces éléments et représente une période de crise et d'urgence. Une guerre permanente normalise clairement l'exceptionnel, inscrivant l'urgence dans les routines quotidiennes de la vie sociale et politique. Si les éléments de la guerre, le conflit, la fragmentation sociale, l'exclusion peuvent se poursuivre silencieusement au travers des assemblages de contrôle dans les sociétés libérales, l'itération persistante de la guerre dans la politique met ces pratiques au devant de la scène et porte en elle une refonte de la pensée sur la relation
de la guerre à la po Iiti que.

La spatialité mondiale de cette guerre suggère des défis particuliers ayant un impact direct sur l'état libéral, ses obligations envers

8. Habennas

J., Between Facts and Norms, Cambridge,

Polity Press, 1997.

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La guerre

et l'Etat libéral démocratique CII/tllres & Conflits n061 - 2006

l'ensemble de ses citoyens et l'étendue de son implication sur l'atteinte à ses institutions. Ce serait toutefois une erreur de considérer que les pratiques mobilisées dans cette guerre mondiale sont de toute façon anathèmes à .l'Etat libéral. Notre analyse argue que, bien qu'il soit crucial de reconnaître l'impact transformatif de la guerre au terrorisme, il est tout aussi important de rendre con1pte des continuités de la vie sociale et politique qui constituent les conditions de possibilité de cette guerre globale. Ces conditions ne sont pas simplement présentes ou apparentes d'un point de vue global, mais incorporent des pratiques locales profondément ancrées et institutionnalisées. La relation de renforcement mutuel entre les conditions locales et globales rend cette guerre distincte particulièrement envahissante, et potentiellement bien plus menaçante par ses implications pour les espaces disponibles à la contestation et la dissidence politiques. La politique contemporaine mondiale est dominée par ce que nous pourrions nommer une « matrice de guerre9 » constituée d'une série de pratiques transnationales qui visent différemment les Etats, les communautés, et les individus. Ces pratiques impliquent les Etats en tant qu'agents, les bureaucraties étatiques et les organisations supranationales, des organisations quasi officielles et privées recrutées au service d'une machine globale hautement militarisée menée par les Etats-Unis, mais qui incorpore dans ses fins des alliances variées, toujours en flux. L'élément déterminant pour comprendre la matrice de la guerre est la notion de «pratique» qui comprend l'idée que toute pratique n'est pas simplement située dans un système de permissions et de contraintes mais qu'elle est elle-même constitutive de continuités structurelles, tant discursives qu'institutionnelles. Comme Paul Veyne l'écrit à propos de l'utilisation de ce terme par Foucault, « la pratique n'est pas une instance (comlne le Ça freudien) ni un premier nloteur (comme le rapport de production), et du reste, il n y a chez Foucault

ni instance ni premier moteur [...]10» Il s'agit de ce sens récursif,
selon lequel les pratiques (de violence, d'exclusion, d'intimidation, de contrôle, etc.) deviennent structurées dans les routines des institutions
9. Voir Jabri V., « War, Security and the Liberal State », Security Dialo&Tlle, op. cil. 10. Veyne P.. « Foucault révolutionne l'histoire », Comment on écrit l'histoire, Paris, Seuil, 1978, rééd. coll. « Points / Histoire », 1996, p. 397.

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VIVIENNE

JABRI

comille de l'expérience vécue Il . Labelliser la guerren10ndiale contemporaine en « guerre au terrorisn1e » confère à ces pratiques une certaine légitimité: elles sont dirigées vers l'élimination d'une menace directe. Alors que la menace de violences perpétrées par des réseaux clandestins à l'encontre des civils n'est que trop réelle et nécessite des réponses des Etats, ces dernières semblent présumer de larges attributions aux opérations, si larges que toute personne qui s'intéresse aux libertés associées à l'Etat démocratique ou aux droits des individus et des communautés, se doit de déchiffrer les implications de telles pratiques. Les pratiques utilisées au nom de la sécurité, auxquelles nous

venons de faire référence - souvent invoquées au nom de la liberté
sont, paradoxalement, situées dans une relation d'équilibre12. En effet, elles contèrent simultanément une primauté à la sécurité pour défendre les libertés, et peuvent faire l'objet de recherches en tennes de discours de sécurisation (le pouvoir du discours agit sur la construction d'une n1enace, en même temps que celui des professiolmels dans cette mêlne constructionI3) ou en tennes de discours de guerre, comme nous le verrons dans cet article. Les grammaires dont il s'agit sont liées entre elles, mais celle du discours de guerre est paradoxalelnent une grammaire critique, qui met en évidence les mécanismes du pouvoir et leurs imbrications avec la violence. Ce qui manque à la littérature de la sécurisation est une analytique de la guerre, analytique que nous souhaitons entamer ici. Il nous semble que les pratiques précédemment citées constituent differents mécanismes de réponse face à ce qui est perçu comme une situation d'urgence au lendemain des attentats du Il septembre 2001. L'invasion et l'occupation de l'Irak, l'incarcération sans procès de

Il. Voir Jabri V., Discourses on Violence, Manchester, Manchester University Press, 1996. 12. Sur la question de l'équilibre entre sécurité et libeI1é dans les discours parlementaires européens, voir Tsoukala A., « Denlocracy Against Security: The Debates About Counter-Terrorism in the European Parlianlent», Alternatives, voI.29, août-octobre 2004, pp.417-439. Pour une critique philosophique de la notion «d'équilibre », voir Waldron 1., « Security and Liberty: The Image of Balance », The Journal ofPolitical Philosophy, vol.ll, n02/2003, pp. 191-210. 13 .,Voir respectivement Waever O., « Securitization and Desecuritization », Lipschutz R. (dir .), On

Security, New York, Columbia University Press, 1995, pp. 46-86; Bigo D., «Security and In1111igration: Toward a Critique of the Govemtnentality of Unease »,
Alternatives/Cultures & Conjlits, vol. 27, pp. 63-92~

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La guerre

et l'Etat ('ultures

libéral démocratique & COliflits n061 - 2006

prisonniers dans des camps, en Afghanistan, à Guantanamo et dans d'autres lieux encore méconnus, l'utilisation de la torture contre les détenus, les assassinats extra-judiciaires, les détentions et les déportations, toujours sans procès, d'étrangers considérés comme une menace, des restrictions croissantes envers les réfugiés, leur enfermement dans des camps et des centres de détention, la construction en termes de sécurité du mouvement des personnes, et des restrictions des libertés publiques par des législations intérieures au Royaume-Uni, allX Etats-Unis et dans d'autres pays européens sont tous représentés dans les discours politiques comme des mesures de sécurité nécessaires à la protection de la société. Ce sont tout à la fois des mesures institutionnelles visant un Autre particulier, ennemi et source de danger. On pourrait considérer que les pratiques mentionnées ci-dessus ne sont pas liées et qu'elles relèvent ainsi de modes d'analyses différents. Dans un premier temps, ces pratiques impliquent des agents différents et sont associées à des sujets différents. Les cas de l'Afghanistan et de l'Irak peuvent être mentionnés dans les discours comme des situations de guerre, et l'incarcération de réfugiés comme englobant des pratiques de sécurité. Mais ce qui lie ces éléments n'est pas tant le fait qu'ils constituent une taxonomie de pratiques différenciées. Ce qui les lie plutôt est l'élément d'antagonisme dirigé contre les Autres, distincts et particuliers. Une telle perspective suggère que les politiques de sécurité, qui comprennent la production de la peur ainsi que tout un ensemble de mesures d'exclusion, viennent au service de pratiques qui constituent la guerre et localisent le discours de guerre au coeur de la politique, non restreinte au national, mais de manière plus cruciale dans le contexte actuel, au niveau international. Les conséquences pour l'Etat de la modernité tardive et pour l'Etat libéral sont monumentales. Car une guerre perpétuelle à l'échelle mondiale a des implications pour les structures et l'action politiques, pour nos conceptions de la citoyenneté et du rôle de l'Etat dans sa réponse aux revendications de ses citoyensl4, et pour les fonctionnements d'une sphère publique de plus en plus mondiale et donc de plus en plus
14. Le rôle de l'Etat en relation à ses citoyens est particulièrement mis en évidence dans le cas de citoyens d'Etats européens incarcérés dans des centres de détention, de Guantanamo à ceux d'Afghanistan et d'Irak.

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VIVIENNE

JABRI

multic'ulturelle. La matrice de la guerre est, COll1ffie ous le disions, n principalement constituée autour de cet élélnent d'antagonisme. Cette notion d'antagonisme est associée à la menace existentielle. La présence continue de l'Autre constitue un danger, non seulement pour le bien-être de la société, mais également pour la poursuite de son existence dans la fonne que ses membres connaissent. D'où la facilité relative avec laquelle des politiciens européens. parlent de migrants d'origines spécifiques, COlnmereprésentants d'une menace à «l'idée de l'Europe» et à ses origines chrétiennesl5. Il s'agit ici d'un discours d'exclusion culturelle et raciale fondé sur une certaine peur de l'autre. Alors que la guerre contre certaines organisations clandestines16implique des opérations des deux côtés - ce qui peut se comprendre comme une guerre d'usure -, ce à quoi nous nous référons pour la matrice de la guerre est bien plus complexe, car nous avons là un ensemble de pratiques diffuses qui visent simultanément l'Autre typifié en tennes culturels et raciaux et qui initient un domaine d'opérations plus large ayant un impact sur la société entière. Les pratiques guerrières de l' in1ffiédiat après Il septen1bre 200] ont été combinées à des processus sociétaux reflétés dans les représentations desmédias et dans la sphère publique élargie, où de plus en plus la source de menaces, source de terreur, est perçue comn1e l'Autre culturel, et plus particulièrement l'Autre, associé, d'une manière ou d'une autre, à l'islam, au Moyen-Orient et à l'Asie du Sud. Il y a alors une particularité à ce qu' Agamben nomme « l'état d'exceptionl7 », un état qui n'est pas tant généralisé et généralisable, mais un état expérimenté diffëremment par différents secteurs de la population mondiale. C'est précisément cette expérience différenciée de l'exception qui attire l'attention sur des pratiques aussi variées que la fonnulation de techniques d'interrogatoires par les services de renseignen1ent militaire du Pentagone aux récentes dispositions (qui incluent des arrestations à domicile) des mesures antiterroristes au

15. Deux exemples nous viennent à l'esprit: des hommes politiques italiens de droite qui font réference à des Italiens «bâtards », et un certain nombre d'objections austro-allemandes à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. 16. Par exemple, le réseau d'Al Qaeda. 17. Agamben G., Homo Sacer: Sovereign Power and Bare Lftè, (trad. Heller-Roazen D.), Stanford, Stanford University Press, CA, 1995. Voir aussi son ouvrage plus récent, State of Exception, Chicago, University of Chicago Press, 2004.

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La guerre

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Royaume-Uni18, à des pratiques envahissantes très variées au sein de l'Union européenne, au discours de légitimation entourant l'invasion de l'Irak. Ce sont toutes des pratiques faisant appel à un discours de légitimation fondé sur la prévention et la préemption. Les ennemis construits dans les discours de la guerre sont donc toujours potentiels, toujours abstraits même lorsqu'ils sont identifiés, et partant, toujours élargis à une collectivité. Il y a ainsi un « profil» à l'état d'exception et son expérience. Les pratiques qui profilent certaines communautés, y compris les citoyens des Etats européens créaient des défis spécifiques à l'auto-compréhension de l'Etat libéral et de sa capacité à
gérer la différence au XXle siècle.

Bien qu'un certain nombre de mesures prises au nom de la sécurité
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comme les propositions de mise en place de cartes d'identité au

Royaume-Uni ou une surveillance accrue des transactions financières aux

Etats-Unis - peuvent englober la population entière; la politique de
l'exception a une signification raciale et culturelle19. Les personnes visées par des mesures exceptionnelles font partie de commtmautés raciales et culturelles spécifiques. La menace entendue, sous-jacente aux mesures précitées, est à présent ouvertement et différemment associée à l'islam comme idéologie, l'islam comme mode d'identification religieuse, l'islam comme mode de vie et de pratiques distinctes, et l'islalTI conillle marque particulière associée à des organisations spécifiques qui épousent une certaine forme de retour à un califat islamique. Lorsque les pratiques sont informées d'un discours d'antagonisme, il n'y a pas de distinctions entre ces différentes formes d'identification individuelle et communautaire. Lorsqu'un profilage communautaire a lieu, la distinction entre, par exemple, le choix d'un mode de vie spécifique et celui d'une organisation spécifique disparaît, et la diversité au sein de cette communauté profilée est sacrifiée au nom de certaines pratiques «de

18. Le Prevention of Terrorism Act 2005 du Royaulne-Uni a été accepté le Il mars 2005, permettant ainsi au HOlne SecretalY d'éditer des «collo-<ol orders» contre ceux qui ont été « certifiés» terroristes par le flome Secretary. Cette législation remplace l'An ti- Terrorism, Crime, and Security Act 200], qui avait permis au Home SecretalY d'incarcérer des citoyens étrangers censés représenter une menace. 19. Voir Jabri V., op. cil., 2005.

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