Baas et Islam en Syrie

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Les oulémas sunnites syriens ont été au cœur des transformations socio-politiques préalables au soulèvement de 2011 ; ils seront également parmi ceux qui décideront in fine du sort de la dynastie Assad. Cet ouvrage comble un vide majeur en mettant en lumière les acteurs les plus influents d’une scène religieuse particulièrement méconnue. Avec l’éradication des Frères musulmans suite à l’insurrection manquée de 1982, les oulémas deviennent les représentants quasi exclusifs de la mouvance islamique dans le pays. En dépit de la répression, ils profitent de la désaffection du régime baasiste pour accroître patiemment leur influence sociale mais aussi économique et politique. Se met ainsi en place une configuration paradoxale, où un pouvoir de tradition laïque et dominé par des militaires alaouites d’extraction rurale se voit contraint de nouer un partenariat ambigu avec l’élite religieuse urbaine sunnite. Cette ambiguïté sera mise à nu par les événements de 2011, qui démontreront à la fois la robustesse des liens tissés par le régime avec certaines factions cléricales, et l’indépendance qu’ont préservée d’autres réseaux.
Entraînant le lecteur dans les mosquées et madrasas syriennes, l’auteur analyse des dynamiques méconnues, comme l’émergence de vastes mouvements éducatifs informels chapeautés par des oulémas mais recrutant dans les facultés séculières, le rôle fondamental des clercs dans le développement des associations de bienfaisance, la défaite historique des savants salafistes face à leurs rivaux traditionalistes ou encore le poids des tribus bédouines au sein de l’élite religieuse alépine. Ce livre constitue donc une lecture indispensable pour qui s’intéresse au présent et à l’avenir de la Syrie.

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EAN13 9782130741732
Langue Français

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2011
Thomas Pierret
Baas et Islam en Syrie
La dynastie Assad face aux oulémas
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130741732 ISBN papier : 9782130588054 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les oulémas sunnites syriens ont été au cœur des transformations socio-politiques préalables au soulèvement de 2011 ils seront également parmi ceux qui décideront in fine du sort de la dynastie Assad. Cet ouvrage comble un vide majeur en mettant en lumière les acteurs les plus influents d’une scène religieuse particulièrement méconnue. Avec l’éradication des Frères musulmans suite à l’insurrection manquée de 1982, les oulémas deviennent les représentants quasi exclusifs de la mouvance islamique dans le pays. En dépit de la répression, ils profitent de la désaffection du régime baasiste pour accroître patiemment leur influence sociale mais aussi économique et politique. Se met ainsi en place une configuration paradoxale, où un pouvoir de tradition laïque et dominé par des militaires alaouites d’extraction rurale se voit contraint de nouer un partenariat ambigu avec l’élite religieuse urbaine sunnite. Cette ambiguïté sera mise à nu par les évé nements de 2011, qui démontreront à la fois la robustesse des liens tissés par le régime avec certaines factions cléricales, et l’indépendance qu’ont préservée d’autres réseaux. Entraînant le lecteur dans les mosquées et madrasas syriennes, l’auteur analyse des dynamiques méconnues, comme l’émergence de vastes m ouvements éducatifs informels chapeautés par des oulémas mais recrutant dans les facultés séculières, le rôle fondamental des clercs dans le développement des associations de bienfaisance, la défaite historique des savants salafistes face à leurs rivaux traditionalistes ou encore le poids des tribus bédouines au sein de l’élite religieuse alépine. Ce livre constitue donc une lecture indispensable pour qui s’intéresse au présent et à l’avenir de la Syrie.
Table des matières
Remerciements Système de transcription Introduction État de la question Délimitation de l’objet Aspects documentaires Organisation du livre Prologue : une institutionnalisation avortée (1946-1979) Développement institutionnel et modernisation kémaliste (1946-1963) Révolution baasiste et fin de l’institutionnalisation (1963-1979) Chapitre premier. L’ère des fondateurs (1920-1979) La « renaissance du savoir » Les défis de la modernisation scolaire Coopter la « jeunesse instruite » : les mouvements éducatifs informels Chapitre II. Paysages après la bataille (1979-2007) Les oulémas dans l’insurrection Reprise en main du champ religieux : la stratégie de l’« état faible » Nouvelles politiques, nouveaux partenaires Chapitre III. (Re)définir l’orthodoxie face aux réformismes Expansion et déclin du salafisme Les nouveaux habits de la « vieille orthodoxie » Stratégies réformistes contemporaines Chapitre IV. Le turban et le chéquier : économie politique de l’élite religieuse syrienne Les origines historiques du « complexe cléricalo-mercantile » Le retour du libéralisme économique : nouvelles opportunités, nouveaux partenaires Une éthique économique bourgeoise Chapitre V. Oulémas et islamistes dans le champ politique Du mandat à l’Infisal(1930-1963) Sous la férule du Baas (1963-2000) Les années 2000 : retours manqués des oulémas sur la scène politique Épilogue : réformes et révolution Conclusion Bibliographie
Remarque sur les références électroniques Annexes. Classement des principaux oulémas syriens par ordre de centralité dans le champ (seconde moitié des années 2000) Damas Alep Index
Remerciements
esdernières lignes de cet ouvrage ont été écrites en juin 2011, au moment où la LSyrie était le théâtre d’un soulèvement populaire réprimé dans le sang. Je n’ai cessé, durant ces semaines, de penser à ceux que j’ai rencontrés dans ce pays qui m’est si cher. C’est donc à eux que j’adresserai mes premiers remerciements même si, à mon grand regret, un avenir encore trop incertain m’interdit de mentionner ici les noms de personnes vivant actuellement à l’intérieur des frontières syriennes. En d’autres temps, j’aurais commencé par évoquer mes anges gardiens, ces étudiants en religion qui m’ont guidé à travers les mosquées de Damas et d’Alep ; que Dieu les garde. J’aurais ensuite parlé de ces observateurs avisés qui sont devenus des amis, comme ‘Abd al-Rahman al-Hajj Ibrahim, aujourd’hui plein d’espoir dans son lointain exil. J’aurais enfin exprimé ma gratitude à l’endroit des acteurs de ce livre qui ont accepté de me recevoir en dépit d’un contexte difficile, et plus particulièrement de ceux qui m’ont accordé davantage de temps et d’attention que ne l’exigeait la simple courtoisie. Durant mes séjours en Syrie, j’ai également pu apprécier la compétence et la disponibilité du personnel scientifique et administratif de l’Institut français du Proche-Orient, dont ses directeurs successifs, les professeurs Jean-Yves L’Hospital, Floréal Sanagustin, Pierre Lory et François Burgat. Le présent ouvrage est tiré d’une thèse de doctorat réalisée grâce à un financement du Fonds national de la recherche scientifique de Belgique (FNRS). Ce travail a été mené dans le cadre du programme doctoral sur le Monde musulman de Sciences Po Paris avec le soutien de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée dirigée par le professeur Gilles Kepel, ainsi qu’au sein du Centre interdisciplinaire d’études sur l’islam dans le monde contemporain (CISMOC) de l’Université Catholique de Louvain, sous l’égide du professeur Felice Dassetto. La transformation en livre de cette thèse a été facilitée par deux séjours postdoctoraux, le premier à l’Université de Princeton, effectué sous la direction du professeur Michael Cook et financé par la Belgian American Educational Foundation (BAEF), et le second au Zentrum Moderner Orient (ZMO) de Berlin, sous la direction du professeur Ulrike Freitag. Outre les directeurs des institutions précitées, dont j’ai apprécié le soutien el les précieux conseils, je tiens à saluer ici, pour leur aide et leurs encouragements, Amin Aït-Chaalal, Andrew Arsan, Francis Balace, Annabelle Böttcher, Andreas Christmann, Baudouin Dupret, Jean-Pierre Filiu, Michael Gilsenan, Bernard Haykel, Steven Heydemann, Raymond Hinnebusch, Amaney Jamal, Gudrun Krämer, Brigitte Maréchal, Tarek Mitri, Bernard Rougier et Ghassan Salamé. Pour ses relectures attentives et ses commentaires éclairants, le professeur Élizabeth Picard mérite ici des remerciements tout particuliers. Par leur amicale collaboration et leur discussions, Souhaïl Belhadj, Farid El Asri, Steffen Hertog, Paulo Pinto, Kjetil Selvik, Marta Tawil et Ward Vloerberghs ont enrichi les réflexions présentées dans ce livre. J’adresse en outre toute ma gratitude à
Stéphane Lacroix, pour ses relectures enthousiastes, et à Benjamin White, que j’ai trop de raisons de remercier pour pouvoir les énoncer ici. Pour conclure, je rends hommage à ceux qui ont aimablement accepté de relire ces pages et de les corriger. Jean-Pierre Courson s’est distingué par son efficacité et ses précieux conseils stylistiques. Mes parents, Rina et Gabriel Pierret-De Pasqua, m’ont prodigué un soutien de tous les instants. Je salue ici leur rigueur et leur dévouement. Quant à Mériam, elle a été à mes côtés de la première version de ce projet au point final de sa conclusion, malgré les heures d’avions qui nous ont séparés et en dépit de mon investissement parfois immodéré dans la recherche. Outre ses encouragements et sa patience, je lui suis redevable d’avoir partagé avec moi sa passion pour l’anthropologie. En d’autres circonstances que ce tragique printemps syrien, c’est à elle, ainsi qu’à mes parents et à ma sœur Stéphanie, que j’aurais dédié ce livre.
Système de transcription
ous avons opté pour un système de transcription sim plifié, sans points Ndiacritiques et sans voyelles longues en ce qui concerne les noms propres. Les termes et noms passés dans la langue française usuelle ont gardé leur orthographe francisée.
Introduction
esoulémas sunnites syriens ont été au cœur des transformations sociopolitiques Lpréalables au soulevement de 2011 ; ils seront également parmi ceux qui déciderontin finesort de la dynastie Assad. Élite urbaine, religieuse, sunnite et du conservatrice, les oulémas ont été, durant les années 1960 et 1970, parmi les principaux opposants aux politiques d’un pouvoir baasiste issu des campagnes, animé d’idéaux laïcs, contrôlé par des représentants de la minorité alaouite[1]et héraut du progressisme socialiste. Au début des années 1980, qui plus est, l’écrasement par l’État d’une insurrection islamiste dans laquelle étaient directement impliqués nombre de fils et disciples d’oulémas a conduit des dizaines de ces derniers à l’exil. Trois décennies plus tard, alors que se rallume la flamme de la contestation, l’influence du clergé[2]sur la société syrienne s’est considérablement accrue. Cela, en raison de la ferveur religieuse croissante de la population et de politiques officielles qui, bien que demeurant extrêmement répressives même au regard des e standards régionaux, ne s’en sont pas moins assouplies à la fin du XX siècle. Potentiellement, donc, les clercs constituent aujourd’hui pour le régime une menace bien plus considérable qu’hier. La réalité est cependant plus complexe. En dépit de certains discours critiques, seuls une poignée de grands oulémas de Damas et Alep ont fait défection à ce jour, situation qui s’explique par la menace de représailles étatiques, bien sûr, mais aussi par l’établissement, au cours des dernières décennies, d’un partenariat ambigu entre le régime et une partie croissante du clergé. Cette dynamique s’insère elle-même dans une autre, plus large, dont les conséquences se déploient aujourd’hui sous nos yeux : le rapprochem ent opéré par le pouvoir baasiste avec ses anciens ennemis, les élites urbaines, jusqu’à tourner le dos à sa base sociale originelle, rurale et populaire, dont sont issus la plupart des acteurs du soulèvement actuel. On simplifierait toutefois les choses à l’excès en affirmant que, près d’un demi-siècle après le coup d’État du parti de Michel ‘Aflaq, les oulémas seraient, une nouvelle fois, du « mauvais » côté de la révolution. Car s’il n’y a guère eu jusqu’à présent qu’une poignée de manifestations dans les quartiers centraux de Damas, les plus importantes d’entre elles sont parties de mosquées qui symbolisent de vieilles traditions de résistance cléricale à l’autoritarism e baasiste. Autrement dit, tant le quiétisme adopté actuellement par une partie des oulémas que l’attitude frondeuse de certains de leurs confrères trouvent leur origine dans des processus anciens que cet ouvrage se propose de reconstituer. Damas, 31 mars 2007. La nuit tombe sur la mosquée Cheikh ‘Abd al-Karim al-Rifa‘i, un vaste bâtiment futuriste érigé à l’entrée du lotissement cossu de Tanzim Kafr Suse et baptisé en hommage à un‘âlim[3]mort en 1973. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, c’est d’ici que partiront les premières manifestations contre le régime observées dans la capitale. Mais nous n’en sommes pas encore là. En ce douzième