Ces goulots qui étranglent le Sénégal

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Français
225 pages
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Description

Diagnostic sans complaisance des maux qui confinent le Sénégal dans le sous-développement, ce livre met le doigt sur ces goulets qui étranglent l'un des pays les plus importants d'Afrique de l'Ouest, non sans ébaucher des pistes pour les desserrer. Ecrit dans le style du journaliste soucieux des dates, chiffres et circonstances qui éclairent les faits, ce livre présente une image à très haute définition du Sénégal d'aujourd'hui, de ses rêves brisés, de ses espoirs et de ses défis d'avenir.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2014
Nombre de lectures 147
EAN13 9782336340470
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Cheikh Yérim Seck

CES GOULOTS
QUI ÉTRANGLENT
LE SÉNÉGAL

SÉNÉGAL

Préface de Cheikh Hamidou Kane

POINTS DE VUE

CES GOULOTS QUI ÉTRANGLENT
LESÉNÉGAL

Cheikh Yérim Seck

CES GOULOTS QUIÉTRANGLENT
LESÉNÉGAL

© L’Harmattan, 2014
5-7,rue del’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-336-30477-9
EAN: 9782336304779

PRÉFACE

La lecture dulivre dujournaliste Cheikh YérimSeckasuscité
chezmoiunvif intérêt en même temps qu’ungrand plaisir. Nous
ne sommes pas de la même génération, mais il me semblequesa
vision panoramique denotrepaysest,parbiendeségards,
comparable àlamienne.

L’aventure ambigüeportetémoignagesur les30 dernières
annéesdela colonisation. Unepériode caractériséeparun
doubleregard, aveugle, d’une certainemanière. Leregard de
méprisducolonisateurblanc,mépriscondescendantetviolem-
ment négateur. Et, en réaction,ilyavaitcelui quenousavions sur
nous-mêmeset quiétaitde défiface à cevastemépris, à cet
«omni-niantcrachat»; réactionétayéepar la connaissanceque
nousavionsdenotreidentitésénégalaise, africaineirréductible,
adossés quenousétionsàun savoirendogène etàun patrimoine
culturelethistoriqueriche etvarié. Défi qui nousapoussésaux
études, à entreprendreunvéritableparcoursducombattant,pour
nous prouverànous-mêmesetà ceuxqui nous lerefusaient,notre
aptitude à êtreprofesseur,médecin, etc. Cette dualité duregard a
étémagistralementanalyséepar Jean-Paul Sartre, dans son
«Orphéenoir»,je cite :«Qu’est-ce doncquevousespériez,
quandvous ôtiezlebâillon quifermaitcesbouches noires ?
Qu’ellesallaiententonnervos louanges ?Ces têtes quenos pères
avaientcourbées jusqu’àterrepar la force,pensiez-vous,quand

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CHEIKHYÉRIMSECK
elles serelèveraient,lirel’adorationdans leursyeux? Voici des
hommes noirsdebout qui nous regardentet jevous souhaite de
ressentircommemoi lesaisissementd’être vus. Car le blanc ajoui
trois mille ansduprivilège devoir sans qu’on levoie; ilétait
regardpur,lalumière desesyeuxtirait toute chose del’ombre
natale,la blancheurdesapeauc’étaitun regard encore, dela
lumière condensée. L’homme blanc, blancparcequ’ilétait
homme, blanc commelejour, blanc commelavérité, blanc
commelavertu, éclairait la créationcommeunetorche, dévoilait
l’essencesecrète etblanche desêtres.Aujourd’huiceshommes
noirs nous regardentet notreregardrentre dans nosyeux;des
torches noires, àleur tour,éclairent lemonde et nos têtesblanches
nesont plus que depetits lampionsbalancés par levent».Pour ne
l’avoir pasvécue, la génération actuelle peine à prendre toute la
mesure de cette période et à s’imprégner davantage ducombatde
leursaînés.Elle est toutetournée, àjustetitre,vers l’instruction
duprocèsdes premièresdécenniesdel’indépendance –objetde
mon secondroman«Lesgardiensdutemple».
Leregard de Cheikh YérimSeck portejustement surcette
période.Périodequ’il analyse à partir des 15 chapitres ou
promontoires– dont tous auraient pufairel’objetd’unessai
séparé–quidonnent lieu, chacun, àune analyse fine et
rigoureuse.Eneffet,ilconvientdesaluer laqualité del’image
présentée.Image à Haute Définitiondelaréalitésénégalaise.
Cheikh Yérim Seckécrit avecune grande précision, avec des
qualités journalistiques intrinsèquriges :ueur duconstat,
énumération minutieuse desfaitsdans leur sacralité,identification
des problèmeset problématiques, ébauche desolutionsetdes
commentaires quene déparent pas lesensdela formule etune
élégance dans l’écriture. Lestyle estefficace,percutant.

}

Ces goulots qui étranglent le Sénégal
Cette revue duSénégal, malgré ses grandes qualités
analytiques et sesbelles intuitions,ne fait pas,néanmoins,suffisamment
justice de cequia été faitdepositif, avant lesdernières
alternances,notamment par letandem Senghor/Dia. Beaucoup
d’insuffisances, delaxismes queCheikh Yérim Seckdécèle dans
notre société sénégalaise, dans toutes ses classes, et à tous ses
niveaux, avaient été identifiés parce couple,notamment par
l’intraitableMamadouDia, etauraientcertainementétéréglés,
n’eûtété cettetragiquerupturequia brisél’élan initial,
caractériséparune granderigueuretune belle ambition. Sous
Senghoret Diouf, beaucoupde choses ontété égalementfaites sur
leplan institutionneletdémocratique. C’est sous Wade, dont la
lutte est pourbeaucoupdans l’approfondissementdenotre
démocratie,queva commencervéritablement la descente aux
enfersavecl’exaltationdetous les traversdenotresociété.

Unautreregret quejepeuxavoirest queCheikh Yérim Secket
ceux desa génération en général n’ont pas le même «Désir
d’Afriqude »,’«Unité africaine »,quenous, dela génération
précédente.Eneffet,ilfaut lever leregard au-delà desfrontières
colonialesactuelles.Il mesemblequel’Afrique, avecles55États
« européens» dontelle estaffligéepar le colonisateur,n’apas
d’avenir.Les pouvoirs quenous nousdisputonsdepuis50ans
comme desfauvesaffamésetféroces nesont queles restes surune
table desservie.Aumoment oùl’Europe elle-même,quiaoccupé
ème
lapremièreplace dans lemonde aumoinsdepuis le XVsiècle,
sent qu’elle doiteffacer sesfrontières,mettre encommun ses
ème
richesses matériellesethumaines pour nepas reculeràla 3ou
ème
4place dumondenouveau,lesAfricains pensent-ils pouvoir
survivre et remonterdeleur rang desderniersdela classes’ils ne
seremettent pasensemble?Malgrétous nosefforts,il n’yaura
pasunSénégal prospère dansuneAfrique appauvrie etdésunie.

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CHEIKHYÉRIMSECK
PasunSénégal pleinement démocratique dansuneAfrique
paralytique démocratiquement.J’invitelesélitesafricainesà
militerdavantagepourun retourdel’Afrique dans lemonde.
Pourcela, deuxconditions sont nécessaireset possibles.D’une
part,leretouraux valeurs propresdel’Afriquerevisitées,
réinterrogéeset réappropriées par lesélites intellectuelleset
réutiliséesdans notre cheminementvers lamodernité,sans
xénophobienichauvinisme, comme ditAmadou HampathéBâ,
maisaussi sanscomplexe.D’autrepart,laréalisationdélibérée,
décisive, dans lesfaitset pas seulementdemanièreincantatoire,
del’intégrationetdel’unité del’Afrique.

QuelesAfricains semettentensemble, commele font les
Européens, commel’ontfait lesÉtats-Unis, commele font la
Chine,l’Inde, etd’autresgrandesentitéshumainesafindepeser
deleurvrai poidsdans lemonde.L’Afriquerecèle des ressources
humaines nombreuses,jeunes,résistantes,résilientes, ainsique
des richesses matérielles,minières, énergétiques, forestières,
agricolesconsidérables.L’Afriquen’est pasdémunie;elle est
seulementdésunie.Celasuppose, certes,unepleine conscience de
trois mauxdel’Afriquepointés par l’historienburkinabè et la
volontésansvacillementd’yfaire face.Eneffet,JosephKi-Zerbo
amontréquel’histoire ducontinent noirestcaractériséeparune
triple dépossession.L’Afrique a été dépossédée del’initiative
politique, deson identité etdesonespace découpé en54ou55
partiesdistinctes par lesenvahisseursdunord.Ki-Zerboa,par
ailleurs, donnéuneidée dumouvementàsuivre : «Le
développement, c’estun retourdesoiàsoiàun niveausupérieur. »Ilfaut
faireinteragir lepassé et l’avenir,reprendrepossessionde
l’espace africain.Cequ’onapprend denouveaune doit pas nous
faireoublier lescodesanciens.Certainesdenosvaleursdupassé
sont néanmoinsdépasséeset ilfaut leur substituerdenouvelles

Cesgoulots quiétranglent leSénégal
versions.Cetteprise de conscience est salutairee :lleenous
déprend de l’illusionducocher Tydacus«qui, avecl’ombred’une
brosse,nettoiel’ombre d’uncarrosse ».Et sans mêmelebbénéfice
dupurgatoire !

Ce livre est leefruitd’une épreuvesubie,qui,quandelle est
méditée dans lesilence dela conscience, est rédemptrice.
L’enfermementdesonauteurauravisiblement servi. À lamanière
d’uneordalie.Le feubrûlel’impureté,trempel’acieretforge
l’homme auplanmoralet intellectuel. Le faitd’accéderàune
penséeplus profonde,unepenséeméditative, àune éthique de
responsabilité.Jesouhaite àCheikh Yérim Seckd’oublier
l’épreuve etdereepartir d’un nouvel élan.

CheikhHamidouKane
écrivain, ancienministre

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AVANT-PROPOS

J’ai écrit l’ouvragequevous tenezentreles mainsalors queje
purgeaisunepeine deprison. Sousuneaccusationdeviol,pilotée
par BoubouDioufTall quiestàla fois père delaprétendue
victime, magistratetdirecteur de l’Observatoire des prisons.J’ai
été condamnépouravoirviolé «par surprise »NdèyeAïssatou
Tall quiareconnuquel’acte a étéprécédé depréliminairesetdu
portd’un préservatif !
Cettedécision de justiceascandalisél’opinion sénégalaise.Je
l’ai,pour mapart,troptôt prisepourune de cesépreuvesdelavie
dontDieualesecret.Maisaussi pouruneopportunité formidable
demeretrouver seulavec etface à moi-même,après plusieurs
années oùles défis professionnelset lescontraintesdelavie
socialem’avaient totalementhappé.
Pendant ces mois d’isolement, j’ai prié, j’ai médité sur ma
religion,j’aifaitun point sur mavie et réfléchiàlasuite…J’ai
observémon pays, écoutélaradio,regardélatélévision,pris le
recul nécessairepouranalyser…Patriote,je brûle delapassionde
voir leSénégalbriller sur lascènemondiale. Des jourset nuits
entiers,jemesuis posé des questions sur les
raisonsdusousdéveloppementchronique duSénégalet sur lesvoieset moyens
pouryremédier.
Auboutde ce bouillonnement intérieur,j’aidécidé de coucher
sur lepapiercequi sortaitdemes tripes.C’estcequia donné
l’ouvragequevous tenezentreles mains.«Cesgoulots qui

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CHEIKHYÉRIMSECK
étranglent leSénégal» estun cri de cœur,l’appel
d’unSénégalais,observateurdeson pays,qui tentemodestementd’identifier
lesfacteurs d’inertie et esquisse des pistes de solution.
Quandj’ai commencé à rédiger ce livre, lebruitena courutrès
vite,sansdoute dufaitdel’indiscrétion d’un desagentsde
l’administrationdelaprison. Lapresse ena fait écho. Beaucoup
de mesamis sontvenus me demander si j’étaisen traind’écrire
sur cetteaffairequia défrayé lachronique et m’a conduitdans les
liensdela détention. Cettequestion,récurrente,m’atoujours paru
incompréhensible. Comment pouvait-onun seul instant imaginer
queje consacremon tempsàrevenir surune affaire clairement
tranchéepar l’opinion publique?Aulieudem’attarder surceque
tout lemondesait–unepeine arbitraireinfligée àun citoyenau
nomdelasolidarité de corps des juges–,j’ai choisideparlerde
choses transcendantes.J’aichoisideparlerdemon pays, deson
passé, deson présent, desesdifficultés, de ses espérances, de ses
défis, desonfutur…
Celivre estun premierélémentderéponse à ceuxqui pensaient
quej’allais, àcause de cettesordideaffaire,renoncer à ma
vocationd’observateurcritique delaviepolitique demon pays.
Maisaussià ceuxqui prédisaient que cette grossièreinjustice
allait merévolteraupointdemepousseràretourneràl’étranger
oùj’aiabandonnéunepositionenviable en2010pour rentrerau
Sénégal. Si j’ai menétoute cetteréflexiondans lesouci de
contribuerà améliorer leschosesdans mon pays, c’est parceque
j’aidécidé d’yrester, d’y vivre, d’ytravailler, d’y fonderd’autres
entreprises, d’ycréerdavantage d’emplois, d’ypayer plus
d’impôts, d’y vieillir, d’ymourir, d’y dormir pour l’éternité…
En toute chosemalheurestbon. Si jen’avais pasété
emprisonné,mes quatre entreprises nem’auraient jamais laisséle
tempsd’écrire celivrequi n’est quele débutd’ungrand
engagementdans laviepublique demon pays.

REMERCIEMENTS

J’ai écrit ce livre sous lesfeuxd’une épreuve.Pendant ces
moments de doute et d’incertitudes, j’ai pucompter sur le soutien
précieuxde BabaDiawITOC.Dufaitdesa discrétion légendaire,
jelesais réfractaire àtoute forme depublicité desesbonnes
actions.Jenepeuxmalgrétout pas m’abstenirdeluiexprimer ma
reconnaissance.Ma détentionauraitétéuncalvairesans son
appui.On nepeut toutefoisavoir pareilgrand frère dansun pays
et manquerdequoi que ce soit.
AbdoulMbaye,quiest monfrère avantd’avoir été lePremier
ministre duSénégal,m’aprouvé que je suis à sesyeux un membre
àpartentière dela «tribu» du«pater»KébaMbaye.
SerigneBassirouMbackéAbdoulKhadre,porte-parole du
khalifegénéraldes mourides, a envoyé deuxénormesbéliersà
monépouse àl’occasiondesfêtesde Tabaski2012et2013.Je
saisisàsajustevaleur laportéesymbolique detelsactes.Cheikh
Amar m’a été d’unapportaussidiscretetfraternel.
MackySall,leprésidentdelaRépublique,nes’est pas limité à
metransmettre,par le biaisdesesémissaires, des messagesde
soutien. Joignant le geste àlaparole,il m’a, à deuxreprises,
apportéune assistance, dans lesoucidepréserver ma famille du
besoin.
Sonépouse,laPremière dameMarièmeFayeSall,s’est
chargée d’acheterdescadeauxàmesenfantsàl’occasionde

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CHEIKHYÉRIMSECK
Noël2012. Jen’oublierai jamaisce geste destiné à desêtres qui
comptent leplusaumondepour moi.
Lorsquelasordide affairequi m’a conduiten prisona éclaté,
des personnalitésde cepays ont multipliéles initiatives pour me
protégercontre cequ’ils ont troptôt perçucommeuneinjustice.
Elles ont toutfait pour m’éviter laprison, ycompris des
médiationsavec lapartie civile. Il s’agitdel’ancien ministre des
Affaires étrangèresMadickéNiang, del’administrateurde
sociétésMeMamadou Diop, del’homme d’affairesElhadji
MbayeGuèye, duprésidentdela confrérie khadrya auSénégal
Cheikh Ousmane Diagne, ducommunicateur traditionnel Elhadji
Mansour Mbaye…Jeleur témoignema gratitude et mon
attachement.
C’estconnu:laprisonestune épreuvesalutairequi permetà
quiconqueyentre de distinguer
sesvraisamisdesescompagnonsde circonstance. J’ai pudécouvrir quel’inspecteurdes
douanes Babacar Diouf,le députéAbdou Mbow,lemagistrat
MouhamadouBambaNiang et l’homme demédiaPapeNgagne
Ndiayem’aimentvraiment.Pourdes raisons queje gardepour
moi-même,millemercisàBabacar Touré,le directeurduConseil
nationalderégulationdel’audiovisuel, etàBabacar Ngom,PDG
delaSedima !
J’aiététouchépar lesoutienconstantdela chanteuseCoumba
Gawlo Seck, dupatrondepresseBouganeGuèyeDany, du
journalisteElMalick Seck, del’inspecteurdutrésor Mamadou
OumarBocoum, duleader syndicalCheikhDiopCNTS/FC, du
professeur MounirouSy, del’administrateurdesociétés Diagna
Ndiaye, del’écrivain HamidouDia, duchanteur Manel Diop, de
l’ex-ministre d’État Karim Wade, demon oncleBabacar Thiam,
duprêcheur islamiqueElhadji MoustaphaGuèye, dupromoteur
delutteGastonMbengue, dudéputéDoudou Wade,
del’exministreMouhamadouBambaNdiaye, duchef d’entrepriseAimé

Ces goulots qui étranglent le Sénégal
Sène, de l’hommepolitiqueSerigneMbackéNdiaye, duparolier
Salam Diallo, del’homme d’affaires Tamsir Sokhna,
delajournalisteAïssatou DiopFall, duprofesseurMamadouSyTounkara, de
l’ex-directrice généraleAmySamaké, duministre-conseiller
YoussouTouré, demesconfrères MamoudouIbraKane,Alassane
SambaDiopetPapeAléNiang, desanimateursPapeCheikh
DialloetAhmedAïdara...
Jeremercieles meilleursavocatsdumonde, ceux-làmêmes qui
m’ontdéfenduavecbrioetconviction, et réussi leplusessentiel:
démontreràla face dumondequ’un innocenta été condamnépar
unesorte dejustice censitaire fondée surun privilège de
naissance.MaîtresAlyFall,Mamadou GuèyeMbow,Abdou DialyKane,
MalickMbengue,IssaDiop,AbdoulayeSadjo…ont rempli leur
mission. SouleymaneNdénéNdiaye,Premier ministre dansune
autrevie, estvenumetrouveren prison pour m’informer qu’ila
reportéun déplacement sur Banjulafindeplaideren ma faveurà
l’occasiondemon premier procès.
Lorsque,le2 février2013, deuxgardes pénitentiaires (dontun
neveudéclaré d’une personne en lien directavec mon dossier)
m’ont sauvagementagressé etarraché desdents,le
chirurgiendentisteAlphaGaye,l’ophtalmologueMamourDieng et
leneurologueIbrahimaTine del’hôpitalPrincipaldeDakar ont réparéles
gravesdégâtscausésàmamâchoire, àmavue etàmon cerveau.
LecommandantDjibrilCissé,médecin militaire en service à
l’École delapolicenationale,m’apar lasuiteposé dixdents.Je
leur seraiéternellement reconnaissant.
MerciàSerigneDiagne d’avoir tenuDakaractu, dont tout le
mondeprédisait lamort suite àmonarrestation,mais quiest
aujourd’huidevenu,par la grâce deDieu,lemédialeplus influent
duSénégal. Boubacar Dialloet toutel’équipe de «Uncafé
avec… »méritent ma gratitude. Ils ont résisté,ont tenuet ont

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CHEIKHYÉRIMSECK
maintenulasérie à saposition naturelle :celle de l’émission la
plus regardée dupays.
Jeremercie ces
dizainesdemilliersdeSénégalaisetd’étrangers qui sesont retrouvés sur différentes listes sur Internet
(«Soutenons Cheikh Yérim Seck», «Libertépour Cheikh Yérim
Seck», «TousderrièreCheikh Yérim Seck», …) pourdénoncer
l’injustice dont j’ai étévictime. Maisaussi ces milliers
d’anonymes, hommesetfemmes,jeunesetvieux,qui ontfait la
queue autribunalcomme àlaprison pour merendrevisite et me
réconforter. Un jour, auCamp pénaldeLiberté6,le directeurdes
ressourceshumainesdes IndustrieschimiquesduSénégal (ICS)
m’a dit: «Nous nenous sommes jamaisvus,nous nenous
connaissons pas. J’aifait laqueue autribunal pour obtenir le
permisdevisite etdevantcetteprison pourvousvoir. Jemesuis
donné cettepeineparcequejevousaientenduplusd’unefois
prendre des positions courageuses pourdéfendreles intérêtsdu
Sénégal. Voici ma carte devisite,y figurent tous mes contacts.
Dites-moi toutcequevousvoulez,jele feraivolontiers pour
vous.»AminataThiamDiallo, épouse dudirecteur de
l’administration pénitentiaire,m’atémoigné d’une affection maternelletout
aulong dema détention. Si certains régisseurs et gardes ontdes
méthodesd’unautre âge,j’ai été marqué par l’humanisme et la
culture des droits de l’homme deMameSaliouFall, directeur de
laprisonduCap Manuel, etdeBoubacar DiattaqueDiadji
Ndiaye aremplacé àlatête duCamp pénaldeLiberté6.
J’étais trop loind’imagineràquel point mescompatriotes
m’aimaient. Un jour, devant le défiléininterrompu depersonnes
detoutequalité, de toutâge, detout statut social,pour me
réconforter,mon codétenuTamsir Jupiter Ndiaye,professeurde
lettresdoté dusens de la formule,m’alancé :« Tues l’enfant
chériduSénégal.»Tous les Sénégalais quicomptent,ycompris
ceuxdont lestatut leleur interdit,m’ont trouvé en prison pour me

}

Ces goulots qui étranglent leSénégal
manifester leur sympathie. Qu’ils trouventdans ces lignes
l’expressiondemaprofondereconnaissance !

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