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Conflits sociaux en Guadeloupe

De
180 pages
A partir de l'analyse comparative de conflits sociaux du travail en Guadeloupe, fondée sur l'étude approfondie de tracts, de courriers échangés entre grévistes et direction, de protocoles d'accord, l'ouvrage met au jour les stratégies généralement mises en oeuvre par les parties lors des grèves et révèle l'importance du facteur socioracial en Guadeloupe, et suggère des solutions managériales adaptées.
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CONFLITS SOCIAUX EN GUADELOUPE

Sociétés et économies insulaires Collection dirigée par Fred CELIMENE et François VELLAS
La collection Société et économies insulaire correspond au besoin né du grand développement des régions insulaires qui jouent un rôle essentiel dans les échanges économiques mondiaux, mais aussi dans les échanges culturels et scientifique. Les îles, aujourd'hui, ont largement dépassé les problème traditionnels liés à l'éloignement et à l' isolement. Les nouvelles technologies de communications et de télécommunications donnent désormais aux sociétés insulaires les mêmes possibilités que sur les continents, tout en permettant aux îles de conserver leurs avantages comparatifs liés notamment à la qualité de la vie et à l'environnement. Les ouvrages de la collection Société et économies insulaires ont pour ambition d'aborder à la fois les îles en tant qu'entités spécifiques et en tant qu'espaces privilégiés des politiques de développement sectoriel. Cette collection contribue à combler un vide dans l'édition des ouvrages sur les régions insulaires en permettant de rassembler un ensemble de contributions de grande valeur consacrées uniquement aux îles.

Déjà parus Joël BOUDINE, Le régime fiscal des collectivités d'Outre-mer, 2006. Joël BOUDINE, Le régime fiscal des départements d'Outremer, 1998. François VELLAS, Jean-Michel Cauet, Le tourisme et les îles, 1997. Philippe HEIN, Economie de l'île Maurice, 1997. Jean-Michel SALMON, Marché du travail et développement économique dans les petites économies insulaires: théorie et application, 1997. R. Hernandez MARTIN, D. GODENAU, A.J. Vera MESA, C.I. Rodriguez FUENTES, L'économie des îles Canaries, 1997. François VELLAS, Le tourisme et la Caraïbe, 1997. Elisa PAULIN, Théorie de la spécialisation internationale et économies insulaires: le cas des îles de la Caraïbe, 1997.

Patricia BRAFLAN-TROBO

CONFLITS SOCIAUX EN GUADELOUPE
Histoire, identité et culture dans les grèves en Guadeloupe

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

www.Hbrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo. fr @L'Hannattan,2007 ISBN: 978-2-296-02413-7 EAN: 9782296024137

A Dominique, Rémi et Nina, piliers de ma vie... A ma grande et exceptionnelle famille, ma mère, ma sœur, mes frères, nièces et neveux... A Raymond Gama qui a su mettre sans compter sa maîtrise de notre histoire à mon service. . . A tous mes "amis supporters" sans qui la force et le courage me manqueraient parfois... Aux ancêtres. A mon peuple que j'aime tant.

Il n y a pas de justice sans paix. Il n 'y a pas de paix sans justice.

Martin Luther King

INTRODUCTION

S'il est un sujet de discussion qui a la capacité de soulever toutes les passions en Guadeloupe c'est celui des grèves qui secouent régulièrement le pays. Ce sujet qui concerne toutes les couches de la population, qui en sont tantôt les acteurs, tantôt les victimes, est un des sujets les plus médiatisés du département. Il fait, en fonction de l'actualité du moment, l'objet d'un traitement plus ou moins préférentiel et même parfois événementiel. C'est ainsi que depuis les dix dernières années des phrases du type: "Il y a trop de grèves en Guadeloupe ", "La Guadeloupe connaît une situation sociale catastrophique ", "La Guadeloupe et les Guadeloupéens sont pris en otage. fI, ponctuent de manière continue le quotidien des Guadeloupéens. De telles formules reviennent de manière récurrente dans toutes les grandes analyses de la situation économique de la Guadeloupe. Relayés avec force par les médias et repris alors instinctivement comme vérité absolue et démontrée par l'opinion publique guadeloupéenne, ces clichés font office pour certains de baromètre social, d'élément d'évaluation conjoncturel, d'indicateurs pouvant permettre de justifier l'augmentation du taux de délinquance et en définitive, en fonction de leur utilisation et de l'utilisateur, permettent de justifier tous les maux dont souffre la société guadeloupéenne moderne. Eu égard à la place importante qui est faite dans les médias aux mouvements sociaux du monde du travail, la société guadeloupéenne ne semble vivre que dans le conflit social, qu'avec le conflit social et que par le conflit social.

Face à ce qui nous semblait être une instrumentalisation de l'analyse, dépassant les constats, puisque ceux-ci sont accessibles à tous, nous avons voulu vérifier si de telles assertions étaient fondées, si elles l'étaient, quelles en étaient les causes, et alors envisager quelles solutions pourraient êtres proposées pour tenter, tout au moins, d'améliorer les relations sociales du travail en Guadeloupe. A propos de la perception du conflit dans le monde du travail en Guadeloupe en 2004, la situation, selon notre observation, ne nous semble guère différente de celle qui prévalait en Europe en 1960 du point de vue de l'approche qu'avaient les managers des situations conflictuelles au sein de l'entreprise. En effet, il y a 40 ans, les théories du management n'intégraient pas véritablement les oppositions au sein du monde du travail dans leurs approches et considéraient pour beaucoup le conflit comme un dysfonctionnement qu'il fallait absolument éviter ou éliminer. Il importe avant tout à notre sens de s'interroger sur la notion de conflit et de tenter de donner une définition qui permette de cerner tous les contours de ce concept. Qu'est-ce qu'un conflit véritablement? Quelles parties met-il en présence? Pour quels intérêts? Quels sont les lieux et formes d'expression de ses manifestations? Pour ce qui est de la définition du conflit, Julien Freund dans Sociologie du conflit nous explique que le "conflit consiste en un affrontement ou heurt intentionnel entre deux êtres ou groupes de même espèce qui manifestent les uns à l'égard des autres une intention hostile, en général à propos d'un droit, et qui pour maintenir, affirmer ou rétablir le droit essaient de briser

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la résistance de l'autre, éventuellement par le recours à la violence, laquelle peut le cas échéant tendre à l'anéantissement physique de l'autre". 1 Dans le cadre des relations de travail, le conflit est le champ normal de l'expression d'antagonismes légitimes et inévitables entre des groupes, patrons et salariés, ayant des intérêts divergents. Le conflit exprimé à travers la grève est lui le choix que font certains individus, souvent en dernier recours, pour exprimer leurs différences, les injustices dont ils se sentent victimes et pour tenter de changer ainsi une situation qui ne les satisfait pas. Dans cet ouvrage, à travers la grève de l'Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE) de 2001 et celle des banques affiliées à l'Association Française des Banques (AFB) de 2003, nous mettrons en évidence toutes les phases qui ont précédé le déclenchement de ces grèves et les différentes stratégies qui ont été utilisées par les salariés pour exprimer leur opposition à leur direction et pour tenter de trouver une solution avant d'entamer les mouvements de grève. Contrairement à l'idée communément admise en Guadeloupe, personne, aucun syndicat, ne prend plaisir à déclencher une grève car il est prouvé, comme le soulignent Pierre Pastor et Richard Breard, que "Si un individu ou un groupe peut satisfaire ses revendications ou ses intérêts par un autre moyen, il le fera d'autant plus volontiers qu'il craint les conséquences négatives de

1. Julien FREUND, Sociologie du conflit, La politique éclatée, PUF, Paris, 1983. Il

certains conflits. L'arbitrage, la négociation, la médiation, ,,2 le compromis, etc., sont à cet égard aussi valables. Le conflit social est souvent vécu en Guadeloupe comme un échec, une catastrophe globale de l'entreprise, des acteurs sociaux, de l'unité du peuple guadeloupéen et voire même dans certaines analyses une menace pour la survie de la société guadeloupéenne dans son intégralité. Cette vision dramatique, émotionnelle et même passionnelle parfois du conflit vient du fait que nombre de managers en Guadeloupe n'ont pu intégrer que le conflit n'est ni bon ni mauvais mais qu'il est simplement l'expression normale de divergences entre des groupes en interdépendance. Ces conflits sont d'autant plus déstabilisants qu'ils obligent certains acteurs de la relation du travail à sortir d'une conception biaisée et fossilisée d'un monde du travail en Guadeloupe qui aurait été à une époque idéal, et dont on serait en vain à la recherche à nouveau. Pourtant, si nous nous référons à l'histoire même de la société guadeloupéenne, pour ce qui est de l'existence du conflit en son sein, l'analyse de Georges Combe nous apporte des éléments qui peuvent aider à la compréhension des origines initiales du conflit dans cette société guadeloupéenne. L'auteur nous explique en effet que "le conflit n'est pas non plus propre à la société guadeloupéenne moderne. La communauté guadeloupéenne est née du conflit, de l'une de ses formes particulièrement atroce qu'est la colonisation. La réalité coloniale a été en permanence émaillée de conflits de tous ordres, souvent violents et sanglants. Citons pour mémoire les grèves meurtrières de 1910, 1952, 1967. Pensons plus
2. Pierre PASTOR et Richard BREARD, Gestion des conflits, La communication à I épreuve, Editions Législatives, Paris, 2004.
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près de nous aux importantes démonstrations de 1971, 1975 dans le secteur de la canne et de la fameuse "affaire ,,3 Faisans" de 1985. L'époque actuelle, qui est celle sur laquelle porte notre étude, pourrait donc être qualifiée de calme en comparaison avec ces années où il y eut des morts dans les conflits sociaux. Entre 1910 et 1967, les conflits sociaux du travail en Guadeloupe ont fait plus de 100 morts dont une femme enceinte en 1952. Les seuls événements de mai 1967 auraient fait plus de 80 morts. La Direction du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle (DTEFP) dans son analyse des conflits collectifs du travail en 2003 montre une stabilité de ces conflits entre 2000 et 2002. Entre 2002 et 2003 le nombre de conflits connaît une diminution de 42%, diminution qui est de 53% entre 2003 et 2004. Les chiffres de la DTEFP révèlent que, en 2002, 66% de ces conflits étaient à l'initiative de l'Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe (UGTG) et que, en 2003, ce chiffre passait à 70%. Ce constat de la DTEFP permet de mettre en évidence la forte implication de l'UGTG dans les conflits sociaux en Guadeloupe. Cette prégnance de la présence de l'UGTG dans les conflits sociaux du département a pour conséquence de susciter chez certains observateurs de vives condamnations à l'encontre de ce syndicat et de ses méthodes de luttes qui sont très souvent vilipendées. Syndicat majoritaire en Guadeloupe en 2004, avec 6000 adhérents, 16 unions et 268 sections, l'UGTG affiche
3. Georges COMBE, "L'explosion conflictuelle. De la signification des conflits sociaux", Etudes Guadeloupéennes, nOS,février 1992. 13

son idéologie indépendantiste et sa volonté de lutter pour la transformation des rapports sociaux. Les attaques à l'encontre de l'UGTG sont maintenant coutumières en Guadeloupe. Nous avons pu, outre les inscriptions injurieuses sur les murs à propos du syndicat, relever un article de Jacky Dahomay dont le titre: "L'UGTG : antidémocratique, macoutique et fascisante,,4 nous semble être le meilleur condensé que nous puissions proposer de l'expression anti-UGTG qui prévaut dans l'opinion publique guadeloupéenne. Face à cette formule de Jacky Dahomay, nous pouvons, pour permettre une approche globale de l'UGTG du point de vue du ressenti des analystes, et des Guadeloupéens, exposer le point de vue de Christophe Wargny qui, dans un article à propos de la situation sociale de la Guadeloupe écrit, "Rentrée scolaire retardée, grèves dans le secteur de l'énergie, chantage au départ de la chaîne hôtelière Accor, accueil touristique mis en cause, filières canne ou banane en grand danger: en Guadeloupe, le climat paraît dégradé. A situation difficile, recherche de coupables ou de boucs émissaires. Une grande partie de l'opinion et des pouvoirs a tôt fait de désigner l'Union Générale des Travailleurs de la Guadeloupe (UGTG), la centrale syndicale la plus active ,,5 de l'île. Si les statistiques produites par la DTEFP ne nous permettent pas d'avoir avec précision la durée des conflits en fonction du syndicat qui en est à l'origine, en tant qu'observatrice de la vie sociale guadeloupéenne, il nous a semblé que si les conflits sont effectivement majoritairement menés par l'UGTG, ils ne sont pas
4. www.gensdelacaraïbe.org 5. www.monde-diplomatique.fr

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particulièrement plus longs dans les seuls cas où ce syndicat en était le leader. A partir de tous ces éléments, il nous a paru intéressant de comprendre pourquoi la situation sociale en Guadeloupe pouvait sembler être en permanence traversée par des séismes, pourquoi des conflits du travail quels que soient les syndicats qui en étaient à l'initiative pouvaient autant durer dans le temps et pourquoi le dialogue social tant invoqué avait de si grandes difficultés à se mettre en place dans le département. En 2004, après avoir observé le conflit des banques aux Antilles-Guyane, il nous a semblé que ce conflit où l'UGTG, syndicat réputé pour ses actions revendicatives dures et longues, était absent, avait exactement les mêmes caractéristiques que le conflit de l'ANPE où le syndicat majoritaire, leader du mouvement, était l'UGTG. Afin d'éclairer nos hypothèses sur la structuration du fait conflictuel guadeloupéen, avec ou sans la présence de l'UGTG comme acteur, nous avons choisi d'étudier, à travers la comparaison, le conflit né du changement de convention collective qui a opposé, en 2004, les salariés des banques Antilles-Guyane affiliées à l'Association Française des Banques (AFB) à leur direction et celui de l'Agence Nationale Pour l'Emploi où, en 2001, salariés et Directions se sont opposés sur la mise en place de la Réduction du Temps de Travail. Il nous importait de comprendre, à travers la comparaison de ces deux grèves, les raisons inhérentes à la structure sociale de la Guadeloupe qui pouvaient permettre qu'en dépit des syndicats concernés par ces grèves, quelle que soit leur obédience, ces dernières s'installent dans la durée. 15

Il apparaît par ailleurs, élément rendant l'analyse et la compréhension des conflits sociaux en Guadeloupe plus complexe et plus épineuse, que ces conflits sociaux sont souvent des conflits socio-raciaux où une minorité dominante (métropolitains, Blancs créoles et/ou békés) est opposée à une majorité d'originaires dits de couleur qui constitue la catégorie des ouvriers et des salariés. Notre but à travers cette étude comparative est de vérifier l'hypothèse selon laquelle le fait conflictuel en Guadeloupe, pour ce qui est des conflits sociaux du travail, s'articule autour d'un axe principal: la "racialisation" des rapports sociaux. Cette notion de "racialisation" des rapports sociaux que Michel Wieviorka définit comme "un processus par lequel une société se représente, de façon plus ou moins décisive, comme constituée de groupes sociaux de races) en concurrence et en opposition',6 illustre de façon assez éloquente la situation des rapports sociaux, et plus largement des rapports sociaux du travail en Guadeloupe. Cette "racialisation" des rapports sociaux est elle-même soulignée et exacerbée en Guadeloupe dans des conflits sociaux du travail où recherche et affirmation identitaires, manipulation consciente ou inconsciente de l'histoire et des référents culturels connotent et soustendent largement ces conflits. Cette situation est telle que ces éléments peuvent devenir parfois le principal ressort de la mobilisation dans la poursuite des luttes engagées. Pour ce qui est des comparaisons dans le cadre d'études comme celles que nous avons menées, elles sont intéressantes en ce sens "qu'elles ont pour fonction de
6. Michel WIEVIORKA, "Racisme, racialisation et ethnicisation en France", Hommes et Migrations, n01195, Paris, 1996. 16

contrôler. Elles contrôlent (vérifient ou infirment) si les généralisations restent valables ou non pour tous les cas
auxquels elles s'appliquent. ,,7

Afin de tenir compte des influences et des interactions de tous les paramètres nécessaires à l'analyse des conflits sociaux en Guadeloupe et des tensions qui y existent, l'approche de Charles Tilly selon laquelle "comparer sans prendre en compte la globalité, l'effet de contexte, le paramètre culturel fausserait dès le départ l'analyse"g nous semble être un postulat essentiel. Cette étude est basée sur l'analyse de nombreux documents écrits tels que l'ensemble des courriers échangés entre les protagonistes salariés et les directions des deux conflits, de tracts, de protocoles d'accord, d'articles de journaux et d'entretiens réalisés avec les salariés grévistes des banques. Nous avons voulu, en choisissant d'analyser les stratégies des acteurs à travers leurs échanges écrits directs et indirects, mais aussi à travers tous les écrits intervenant dans ces conflits, montrer l'exceptionnelle dynamique qui se dégage de tels choix de moyens de communication. En effet, les écrits qui sont pour les organisations syndicales des modes d'action pour affirmer à leur direction et à leurs mandants leur détermination trouvent dans ces conflits exactement la même réponse chez ces directions qui peuvent ainsi en utilisant ce mode de

7. Giovanni SARTORI, "Bien comparer, mal comparer", in Revue internationale de politique comparée, Où en est la politique comparée?, vol. n° 1, avril 1994. 8. Michel BERGES, "Les conflits paradigmatiques de la comparaison", in Revue internationale de politique comparée, vol. n° l, avril 1994. 17

communication éviter toute rencontre physique avec les salariés. Ayant été actrice du conflit de l'ANPE, nous tenterons de restituer aussi fidèlement que possible les propos qui ont pu être retenus de ce conflit. Pour ce qui est de cette grève, des entretiens sous-tendus par une démarche scientifique n'ont pu être réalisés car notre choix n'avait pas encore été fait de l'étudier scientifiquement. Dans cet ouvrage, nous montrerons à travers l'étude des différentes étapes suivies par ces conflits leur grande similarité dans l'ensemble des processus mis en place pour faire aboutir les revendications exprimées par les salariés, ceci en dépit des syndicats qui y sont impliqués. Nous montrerons ensuite comment histoire, culture et affirmation identitaire constituent des ressorts puissants des mobilisations syndicales en Guadeloupe. Tenant compte de ces éléments et de la nature souvent socioraciale des grèves en Guadeloupe, nous tenterons d'apporter notre contribution à la réflexion pouvant permettre d'entrer dans un processus de résolution du fait conflictuel guadeloupéen qui tienne compte de ses caractéristiques propres, en vue de tenter l'instauration de rapports sociaux du travail sains et d'un dialogue social véritable, où les protagonistes pourraient enfin être des partenaires et non irrémédiablement des adversaires.

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