Chroniques de la démocratisation au Niger

Chroniques de la démocratisation au Niger

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Ce livre est constitué d'une série d'articles publiés pàar l'auteur aux premières heures de la Troisième République (1994-1995) au Niger. Plus de dix ans après le début du processus de démocratisation engagé au Niger, la relecture et l'analyse rétrospective des textes montrent qu'en bien des domaines, l'auteur avait mis le doigt sur les problématiques fondamentales et fait des propositions de remédiation qui restent aujourd'hui encore d'actualité.

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Ajouté le 01 juin 2007
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EAN13 9782296175426
Langue Français
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CHRONIQUES DE LA DEMOCRATISATION AU NIGER

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L'HARMATTAN,2007 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnlque;

httt>://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattanctùwanadoo.fr harmattan 1ctùwanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03494-5 EAN:9782296034945

ABOUBACAR YENIKOYE ISMAEL

CHRONIQUES DE LA DEMOCRATISATION AU NIGER
Tome II

L'HtlCmattan

Sommaire

LE CHOIX DES URNES ARITHMETIQUE, CYBERNETIQUE ET POLITIQUE JE T'AIME, MOI NON PLUS LE JEU DU POUVOIR L'ESPRIT ET LA LOI SOULEVER DES MONTAGNES LA RACE DES SEIGNEURS LA QUADRATURE DU CERCLE LE JEU DE LA PUISSANCE LA PART DU REVE DE L'O. C. R. S. A LA REBELLION ET SI PARIS ETAIT UN PIEGE LA POLITIQUE, LE DROIT ET LA RAISON LE CHANT DU CYGNE UN DESTIN POUR LE NIGER

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LE CHOIX DES URNES

LE CHOIX DES URNES
N° 45 du 29 Mars 1993

En ce samedi 27 mars 1993, les urnes ont tranché: M. Mahamane Ousmane, 43 ans, candidat de la Convention Démocratique et Sociale: CDS Rahama devient pour cinq années le Président de la troisième République du Niger. Une victoire qui s'est jouée à 54,46% des suffrages exprimés, mais une victoire qui permettra à l'Alliance de gouverner. La grande leçon du Peuple Nigérien Ce jour 27 mars 1993, le peuple nigérien a administré à la face du monde une brillante leçon de démocratie. En effet, en dépit du caractère capital de l'enjeu pour chacun des camps en présence, les nigériens se sont rendus dans le calme et dans le respect du jeu démocratique aux urnes. Ils ont voté dans la transparence et ils ont accepté stoïques, le verdict des urnes, moins de vingt quatre heures après la fermeture des bureaux de vote. Une véritable performance si l'on compare avec ce qui s'est produit récemment dans un pays africain, pourtant présenté comme « la vitrine de la démocratie africaine ». En vérité, au regard du déroulement du processus démocratique, le Niger ne semble rien devoir envier aux «vieilles démocraties» ou encore, aux Etats à « culture

démocratique ancienne ». Pour tout dire, la vraie victoire appartient au peuple nigérien tout entier qui a su démontrer à la face du monde sa maturité politique, sa capacité à conduire et à maîtriser les multiples paramètres de la démocratie multipartiste. Nombreux étaient en effet les nigériens - et nous en sommes - qui appréhendaient l'issue du scrutin quand à la paix sociale! Le peuple nous a démontré que nos appréhensions étaient vaines; simples appréhensions « d'intellectuels », formulant des hypothèses sur des scénarii par trop catastrophistes ; et c'est cela aujourd'hui, la leçon fondamentale des élections de ce samedi 27 mars 1993. Le quitte ou double de l'Alliance L'Alliance a manœuvré! La répartition des postes entre les trois principaux leaders a payé. Cette répartition, si elle est contraire à l'esprit et à la lettre de l'article 138 du code électoral, si elle constitue en outre une véritable contravention aux dispositions de la Constitution, toutes attitudes que nous avons au cours d'articles précédents stigmatisées, s'est révélée politiquement payante. En effet, le report des voix des candidats Djermakoye et Issoufou Mahamadou s'est opéré dans le sens espéré par l' AFC, ce qui permet aujourd'hui à Mahamane Ousmane d'être élu Président de la République.

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Si Mahamane Ousmane est aujourd'hui élu Président de la République, cela tient certes à la stratégie élaborée par son parti, mais cela tient aussi en grande partie au report quasi systématique des électorats de fief des candidats Issoufou et Djermakoye. Dans une analyse précédente, nous avions distingué l'électorat de fief et de non fief. Une des hypothèses que nous avions alors émises postulait que le report des électorats le fief de ces deux candidats devrait permettre la victoire de l'alliance! Le report, s'est réalisé au delà des espérances de nombreux militants de l'AFC, confortant ainsi pour les jours à venir la position du PNDS et de l'ANDP dans la répartition des postes au niveau de l'appareil d'Etat. En effet, la marge de manœuvre de M. Mahamane Ousmane, si elle est relativement aisée par rapport aux petits partis de l'alliance, demeure aujourd'hui relativement limitée par rapport au PNDS et à l'ANDP, eu égard à leur apport décisif dans la victoire. Mais, s'il y a victoire, c'est qu'il y a échec et en l'occurrence le MNSD est aujourd'hui le perdant à la course au pouvoir. Déchirures et retournement de veste Si pour les militants de l' AFC, la victoire était certaine au point que toute autre hypothèse s'apparentât à l'hérésie, les militants du MNSD eux aussi étaient certains de l'emporter. Aujourd'hui pour le MNSD, les choses se 11

présentent sous le goût amer de la défaite et il faut espérer pour notre démocratie, l'avènement d'une véritable opposition politique: ceux qui ont perdu ce 27 mars 1993 doivent s'adapter au nouvel environnement politique, créer ce nouvel espace d'opposition; mais une opposition constructive et non pas destructrice; une opposition susceptible d'interpeller le pouvoir chaque fois qu'il déviera des dispositions légales; une opposition chargée de veiller au respect des principes de justice et d'équité... Cette opposition est à notre avis plus que jamais nécessaire. Lorsque l'on sait en effet, que l'APC a fondé le socle de sa victoire sur le mépris de certaines dispositions légales, la vigilance ici doit être de mise. L'APC a gagné les élections. La meilleure assurance qu'elle nous offrira aujourd'hui sera assurément son engagement par l'esprit mais aussi par l'action, de respecter et de faire respecter la Constitution, les lois et règlements de la République. Cela nous parait capital pour la consolidation du processus démocratique engagé. Perspectives à court terme A la suite de la victoire de M. Mahamane Ousmane, nous connaissons aujourd'hui, les principaux dirigeants du Niger. Ce que nous ignorons cependant, c'est le programme

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économique et social que l'Alliance mettra en œuvre pour sortir notre pays de la misère et de l'impasse économique. Il est évident que la victoire de l' AFC s'accompagne d'une grande espérance du peuple à voir les problèmes du développement commencer à trouver un début de solution. A cet effet, les promesses faites par le candidat restent encore vivaces dans l'esprit des nigériens. Pour convaincre, il faudra sûrement parler le langage de vérité et combattre la démagogie, élaborer un programme réaliste et réalisable et jouer le jeu de la transparence. Ce langage, le candidat de la CDS l'a tenu dans son discours inaugural de campagne. Les jours à venir nous permettront de juger, après l'échec de la transition, après la crise économique, sociale et culturelle subie par notre pays pendant dix sept mOIS. Il est donc un impératif nécessaire que les nigériens dans leur ensemble, acceptent aujourd'hui, la victoire de la CDS comme la victoire de l'ensemble du peuple nigérien. Il est non moins impératif que le candidat de l'AFC élu aujourd'hui Président soit également le Président de tous les nigériens.

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ARITHMETIQUE, CYBERNETIQUE ET POLITIQUE

ARITHMETIQUE, CYBERNETIQUE ET POLITIQUE
N"46 du 5 Avril193

Une page essentielle de notre histoire vient d'être tournée, avec le parachèvement des Institutions de la 3ème République. Une étape de tous les dangers, de tous les périls, de tous les soubresauts. Dieu Merci! La brillante leçon de démocratie administrée à la face du monde par le peuple nigérien, demeurera assurément à jamais inscrite en lettres d'or sur les tables de notre histoire. Voici en effet un peuple sorti du joug de trente années de régimes d'exception et qui par sa seule ingéniosité, par ses seules ressources est en train de construire une véritable démocratie sans heurts particuliers. Nous comprenons donc la satisfaction du patron de l'exécutif. Jamais, il n'est apparu sur nos écrans avec autant d'assurance, de verve et même, oserions - nous, autant d'audace; car le Premier Ministre dans son bilan de la transition n'a pas manqué de fustiger étudiants, travailleurs et enseignants, toutes attitudes qui étaient si rares pendant la transition. Du bilan de la transition, nous avions compris qu'il était « globalement positif» pour utiliser une formule chère à un certain parti politique de France.

Nous avons écouté avec beaucoup d'attention M. le Premier Ministre qui a fait cas de la situation catastrophique dans laquelle il a trouvé l'Etat; des nombreux obstacles rencontrés et surtout de l'impatience des partenaires. Mais nulle part, il n'a été fait cas de la part de responsabilité de ceux qui ont géré l'Etat et la Nation pendant ces dix sept mois; nulle part, il n'a été question de leurs tâtonnements, de leurs tergiversations stigmatisées par la société civile, l'inexpérience, d'aucuns ont même dit, l'incompétence de certains membres du Gouvernement. Nous savons que chacun aura fait tout son possible pour que l'action gouvernementale réussisse. Mais nous aurions sans doute applaudi au bilan de la transition, si en plus de la réussite indiscutable des élections, si en plus d'avoir stigmatisé « l'irréalisme », «l'irresponsabilité» et « l'impatience» de certains partenaires, le patron de l'exécutif nous avait éclairé sur les propres erreurs, les faux pas de l'exécutif, définissant ainsi lui-même la part de responsabilité de l'Autorité - quelle qu'elle soit dans l'échec de la transition. Mais peut être le terme échec est-il un peu fort aux yeux de l'autorité et il faut dorénavant attendre un contrebilan que l'histoire et la société civile ne manqueront pas de dresser, pour apprécier la portée véritable de ce mot, lourd à prononcer.

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En attendant ce bilan, revenons donc aux élections pour saluer les conditions dans lesquelles elles se sont déroulées et qui sont assurément à mettre à l'actif des autorités de la transition. Dans les lignes qui vont suivre, nous analyserons en langage « cybernétique» l'issue du scrutin du 27 mars 1993. Arithmétique et cybernétique Le nouveau Président élu, d'une naïveté feinte, à la limite de la timidité, mais féru de statistique et d'informatique a trouvé la solution à l'équation. Au delà de l'addition simple, il fallait traduire en langage informatique et cybernétique ce que la réalité offrait en terme de symboles politiques, définissant les principaux groupes de l'alliance. En vérité, l'équation à résoudre était toute simple... à posteriori. Il suffisait de transcrire l'opération arithmétique (addition des voix) en opération cybernétique! La cybernétique? C'est la toute nouvelle (1936) «science du gouvernement ». C'est la discipline «constituée par l'ensemble des théories relatives aux communications et à la régulation dans l'être vivant et la machine ». En termes plus explicites, gagner les élections se ramenait à l'opération cybernétique suivante: « se saisir de la clé, l'introduire dans la serrure pour faire tourner la roue du changement ».

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Cette opération, simple en apparence dans son énoncé revêt cependant une grande complexité; en effet, la main devant saisir ici la clé n'est pas à son aise. Elle se compose de deux mains aux doigts entrelacés avec les pouces relevés (symbole de l'ANDP Zaman Lahiya). Comment dans ces conditions et dans une telle position, saisir la « clé » (symbole de la CDS Rahama) et l'introduire dans la serrure pour faire tourner « la roue» (symbole du PNDS Taraya) du changement? Opération difficile, opération périlleuse! Au stade actuel de l'opération, c'est-à-dire celui de la victoire de l'Alliance au second tour, les deux mains entrelacées ont pu tenir la clé, elles l'ont introduite dans la serrure. Cependant, la seconde étape est plus complexe, car la question reste posée de savoir si les deux mains entrelacées pourront trouver la position efficace pour maintenir la clé dans la serrure et surtout, enclencher l'opération consistant à tourner la « d'actionner» la roue du changement. clé en vue

Imaginez donc un instant, une clé tenue entre deux mains entrelacées, avec les deux pouces relevés. Imaginez surtout, ces deux mains introduisant une clé dans une serrure. Imaginez enfin, comment ces deux mains tourneront ensemble et dans le même mouvement, la clé pour propulser la roue. L'opération ici peut réussir; mais l'opération comporte des difficultés résultant: 20

- de la position inconfortable de la main; - de la capacité à tourner la clé;
-de la capacité à ne pas tourner la clé dans le sens contraire. On constate donc, que si l'opération arithmétique consistant à additionner la main, la clé et la roue a réussi, l'opération cybernétique consistant à organiser cet ensemble dans un « tout cohérent », demeure passablement ardue. Trèves d'intellectualisme! terre" pour être plus concret. Cybernétique et politique En vérité, si nous avons procédé à cette représentation mentale pour illustrer la situation politique d'aujourd'hui, c'est bien parce que l'opération cybernétique évoquée, nous parait rendre compte dans une certaine mesure, des écueils à surmonter. Si l' AFC part avec des atouts certains, de nombreux écueils semble apparaître, à l'image des difficultés mentionnées dans l'opération cybernétique. -Les conflits de compétence Ces derniers apparaissent déjà au vu des déclarations de certains leaders. En effet, un des responsables de l' AFC n'a pas hésité à décider à sa guise d'une véritable chasse aux sorcières contre les militants du MNSD dans une interview au «Démocrate ». Et voilà que ce leader se fait 21 Revenons donc sur

taper sur les doigts par un autre leader de l'Alliance qui informe la Nation que personne n'a mandaté le «lion de Bara» pour parler au nom de l'Alliance. Ce que semble confirmer un autre leader de l' APC dans une interview à notre confrère «Haské ». Il serait urgent que les leaders de l'APC parlent d'une seule et même voix; Il en est de même quand à la définition de la victoire. Il est évident que l' APC a gagné les élections, car le report des voix s'est effectué dans le sens espéré par les militants de l'APC, même si au plan juridique, le candidat élu est le candidat de la CDS soutenu par l'APC. Ici, des grincements de dents apparaissent déjà, lorsque l'on sait que certains militants voudraient un repositionnement de la victoire vers des options moins exclusives, mais plus générales, et donc nationales. Les jours à venir, nous permettront de témoigner de la position de l' APC sur cette importante question. -Les règles de partage Dans sa toute première déclaration de président élu, M. Mahamane Ousmane a précisé qu'il sera le président de tous les Nigériens. Les Nigériens ont applaudi à cette déclaration qui établissait le distinguo entre «un Chef de Clan» et le Président de Tous les Nigériens. La rumeur insiste ici sur un partage des postes entre les différents 22