Ces trente ans qui ébranlèrent le Golfe Persique

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Dans le « printemps arabe » qui a marqué le début de 2011, les monarchies du golfe Persique ont pris leur place : manifestations, parfois violentes, et revendications politiques à Bahreïn, en Oman et en Arabie Saoudite. Des événements qui trouvent leur genèse dans les tensions de ces trente dernières années, également marquées par l’éclatement du conflit irako-iranien en 1980, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 et celle de l’Irak par la coalition américano-britannique en 2003. Une période au cours de laquelle on assiste à l’émergence d’un terrorisme jihadiste inspiré par le Saoudien Oussama Ben Laden. Terrorisme tourné non seulement contre les Occidentaux, mais d’abord et avant tout contre les monarques de la péninsule. Mais ces trois décennies voient aussi l’accélération et le renouveau des monarchies du Golfe qui, davantage que les républiques vermoulues du monde arabe, ont épousé la modernité et se lancent à corps perdu dans la mondialisation comme l’illustre l’émirat de Dubaï qui se vit comme une entreprise autant que comme un État.
En décrivant les étapes et les contradictions de ce développement spectaculaire, mais pas exempt de tensions, cet ouvrage tente de restituer la perception du Golfe qu’en ont ses habitants, sans tomber dans les clichés dont ils sont habituellement l’objet.

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Date de parution 01 janvier 2011
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EAN13 9782849242346
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0188 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe PersiqueCollection « Reportages »
dirigée par Sébastien Boussois
Parce que le monde d’aujourd’hui est plus complexe que du
temps de la guerre froide, à l’échelle d’un pays, d’une région,
d’une société, la collection « Reportages » s’est fixé pour objectif
de rendre clair et précis un sujet géopolitique en faisant appel
aux plus grands spécialistes de la question.
À cette mission de vulgarisation sans simplification, il faut
ajouter un autre objectif : celui de rendre compte aussi sur
plusieurs années du travail de cet auteur, journaliste ou
chercheur, en sélectionnant avec lui les articles qui reflètent le mieux
l’évolution du sujet traité.
Au-delà, et face à l’évolution des supports de communication
du monde moderne et l’envie insatiable de « faire vite », c’est
l’envie enfin de mettre à l’honneur journalisme et recherche de
qualité, sans jamais céder aux sirènes de la mondialisation et de
l’uniformisation de l’information.
Image de couverture : © Akhilesh Sharma - Fotolia.com
© Éditions du Cygne, Paris, 2011
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-234-6Olivier Da Lage
Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe Persique
Éditions du CygneDans la même collection :
Caucase : le grand jeu des influences, de Jean Radvanyi
À la recherche de la Palestine, de Julien Salingue
Belgique : laboratoire de la désunion européenne, de Jean-Pierre Stroobants
La Tunisie de Ben Ali : miracle ou mirage ?, de Florence Beaugé
Turquie : la révolution du Bosphore, de Marc Semo
Les États-Unis de Bush à Bush : les failles de l’hyperpuissance, de
Nathalie Mattheiem
Le nouvel Irak : Un pays sans État, de Georges Malbrunot
Palestine : une nation en morceaux, de Benjamin Barthe
Le Vatican et ses papes, de Bruno Bartoloni
Brésil : le réveil du géant latino-américain, de Annie Gasnier
Libye : la révolution comme alibi, de René Naba
Chine : au pays du capitalisme (presque) parfait, de Frédéric Koller
Balkans, la mosaïque brisée : frontières, territoires et identités, de
Jean-Arnault Derens
Italie, les années « Cavaliere » : de Berlusconi à Berlusconi, de Éric Jozsef
Algérie : de la guerre à la mémoire : Paris-Alger : quel avenir ?, de
Florence Beaugé
Liban : chroniques d’un pays en sursis, de Roger Naba’a et René Naba
L’Algérie des années 2000 : vie politique, vie sociale et droits de
l’homme, de Florence Beaugé
Yougoslavie : de la décomposition aux enjeux européens, de
Catherine Samary
Israël, une société bousculée, de Dominique VidalPréface
Le lecteur va découvrir dans ce livre trente années
d’histoire du Golfe persique, décrites par un journaliste obstiné et
fidèle à son sujet, qui dépeint par petites touches les
fragments d’une réalité bien complexe. Sur la durée, celles-ci
prennent de l’épaisseur et forment un tableau assez
saisissant. On appelle souvent ce bras stratégique de mer chaude
le golfe ‘arabo-persique’, formule censée satisfaire tous les
riverains mais qui ne satisfait aucun. D’un point de vue
historique, Olivier da Lage a raison de le nommer Golfe persique ;
des travaux de recherche menés par les Nations Unies ont
conclu à l’exactitude de cette appellation. Diplomatiquement
cependant, il fallait satisfaire les souverains des deux rives,
surtout ceux qui en clament l’arabité puisque ceux-ci tiennent
les rênes de l’énergie mondiale. Dans l’opinion, l’histoire du
Golfe est liée au passage des économies industrielles à la
dépendance pétrolière et donc la découverte de cet immense
désert qui regorge d’huile, de ses sultans et émirs.
C’est un tout autre visage de cette région que l’auteur
présente ici. À travers cette série d’articles, transparaît une
réalité politique, stratégique et sociale que le pétrole recouvre
trop souvent. Voici donc les monarchies du Golfe sur trente
années pendant lesquelles celles-ci ont tout connu : des
disputes territoriales les plus futiles aux plus stratégiques; les
velléités hégémoniques des grands pays sur les petits; la
panique de tous devant l’invasion de l’Afghanistan par
l’Union soviétique, une révolution au nom de l’Islam qui
balaie une monarchie, l’empire du chah, qui semblait
indé5boulonnable ; une guerre meurtrière de huit ans entre l’Irak
et l’Iran, l’invasion d’un petit (le Koweit) par un grand
(l’Irak), le déploiement massif de troupes américaines et
l’installation durable de celles-ci sur le territoire le plus sacré de
l’Islam, puis la naissance du Jihadisme le plus redoutable et
son exportation sous forme d’actes terroristes à l’échelle
internationale qui secouent le monde.
Cette collection a le mérite de nous resituer dans le temps
réel et prend valeur d’archives. Lue aujourd’hui, elle éclaire très
utilement les véritables motivations des dirigeants du Golfe et
les penchants de ses sociétés. Ainsi cette description minutieuse
du pont entre l’Arabie et le petit émirat insulaire de Bahrein
construit en 1987. L’auteur prévoyait qu’il favoriserait le
tourisme, ce qu’il a fait très largement. Mais pouvait-on se
douter que qu’il servirait, 25 ans plus tard, à faire rouler les chars
de l’Arabie saoudite avec la participation de ses petits voisins
dans le cadre de l’accord de défense mutuelle et la création d’une
force commune dite ‘Force du... désert’. Le Conseil de
coopération du Golfe, ensemble créé en 1981 à caractère apparemment
économique jusque-là, prend toute sa signification.
En ces temps où l’on voit les citoyens du Bahrein se
soulever en masse pour réclamer la démocratie et l’égalité des
citoyens, il est bon de lire sous la plume de da Lage qu’en
1981, lorsque l’Iran a revendiqué la souveraineté sur ce petit
royaume, les Bahreinis, à majorité chiite, n’ont pas souhaité
leur rattachement à l’Iran et qu’ils se considèrent arabes.
Les États du Golfe pourront-ils déterminer le rythme de
l’ouverture politique ? Il faudrait qu’ils commencent par se
convaincre que celle-ci est inéluctable. Partout il faut regarder
qui sont les forces sociales capables de structurer la société,
celles au potentiel démocratique, bâtir des relations avec la
société civile. Plus que jamais le travail du journaliste est
précieux lorsque les diplomates se trouvent enfermés le plus
6souvent dans la toile des rapports officiels rythmés par la
recherche de contrats d’une part et par l’intimidation
qu’exerce très habilement le syndicat des dynasties.
Aujourd’hui, à l’aune des révoltes arabes, toutes les
vulnérabilités de ces monarchies semblent se transformer en
autant de nouvelles menaces : le ressentiment accumulé chez
les minorités (surtout chiites) en raison de la discrimination
et l’expression nouvelle de leurs aspirations, l’ombre des
missiles de longue portée iraniens et peut-être demain l’arme
nucléaire, pour ne citer que les plus évidents. Faut-il
considérer ces menaces comme des fatalités ? Ces dirigeants qui
ont embrassé la modernité occidentale et employé leur rente
pour faire accéder leurs citoyens à tous ses bienfaits
(éducation, santé, accès aux technologies les plus modernes,
complexes industriels et cités médiatiques avec la naissance
de l’empire de l’imaginaire arabe qu’est devenue la chaîne al
Jazeera) seraient-ils dépassés par leurs citoyens, leurs femmes,
leurs jeunes, leurs élites éduquées et désormais pleinement
informées et averties?
Le moment de vérité a commencé ailleurs dans le monde
arabe et il frappe aux portes des monarchies du Golfe. Leurs
populations repues mettront peut-être plus de temps à se
mobiliser car l’argent du pétrole est efficace pour noyer les
demandes et former un bouclier contre la contagion
démocratique pendant un temps. Mais les populations seront en
droit de demander des comptes à leurs dirigeants: qu’ont-ils
fait pour bâtir des institutions solides qui fondent la réalité
des États, pour construire des sociétés pour tous leurs
citoyens, pour rendre leur pays plus sûr, plus souverain ?
Olivier da Lage restera fidèle, on l’espère, à son sujet de
prédilection.
Bassma KodmaniIntroduction
Il était près de 6 heures du matin lorsque l’appareil d’UTA
s’est posé sur la piste de l’aéroport international de Bahreïn,
sur l’île de Muharraq. On était en octobre 1979 et je
m’apprêtais à rejoindre mon poste de coopérant au titre du service
national. Heure matinale et saison automnale conspiraient
pour me préparer une surprise : rien ne m’avait préparé à la
touffeur qui s’est abattue sur moi et les autres passagers à
l’ouverture des portes de l’avion. Ce n’était que le début
d’une longue série de découvertes.
Lorsque j’ai appris que j’étais affecté à l’ambassade de
France de Manama pour y créer le service de presse, j’ai du
même coup appris l’existence de Bahreïn, un micro-État
devenu indépendant huit années seulement auparavant, en
même temps qu’une constellation d’autres émirats. Certains
s’étaient fédérés, d’autre avaient choisi l’indépendance, avec à
peine quelques centaines de milliers d’habitants, souvent
minoritaires dans leur propre État. Au fil des mois, j’ai appris
à connaître ce pays minuscule ou tout était dilaté pour
donner une dimension nationale à ce qui, partout ailleurs,
relèverait de la collectivité locale. Dans cet État qui fait au
plus 45 kilomètres de long et à peine une vingtaine de large,
dont la moitié sud était une zone militaire interdite, j’ai
parcouru en un an plus de 40 000 kilomètres au volant de ma
Toyota d’occasion. Le monde m’y apparaissait comme celui
des Lilliputiens. Plus je le découvrais et moins j’avais le sens
des proportions. Il m’a fallu revenir en France, au terme de
ma coopération, pour reprendre la mesure de la dimension,
9des dimensions de Bahreïn. Ainsi recalibré, j’étais armé pour
y retourner, cette fois comme correspondant freelance pour
diverses publications francophones.
Au total, d’octobre 1979 à juin 1982, je suis resté dans la
région presque trois ans. Trois années passionnantes et
formatrices, car, arrivé à cet émirat à majorité chiite dans la
foulée de la révolution islamique iranienne, j’y ai assisté aux
soubresauts qui ont agité Bahreïn lors des périodiques
émeutes chiites contre le pouvoir – et leur répression sans
faiblesse –, j’ai observé, de l’autre côté du bras de mer
séparant l’émirat de l’Arabie, les soulèvements chiites dans la
province orientale et la prise de la Grande Mosquée de La
Mecque en novembre 1979 et la montée des tensions et
l’éclatement du conflit irako-iranien en septembre 1980. Mais
surtout, contrairement à mon premier séjour au cours duquel
j’étais confiné dans mon ambassade et mon émirat, j’ai pu
parcourir les pays voisins lors de différents reportages en
Arabie Saoudite, au Koweït, aux Émirats arabes unis. Voir ce
qui les rapproche et ce qui les différencie. Apprendre à
discerner la très réelle identité « khalijienne » (de khalij =
golfe, en arabe), fortement distincte de celle des autres
Arabes. À faire litière des innombrables clichés sur les Arabes
du Golfe tout en reconnaissant que certains d’entre eux
peuvent avoir quelque réalité. À vivre, surtout, au milieu
d’une société très dure pour ceux qui n’ont pas d’argent (et
notamment les immigrés asiatiques), mais qui fait des projets
à l’infini pour les années et les décennies à venir.
En seulement trois ans, j’ai vu, physiquement vu, ces pays
se transformer et se préparer à un avenir dans lequel ils
espéraient ne plus être dépendants des autres : les ouvriers
asiatiques pour leur développement économique, l’Occident
pour leur sécurité. Le développement a eu lieu, c’est
indéniable, pour l’indépendance, c’est beaucoup plus discutable.
10Question sécurité, la guerre Iran-Irak (1980-1988), l’invasion
du Koweït et la guerre d’Irak (1990-1991), les tensions
récurrentes avec l’Iran et les nombreux projets d’attentats pas
toujours déjoués ont illustré la dépendance persistante des
monarchies du Golfe à l’égard de l’Occident, en particulier
des Américains. Sur le plan économique, tous les plans de
saoudisation, d’omanisation, de koweïtisation de
Bahreïnisation etc. des emplois n’a rien changé au fait que,
pratiquement partout, la main-d’ œ uvre étrangère est
majoritaire, souvent de façon écrasante.
Après mon retour en France, j’ai continué à m’intéresser à
la région, et mon travail de journaliste à RFI m’a permis de
retourner fréquemment dans ces pays que je connaissais et de
découvrir ceux que je ne connaissais pas encore (Qatar et
Oman). Ce qui fait qu’au fil du temps, j’ai fini par acquérir
une mémoire personnelle des évolutions de ces monarchies
du Golfe, en discerner les permanences et voir les
évolu1tions .
Rapidement, je me suis rendu compte qu’en dépit
d’articles parfois assez critiques, les responsables locaux étaient
heureux de me revoir et que dans une région où il est
fréquent de patienter interminablement pour obtenir quelque
chose, cette familiarité m’ouvrait de nombreuses portes, et
rapidement.
La personnalisation des rapports joue dans les deux sens,
et, pour me punir d’écrits qui m’étaient reprochés, j’ai été
interdit de séjour en Arabie Saoudite et à Bahreïn pendant
quelques années, avant que, finalement, l’interdiction soit
levée par ceux-là même qui l’avaient prise.
En relisant ce que j’avais pu écrire au début des années
1980, j’ai été frappé de la permanence de certaines
problématiques (tensions internes chiites-sunnites, méfiance envers
l’Iran, etc.) mais aussi des changements spectaculaires dans le
11développement, dans la démographie, et surtout dans la
participation politique : aujourd’hui centrale dans les débats,
la démocratisation de ces sociétés était alors un tabou absolu.
Alors que s’effondrent les vieilles républiques arabes
vermoulues, porteuses d’espoir dans les années 1960, les
jeunes monarchies du Golfe, en dépit de tous leurs défauts –
et ils sont nombreux – donnent aujourd’hui de nombreuses
raisons d’espérer.
Note
1. Du fait de mes activités professionnelles à RFI qui ne concernaient pas
que le Moyen-Orient, certains voyages ont été séparés par de longs
intervalles, d’où les « trous » chronologiques dans ce recueil.Le Koweït a obtenu son indépendance en 1961, les autres
émirats en 1971, et en 1981, les monarchies du Golfe ont
fondé leur union régionale, le Conseil de coopération du
Golfe (CCG), fortement inspiré du Marché commun
européen. Argent du pétrole et enjeu stratégique aidant, ces
jeunes États vont connaître en quelques années un
développement spectaculaire dans un environnement
particulièrement dangereux, ainsi que l’illustre la guerre qui éclate en
1980 entre l’Irak et l’Iran et les tentatives de coups d’État ou
d’attentats inspirés par Téhéran dans plusieurs de ces
monarchies pétrolières.
1. Il y a vingt ans. Les Britanniques quittent le Golfe
(1991)
Voici vingt ans, à la fin de décembre 1971, les
Britanniques achèvent le retrait de leurs forces
stationnées « à l’est de Suez ». Le processus engagé par le
premier ministre travailliste Harold Wilson dans les
anciennes bases d’Extrême-Orient se termine par la
région du Golfe – sous l’autorité, à Londres, d’un
gouvernement conservateur.
Pour les émirs et roitelets de la péninsule Arabique, le
choc est rude. Devant la Chambre des communes, le 16
janvier 1968, le premier ministre britannique Harold Wilson
annonce le « retrait des forces britanniques à l’est de Suez »
avant la fin de l’année 1971. Depuis près de cent cinquante
ans, la Grande-Bretagne avait divisé, régné et arbitré dans
cette région du Golfe où, au fil des années, elle avait conclu
13des traités de « protection » avec les potentats locaux. Pacifiée
par Londres, la côte des Pirates avait pris le nom de côte de
la Trêve, pour le plus grand profit du commerce maritime
avec les Indes.
Harold Wilson lui-même, en 1965, ne craignait pas
d’assurer que les frontières du Royaume-Uni étaient délimitées
par l’Himalaya. En février 1967, cependant, le Livre blanc
du gouvernement travailliste évoque la fermeture des bases
britanniques situées à l’est de Suez. Alarmé par une telle
perspective, le roi Fayçal d’Arabie se rend à Londres en mai
1967 pour tenter de convaincre Harold Wilson de renoncer
à ses intentions. Il redoute en particulier l’abandon de la
base d’Aden, après cent vingt-huit ans de présence
britannique. Or, pendant la guerre du Yémen qui opposé les
républicains soutenus par Nasser aux royalistes appuyés par
l’Arabie saoudite et la Grande-Bretagne, la base d’Aden
s’était révélée un atout précieux pour les royalistes. Rien n’y
fait.
Le Sud-Yémen, où l’influence soviétique s’installe
pour longtemps, accède à l’indépendance le 29 novembre
1967 et prend Aden pour capitale. En outre, les Indes
sont indépendantes depuis 1947, et la protection de la
fameuse route des Indes n’est plus une nécessité pour un
Empire britannique en cours de démantèlement.
Entretemps, la détérioration de la balance des paiements a
conduit en novembre 1967 le gouvernement de Londres
à dévaluer la livre sterling pour la troisième fois de son
histoire. C’est l’heure du choix. Des coupes budgétaires
sont indispensables, et les travaillistes refusent d’amputer
les budgets sociaux. Le budget de la défense sera donc
sacrifié.
14La menace de l’Iran
Terrifiés à l’idée de devenir la proie des convoitises au
moment où ils accèdent à la richesse pétrolière, les émirs
proposent discrètement à Londres de prendre en charge les
frais de stationnement des troupes britanniques à Bahreïn et
à Charjah (près de 6 000 hommes), évalués en 1968 à un coût
annuel de 25 millions de livres sterling. Le ministre
britannique décline l’offre qui, affirme-t-il, ferait des soldats de Sa
Majesté des mercenaires. L’ancienne puissance tutélaire invite
en revanche les émirats à se fédérer au sein d’un État qui
accéderait à l’indépendance au lendemain du départ des
forces britanniques et leur offre en contrepartie des accords
d’assistance sur le modèle de celui conclu avec le Koweït lors
de son indépendanceen 1961.
Sans perdre de temps, les émirs obtempèrent et se
réunissent à Dubaï. C’est ainsi que le 27 février 1968, après deux
1jours de travaux, les cheikhs de neuf émirats décident de
créer la fédération des Émirats arabes unis. Cette fédération
est dirigée par un Conseil suprême composé des neuf émirs.
Dans les mois qui suivent, le Conseil suprême se réunit à
plusieurs reprises, en vain. Depuis cent cinquante ans, c’était
Londres qui tranchait les désaccords entre les émirs. Le
protecteur disparu, qui jouerait le rôle de ciment entre ces
tribus querelleuses qu’opposent encore de nombreux
différends territoriaux ? D’accord pour se fédérer, les émirs sont
en désaccord sur tout le reste : qui présidera, quelle sera la
capitale ? Bahreïn, Qatar, Dubaï et Abou-Dhabi s’en
disputent le privilège. En octobre 1969, après une nouvelle réunion
infructueuse, il devient impossible de réunir le Conseil
suprême, complètement bloqué par les antagonismes.
Sur l’autre rive des eaux du Golfe, le chah d’Iran suit avec
attention les préparatifs de retrait britannique. Il y voit
l’oc15casion d’affirmer sa prééminence dans la région et de
combler le vide que ne manquera pas de laisser ce départ.
Dès l’annonce de la constitution de la fédération des Émirats,
Téhéran fait savoir qu’il ne reconnaîtra pas le nouvel État
tant que n’aura pas été admise sa revendication sur Bahreïn
qui remonte à 1820. En 1959, le Majlis (Parlement) iranien a
décidé de faire de l’émirat la quatorzième province de l’Iran
impérial. La menace effraie davantage encore les émirats qui
marchent vers leur indépendance à reculons. Des pressions
britanniques, américaines et saoudiennes amènent le chah, au
terme de discrètes négociations, à accepter le scénario
suivant : une mission envoyée à Bahreïn par le secrétaire
général de l’ONU constatera qu’une majorité de Bahreïnis ne
souhaitent pas être iraniens, et l’Iran accepterait les
conclusions de ce rapport en échange d’une reconnaissance par
l’Occident du rôle primordial de l’Iran dans la sécurité du
Golfe. En mars 1970, la mission de l’ONU conclut que la
majorité de la population de Bahreïn se considère comme
arabe et souhaite accéder à l’indépendance. Le 14 mai
suivant, le Majlis iranien renonce à sa revendication.
En juin 1970 survient un événement qui redonne espoir aux
monarques de la péninsule arabique. Contrairement à ce
qu’annonçaient les sondages, les élections donnent la majorité aux
conservateurs en Grande-Bretagne. Or ces derniers n’avaient
pas eu de mots assez durs, en janvier 1968, pour condamner « la
politique de capitulation et d’abandon » de Harold Wilson.
Un climat propice au nationalisme arabe
Le nouveau premier ministre, Edward Heath, du temps
où il était à la tête de l’opposition conservatrice, s’était rendu
en avril 1969 dans le Golfe et avait personnellement donné
l’assurance aux dirigeants de la région qu’en cas de victoire, il
16les consulterait sur l’opportunité de se retirer, comme prévu
par les travaillistes avant la fin de 1971.
M. Heath tient parole. Le nouveau secrétaire au Foreign
Office, Sir Alec Douglas Home, entreprend aussitôt une
tournée dans la région. Il commence par les « grands » et les
voisins : Iran, Arabie Saoudite et Koweït. Réponse unanime,
à défaut d’être toujours sincère, la Grande-Bretagne ne doit
pas revenir sur ses engagements : les forces britanniques
doivent avoir quitté le Golfe avant la fin de 1971. Le climat
de l’époque est propice au nationalisme arabe et aucun de ces
pays ne veut donner l’impression de vouloir prolonger la
présence d’une puissance coloniale et impériale. Les cheikhs
que rencontre par la suite Sir Alec, à leur corps défendant,
adoptent publiquement de semblables positions. En privé,
cependant, ils lui font clairement comprendre qu’ils
préféreraient une prolongation de la présence britannique. Dubaï se
singularise en étant le seul émirat à se déclarer prêt à
demander officiellement le maintien des soldats anglais. Bref,
les émirs souhaitent que Londres assume seul la décision
qu’ils n’ont pas eu le courage de lui demander à voix haute :
le maintien des forces britanniques.
Sir Alec a rappelé de sa retraite l’ancien « résident politique »
britannique, Sir William Luce. Longtemps en poste à Bahreïn,
il connaît tous les dirigeants de la région et bénéficie de leur
confiance. Lors de plusieurs navettes, entre août 1970 et février
1971, il poursuit les contacts entamés par le patron du Foreign
Office. À la lecture de son rapport, Sir Alec Douglas Home a
compris: il reviendra à Edward Heath d’appliquer la politique
définie par Harold Wilson, si vigoureusement dénoncée à
l’époque. Au seuil des années soixante-dix, la Grande-Bretagne
ne souhaite pas passer pour une puissance impérialiste. Elle
ern’en a d’ailleurs plus les moyens. Le 1 mars, Sir Alec confirme
à la Chambre des communes le caractère irréversible du départ
17des forces britanniques du Golfe, Celui-ci interviendra avant la
fin de décembre 1971, et le gouvernement de Sa Majesté
propose à la future union des émirats de conclure un traité
d’amitié prévoyant des consultations «dans les moments de
nécessité» et de maintenir sur place des éléments des forces
britanniques pour constituer le noyau de l’armée fédérale.
Douche froide
Pour les cheikhs des émirats, c’est la douche froide. Trahis
une première fois par le travailliste Wilson, ils le sont à
nouveau par le conservateur Heath. Cette fois, le compte à
rebours a commencé : il ne leur reste que quelques mois
avant cette indépendance tant redoutée. Sir William Luce
reprend son bâton de pèlerin pour persuader les émirs de
s’unir, mais les querelles de préséance n’ont pas disparu, loin
de là. Libéré de la menace que faisait peser l’Iran sur sa
souveraineté, Bahreïn a durci sa position. Non seulement il
demande à héberger le siège de la capitale fédérale, – tout
comme Abou-Dhabi, mais la population de Bahreïn étant
aussi nombreuse que celle des autres émirats réunis, demande
une représentation proportionnelle au sein du Conseil
suprême Abou Dhabi refuse tout net. C’est l’impasse.
Britannique, Saoudiens, Koweïtiens essaient d’inciter les
émirats à la conciliation et de parvenir, en dépit de leurs
désaccords, à constituer une fédération à neuf. En vain. Des
siècles de rivalités et de jalousies ne pouvaient pas s’effacer
comme par enchantement.
Bahreïn décide de faire cavalier seul et proclame son
indépendance le 15 août 1971, tout en annonçant la conclusion d’un traité
d’amitié de dix ans avec la Grande-Bretagne. L’émir du Qatar
imite celui de Bahreïn quinze jours plus tard. Les autres émirats
2forment donc sans eux la fédération des Émirats arabes unis .
18Le chah d’Iran n’a pourtant pas dit son dernier mot. Il a
certes renoncé un an auparavant à ses prétentions sur
Bahreïn, mais il attend toujours sa récompense. L’Iran refuse
de reconnaître la fédération à naître tant que n’auront pas été
admis ses « droits » sur trois îlots du détroit d’Ormuz
pratiquement inhabités : l’île d’Abou-Moussa, qui dépend de
Charjah, et les deux îles Tomb, qui appartiennent à
Ras-elKhaymah. L’indépendance des Émirats arabes unis est
prévue pour le 2 décembre Sans attendre, le 30 novembre, les
troupes iraniennes s’emparent des trois îles. La Petite et la
Grande Tomb sont annexées en dépit des protestations de
l’émir de Ras-el-Khaymah. L’émir de Charjah, quant à lui, a
secrètement cédé Abou-Moussa à l’Iran en échange d’un
loyer annuel de 3 millions de dollars. La Grande-Bretagne et
l’Arabie saoudite laissent faire. C’était prévu.
L’Iran veut être le gendarme du Golfe, cela fait l’affaire
des Occidentaux, qui, au cours des années suivantes,
apprécieront l’aide des troupes iraniennes pour mater la rébellion
du Dhofar, soutenue par la Chine et l’URSS, dans le sultanat
d’Oman. Le président Nixon fera de l’Iran et de l’Arabie
saoudite les deux piliers de la sécurité des
approvisionnements pétroliers de l’Ouest. Quant aux émirats, devenus
indépendants, ils continuent de se reposer sur l’expertise des
techniciens occidentaux, notamment britanniques. Les
armées sont encadrées par des officiers anglais en
détachement que pas un ministre britannique de la défense n’aurait
désormais l’idée de qualifier de « mercenaire ».
Notes
1. Abou-Dhabi, Dubaï, Ajman, Oum-el-Qaiwain, Charjah,
Ras-elKhaymah, Foujeirah, Qatar et Bahreïn.
2. Ras-el-Khaymah rejoindra la fédération en février 1972.
192. États du Golfe. La coopération avant la sécurité (1981)
Abou Dhabi (de notre correspondant). – Le sultanat
d’Oman d’un côté, les autres pays du Golfe de l’autre. C’est
un peu le visage du nouveau Conseil de coopération du
Golfe qui est né à Abou Dhabi, lundi et mardi.
C’est que le sultan Qabous proclame haut et fort ce que
les autres États du Golfe pensent tous bas en se rangeant
ostensiblement sous le parapluie américain pour assurer la
sécurité de son pays. Et de fait, personne ne prend vraiment
au sérieux les proclamations de ces mini-États lorsqu’ils
affirment vouloir se défendre seuls contre les menaces
extérieures.
Mais l’Arabie Saoudite elle-même, pourtant résolument
conservatrice et pro-occidentale, juge que les proclamations
bruyantes d’Oman risquent de provoquer inutilement
l’Union Soviétique. Et la présence au Sud Yémen –
prosoviétique – d’une escadre russe pendant le sommet est plus
qu’une coïncidence. L’URSS craint la constitution d’un bloc
conservateur dans la région. D’où la grande idée du Koweït :
faire suivre une politique de non-alignement par les autres
pays du Golfe. Ce qui signifie tout à la fois réaffirmer son
amitié pour l’Occident et nouer des contacts avec le camp
socialiste, de façon à éviter que ce dernier ne se sente rejeté.
À l’issue du sommet, c’est le point de vue koweïtien qui
semble avoir prévalu. Oman a accepté de participer à un
conseil de coopération qui proclame son désir
d’indépendance et qui met davantage l’accent sur la coopération
économique que sur la sécurité. Le sultan Qabous n’a pourtant pas
dit son dernier mot et le projet initial omanais d’une force
commune de protection du détroit d’Ormuz sera examiné
« comme les autres ». L’honneur est sauf et en Orient, il ne
20faut jamais faire perdre la face à quelqu’un. C’est ce qu’ont
compris les autres pays du Golfe.
Aux journalistes qui soulignaient les difficultés
rencontrées par le nouveau conseil, un ministre des Affaires
étrangères du Golfe répondait en prenant l’exemple du Marché
commun : « Cela fait vingt ans que vous marchez sur le
chemin de l’unité et vous en êtes encore loin. Alors
laisseznous un peu de temps ».
3. À Abou Dhabi. La création du Conseil de
coopération du Golfe a été marquée par des divergences sur la
sécurité (1981)
Abou Dhabi (correspondance). – Lorsque la création d’un
conseil de coopération du Golfe, regroupant l’Arabie
Saoudite, le Koweït, Oman, les Émirats arabes unis, le Qatar
et Bahreïn, fut annoncée à Riyad le 4 février dernier, trois
projets étaient en présence. Celui du Koweït prévoyait un
organisme commun de coopération économique. L’Arabie
Saoudite insistait sur la sécurité. Oman proposait, de son
côté, la création d’une force commune chargée de la
protection du détroit d’Ormuz avec l’appui logistique des forces
anglo-américaines.
En définitive, le projet retenu, mardi 26 mai, à l’issue des
travaux du sommet d’Abou Dhabi et que les souverains du
Golfe ont ratifié, est très proche du projet initial du Koweït,
tout en incluant les questions de sécurité dans les attributions
du conseil de coopération. Pour éviter de se couper des
autres pays du Golfe, le sultan Qabous d’Oman a dû se
résigner à signer ce document, tout en réaffirmant, lors de la
séance de clôture, qu’il faisait de la sécurité du Golfe « la
priorité des priorités ».
21Le communiqué final, pourtant, condamne expressément
la présence « de troupes et de bases étrangères dans la région »,
au moment même où l’île omanaise de Massirah s’apprête à
accueillir des militaires américains. À l’évidence, le sommet
d’Abou Dhabi représente un demi-échec pour le sultan
Qabous. En témoigne l’éloge appuyé de Cheikh Zayed,
premier président du Conseil de coopération du Golfe
(C.C.G.) pour la « compréhension » dont a fait preuve le
souverain omanais.
Certes, ce dernier ne manquera pas de faire valoir qu’il est
fondé à ne pas renvoyer les Américains tant que les
Soviétiques conserveront une base à Aden. De ce point de
vue, chacun est ici conscient que l’arrivée de navires
soviétiques à Aden, au moment où prend fin le sommet d’Abou
Dhabi, est la réponse inquiète de l’U.R.S.S. à la constitution
d’un groupe régional modéré qui risque de contrebalancer
l’influence du front de la fermeté au sein de la Ligue arabe.
C’est la raison pour laquelle le Koweït – seul pays du Golfe à
entretenir des relations diplomatiques avec les pays socialistes
– s’emploie à persuader les autres membres du C.C.G. de
nouer des liens avec l’U.R.S.S.
En définitive, le C.C.G. est à la fois un « chapeau » pour les
multiples organismes communs du Golfe qui se sont
constitués depuis une dizaine d’années, et quelque chose de plus. À
cet égard, la volonté affichée de ne pas apparaître comme un
pacte dirigé contre qui que ce soit laissera sans doute
dubitatifs les pays du front de la fermeté, seul groupe constitué
jusqu’à ce jour au sein de la Ligue arabe. De plus, parmi les
six commissions économiques dont la création a été arrêtée
par les chefs d’État, la plus significative est sans conteste la
commission du pétrole qui a pour but de mettre en œ uvre
une politique commune, qu’il s’agisse de l’exploitation, de la
distribution, mais aussi et surtout des prix et du niveau de la
22production. Avec 700 millions de tonnes par an, les États
membres représentent près de 60 % de la production totale
de l’OPEP.
Selon les statuts, les six chefs d’État doivent se rencontrer
deux fois par an, le prochain sommet devant se tenir à Riyad
en novembre prochain. De leur côté, les ministres des
affaires étrangères se réuniront tous les trois mois.
Commentant ces dispositions, les responsables du Golfe
soulignent leur volonté d’avancer pas à pas sans hâte vers la
solution des problèmes, y compris le plus délicat d’entre eux,
celui de la sécurité. Si le siège du conseil de coopération est à
Riyad, le secrétaire général est koweïtien, l’accord s’étant fait
sur le nom de l’ancien ambassadeur de ce pays aux Nations
Unies, M. Abdallah Yaacoub Bichara. Ce diplomate
expérimenté doit notamment sa notoriété au fait que c’est à son
domicile que M. Andrew Young avait rencontré des
responsables palestiniens. Enfin, une commission a été créée pour
mettre fin aux nombreux différents frontaliers qui existent
entre tous les pays membres de la nouvelle organisation.
4. Les rendez-vous de Sakhir (1981)
Tous les vendredis, dans un émirat du Golfe, des milliers de jeunes
se retrouvent dans le désert avec leur voiture. Et tournent, tournent en
rond pendant des heures.
Vendredi, jour du Seigneur, et donc de repos en pays
islamique. Bahreïn, comme tous les émirats du Golfe, s’endort
sous le soleil qui l’écrase. La vie se ralentit, les banques, les
bureaux, les magasins, sont fermés. Le souk s’est vidé de ses
chalands enturbannés. Les rues de Manama, la capitale, sont
vides et silencieuses.
23Et puis brusquement, vers 16 heures, des voitures se
mettent en branle, de plus en plus nombreuses, jusqu’à
former de véritables serpents bariolés qui, pare-chocs contre
pare-chocs, se dirigent vers Sakhir, un endroit situé en plein
centre de l’île et qui, pendant la semaine, reste quasi désert.
Pendant la seconde guerre mondiale, Bahreïn, alors sous
tutelle britannique, servait de base à la R.A.F., et de
nombreux appareils de reconnaissance décollaient de la piste de
Sakhir. À la fin de la guerre, le sable commença à recouvrir
celle-ci, un aérodrome civil ayant été construit dans le Nord.
Deux kilomètres de piste rectiligne, voilà qui était bien
tentant pour les émules bahreïnis de Fangio. D’autant que les
dimensions réduites de l’île (40 km sur 15) ne permettaient
guère de s’entraîner à la compétition sur des routes à vitesse
de surcroît limitée.
L’habitude s’est donc prise chez les jeunes Bahreïnis de
descendre dans le désert exercer leurs chevaux-vapeur sur la
piste de Sakhir. Dépourvues du pouvoir de décoller en bout
de piste, les voitures faisaient demi-tour et repartaient de plus
belle dans l’autre sens.
Voilà comment, progressivement, de vendredi en
vendredi, l’ancien aérodrome est devenu le point de rencontre des
jeunes Bahreïnis, une sorte de gigantesque spectacle que se
donnent les spectateurs eux-mêmes.
Si l’on voit toujours des automobilistes pousser des
pointes en semaine, le vendredi, Sakhir se transforme en
carrousel où la vitesse compte moins que l’ostentation.
Le nouvel arrivant fait habituellement un tour de piste. Ou
plusieurs. Parfois, il continue ; le plus souvent, il se range au
bord, perpendiculairement à la piste, et, sans sortir de sa
voiture, assiste au spectacle tout en y participant. On se
reconnaît, on échange des saluts. Parfois, on se parle : de
voiture à voiture.
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