Boko Haram

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Le 17 mai 2014 à Paris, lors du sommet consacré à la sécurité au Nigeria, le Cameroun a déclaré la guerre au mouvement terroriste Boko Haram. Ses actions audacieuses et criminelles installent une véritable sinistrose dans les trois régions du Grand-Nord-Cameroun, frontalières au Nigeria. Pour neutraliser le mouvement, le gouvernement camerounais peut s'appuyer sur son armée. Toutefois, aucune armée, quelle que soit sa puissance, ne fait reculer durablement le terrorisme dans sa détermination.

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Date de parution 01 août 2014
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EAN13 9782336354484
Langue Français

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ISBN : 978-2-343-04132-2
18 €

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Léon KOUNGOU

BOKO HARAM
Le Cameroun à l’épreuve des menaces







Boko Haram


Le Cameroun à l’épreuve des menaces
















Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions

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afropéenne, 2014.
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Tchad, 2014.
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économique en Afrique, 2014.
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de la RD Congo (août-septembre 1998), 2014.
Nuah M. MAKUNGU MASUDI,Economie mondialisée,
coopératives délaissées, 2014.
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les écoles catholiques de Bukavu (R. D. Congo), Volume 1 et 2,2014.
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sorcellerie, 2014.
Alexis TOBANGUI,Défense deuxième chance et la socialisation des
jeunes en difficulté, 2014.
Hermine MATARI,Les instituteurs dans la société gabonaise, 2014.
Noël Christian-Bernard OBIANG NNANG,Les empereurs romains
e e
en Afrique du Nord. Les grandes réformes du IIau IIIsiècle
ap. J.-C.,2014.
Pierre KIPRÉ,Cultures et identités nationales en Afrique de l’Ouest.
LeDaàdans la société béninoise d’hier à demain, 2014.
Edouard Epiphane YOGO,Etat fragile et sécurité humaine au sud du
Sahara, 2014.
Wendpanga Jacob YOUGBARÉ,Méthodes d’aide à la décision
appliquées pour le développement au Burkina Faso. La méthodologie
Data Envelopment Analysis (DEA), 2014.
Pierre KOULODJI, Vatican II et la parenté responsable. Histoire et
analyse deGaudium et spes50,2, 2014.
Lucien PAMBOU,?La mondialisation, une chance pour l’Afrique
Les Afriques noires francophones de l’ouest et du centre: sujets
d’hier, acteurs de demain, 2014.
Daniel Isaac ITOUA,Instruments de musique traditionnelle des
Mbôsi du Congo, 2014.
Pascasie Minani PASSY,Femmes en politique au Burundi. Leur
nombre, leur influence ?,2014.

Léon KOUNGOU





Boko Haram

Le Cameroun à l’épreuve des menaces





































© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04132-2
78234304
EAN : 91322

Sommaire

Introduction générale..............................................................9

Partie 1.Penser la sécurité sous Boko Haram......................21

Chapitre 1. Des leçons de la société nigériane .................27

Section I.Bâtir la paix dans la diversité .......................32

Section II. Faire obstacle à la sécuritisation .................39

Chapitre 2. Du rapport des populations à l’État ...............47

Section I. Relais de l’État et pouvoir de mobilisation ..50

Section II. Contreparties du pouvoir de mobilisation...54

Partie 2. Etat des partenariats...............................................59

Chapitre 3. France/Cameroun : un partenariat flexible ....65

Section I. Axes traditionnels de coopération ................68

Section II. Un partenariat à la croisée des chemins ......75

Chapitre 4. L’apport de l’Union africaine ........................85

Section I. Attributs de puissance, et projection de paix87

Section II. Commission et mobilisation du continent...98

Partie 3.Réponses de l’État aux défis sécuritaires ............105

Chapitre 5. Réponses sécuritaires sur l’hinterland .........113

Section I.De la coopération horizontale.....................116

Section II.Plus-value de la coopération .....................119

Chapitre 6. Réponses sécuritaires sur la façade maritime
........................................................................................129

Section I.Des initiatives de sécurité lointaines ..........132

Section II. Les actes de Yaoundé................................137

Partie 4.La communauté camerounaise du renseignement
(CCR)..................................................................................143

Chapitre 7. Défis du renseignement à l’échelle interne..147

Section I.Les chantiers de restructuration..................149

Section II.De la mutation des tâches..........................155

Chapitre 8. Défis du renseignement à l’échelle externe.161

Section I.Points focaux des réformes nécessaires......164

Section II.De la coordination de la CCR ...................167

Conclusion générale ...........................................................169

Bibliographie ......................................................................179

7


Introduction générale

Situé dans un complexe régional de sécurité (Afrique de l’ouest,
et du centre), comme d’autres pays d’Afrique subsaharienne, le
Cameroun est exposé à des externalités sur le plan sécuritaire. La
République centrafricaine, ravagée par la guerre civile, voit le
démantèlement des fondements de l’État. Ce qui met en péril la
paix et la sécurité dans la Région de l’Est-Cameroun, avec des
répercutions sur la stabilité du pays, tant sur le plan politique
qu’économique. Des groupes armés font des incursions dans le
territoire, et se livrent à des actes de violence sur les personnes et
les biens. A côté de cette menace plus conventionnelle, apparaît
désormais une autre provenant du Nigeria, moins cernable sous
l’appellation de BOKO HARAM, et identifiée par la communauté
internationale comme un mouvement terroriste. Jadis caractérisé
par des attaques portées sur les symboles de l’État, et aux
populations de croyance chrétienne et musulmane modérée ; depuis
2009, Boko Haram a changé de paradigme. Les actions menées par
la nébuleuse sont de plus en plus audacieuses, criminelles, et
installent une sinistrose à l’échelle des trois régions du Grand
Nord-Cameroun, frontalières au Nigeria et majoritairement
musulmanes. Dès lors, le gouvernement manifeste la volonté de
définir un cadrage stratégique intégré de lutte contre les
terrorismes.
Le 17 mai 2014, invité à Paris dans le cadre du sommet pour la
sécurité au Nigeria, le président Biya, prenant la parole a dit:
« Noussommes ici pour déclarer la guerre à Boko Haram». Par
cette déclaration, Paul Biya, engageait le Cameroun dans une
1
guerre oùl’ennemi est un inconnu - une nébuleuse ; « une étrange
guerre sans guerre», avait dit le philosophe Jacques Derrida au


1
La déclaration de guerre de Paris demeure un discours sans onction
institutionnelle. Le Parlement n’a pas été saisi.
9

sujet de la mobilisation contre le terrorisme, après le 11 septembre
2001. À travers cette déclaration de guerre, on note un changement
de posture du chef de l’État camerounais, lui qui, d’habitude
affiche un pacifisme porté vers la négociation et la paix, face à la
menace aux frontières, a décidé de mettre en alerte les forces
armées.y voir, compte tenu du contexte, un changement Peut-on
de culture stratégique ?
Au Cameroun, face à une menace interne, le gouvernement
déploie la stratégie de type «réaliste dur». Il s’agit d’utiliser les
forces de troisième catégorie, c’est-à-dire l’armée, dans des
missions relevant du maintien de l’ordre public. On parle de
maintien de l’ordre renforcé. Ce fut le cas dans la lutte contre la
2
rébellion (1955-1971).C’est le cas dans la lutte contre le grand
banditisme transfrontalier et les irrédentismes. Pour cette dernière
catégorie de menaces, des forces ad hocs, dites de quatrième
3
catégorie (forces spéciales ) ont été créées. Dans cette démarche,
l’État opte pour une confiance absolue en l’usage de la force. Il
penche pour une stratégie de type offensif, c’est-à-dire réaliste. À
l’opposé, se situe une stratégie de type idéaliste favorisant
4
l’accommodation et la négociation diplomatique . Les négociations
5
sur Bakassiavant la phase active du conflit, dès décembre 1993,
en constituent une illustration. Des négociations
politicodiplomatiques avaient souvent réuni les gouvernants camerounais

2
La rébellion est menée par l’Union des populations du Cameroun (UPC),
mouvement réclamant l’indépendance du territoire à partir de 1948. Le conflit
éclate en mai 1955 par des émeutes dans les grandes villes. Sévèrement réprimées,
elles poussent les militants de l’UPC à prendre le chemin de la clandestinité.
3
Ils’agit notamment des Bataillons d’Intervention Rapide (BIR) de l’armée, le
Groupement Polyvalent d’Intervention de la gendarmerie (GPIG), le Groupement
Spécial d’Opération (GSO) de la sûreté nationale.
4
Iain Alastair JOHNSTON, « Cultural Realism and Strategy in Maoist China », in
P. J.Katzenstein (ed),The Culture of National Security: Norms and Identity in
World Politics,New York, Columbia University Press, 1996,p. 224.
5 2
Bakassiest un territoire de 1000 kmsitué à la frontière entre le Nigeria et le
Cameroun. Il a fait l’objet d’un contentieux entre les deux pays dès 1993. Un
jugement de la Cour internationale de justice de La Haye, rendu le 10 octobre
2002, reconnaît la souveraineté du Cameroun sur le territoire.
10

et nigérians à propos de la péninsule querellée. Autres exemples,
les crises récurrentes opposant le Cameroun à la Guinée
équatoriale sur la gestion des flux migratoires, auxquelles se
greffent des tensions sur une délimitation de la frontière maritime
entre les deux pays ont souvent été apaisées par des voies
diplomatiques. Le but de la théorie idéaliste étant la paix, la guerre
de Bakassi est apparue comme un échec de la philosophie
camerounaise. Cependant, cette guerre vient également affirmer
que l’idéalisme camerounais ne saurait s’apparenter au pacifisme
sous le prisme de la non-violence, c’est-à-dire le rejet de tout
recours à la force. Dans cette appréhension, il est difficile de ne pas
voir dans le pacifisme, une forme d’antimilitarisme transposée à la
vie de tous les jours. Le Cameroun comme la plupart des États qui
partagent les thèses des théories idéalistes en relations
internationales ne professe pas l’antimilitarisme - perçu comme un
6
rejet volontaire et structuré du militarisme; encore moins le
militarisme en lui-même - perçu comme une idéologie politique, ou
du moins un courant de pensée qui prône la primauté de la force
militaire dans les relations interétatiques et dans l’organisation
intraétatique. Toutefois, en cas de menaces graves sur ses intérêts
vitaux, le Cameroun se réserve le droit de recourir aux forces de
troisième et de quatrième catégorie pour défendre sa souveraineté.
Dans la gestion des crises, le pays accorde donc la première
place à l’écoute et au dialogue, et préfère ne recourir à la force
qu’en dernière extrémité - une fois épuisées toutes les autres
solutions possibles. Les sources institutionnelles des
prédispositions nationales ne sont consignées dans aucun document
officiel. Les décrets, les lois et les accords gouvernementaux
s’attèlent non seulement à préciser l’organisation et le
fonctionnement institutionnel, mais également à fournir des
orientations sur certains choix. Ces différents textes ont pour but


6
MarcANGENOT,idéologie et utopieAntimilitarisme :, Québec, Presses de
l’Université Laval, 2003.
11

d’assurer la légalité des décisions prises.La déclaration de guerre
du 17 mai 2014 implique un cadrage focalisé sur une analyse
systémique adéquate. Une telle analyse a pour avantage d’impulser
l’intelligence de situation. Et par conséquent, de gagner du temps
par rapport à la menace clairement identifiée. À dire vrai, les textes
constituent une variable négligeable lorsqu’il s’agit de spécifier
l’influence des sources institutionnelles des prédispositions
7
nationales sur une décision relative à la sécurité . En principe, le
président de la République - chef suprême des forces armées - juge
de l’opportunité des décisions en matière de défense et de sécurité.
Compte tenu de ces considérations, la culture stratégique peut être
un concept large. Il se réfère aux traditions d’une nation, à ses
valeurs, attitudes, modèles de comportement, habitudes, symboles,
réalisations et formes particulières d’adaptation à l’environnement,
ainsi que de résolution des problèmes au regard de la menace ou de
8
l’usage de la force. Àce jour, indépendamment de l’espace, la
lutte efficace contre les terrorismes adjoint, missions de maintien
de l’ordre public, et missions de défense proprement dite (faire la
guerre). Ainsi, on ne peut procéder à un cloisonnement étanche
entre lesnotions de défense et de sécurité. Dissocier les missions
de défense et de sécurité, dans un contexte de lutte contre les
terrorismes, nous semble contestable. D’ailleurs, l’articulation de
ces missions présente une confusion des moyens mis à
contribution. L’interopérabilité des forces et leur visibilité dans
l’espace public, est par exemple une réponse dissuasive face à la
menace des terrorismes.
Cependant, force est de souligner qu’aucune armée, fut-elle sa
puissance, ne fait reculer durablement les acteurs du terrorisme
dans leur détermination. Par contre, la lutte contre les inégalités,
des partenariats fiables, le dialogue national, un renseignement

7
ThierryBALZACQ, «Qu’est-ce que la sécurité nationale? »,La revue
internationale et stratégique,n° 52, hiver 2003-2004, p. 48.
8
Keith KRAUSE (éd.),Culture and Security: Multilateralism, Arms Control and
Security Building, Londres, F. Cass, 1999, p. 21.
12

adéquat, eux, restent à ce jour, des armes redoutables contre les
différentes formes de terrorisme. Politiques, stratèges, et autres
leaders d’opinion ne peuvent s’éloigner de cette réalité, au risque
de conduire leur peuple vers une violence perpétuelle. Telle est en
filigrane l’épine dorsale de ce livre. Autrement dit, après les
attentats du 11 septembre 2001 à New York aux Etats-Unis (soit
2997 morts), et la promesse faite par Oussama Ben Laden, alors
leader d’Al-Qaïda, à savoir que « la nation américaine ne connaîtra
plus jamais la paix», ce n’est pas la projection de milliers de
soldats (60000 soldatsUS, et 30000 alliés) en Afghanistan,
encore moins les tonnes de bombes déversées dans des zones
montagneuses proches de la frontière pakistanaise - refuges
supposés des Talibans-, qui ont permis aux Etats-Unis de ne pas
connaître l’apocalypse annoncée. Mais certainement, c’est le
renforcement de la coopération en matière d’échange
d’informations et de renseignements, l’adaptation de la législation
à la conjoncture, et la multiplication des patrouilles mixtes à des
fins de dissuasion, qui permettent de restreindre efficacement
l’orchestration des actes de terrorisme dans le monde occidental.
Fait nouveau, pour une première fois, la communauté
internationale a posé la question du pourquoi. Dans un contexte de
realpolitik, cette question permet de s’épancher sur les
préoccupations qui n’intéressent que de manière accessoire les
relations entre certains États au sommet: le respect des droits de
l’homme, la répartition équitable des ressources, la protection des
minorités, le respect des cultures, etc.
Sur le plan militaire, contrairement à certains de ses voisins, le
Cameroun présente des atouts. Depuis 2001, la réforme de la
défense et de la sécurité a connu une accélération. Celle-ci s’appuie
sur trois piliers: la professionnalisation, le rajeunissement, et
l’équipement des forces. Sommairement, les recrutements dans
différentes armes obéissent à une logique de poste. L’armée
recrute, en partie, des personnes détenant l’expertise dont elle a
besoin. Cependant, la vie dans les armes implique des formations
13

permanentes. L’équipement des forces est une entreprise
permanente qui se greffe à l’évolution de l’environnement
immédiat des menaces. Pour accomplir des missions de plus en
plus complexes sur le terrain, l’institution militaire est portée vers
le jeunisme.
Dans l’ensemble, le processus des réformes présente des
avancées significatives. On observe le passage d’une armée des
9
habitudes de défense- forméepour mener la guerre aux
frontières -,à une armée des besoins de sécurité - apte à contenir
les menaces sans cesse fluctuantes. En fait, la menace évolue au
même rythme que les moyens de protection de l’État. Reste
néanmoins quelques questionnements, notamment sur la capacité
opérationnelle des forces. Il s’agit de la faculté à produire un effet
opérationnel par la combinaison appropriée de trois éléments : des
systèmes d’armes, des hommes pour les servir, et une doctrine (un
10
mode d’emploi) pour les utiliser efficacement . La création
eme
d’unités spéciales (forces de 4catégorie), à l’instar des
Bataillons d’Intervention Rapides (BIR) en 1999, constitue un
début de réponse à la capacité opérationnelle, tout comme elle
témoigne du changement de modèle d’organisation armée.
Dans l’espace francophone subsaharien, à l’ère de la lutte tout
azimut contre les terrorismes, le Cameroun ne fait-il pas preuve
d’arrogance ?Fier de sa souveraineté, le pays n’héberge aucune
base militaire étrangère. Lesquels dispositifs, à dire vrai, des
partenariats stratégiques, peuvent constituer des mécanismes
efficaces de dissuasion à moindre coût, parce que diligentés et
financés par des puissances militaires occidentales. Peut-on y voir
un handicap du Cameroun par rapport aux autres États de la
région ?Dans le complexe régional de sécurité constitué par

9
Peter. J.KATZENSTEIN (ed.),The Culture of National Security: Norms and
Identity in World Politics,New York, Columbia University Press, 1996.
10
Cf.Colonel Patrice PAULET, EMAT/Bureau conception des systèmes de
forces, «Les capacités opérationnelles actuelles», In Pierre Pascallon (dir.),
e
L’armée de terre : les armées françaises à l’aube du XXIsiècle.Tome III, Paris,
L’Harmattan, 2004.
14

l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le Nigeria, tout comme le
Cameroun, n’abrite pas de base militaire étrangère. Or, la lutte
contre les violences nécessite, aussi, l’utilisation d’outils de haute
technologie (drones, avions de chasse, hélicoptères de combat,
etc.), efficaces du point de vue de la dissuasion. On observe
qu’avec la montée du terrorisme, la zone sahélo-saharienne devient
la priorité de l’armée française - une aubaine pour de nombreux
Etats fragiles.
L’état-major français a élaboré une nouvelle organisation à
l’échelle régionale. Certains États approuvent l’initiative, et
mettent à contribution leur territoire. Au cœur du dispositif
français, soit 3000 hommes, N’Djamena (Tchad) fait office de
Quartier Général. Il y avait auparavant 950 hommes au Tchad dans
le cadre de l’opération Épervier ; désormais ils seront 1200. Les
autres pôles principaux sont à Gao (soit 1000 hommes destinés à
rester au Mali). À Ouagadougou (Burkina-Faso), stationnent les
forces spéciales. Niamey (Niger) est l’épicentre du renseignement,
et port d’attache des drones. En outre, la France a projeté
l’implantation de bases avancées, susceptibles d’être activées à tout
moment à Tessalit (Extrême-Nord du Mali), à Madama (frontière
nigéro-libyenne), à Zouar et à Abéché (nord du Tchad). Abidjan
(Côte d’Ivoire), soit 450 soldats français, abrite la base logistique.
Il convient de relever quelques initiatives locales, notamment au
Cameroun. En 2005, le président Biya avait créé le Centre
antiterroriste de Limbé (CAT). En février 2013, à Rey Bouba
(NordCameroun), un programme d’instruction dénommé «Silent
Warrior »,avait été focalisé sur les méthodes de lutte
antiterroristes. L’exercice binational avait permis le partage
d’expériences entre 32 militaires américains des forces spéciales, et
quelques 70 militaires camerounais issus essentiellement des rangs
e
du 3BIR de Bamenda, et du Centre anti-terroriste de Limbé.
Qu’en est-il du partenariat bilatéral du point de vue horizontal ?
Depuis 2013 et l’enlèvement de la famille Moulin-Fournier, le
septentrion du Cameroun, à l’instar du Nigeria, vit sous la
15

psychose de la menace terroriste. Toutefois, il convient d’opérer
une nuance fondamentale entre le grand banditisme transfrontalier,
et la menace du terrorisme. Le grand banditisme transfrontalier est
cyclique. Il sévit de manière épisodique, notamment le long des
frontières camerouno-centrafricaines et camerouno-tchadiennes, la
façade maritime, et les grandes villes. Facilité par la porosité des
frontières, la circulation d’armes légères, et des manquements à la
gouvernance politico-économique. Ses soutiens se recrutent dans
toutes les sphères de la société. La création des unités nouvelles et
des forces d’élite, dont le Groupement Spécial d’Opération au sein
de la Police (GSO), le Groupement Polyvalent d’Intervention de la
Gendarmerie (GPIG), et les Bataillons d’Intervention Rapide (BIR)
au sein de l’armée de terre, est une réponse appropriée, mais
partielle à cette menace. Le recul du phénomène des coupeurs de
route dans les régions du septentrion, et de la piraterie dans la
façade maritime, est à mettre à l’actif des BIR - dénommés blacks
commandos le long de la frontière nigériane et dans la zone
maritime.
Du point de vue de l’action militaire (niveau opératif et
tactique), au Cameroun, la lutte contre les terrorismes est une
nouveauté. Même si, faut-il le relever, au niveau stratégique, le
discours politique a toujours incité à des missions de veille. En
effet, le pays n’a jamais été totalement à l’abri des menaces et ce,
au regard des intérêts occidentaux qui pourraient être visés. Sur le
plan stratégique, la montée en puissance du Boko Haram sur le
territoire, à travers des opérations d’enlèvements de ressortissants
étrangers, implique le passage de simples missions de veille à des
missions opérationnelles. Ce repositionnement nécessite une
intelligence de situation qui peut générer une période de
flottements voire d’hésitations. Dès lors, l’attitude de Yaoundé,
jugée d’attentisme et d’accommodant face au terrorisme, exaspère
des Etats voisins, dont le Nigeria.
Des soupçons de libérations d’otages par le versement des
rançons (famille Tanguy Moulin-Fournier en avril 2013, et le père
16

Georges Vandenbeusch en décembre 2013) pèsent sur le
Cameroun. En outre, Yaoundé a toujours refusé le droit de
poursuite sur son territoire à l’armée nigériane. Pour Abuja, hostile
à toute négociation avec Boko Haram, les versements de rançons
constituent une manière voilée de financer le mouvement. Les
fonds permettent à Boko Haram d’accroître sa capacité de
nuisance, notamment par le recrutement de nouveaux combattants,
et l’achat d’armes. Lors du sommet de Paris, le 17 mai 2014, les
experts accompagnant Jonathan Goodluck, le président nigérian,
l’ont indiqué pour démontrer comment le Cameroun fait le jeu du
Boko Haram. À travers le refus de poursuite sur son territoire, le
Cameroun servirait de base arrière aux djihadistes. Le partenariat
bilatéral entre le Cameroun et le Nigeria, en matière de lutte contre
les terrorismes, reste à consolider. Le sommet de Paris, quant à lui,
a permis de poser les bases d’un partenariat multinational. Face à
l’urgence sécuritaire anti-terroriste, le gouvernement est sorti de sa
posture d’attentisme. L’action globale de l’État camerounais est
orientée sur la maîtrise souveraine des enjeux sécuritaires liés à la
menace.
Aux allégations d’hésitations du Cameroun, on oppose la
stratégie inappropriée du Nigeria, incapable de se réajuster depuis
2011 pour atteindre l’efficacité nécessaire. Adepte de la théorie de
11
Warden ,la stratégie générale militaire avait parié que la mort de


11
La théorie de Warden ou théorie des cinq cercles est une stratégie d’attaque
établie par John A. Warden III, colonel de l’US Air Force. Il est l’un des
concepteurs de la stratégie de bombardement stratégique de la Coalition durant la
guerre du Golfe, et développée depuis la fin des années 1980. Elle est basée sur la
considération que « l’ennemi est un système » constitué de cinq cercles (ou cinq
anneaux) concentriques.
er
• 1 cercle: le commandement.
e
• 2 cercle: les éléments organiques essentiels (production d’énergie,
fourniture de carburant, approvisionnement en nourriture et finances).
e
• : l’infrastructure, principalement les structures de3 cercle
communication physiques (routes, ports et aéroports).
e
• 4 cercle: la population (qui assure la protection et le soutien des
dirigeants).
17