Au roi, aux monarques alliés, et à la nation française
38 pages
Français

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Au roi, aux monarques alliés, et à la nation française

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Description

BONAPARTE a commis de grands crimes ; il n’a pas craint d’ajouter à la souillure qu’impriment les forfaits, une souillure nouvelle, par la bassesse des moyens qu’il employait. Il a été pour sa patrie un tyran détestable. Dans un genre moins odieux, mais plus funeste encore, il s’est placé au rang des fléaux dévastateurs qui n’existent que pour le malheur de l’humanité ; il a sacrifié plusieurs millions d’hommes à son intérêt personnel, à son excessive ambition.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346129805
Langue Français

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À propos de Collection XIX
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Chevalier de Guer
Au roi, aux monarques alliés, et à la nation française
BONAPARTE DANS L’ISLE D’ELBE, N’ÉTAIT PAS LE PLUS DANGEREUX ENNEMI DE LA FRANCE ET DE SES ALLIÉS,
BONAPARTE a commis de grands crimes ; il n’a pas craint d’ajouter à la souillure qu’impriment les forfaits, une souillure nouvelle, par la bassesse des moyens qu’il employait. Il a été pour sa patrie un tyran détestable. Dans un genre moins odieux, mais plus funeste encore, il s’est placé au rang des fléaux dévastateurs qui n’existent que pour le malheur de l’humanité ; il a sacrifié plusieurs millions d’hommes à son intérêt personnel, à son excessive ambition.
 
Le célèbre jugement, que le congrès de Vienne, que des puissances étrangères ont prononcé contre lui, a été applaudi par tous les Français qui n’étaient pas ses complices, par les neuf dixièmes de la France. Les dernières années de sa vie politique ont détruit l’illusion qu’avaient produite des actions brillantes, de grands talents dans l’art de la guerre, de nombreuses victoires, des monuments qui réunissent à l’éclat de la splendeur, le solide mérite de l’utilité générale ; elles ont fait oublier que son usurpation et sa tyrannie nous avaient délivrés du gouvernement plus détestable encore des assemblées révolutionnaires, des assemblées régicides qui l’avaient précédé dans la carrière des forfaits.
 
Mais ces crimes et les maux qu’il a faits, ne faut-il les attribuer qu’à son caractère ? n’étaient-ils pas une dépendance nécessaire du rôle qu’il a joué dans l’Europe ? ne sont-il pas l’effet naturel de toutes les usurpations ?
 
Les peuples qui exercent leur prétendue souveraineté, en détruisant les lois de leur patrie, en renversant les trônes, en bannissant les princes légitimes, en les envoyant à l’échafaud, pour établir à leur place un usurpateur ou des assemblées usurpatrices, ne doivent-ils pas reconnaître que leur aveugle crédulité a fait seule leurs malheurs ? que les nouveaux chefs qu’ils se sont donnés, n’ont pas sorti du rôle dont ils les avaient chargés ?
 
Bonaparte, dans l’île d’Elbe, était-il le seul, était - il le plus dangereux ennemi de la France et de l’Europe, de Louis XVIII et des princes ses alliés ?
 
Quels sont les nouveaux ennemis que les Français fidèles et les puissances alliées ont encore à redouter ?
 
Quelles sont leurs forces ?
 
Quels sont les dangers dont ils nous menacent ?
 
Existe-t-il des moyens de leur résister avec facilité ?
 
Voilà les questions que je me suis proposé de résoudre dans cette brochure.
 
Je présenterai, en même temps, les idées d’un vieux Français, et je les comparerai sans crainte aux idées libérales de nos modernes publicistes. J’opposerai la souveraineté des lois, que j’ai trouvée chez les législateurs de tous les peuples libres, à la souveraineté du peuple, que je n’ai aperçue que chez Rousseau. Je ferai connaître cette souveraineté du peuple, et on sera peut-être surpris d’y trouver exprimés avec clarté, les lois agraires, le droit arbitraire de vie et de mort, et celui de déposer les Rois toutes les fois que le peuple ou ses représentants s’assemblent ; tous les droits enfin que Roberspierre et ses amis ont exercés.
 
Quand Napoléon fut forcé, il y a quinze mois, de renoncer au trône et de quitter la France, Paris fut inondé d’une foule de pamphlets, de brochures, dont les auteurs attaquaient à l’envi ce soldat licencié, ce roi de révolution ; ils s’abaissaient à le calomnier, quand il était si facile d’en médire.
 
Je crus d’abord qu’une partie de ces écrivains s’empressait d’exhaler une haine long-temps contrainte ; et que les autres, incapables de juger le noble caractère de Louis XVIII, croyaient le flatter en insultant son ennemi.
 
Mais quand je vis que ce déluge d’écrits continuait toujours, et que leurs auteurs oubliaient constamment d’y dénoncer les plus grands ennemis du bonheur de la France et du repos de l’Europe, cette classe d’hommes complices tour-à-tour de l’exécrable anarchie de Roberspierre et du despotisme de Napoléon, qui ne sont étrangers à aucun des crimes dont nous avons été, depuis vingt-sept ans, les malheureuses victimes ; je reconnus sans peine dans cet étrange oubli, l’ouvrage de ces grands coupables qui se préparant alors, comme ils se préparent encore aujourd’hui, à rentrer dans la carrière des forfaits, voulaient faire de Bonaparte un bouc émissaire, le renvoyer dans le désert, chargé de toutes leurs iniquités ; détourner sur lui seul tous les regards, toutes les surveillances ; et se procurer, par ce moyen, le loisir et la sécurité nécessaires pour exécuter de nouveaux complots.
 
Je savais que la secte dont ils sont les chefs, exerce, depuis un grand nombre d’années, une influence dominante sur la plupart des écrivains de l’Europe, et je voyais les facilités que cette influence leur fournissait pour exécuter ce plan. Le retour de Bonaparte n’a que trop justifié mes idées.
 
Ce ne fut ni la crainte, ni l’intérêt personnel qui m’empêchèrent alors de dénoncer les ennemis de mon Roi ; je fus retenu par un motif bien différent. Il me paraissait impossible qu’un danger, assez évident pour frapper mes yeux dans la retraite où je vivais à cinquante lieues de la capitale, pût échapper aux regards des ministres de Sa Majesté ; et je craignais de nuire aux moyens qu’ils préparaient pour les prévenir. Le temps m’a détrompé, et je serais trop coupable si je me livrais une seconde fois à cet excès de prudence.
 
Nos écrivains, je le répète, en ne s’occupant que de Bonaparte, en fixant tous les yeux sur lui seul, favorisaient les éternels conspirateurs qui, dans ce moment même, travaillaient à le rappeler, pour l’employer, comme instrument, à de nouvelles révolutions.
 
Ils négligeaient en même temps de présenter aux Français une des vérités politiques, qu’il est le plus important aujourd’hui d’enseigner à tous les peuples : ils oubliaient de leur dire la tyrannie que Bonaparte a exercée, les assassinats qu’il a commis, ces guerres perpétuelles qui ont ensanglanté tour-à-tour, et quelquefois tout ensemble, l’Espagne, l’Italie, le midi et le nord de l’Allemagne, et la Russie même que son éloignement semblait avoir placée hors de son atteinte ; tous ces attentats envers l’humanité ne sont que les dépendances naturelles du rôle dont il était chargé,
 
Un usurpateur tel que lui, revêtu tout-à-coup de la suprême puissance, par une secte de factieux couverte de sang et de crimes, forcé d’appeler dans son conseil, et de placer à la tête de ses ministères les chefs de ces factieux pour qui la trahison n’est pas une ressource accidentelle, mais un goût dominant et un vice d’habitude ; comptant pour ennemis les serviteurs fidèles du Monarque légitime, cette foule d’hommes qui ne peuvent supporter d’obéir à leur égal, et tous les ambitieux dont la tête fermente et conspire à la seule vue d’un mortel qui vient de franchir toutes les marches du trône ; un usurpateur entouré de dangers, consentira-t-il à resserrer son autorité dans le cercle des lois, quand il lui sera sans cesse nécessaire de déployer toute l’étendue du pouvoir arbitraire pour enchaîner ses ennemis, et surtout pour déjouer les ténébreux complots de ses premiers agents ? Pouvez-vous espérer qu’il respecte les institutions politiques, quand le sceptre ne repose dans ses mains que par une violation des institutions les plus sacrées ?
 
Permettra-t-il qu’une assemblée politique délibère librement les Impôts, quand il a besoin d’un revenu immense pour fournir chaque année à l’insatiable avidité de ses complices qui lui vendent à si haut prix l’honneur qu’ils n’avaient pas ? pour étonner le peuple par les fastueux monuments qu’il élève sans cesse, et pour subvenir enfin aux dépenses incalculables d’une guerre éternelle ?
 
S’il veut dépouiller de ses états une branche de l’auguste maison dont il occupe le palais, ne vous étonnez pas qu’il préfère des moyens bas et perfides qui ne lui réussiront point, à des moyens dont l’effet serait plus sûr et qui présenteraient encore quelques dehors trompeurs de sagesse et de magnanimité. Placé sur le trône par des traîtres, entouré d’eux dans ses conseils, ne recevant jamais que des avis perfides, comment pouvait-il échapper au souffle impur de la trahison et du crime ? c’est le seul air qu’il respire.
 
Peut-il cesser un instant de faire succéder une guerre qui commence à la guerre qui finit ? Peut-il accorder un seul instant de relâche à ses sujets, à ses voisins ? Laissera-t-il au peuple le temps nécessaire pour réfléchir sur le joug qu’il lui impose, sur le poids de ce joug détestable, sur le bonheur dont il jouissait sous le gouvernement de ses rois légitimes ? Négligera-t-il d’épuiser cette jeunesse ardente dont le courage exalté par les troubles civils fournirait bientôt des soldats à son Roi, si elle cessait d’en fournir à l’usurpateur ?
 
Il n’a pour appui que l’attachement de son armée, et il ne peut le conserver qu’en vivant au milieu d’elle,