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Centrafrique, un vrai-faux départ

De
260 pages
Le Centrafrique, blotti au cœur de l'Afrique, est un condensé de contradictions, de mauvais choix, d'arrimage malsain et d'instabilité permanente. Au lendemain du coup d'État du 24 mars 2013 qui a plongé le pays dans un chaos sans précédent, celui-ci s'est engagé à se doter d'une nouvelle constitution, une de plus qui s'ajoute à la production exceptionnellement riche en ce demi-siècle. Celle-ci a fini par être un échec, tant dans sa démarche, sa conception que par son contenu. Ignorant l'histoire, la sociologie et les besoins réels de son peuple, la tentative a été donc loin d'assurer au pays les conditions viables d'un décollage effectif.
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Rigo-Beyah PARSE
CENTRAFRIQUE, UN VRAI-FAUX DÉPART
Cas atypique d’un mal africain
CENTRAFRIQUE,
Le Centrafrique, blotti au cœur de l’Afrique, est à l’image des
autres pays de ce continent, un condensé de contradictions, de UN VRAI-FAUX DÉPARTmauvais choix, d’arrimage malsain et d’instabilité permanente. Le
résultat de ce mélange détonant est un échec sur tous les plans.
Cas atypique d’un mal africainAu lendemain du coup d’Etat du 24 mars 2013 qui a plongé le
pays dans un chaos sans précédent, celui-ci s’est engagé à se doter
d’une nouvelle constitution, une de plus qui s’ajoute à la production
exceptionnellement riche en un demi-siècle. Plus de huit constitutions
et plus de vingt actes et lois constitutionnels.
Dans un contexte pouvant se retrouver, à quelque chose près,
dans d’autres anciennes colonies françaises, la constitution a ni
par être un échec, tant dans sa démarche, sa conception que par
son contenu. Ignorant l’histoire, la sociologie et les besoins réels
de son peuple, la stratégie et la vision à long terme du pays qui ne
peuvent se dé nir en dehors du reste du continent, la tentative a
été donc loin d’assurer au pays les conditions viables d’un décollage
e ectif.
Rigo-Beyah PARSE est Avocat inscrit au Barreau de la République
centrafricaine. Il est actuellement doctorant à l’Université Paris 1
Panthéon Sorbonne. Auteur pluridisciplinaire, Centrafrique, un
vraifaux départ est son premier essai publié.
Photo de couverture : Abed-Nego Ndjama, Agence
AZARIA 67, 2014.
Illustration : Jalka Studio.
ISBN : 978-2-343-10879-7
27 €
CENTRAFRIQUE, UN VRAI-FAUX DÉPART
Rigo-Beyah PARSE
Cas atypique d’un mal africain





Centrafrique, un vrai-faux départ

Rigo-Beyah PARSE









CENTRAFRIQUE,
UN VRAI-FAUX DEPART
Cas atypique d’un mal africain













L’Harmattan

































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-10879-7
EAN : 9782343108797








SOMMAIRE
____________________________________________________________

Dédicace ........................................................................................ 7
Remerciements .............................................................................. 9
Prologue ................................... 13
Introduction ................................................................................... 19
Chapitre I : Qu’est-ce qui nous fait courir tant ? ........................... 33
Chapitre II : Où sont nos valeurs ? ................................................ 49
Chapitre III : Le type de régime politique
et l’équilibre des pouvoirs ...................................79
Chapitre IV : Ceux qui nous gouvernent ....................................... 101
Chapitre V : La fonction de faire des lois ...................................... 129 VI : Juger au nom du peuple ........................................... 161
Chapitre VII : Les perspectives mal négociées. ............................ .189
Conclusion ..................................................................................... .243
Bibliographie ................................................................................. .247


















A

Toi, mon cher Père Gédéon Roland PARSE,
Parti avant la parution de ce travail auquel tu as
contribué,
Jamais je n’oublierai ta confiance et la direction
donnée.
Repose en paix.
Maître Jean Louis OPALEGNA qui m’a mis les pieds
à l’étrier pour ce travail ;

Toutes ces nations dont les filles et fils aspirent tant à
vivre en paix et à jouir de leur dignité.















REMERCIEMENTS
_______________________________________________________

Si le travail d’écriture vient de l’auteur que je suis, sur une idée
inspirée, ce produit final est en réalité le fruit d’une riche collaboration
et de contributions significatives de plusieurs personnes que je ne
pourrais toutes citer.
Qu’il me soit permis toutefois de remercier quelques-unes.
Je pense à M. Alex Vincenty NABONA pour les lectures
conseillées qui m’ont donné un autre aperçu de ce monde si complexe.
Pour l’aide dans diverses tâches de secrétariat, je remercie
particulièrement, Mlle Flore Odile BOUTANDE et M. Jérémie
KOLOMBAYE.
Je tiens par ailleurs à exprimer mes vifs remerciements à l’endroit
de ceux qui ont lu le manuscrit et ont manifesté un intérêt pour les
idées développées, me contredisant parfois sur certains points. Puisse
ce travail refléter nos aspirations profondes.
Je ne saurai oublier toutes les personnes de bonne volonté qui ont
accepté de me recevoir et de s’entretenir avec moi sur les différentes
préoccupations exposées. Si certains de mes développements ne
reflètent pas leur position, qu’elles veuillent bien m’en excuser.
Mes remerciements s’adressent aussi au couple francilien Rachel et
Francis LINGBIMA. Puisse le Miséricordieux le leur rendre et leur
1donner une autre perception de ce beau pays qu’est le Centrafrique !

1 Il y a un double débat sur l’appellation du pays et sur l’opportunité de maintenir
9














son nom actuel.
En effet, sur le premier aspect du débat, le Centrafrique est parfois et souvent
appelé la Centrafrique et je préfère de loin la première appellation qui est
formulée au masculin et contenue dans le cinquième vers de l’Hymne national, la
Renaissance dont l’auteur BOGANDA, premier abbé consacré de son pays, est
un latiniste maniant avec dextérité le français.
Le second volet du débat renvoie au projet fédérateur du Président
Barthélémy BOGANDA qui militait pour la création d’un vaste Etat fédéral
d’Afrique latine en partant des colonies de l’Afrique équatoriale française pour
englober d’autres pays tels l’actuel Congo démocratique, l’Angola, le Burundi, le
Rwanda, etc. Le projet étant voué à l’échec face aux particularismes de ses pairs
de l’époque qui ont choisi d’aller à l’indépendance en ordre dispersé, il a baptisé
tout de même le pays République centrafricaine, dans l’espoir de continuer à
œuvrer au succès du fédéralisme. Fauché par la mort en 1959, l’idée sera
enterrée. D’où la discussion sur le changement de ce nom qui ne cadrerait plus
avec les réalités aujourd’hui et ne traduirait rien de concret.
Le débat de changement d'appellation de pays, encore appelé débaptisation,
est aujourd'hui généralisé et soulève au fond la question de l'identité propre de
plusieurs pays africains portant encore leur nom « colonial » avec la référence
souvent faite à des fleuves, à la géographie ou aux richesses naturelles (or,
crevettes...).
10













Il y’a crise d’une société donnée, d’une communauté donnée,
lorsque celle-ci en arrive à une situation de blocage dans tous ses
compartiments... Les phénomènes de crise sont donc des situations
tout à fait exceptionnelles de blocage généralisé, des situations à
partir desquelles les communautés concernées peuvent régresser
irrémédiablement ou, au contraire, accomplir le saut qualitatif
susceptible de modifier en profondeur leur configuration ».
2Jean-Paul NGOUPANDE







2 Jean-Paul NGOUPANDE, Les racines historiques et culturelles de la crise
africaine, AD Édition & Ed. du Pharaon, Abidjan 1994, p. 10.
11










PROLOGUE
____________________________________________________________

Depuis la première constitution que le Président fondateur
Barthélémy BOGANDA a léguée en 1959 à la nouvelle République
centrafricaine, avant l’accession officielle à la « souveraineté
internationale », le pays a compté en un demi-siècle plus de huit (8)
constitutions et plus de vingt (20) actes et lois constitutionnels. Cette
course effrénée du tout politique a fini par produire un « riche »
patrimoine constitutionnel résultant des renversements de régimes
répétés ou d’aménagements circonstanciels de pouvoirs. Il s’en suit
que différents types de régime politique et formes d’organisation du
pouvoir et des institutions ont été essayés, sans aucun résultat concret
et bénéfique pour le pays.
Au rythme des bégaiements de l’histoire, l’on peut estimer que le
Centrafrique n’a pas évolué dans le processus d’instauration d’une
démocratie viable, de construction d’une stabilité pérenne, véritable
3gage de « développement ». Je demeure convaincu qu’après
inventaire et analyse des différentes lois fondamentales et des
institutions mises en place, le pays n’a joui des conditions et structures
supposées garantir la paix, la sécurité et impulser en conséquence son
« développement ».
Ceci étant, j’invite mes compatriotes à se poser les questions
suivantes. Et elles sont capitales, obligeant a priori à se mettre tous
d’accord. Examinons-les ensemble avant de continuer: d’où vient
4exactement le mal centrafricain ? Pourquoi cette fièvre

3 Le sens de ce mot suscite une autre controverse que je suis avec intérêt. Le
développement tel que conçu depuis des dizaines d’années en Afrique est-il sain
et neutre, donc se concevant comme la conséquence d’une évolution ou est-il
plutôt porteur d’une vision plus sournoise et passant pour être un objectif à
atteindre, ce à quoi nombre d’intellectuels ont adhéré sans recul ?
4 Les autres pays africains en général et francophones en particulier peuvent
contextualiser ces questionnements et donner libre cours à leurs analyses, car à
quelque chose près, les situations sont les mêmes, d’où le retard considérable de
13







constitutionnelle qui ne guérit pas ? Comment, par cet exercice,
n’arrivons-nous pas à nous surpasser, à trouver le bon terreau politique
nous permettant ainsi d’aller au-delà des questions vénielles qui nous
5 divisent tant et poser les fondements de nos sociétés en accord avec la
culture, l'histoire et notre vision ? Est-il donc normal de toujours
placer en avant les intérêts catégoriels et souvent étrangers aux
préoccupations largement partagées au sein de la nation ? Pourquoi ne
6parvenons-nous pas à exploiter les énormes potentialités et les
opportunités que nous avons, continuant à piétiner sans honte, sinon à
régresser sous prétexte de processus démocratique ?
7En effet, le pays va mal, trop mal et il ne serait pas prétentieux de
ma part d’affirmer qu’il est grand temps de repenser autrement les
fondements de notre société et nos institutions pour les adapter à nos
besoins et aux objectifs que nous voudrions désormais atteindre.
8Le concours forcé des circonstances , bien que douloureuses, a
pourtant ouvert des perspectives pour juguler de manière efficace et
durable la crise multidimensionnelle dans laquelle le pays a sombré.

l’Afrique. Je n’oublie pas dans ces développements, le cas des pays caribéens tel
Haïti dont l’un des anciens présidents, en la personne de Bertrand Aristide avait
été débarqué en février 2004 avant le terme de son mandat et Bangui, la capitale
du Centrafrique l'a accueilli après livraison par des « forces américaines ». Ce,
avant de continuer en Afrique du sud, quelques mois plus tard.
5 La réflexion transposée à l’échelle continentale, fait voir que la quasi-totalité des
« États divisés » africains lutte contre la division en interne et n’a point le temps
de se préoccuper de la division héritée du phénomène colonial et qui menace
dangereusement la survie de ces États.
6 La RCA est un pays qui dispose d’un territoire de 623 000 km² mais très peu
peuplé, avec 4 habitants environ par km². Avec une bonne pluviométrie, la
qualité du sol donnant plus de 11 millions d’hectares de terres cultivables dont
seulement 600.000 seraient exploitées. Cette situation est identique dans
l’ensemble des pays africains dotés de plusieurs atouts et traînant
malheureusement un lot incalculable de tares.
7 Répondant à RFI à propos du cinquantenaire de la proclamation de la
République Centrafricaine en 2010, l’abbé NGOUÏ AKANDJI, un des témoins
de l’événement a retourné la question en se demandant : « Que fêtons-nous
finalement ? Oui, que fêtons-nous après cinquante ans ? Notre indépendance ?
Le maintien des relations semi coloniales avec la France ? La régression de notre
pays ? ». Lire « Où va la RCA ? 50 ans d’indépendance ou d’indigence
politique ? », Journal Le Patriote n° 122 du 04 au 07 septembre 2010, p. 2.
8 Je fais allusion à la rébellion Séléka qui a occupé le nord du territoire avant de
14







Il s’est trouvé hélas, que le rendez-vous avec le progrès qui était
tant espéré n’a pas eu lieu sur plusieurs points, une transition
inefficace, un forum de réconciliation de façade, une constitution
ayant reproduit le schéma de faillite et des élections ne pouvant
9satisfaire les attentes . C’est ainsi que, prenant appui sur le processus
ayant conduit à la nouvelle constitution de la République
centrafricaine puis les élections organisées, j’ai intitulé ces réflexions
« Centrafrique, un vrai-faux départ. Cas atypique d’un mal africain».
Et l’on découvrira au fil des développements que ce mal, loin d’être
exclusivement centrafricain, constitue largement le lot des pays
africains.
Comme fil conducteur, j’ai pris prétexte de l’initiative des
dirigeants de fait, au lendemain du coup d’État du 24 mars 2013, de
10doter le pays d’une nouvelle constitution pour me lancer dans un
vaste questionnement citoyen sous un angle intégrant les données
juridiques, politiques, sociologiques et historiques propres à notre
pays, mais pouvant se retrouver vraisemblablement dans un autre pays
africain. L’intérêt ainsi manifesté entend s’affranchir de tout
enfermement de disciplines pour aborder, sans fard ni ajournement, les
problèmes qui minent notre société.

prendre le pouvoir en mars 2013 et la guerre civile de décembre de la même
année qui s’en est suivie et perdure encore, sans issue véritable.
9 Les élections sont perçues sous nos cieux comme un critère indispensable de la
démocratie, donc d'un « développement » automatique. Ceci étant, nous n’avions
jamais fait un travail sérieux de mesurage du réel avantage ou des gâchis de ce
système artificiel depuis les années 90. Et à chaque fois, la population déchante
et on reprend le même schéma sans une réflexion adéquate, ne nous contentant
que du superficiel : haro sur les fraudes ou contestation, gestion clanique ou
gouvernement d’union nationale, etc.
10 Dans de contextes différents et avec plus ou moins de fortune, plusieurs pays
africains ont été engagés dans les procédures de révision constitutionnelle au
cours des années 2015 et 2016.
En dehors de ceux dont la procédure est achevée, je citerai deux pays qui
viennent d'engager les consultations pour doter leur pays d'une nouvelle
constitution. Il s'agit du Bénin et de la Côte d'Ivoire, dont respectivement le
président nouvellement élu du Bénin et son homologue ivoirien qui a renouvelé
son mandat ont engagé, avec des objectifs « ambitieux » et qui pourrait se
concrétiser en fin 2016, leur pays dans cette quête de refondation institutionnelle.
Saupoudrage, piétinement ou réelles avancées, on le saura !
15







Société dont les dirigeants et leur maîtres à penser ont à chaque fois
décidé de ne pas créer les conditions d’un vrai « contrat social » et de
ne pas retenir une constitution, de la dépouiller des dispositions ne
garantissant que les intérêts d’un homme et ne procéder qu’à des
amendements, comme cela se fait aux États-Unis depuis 1776 ou
encore en France depuis 1958 !
Je reste persuadé que cette perspective aurait fait éviter d’avoir à
chaque fois une constitution qui soit attachée à la personne d’un Chef
d’Etat qui, à l’occasion de son départ du pouvoir, souvent brutal,
disparaît avec « sa » constitution. Et avec le nouveau Président, l’on
en vient à adopter une nouvelle constitution. Cette dernière ne
garantissant d’ailleurs en rien une survie, une fois le nouvel homme
fort balayé à son tour !
Et puisqu’une fois de plus malheureusement, mes compatriotes en
11étaient venus à se chercher une nouvelle constitution , les réponses
aux différentes questions fondamentales et à l’analyse des facteurs des
différentes crises que nous avons connues devraient trouver leurs
réponses dans cette nouvelle constitution. Elle était condamnée à
refléter les aspirations profondes du peuple et servir de base
implacable au décollage du pays. Hélas !
L’histoire d’un pays se construisant par paliers, doucement, mais
résolument et avec des hommes et des femmes de conviction, j’ai foi
qu’il sera mis en exergue un jour, les nouvelles valeurs à promouvoir,
le profil des différents acteurs devant animer les trois pouvoirs que
sont l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire.
Le cadre de fonctionnement du pays pourrait être réexaminé afin
d’assurer un dosage équilibré des pouvoirs pour que chacun d’entre
eux accomplisse sa mission tout en participant de manière
complémentaire à celles des autres et dans un système qui sied à notre
« développement » !

11 Cette constitution a été soumise au référendum le 13 décembre 2015 et votée
avec un faible taux de participation dû à l’insécurité et à la partition de fait du
pays. Dans le schéma retenu, le référendum constitutionnel était programmé à
deux semaines avant l’organisation des élections couplées de fin décembre de la
même année. C'est le 30 mars 2016 qu'elle est entrée en vigueur.
16







Le génie des citoyens aidera aussi à trouver une voie qui est bien
nôtre et en parfaite harmonie avec nos aspirations.





17











INTRODUCTION
________________________________________________________


Dans toutes les sociétés,… l’activité de l’homme se déploie dans le
cadre d’un projet de société dont les grandes lignes se retrouvent dans
la constitution ou ce qui en tient lieu…Beaucoup de chercheurs
s’efforcent de déterminer les causes qui sont à l’origine du
piétinement des États… Rares sont ceux qui… auront cherché, du côté
de l’organisation et du fonctionnement des institutions héritées de la
période coloniale, les raisons des contre-performances de la plupart
de ces États.

12Samuel EBOUA

Dans un élan de patriotisme et de contribution à la bonne marche
de mon beau et merveilleux pays livré aux vautours et charognards de
tous poils, et de tous bords, apporter ma pierre à l’édification de la
nouvelle nation centrafricaine s’est imposé comme un impérieux
devoir.
L’occasion faisant le larron, c’est dans la foulée des discussions
autour de l’avenir du pays qui était englué dans une crise sans
précédent que l’idée a jailli en moi, servant de prétexte pour repenser,
en toute humilité cette société centrafricaine mal en point.
Il est question pour moi de susciter une réflexion globale devant
transcender toutes les considérations partisanes, les clivages
communautaires qui sont désormais à l’ordre du jour dans notre pays.
S’arrêter pour se poser les vraies questions devrait être la
préoccupation commune.

12 Interrogations sur l’Afrique noire, Ed. L’Harmattan, 1999, p. 91.
19







1- De quoi parle-t-on ?
Parler de la constitution à un centrafricain ordinaire, c’est faire
preuve d’aventure hasardeuse, car il n’en dira rien, même s’il sait que
dans sa ville il y a une forme d’organisation politique, des institutions
représentées par des hommes et des femmes, de rares services sociaux
de base qui sont gérés par l’État... Bref. La constitution ne se voit pas,
de même qu’elle ne se vit pas par les concitoyens lambda. Et c’est
normal, car même quand l’on organise le référendum d’adoption de la
loi fondamentale, le texte soumis au peuple, affiché dit-on pour qu’il
en prenne connaissance, est en langue française, donc inaccessible à
cette masse dont les suffrages seront sollicités. Or, le Centrafrique est
un pays où plus de la moitié de la population est analphabète au sens
occidental, mais pouvant lire, écrire et comprendre le Sango, dit
13abusivement, deuxième langue officielle du pays . J’en déduis qu’il
n’y a pas de volonté d’aller vers une aide à la connaissance réelle, à
une appropriation matérielle de la constitution par tout le peuple alors
que celle-ci est censée régir sa vie et la vie de son pays.
Par ailleurs, au-delà de ce constat désolant, je remarque que la
méconnaissance de la constitution n’est pas le seul lot du paysan, car
même ceux qui sont agents de l’État ou du secteur privé, n’en ont
qu’une idée brouillonne.
Et, c’est pour cela que, pêle-mêle, je voudrais demander à ceux des
compatriotes prétendument éclairés et investis du pouvoir de

13 Cette langue a connu une longue aventure sur les plans politique et juridique. En
effet, le Sango s’est vu attribuer le statut de langue nationale unique en 1964.
Une année plus tard, une Commission a été mise en place avec pour mission la
codification de l’orthographe du Sango, la rédaction de la grammaire et la
réalisation d’un dictionnaire. En 1974, il a été créé un Institut Pédagogique
National (I.P.N) chargé de préparer la réforme du système éducatif,
l’introduction du Sango dans le système scolaire et l’organisation de
l’alphabétisation fonctionnelle des adultes en Sango. Depuis lors, soit plus de
quarante ans, rien n’y a été fait. Entre temps en 1984, une ordonnance réitérait
l’idée et précisait le statut officiel du français et celui national du Sango.
Sur le plan de la constitution, c’est par celle du 14 janvier 1995 (article 17 al.
4), que le Sango acquiert le statut de langue officielle aux côtés du français. De
tout ce périple politico-juridique, le Sango restant malgré tout confiné dans son
rôle de langue vernaculaire, sans jouer véritablement de rôles officiels dans
l'administration, ni de véhicule de savoirs et de vecteur de l’identité nationale. Le
journal officiel ne paraissant guère en Sango !
20







« rédiger », d’appliquer et de faire respecter les constitutions, s’il
n’était pas possible de se poser les questions suivantes :
• Une constitution pourquoi faire, comment la concevoir en
termes de mode de « confection », de contenu et pour quel
bénéficiaire ?
• Comment, avec les institutions que nous avions eues,
avons-nous marché depuis 1958 à ce jour ?
• Quel regard voulons-nous dorénavant avoir des
institutions de notre pays ?
• Comment, quand et qui doit inspirer et contrôler la
démarche hautement citoyenne de doter le pays d’une constitution ou
de l’adapter aux besoins et intérêts réels?
• Quel type de dirigeant il faut désormais à la tête de nos
institutions, avec quel mandat et les mécanismes de contrôle ainsi que
de sanctions?
• Comment envisageons-nous le nouveau Centrafrique d’ici
à 25 ans, à 50 ans et bien au-delà, tant sur le continent que dans le
monde ?
2- Le piège de désignation d’un responsable
Je sais que nous avons l’habitude de rejeter systématiquement les
responsabilités des échecs sur les autres, nous disculpant avec aise de
toute faute. Cette démarche à la Ponce Pilate se retrouve partout dans
notre société où les gouvernés accusent les gouvernants de corrompus,
de traîtres, d’assoiffés du pouvoir, etc. Les gouvernants accusant à leur
tour les gouvernés d’être des fainéants, des voleurs, des paresseux, etc.
Il y a encore une catégorie de gouvernants et de gouvernés qui se
joignent pour accuser, à mots couverts ou avec beaucoup de
conviction ces derniers temps, la puissance colonisatrice d’être la
14cause de notre retard .

14 C’est la fameuse question de la nébuleuse « Françafrique » dont un pan
interviendra dans certains développements. Cependant, la présentation de cette
nébuleuse dont le défunt François-Xavier VERSCHAVE s’est fait le chantre, ne
s’est limitée qu’à l’aspect politico-économique, ignorant tout le pan culturel. Un
autre auteur français très prolixe, travaillant dans ce domaine, mais avec une
vision est Pierre PÉAN, très frondeur contre le fils BONGO ONDIMA dont la
filiation paternelle est remise en cause.
21







D’emblée, il y a une part de vérité dans les différentes positions,
mais soyons sérieux ! Il est clair que je n’entends guère défendre les
gouvernés, parce que j’en suis un et ne participe à aucun niveau de
responsabilité politique. Je sais que la paresse, la fainéantise et une
forme d’inconscience sont légendaires. Les larcins ou la négligence
achèvent de dépouiller par ailleurs l’administration des rares moyens
de travail.
De même, ma position n’est pas de prendre le parti des gouvernants
qui abusent des gouvernés qu’ils maintiennent volontiers dans la
souffrance, l’ignorance, l’obscurantisme et la dépendance pour mieux
les manipuler. Une fois au pouvoir, ils font du pilotage à vue, servent
des causes mal cernées, s’enrichissent avec leur proches, éliminent ou
écartent ceux qui gênent et finissent par voler plus que tous, à grande
échelle.
Je ne suis nullement et par ailleurs défenseur de la puissance
colonisatrice de qui je ne tiens que l’acquis culturel de la langue avec
tout ce qu’il véhicule, mais que je sais qu’elle a savamment planifié la
destruction du pays et des autres où elle est présente, depuis plusieurs
15siècles, par l’exploitation , le pillage, et le maintien du joug qui nous
16étranglera encore longtemps si l’on continue à vivre sous anesthésie .



15 Cf. Extrait du discours tranché du Président OBIANG NGUEMA MBASOGO,
prononcé à la Passerelle pour l’Afrique à Genève le 5 avril 2011, en sa qualité de
Président en exercice de l’Union Africaine (UA), et rapporté par M. Dominique
erCALACE de FERLUC dans Afrique Éducation n° 323 du 1 au 15 mai 2011, p.
19.
16 Je suis bien conscient de la causalité historique de la situation que nous vivons.
En dehors des nombreux documentaires existants, je puis déjà indiquer sur ce
point certains livres qui abordent la question de manière détaillée, selon des
visées et des convictions politiques différentes: «Les Affaires centrafricaines » de
Roger DELPEY, Affaires africaines de Pierre PEAN, Liberté confisquée de
Bernard DOZA, Noir silence de François-Xavier VERSCHAVE, Le Congo au
temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930 de Catherine
COQUERY-VIDROVITCH, « Main basse sur l’or de la France » de Jean
MONTALDO, Ambassadeur en Françafrique de Michel LUNVEN, L’étau,
l’Afrique dans un monde sans frontières de Aminata D. TRAORE, etc.
22








3- Se mettre au-dessus de la mêlée
Mon propos est d’inviter simplement à réfléchir, de manière
décomplexée, avec sérénité et détachement, sur l’état déliquescent et
préoccupant du Centrafrique qui s’est retrouvé malmené tant par ses
propres enfants que par les étrangers. Et chaque fois que j’aborderai le
cas, je ne manquerai point de situer les responsabilités tout en
montrant les possibilités de remédier audit cas.
Je sais par ailleurs que mes compatriotes éprouvent souvent un
sentiment de peur certaine et de résignation quand il est question de
secouer les habitudes ou un certain ordre établi. Et avec de telles
prédispositions, d’aucuns qualifieront ma démarche de révolutionnaire
et chercheront, soit à la combattre, soit à prendre du recul, soit à ne
rien endosser des idées émises, sans prendre le temps nécessaire de
soupeser les argumentations développées et les contributions
proposées afin d’en apprécier la pertinence ou la vacuité.
Tout en reconnaissant les ressorts humains d’une telle attitude dans
un pays marqué par l'acculturation et le suivisme, la répression et
l’embrigadement, je trouve que c’est rester à mi-chemin de faire un
constat et de ne pas faire de son mieux d’aider, de manière minime
fut-il.
Pour dissiper ces peurs injustifiées ou ces doutes justifiés par un
prétendu statu quo conférant des privilèges, sauf à passer ouvertement
17pour des conservateurs , je voudrais que nous revoyions ensemble les
différentes approches sémantiques suivantes au sujet du vocable
« révolution » pour nous convaincre que ce n’est nullement une
entreprise suicidaire que je propose.
4- Vers un consensus préalable
Marcel DORIGNY, Maître de conférences à l’Université de Paris
VIII qui a centré ses travaux sur les courants du libéralisme français

17 L’acteur canadien Mort SAHL en a donné une belle définition que voici : « Un
conservateur est quelqu’un qui croit en la nécessité d’une réforme. Mais pas
maintenant», Jeune Afrique L’intelligent, n° 2178 du 7 au 13 octobre 2002, page
7.
23







18au XVIIIe siècle et la Révolution française a écrit un livre dans
lequel il décrit l’évolution de la définition du mot « révolution ». C’est
cette évolution que je me fais le devoir de retracer.
En effet, l’auteur écrit que d’abord Montesquieu dans l’Esprit des
lois (1748, Livre V, Chap. 11) et Rousseau dans Emile ou de
l’éducation (1762, Livre III) ont abordé la question de la révolution
dans le sens politique avant de l’étendre à ses significations en
géométrie et en astronomie. L’idée de changement brusque et violent
entraînant un chaos ou bouleversement était présente.
Et si je ne me limitais qu’à cet aspect, les détracteurs de ma
démarche trouveront rapidement matière à réprobation. Il convient
alors de progresser dans notre quête d’éclairage sur le sens du mot
avec Marcel DORIGNY.
Ainsi, le chercheur ajoute ensuite que, vers la fin des années 1760,
selon l’Encyclopédie de Diderot de D’Alembert, la révolution
« signifie en terme de politique, un changement considérable arrivé
dans le gouvernement d’un Etat. Ce mot vient du latin revolvere,
rouler. Il n’y a point d’Etats qui n’aient pas été sujets à plus ou moins
de révolutions ». « L’usage du mot avait considérablement changé
depuis le XVIIIe siècle » Ce fut seulement avec Littré, à la fin du
XIXe siècle, que la définition prit un sens abstrait résolument positif,
pour le républicain militant qu’était l’auteur.
Selon Littré « D’une façon abstraite, la révolution (est un), système
d’opinions composées d’hostilité au passé et de recherche d’un nouvel
avenir, par opposition au système conservateur ».
Alors, à la lumière de l’élément « recherche d’un nouvel avenir »,
19avancé par l'auteur, je voudrais inviter mes lecteurs à méditer les
questions suivantes :
• Que pourrait-on raisonnablement reprocher au
Centrafrique en tant que pays dit « souverain », d’examiner son

18 Marcel DORIGNY, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques
(17731802), Ed. Belin, Paris 2004, pp 96-97.
19 Au sens pluriel de l'expression et n'induisant aucune préférence de sexe ou genre.
L'enjeu étant important que toute forme d'exclusion pour quelque raison que ce
soit est suicidaire.
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parcours depuis 1958 (date d’adoption de son nom qui a cours encore
20aujourd’hui ) et de reconnaître les erreurs commises tant dans les
choix opérés que les actions entreprises avant de tourner en
conséquence ces pages ainsi considérées pour rechercher un avenir
construit, en considération des échecs du passé ?
• Qui peut avoir intérêt à vouloir maintenir le système
conservateur en se disant que le passé du pays est bien glorieux et que
les 55 années de son existence en tant qu’État ne méritent pas d’être
critiquées ni remises en cause ?
• Quel obstacle pourrait connaître le pays en se
démarquant de son passé sclérosé pour se tourner vers des solutions
réalistes, originales et adaptées à ses propres réalités ?
5- Les modèles caducs à ce jour
Ayant voulu suivre et perpétuer le modèle de tous les autres Etats
postcoloniaux, la nouvelle République centrafricaine est aussi
demeurée un de ces « États inachevés, en transition, habités par un
rêve impossible : celui de devenir un jour des Etats semblables à ceux
qui les inspirent. C’est en vain que certains intellectuels, convaincus
(non sans raison) que la position de l’État est centrale et qu’il convient
de « repenser l’Etat » autrement (d’où l’urgence de la pensée), militent
21en faveur d’un Etat réellement nouveau ».
Avec cette description, le chantier à abattre pour « repenser l’État »
est immense. Et si ailleurs, les autres s’attellent à la tâche, le pays est
loin d’être dans les starting-blocks, prêt à s’élancer dans la course. Et
cette situation désastreuse semble ne guère préoccuper les acteurs,
toujours guindés dans leur position et refusant par là de renouveler
leur approche.
En parlant de textes fondamentaux, je suis convaincu que ceux dont
le pays s’est doté au rythme de son bégaiement démocratique depuis

20 er Excepté la parenthèse impériale de 1976 à 1979 avec l’Empereur BOKASSA 1 ,
ergrand admirateur de Napoléon 1 .
21 Pierre-François GONIDEC, L’Etat de droit en Afrique. Le sens des mots, In
Revue Juridique et politique, Editions Juris Africa, n° 1, Janvier-Février 1999,
pp. 7-8.
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