Au cœur des mouvements anti-guerre (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali, Ukraine...)

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Cet ouvrage est un témoignage de première main à l'intérieur des mouvements anti-guerre entre 2000 et 2015. Il rappelle les débats successifs qui se sont développés, sur Internet notamment, aux marges d'un espace public « officiel » de plus en plus monolithique, autour des grands conflits liés à la mondialisation ou des opérations néo-coloniales plus localisées (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali, Ukraine). Ce livre interroge aussi la possibilité de diffuser une information alternative « raisonnable » mais sans concession, éloignée du conformisme des grands médias atlantistes, mais aussi des tentations populistes et complotistes qui nient la possibilité d'une souveraineté politique des peuples.

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Date de parution 01 janvier 2015
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EAN13 9782849243909
Langue Français

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Au cœur des mouvements anti-guerre (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali, Ukraine...)
Témoignage sur quinze ans d’engagement
© Éditions du Cygne, Paris, 2015
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-390-9
Frédéric Delorca
Au cœur des mouvements anti-guerre (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali, Ukraine...)
Témoignage sur quinze ans d’engagement
Éditions du Cygne
Du même auteur :
L’ingérence de l’OTAN en Serbie, Éditions du Cygne, Paris, 2014 Éloge de la liberté sexuelle stoïcienne, Éditions du Cygne, Paris, 2011 Abkhazie, À la découverte d’une « République » de survivants, Éditions du Cygne, Paris, 2010 Transnistrie, Voyage ofIciel au pays des derniers Soviets, Éditions du Cygne, Paris, 2009 La Révolution des montagnes (roman), Éditions du Cygne, Paris, 2009 Programme pour une gauche française décomplexée, Le Temps des Cerises, Paris, 2007 Atlas alternatif, Le Temps des Cerises, Paris, 2006
Introduction
DansL’ingérence de l’OTAN en Serbie, j’ai évoqué le bombar-dement de la République fédérale de Yougoslavie, l’embargo, et les nombreuses manœuvres occidentales pour provoquer, en 1999-2000, une guerre civile en Serbie. Ces événements, qui furent à l’origine de mon engagement dans l’élaboration du livre collectif et du blog « Atlas alternatif », furent à la fois au prin-cipe du déploiement d’une politique de « guerre humanitaire » et d’ingérences tous azimuts dans les années 2000 et au début des années 2010, initièrent aussi une prise de conscience et des réexes « anti-ingérence » dans l’opinion publique, aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe. Un débat important sur la place de l’Occident dans le monde et sur les moyens pour le peuple d’inéchir la politique étran-gère des dirigeants s’est ainsi développé à l’occasion des divers grands conits qui rythmèrent l’histoire humaine (et l’actualité médiatique) des trois derniers lustres. Sur la base de l’intérêt que suscitait le livre « Atlas alternatif » et des petits réseaux que j’ai pu tisser autour de lui, j’ai moi-même tenté d’apporter modes-tement ma pierre en synthétisant et diffusant des informations anti-guerre sur Internet, et en prenant part, lorsque je le pouvais, à divers débats ou diverses intiatives. Dans la mesure où les grands médias ont fait en sorte que le militantisme anti-ingérence et la teneur des arguments qui le fondaient soient ignorés ou diffamés, il me parait aujourd’hui nécessaire d’exposer ce que j’en ai perçu. J’aborderai dans ce livre les guerres d’Afghanistan, d’Irak, de Côte d’Ivoire, de Libye, de Syrie, du Mali, mais aussi des ingé-rences militaires plus ponctuelles comme Haïti ou la Centrafrique, les manipulations diverses et variées auxquelles les chancelleries
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et la grande presse nord-américaines et européennes se sont livrées, du Vénézuela à l’Ukraine en passant par la Palestine, de la Transnistrie au Soudan, au Caucase, à la Somalie et autour de la Chine. Je signalerai les actions de résistance « citoyenne » (résignons nous à employer un néologisme typique des années 2000 que je n’aime pourtant pas), dont certaines auxquelles j’ai partici-pées. Mais je ne dissimulerai pas non plus les erreurs que j’ai constatées, soit dans l’excès de modération, soit, au contraire, dans la surenchère de radicalité, avec tous les travers que j’ai pu constater : complotisme, millénarisme apocalyptique, anti-sémi-tisme plus ou moins avoué etc. Fidèle à la méthode adoptée dansL’ingérence de l’OTAN en Serbie, je dissimulerai beaucoup d’identités sous des pseudonymes (en conservant d’ailleurs les mêmes que dans le précédent livre – Le Scientique belge, le Missionnaire – et en ajoutant quelques autres – le Sociologue irakien, le Dissident internationaliste etc.), car livrer des personnes à l’admiration ou à l’hostilité ne fait pas partie de mes exercices de prédilection. Les historiens n’auront aucune peine à retrouver les identités véritables. À l’heure où l’Occident perd de son « leadership hégémo-nique » (pour reprendre une terminologie anglosaxonne) tout en gardant une forte inclination belliciste, notamment dans son face à face avec la Chine, la réexion sur ce que furent l’agressi-vité et la mauvaise foi de nos technostructures à l’égard de tout ce qui résistait à leurs intérêts dans le reste du monde, me paraît plus que jamais nécessaire. L’analyse des moyens de mobiliser l’opinion publique et l’action collective l’est tout autant. Peut-être ce livre y contribuera-t-il un peu.
Chapitre 1
Le 11 septembre, l’islamisme et la Palestine
Après le renversement du régime de Slobodan Milosevic, en septembre 2000, en République fédérale de Yougoslavie, dans la foulée de la chute du glacis soviétique en Europe de l’Est et de la victoire de l’idéologie humanitariste (les droits de l’homme comme horizon indépassable de l’humanité), il semblait que l’Occident, avec son bras armé l’Organisation du traité de l’At-lantique Nord (OTAN) eût plus que jamais vocation à être le gendarme de la planète. Les poches de résistance n’étaient plus très nombreuses. Des géants comme la Russie et la Chine frappaient à la porte de l’Organisation mondiale du commerce. Seules refusaient encore l’hégémonie occidentale de petites dictatures directement issues des révolutions communistes ou tiers-mondistes du XXe siècle : la Corée du Nord, Cuba, la Libye, le Zimbabwe. Paradoxalement les freins les plus efcaces à la mondialisation libérale semblaient se trouver à l’intérieur des pays riches : le mouvement alter-mondialiste (dont on reparlera) ou des courants isolationnistes comme certains secteurs « libertariens » de la droite républi-caine américaine, le Front national en France etc. L’islamisme sunnite dont le dynamisme avat supplanté celui des chiites iraniens, faisait partie de ces oppositions un peu folkloriques au nouveau système planétaire. Le parti démocrate américain, avec la doctrine de la « Green Belt » (ceinture verte) – l’encer-clement de l’URSS par les islamistes – théorisée par Zbigniew Brzezinski, avait beaucoup contribué à renforcer ce fondamen-talisme. Il l’avait armé en Afghanistan, nancé via l’allié tradi-tionnel au Proche-Orient, l’Arabie Saoudite, et même favorisé sa
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propagation en Tchétchénie, en Bosnie et au Kosovo (quoique dans de moindres proportions dans ces deux derniers secteurs que la propagande serbe n’a voulu le faire croire). En fait d’isla-misme sunnite, il s’agissait tout particulièrement de la prédica-tion salaste qui, au départ, n’est qu’un piétisme rigoriste réac-tionnaire, mais auquel la guerre d’Afghanistan a donné le goût de la poudre et du sang, du djihad. Comme l’administration Carter, le gouvernement de Bill Clinton a beaucoup aidé cette tendance en laissant par exemple leurs alliés du mouvement des étudiants en théologie pachtounes, les Talibans, prendre le pouvoir à Kaboul avec l’aide du Pakistan, au détriment d’éléments plus modérés (ce qui t de l’Afgha-nistan un repaire de djihadistes avec les félicitations de la secré-taire d’État Madeleine Albright). Mais comme rien n’est simple en politique internationale particulièrement depuis la chute des blocs, Clinton avait dû aussi combattre l’islamisme : directe-ment en Somalie et au Soudan, et d’une façon plus détournée en Algérie en soutenant le gouvernement militaire. Elle fut notamment confrontée à une petite organisation salaste, Al Qaïda (mot qu’on traduisit successivement par « la tradition » puis par « la base »), dirigée par le milliardaire saoudien devenu chef de guerre en Afghanistan, Oussama Ben Laden, qui orga-nisa quelques attentats contre des intérêts américains au Proche-Orient et en Afrique. Toutefois, jusqu’en 2001, le djihadisme sunnite ne parut pas de nature à pouvoir inverser le « sens de l’histoire » à la Fukuyama, et n’inquiétait plus véritablement que les secteurs « islamophobes » (pour reprendre un terme fort criticable mais commode) de l’opinion publique occidentale.
Le 11 septembre 2001
Le mardi 11 septembre 2001 on apprit que trois avions civils s’étaient écrasés contre des les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan (New York), le Pentagone, siège du ministère
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