Colombie : le discours de la paix

Colombie : le discours de la paix

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Français
193 pages

Description

Lorsque le 7 août 2010, Juan Manuel Santos, nouveau président de la Colombie, fait son entrée au Palais de Nariño, le mot « paix » ne figure pas dans le programme politique qu'il expose. Il n'a cependant
qu'un objectif : l'ouverture de négociations avec la guérilla marxiste-léniniste la plus ancienne du continent, les FARC. En permettant au lecteur de saisir les clés rhétoriques et argumentatives de Juan Manuel Santos, lors de ses candidatures comme de ses mandats (2010-2018) et, d'autre part, le langage et les références des dirigeants des FARC engagés dans le dialogue garanti par Cuba et la Norvège, María Fernanda González Binetti éclaire les principaux enjeux d'un processus de désarmement qui, aujourd'hui, n'est pas encore celui de la réconciliation, tant la violence reste présente en Colombie.

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Date de parution 13 avril 2020
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EAN13 9782140147111
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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îgure pas dans le programme politique qu’il expose. Il n’a cependant qu’un objectif : l’ouverture de négociations avec la guérilla marxiste-léniniste la plus ancienne du continent, les FARC. Négociations qui aboutiront six ans plus tard à l’accord de paix conclu à La Havane
d’une partie de l’opinion colombienne lors du référendum manqué d’octobre 2016. En permettant au lecteur de saisir les clés rhétoriques et argumentatives de Juan Manuel Santos, lors de ses candidatures comme de ses mandats (2010-2018) et, d’autre part, le langage et les références des dirigeants des FARC engagés dans le dialogue garanti par Cuba et la Norvège, María Fernanda González Binetti éclaire les principaux enjeux d’un processus de désarmement qui, aujourd’hui, n’est pas encore celui de la réconciliation, tant la violence reste présente en Colombie.
Mots, les langages du politique Hugo Chávez et Alvaro Uribe ou la force des Mots, Deux discours pour gouverner El Poder de la palabra : Chávez, Uribe, Santos y las FARC
Couverture : Signature de l’accord de paix en Colombie le 24 novembre 2016 ©La Présidence
ISBN : 978-2-343-19946-7 19,50
María Fernanda González Binetti
COLOMBIE : LE DISCOURS DE LA PAIX
L e p r é s i d e n t S A N T O S e t l e s FA R C
COLOMBIE : LE DISCOURS DE LA PAIX
Le président SANTOS et les FARC
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili. Dernières parutions Agnès CLERC-RENAUD, Colette MÉCHIN, Antônio da Silva CÂMARA, Lídia Maria Pires Soares CARDEL,Enjeux environnementaux et toursime au Brésil. Le rôle de l’artisanat en forêt atlantique, 2019. Philippe SCHAFFHAUSER,Migrations, dé-migrations : retour au Mexique et droits des travailleurs migrants. Sociologie du mouvement des Braceros, 2019. Paula CUBILLOSCELIS,Enfance et néolibéralisme au Chili. Chroniques d’une dépossession, 2019. Fausta GANTÚS et Alicia SALMERÓN,Violences électorales au Mexique, 1812-1912. Quand les armes parlent, les imprimés luttent et l’exclusion frappe, 2019. Edison FERREIRA DE MACÊDO,Du Brésil colonial à nos jours. Une histoire d’enfances volées, 2019. José Maria TAVARES DE ANDRADE,Pratiques de la magie dans le Brésil contemporain. A l’écoute du Zé de Regina rezador et guérisseur, 2018. Eric ROULET,Conquistadores, négriers et inquisiteurs. Trois e e figures majeures du monde colonial américain, XVI -XVII siècles, 2018. Jean-Pierre TARDIEU,Esclaves et affranchis dans la vice-royauté du Pérou. L’impossible vie affective et sexuelle (XVIe-XVIIIe s.), 2017. Denis ROBERGE,Signification et fonction des jeux dans le Pérou préhispanique et colonial, 2017. Marianne BOSCHER-GONTIER, Mathieu VICENS,Paroles d’exil. Treize auteurs latino-américains témoignent, 2017. Daniel Emilio ROJAS,Amérique latine globale. Histoire connectée, globale et internationale, 2017.
María Fernanda González Binetti
COLOMBIE : LE DISCOURS DE LA PAIX
Le président SANTOS et les FARC
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19946-7 EAN : 9782343199467
À mon père, 1943-2017
INTRODUCTION Le documentCommission Historique du Conflit et des Victimes (CHCV),publié en 2016 dans le cadre des négociations de paix entre le gouvernement Santos et les FARC, présente le point de vue de douze Commissaires sur l’origine, les causes et les persistances d’un conflit qui a duré plus de cinquante ans. Même si les analystes ne s’accordent pas tout à fait sur la date de déclenchement du conflit – celles-ci varient selon l’attention portée sur tel ou tel événement – les Commissaires sont d’accord pour qualifier cette guerre d’« atroce, discontinue et complexe ». Selon certains, le conflit date des années trente avec la fin de l’hégémonie des Conservateurs renversés par le Parti libéral. Le renversement du parti au pouvoir par ses opposants provoquera e une violence récurrente au cours duXXune lutte siècle, politique féroce doublée de crimes partisans. Le même phénomène se reproduira lorsqu’en 1946 le parti libéral, jusque-là hégémonique, sera renversé à son tour. Ce conflit inclut d’autres facteurs, non seulement une polarisation extrême mais aussi une faiblesse des capacités institutionnelles ainsi qu’un problème social lié à la possession des terres. C’est l’assassinat du leader politique Jorge Eliecer Gaitan, le 9 avril 1948, qui va déclencher une nouvelle période de convulsions connue sous le nom de « LaViolencia». Gaitan, ministre de l’Éducation, maire de Bogotá et grand orateur, était un dirigeant du parti libéral et il était sans doute destiné à devenir le futur président de la République. Son assassinat ouvre la porte à une nouvelle période de violence partisane : « Le 9 avril 1948, il est assassiné à Bogota. La nouvelle provoque la consternation de la population et conduit immédiatement à une immense émeute, leBogotazo, qui se traduit par le saccage de la capitale, une grande peur sociale, et l’ouverture d’une nouvelle période sanglante, celle de la Violencia. Ravivant les pires souvenirs de la guerre des Mille Jours mais aussi ceux des temps troublés de laPatria Bobade
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1810 à 1815, le parti libéral et le parti conservateur s’affrontent dans une guerre civile qui touche tout le territoire. En moins de quinze ans, ce conflit provoquera plus de deux cent mille victimes et déterminera les difficultés qui suivront tout au long e 1 duXXsiècle . » En 1958, les élites politiques mettent fin à cette guerre civile par la création d’un pacte politique connu sous le nom de « Front national ». Cet accord d’alternance politique entre le parti libéral et le parti conservateur entre 1957 et 1974, prévoira en particulier une distribution millimétrique des postes de l’administration publique. Le bilan du Front national reste mitigé. Le rapporteur de la Commission Eduardo Pizarro constate que durant cette période, la performance démocratique de la Colombie a été bien plus importante que dans d’autres pays du continent vivant sous les dictatures. Il a notamment offert un moment d’apaisement de la confrontation politique, une réduction de la violence ainsi qu’une réduction des homicides. D’autres auteurs soulignent des signaux positifs avec la restauration de la légalité du parti communiste, la nomination des membres de gauche dans des corporations publiques, une certaine révolution éducative et des changements culturels. Toutes ces avancées n’empêchent pas l’ancienne guérilla de qualifier ce pacte d’élitiste et de fermé. Certes, le Front national a permis une transition démocratique mais n’a pas réussi à promouvoir le progrès et le développement du pays. Plusieurs éléments doivent être pris en considération : un désintérêt de la politique causé par l’alternance au pouvoir des deux partis et par conséquent une importante abstention électorale, des résultats très insuffisants sur les indices de pauvreté, une présence très précaire de l’État dans plusieurs régions de la Colombie et une réforme agraire non aboutie. Pour le Commissaire Renan Vega, cet accord bipartite est antidémocratique car il exclut les formations politiques autres que les deux partis traditionnels. Il affirme également que ce pacte s’est traduit par une politique contre-insurrectionnelle.
1 Jean-Michel Blanquer,La Colombie, Paris, Que Sais-je, PUF, 2017, p. 53. 10