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Côte d'Ivoire, il faut sauver "le soldat Fesci"

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A travers cet ouvrage, l'auteur révèle au public le fonctionnement de la FESCI (Fédération étudiante et scolaire de Côte d'Ivoire). Il étudie les causes de la violence qui caractérise ce syndicat ainsi que certaines pratiques qu'il juge nuisibles pour le mouvement : culte de la personne, étranglement des valeurs, infantilisation des membres de la direction... C'est un appel au secours que l'auteur lance à la FESCI, qu'il présente comme un soldat formé pour servir sa nation mais qui est tenu loin de ses objectifs par des supérieurs plutôt préoccupés par les butins de guerre.

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Ajouté le 01 mai 2010
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EAN13 9782336277103
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CÔTE D’IVOIRE, IL FAUT SAUVER “LE SOLDAT FESCI’’

DEDICACE

Je dédie ce livre à DIEU LE TOUT PUISSANT pour l’idée et la force qu’il m’a données pour commencer et achever ce projet littéraire ; Ainsi qu’à Tous ceux qui ont été marqués à vie et ceux qui sont morts pour LA DEMOCRATIE et LA LIBERTE D’EXPRESSION en CÔTE D’IVOIRE.

SENIO WARABA-DAH-DJI

CÔTE D’IVOIRE, IL FAUT SAUVER “LE SOLDAT FESCI’’

Avant-Propos de Stéphane KIPRE Préface de Dr AHIPEAUD Martial Joseph

L’Harmattan

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Pierre-Kashadile BUKASA-MUTEBA, Le tribalisme. Analyse des faits et comportements en République démocratique du Congo, 2010. Mahmoud BEN SAÏD, La Transition préméditée, 2010. El Hadji Séga GUEYE, La Précarité du travail au Sénégal. L’expérience des employés de la Sococim et des ICS, 2010. Esther T. N. TALLAH, Guide pratique de lutte contre le paludisme, 2010. Ernest MENYOMO, Descartes et les Africains, 2010. Noël DOSSOU-YOVO, Et pourquoi l’Afrique refuserait-elle le développement !, 2010. Mahamadou ISSOUFOU TIADO, Le Niger : une société en démolition, 2010. Gaston M’BEMBA-NDOUMBA, La folie dans la pensée Kongo, 2010. Joséphine ZIBI, L’ingénierie sociale du développement. À l’école de l’eau, 2010. Danielle DIBLÉ, Amadou Hampâté Bâ. L’espace initiatique, 2010. Adon GNANGUI, Droit des déchets en Afrique, le cas de la Côte d’ivoire, 2010. Toumany MENDY, Aménagement du territoire et intégration sous-régionale ouest-africaine, 2010. Fweley DIANGITUKWA, La Thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas, 2010.
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11871-3 EAN : 9782296118713

REMERCIEMENTS Je remercie Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, Président de la république de Côte d’ivoire Et Madame Simone Ehivet GBAGBO, Première dame de la république de Côte d’Ivoire Pour leur combat historique en faveur de l’instauration de la démocratie et la liberté d’expression en Côte d’Ivoire. Je remercie Monsieur Charles Konan BANNY, Ex-Premier Ministre de Côte d’Ivoire, Ex-Gouverneur de la BCEAO, Membre du Bureau Politique du PDCI-RDA ; Monsieur Dagobert BANZIO, Ministre de la Jeunesse, du Sport et des Loisirs, Député PDCI du département de BLOLEQUIN (Côte d’Ivoire) ; Je remercie le Président Stéphane KIPRE et son épouse Mme KIPRE née Marie Laurence GBAGBO Djaya Gado pour leur soutien politique, moral et matériel.

REMERCIEMENTS SPECIAUX AUX CAMARADES : Martial Joseph AHIPEAUD, Eugène DJUE, Jean Blé GUIRAO, SORO Kigbafori Guillaume, DAMANA Adia Médard Pickass, KARAMOKO Yayoro, Charles Blé GOUDE, DIBOPIEU Jean Yves, GUEÏ Paul, KUYO serges (paix à son âme), DJEKOU Fahio Léonard, YAO Koffi Serges Théodore. Pour avoir ouvert et éclairé, en Côte d’Ivoire, les sentiers du syndicalisme scolaire et estudiantin…le vrai !

Toute ma reconnaissance à l’endroit de : - Mon père ZOUE Touho Victor et ma mère GOHE Hélène, pour m’avoir scolarisé et éduqué ; - Mr et Mme François KOMOIN ; - Mr et Mme DEH Félix ; - Mr BALLOU-BI Toto Jerôme, Secrétaire Général de l’Université de Cocody (Abidjan) ; - Mr MANE Aliou, Président de l’Université de l’Atlantique (Abidjan) ; - Pr MELEDJE Djedjro F., Doyen de la faculté de Droit (Abidjan) ; - Mr Méité Adama, ex-Directeur Général du CROU-A - Pr OURAGA Obou Boniface, ex-doyen de la faculté de Droit d’Abidjan, Mr BOHOU Jean Marie et Mr KOBI Assa pour m’avoir formé à la Science Politique ; - Mr EKRA Jacques, vice-doyen de la faculté de Droit ; - Mr NIAMIEN Théodore, Conseiller en communication du Président Stéphane KIPRE pour m’avoir coaché;
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- Mr ASSIELOU Florent, Secrétaire Général de l’U.N.G ; - Mme BAMBA Makissia, Conseillère Spéciale du président Stéphane KIPRE ; - Mlle Oumou DIAGNE pour m’avoir introduit dans la politique ; - Mr DAGNOGO Aboubacar, Président de la jeunesse de l’U.N.G ; - Joelle KABYE, Photographe du Président Stéphane Kipré - GUEI Charles Claver, SERI Louis Marchal, LAGO Fabrice, TANOH Angaman Désiré et ZOUE Touho Flora qui ont relu, corrigé et critiqué ce manuscrit ; - Mlle NAKOULMA Mariame Viviane dit “Virial l’Impériale’’, Major de la Maitrise des Sciences Politiques promotion 2008-2009 (UFR-SJAP Cocody) ; - Mr ZON Loty, pour la correction orthographique, grammaticale et syntaxique de ce manuscrit ; - Mr SOUMAHILA Olahidé (mon Professeur de Français en 5e), pour m’avoir fait prendre conscience de mes aptitudes en littérature ; - Mme ALLANGBA née Namama FADIGA, Directrice de la Communication au M.J.S.L pour m’avoir encadré et encouragé ; - Mr Geoffroy BAILLET ; - Mme SAKANOKO Soungbè ; - Mme YAO Liliane, Mr LEKPAHI Déh, Mme KOUASSI Charlotte, Mlle YOMAN Roseline, Mr KONAN Florent, Mr COULIBALI Oualéléya et Mr ALLANGBA Ndri Jean Pierre et à tout le personnel du M.J.S.L pour leur soutien ; - Mrs Hervé et Honoré ZAGADOU pour leur soutien ; - Mrs Zomy Tia Francis, Takouo Boniface, Bohoun Serge et Kpadé Evariste ; 9

- le Bureau Exécutif National de la Coordination Nationale des Elèves et Etudiants et celui de la Jeunesse de l’U.N.G ; - Mr AKA Laurent, PDG du groupe ABC Edition ; - Mmes Akabla Béatrice et Youdé Virginie pour les “Deux riz-Une sauce’’ en faveur de la FESCI ; - Mrs BANCE Dingada Stéphane, KRA Christophe Kouamé et DIARRASSOUBA Ibrahima pour leur appui logistique ; - tous les responsables et militants actifs, espoirs de la renaissance de la FESCI ; - tous les élèves et étudiants de Côte d’Ivoire - tous ceux que je ne cite pas et à qui DIEU rendra, dans le silence et au centuple, tout le bien qu’ils m’ont fait.

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AVANT-PROPOS
Je voudrais soumettre à l’attention du lecteur, ce passage éloquent de l’allégorie de la caverne de Platon qui montre la situation des hommes devant la vraie lumière. ‘‘ Supposons des captifs enchaînés dans une demeure souterraine, le regard tourné vers la paroi opposée à l’entrée, et dans l’impossibilité de voir autre chose que cette paroi. Elle est éclairée par les reflets d’un feu qui brûle au-dehors, sur une hauteur à mi-pente de laquelle passe une route bordée d’un petit mur. Derrière ce mur, défilent des gens portant sur leurs épaules des objets hétéroclites, des statuettes d’hommes, d’animaux…etc. De ces objets, les captifs ne voient que l’ombre projetée par le feu sur le fond de la caverne ; de même, n’entendent-ils que l’écho des paroles qu’échangent les porteurs. Habitués, depuis leur naissance, à contempler ces vaines images, à écouter ces sons confus dont ils ignorent l’origine, ils vivent dans un monde de fantômes qu’ils prennent pour des réalités. Que si l’un d’eux est délivré de ses chaînes et traîné vers la lumière, il sera d’abord ébloui et ne distinguera rien de ce qui l’entoure. D’instinct, il reportera ses regards vers les ombres qui ne blessèrent point ses yeux et pendant quelques temps, les croira plus réelles que les objets du monde nouveau où il se trouve transporté. Mais quand ses yeux se seront accoutumés à l’ambiance lumineuse, il pourra percevoir ces objets réfléchis dans les eaux, ensuite en affronter la vue directe. La nuit, il contemplera la lune et les constellations, et enfin deviendra capable de soutenir l’éclat du soleil. Alors, il se rendra compte que sa vie antérieure n’était qu’un rêve sombre. Et il plaindra ses anciens compagnons de captivité. Mais s’il redescend auprès d’eux pour les instruire, pour leur montrer l’inanité des fantômes de la caverne et leur décrire le monde de la lumière, qui l’écoutera sans rire, qui surtout donnera créance à sa divine révélation ? Les plus sages eux-mêmes le traiteront de fou et iront jusqu’à le menacer de mort s’il persiste dans sa généreuse tentative’’1 .

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Platon, in la République, Editions GF Flammarion p.39

Ce détour de l’allégorie de la caverne permet de saisir la quintessence de Côte d’Ivoire : Il faut sauver “le soldat FESCI’’. Cet ouvrage est l’œuvre d’un auteur, qui fait le deuil de ce qu’il avait cru être la FESCI, pour affronter la réalité du mouvement estudiantin qu’il livre, un peu comme dans l’allégorie de la caverne, à ses compagnons, mais aussi à la postérité. Côte d’Ivoire, il faut sauver “le soldat FESCI’’ est le récit du parcours initiatique d’Arsène Touho, qui le partage entre les images, les espoirs et ambitions qu’il avait fondés sur la FESCI et la réalité, la vérité même de ce syndicat estudiantin. Cette initiation prend corps avec la Côte d’Ivoire des années 1990. Le pays peine à contenir son unité devant les exigences des bailleurs de fonds. Ceux-ci attendent d’elle, des réformes devant garantir le remboursement des prêts qui lui ont été consentis. Dans cet environnement nouveau, le régime d’Houphouët-Boigny comme tous ceux de ses pairs, se surprend à jouer les prolongations devant la rue qui a désormais soif de changement. En Côte d’Ivoire, ‘‘Le Vieux’’ cède sur toute la ligne. Il ouvre le jeu politique et fait même le deuil de son orgueil en acceptant de se soumettre à un plan d’ajustement structurel. Conduit par le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara, ce plan a des relents sociaux difficilement supportables pour le monde universitaire et estudiantin. Suppression des cars d’étudiants – fermeture des internats – salaire à double vitesse etc… Ce train de mesures fait perdre pied au parti au pouvoir dans ce milieu qui fournissait déjà l’essentiel du personnel politique de l’opposition. L’Université devient dès lors une bastille à prendre autour de laquelle, pouvoir et opposition s’affrontent. Cette configuration du paysage politique place la FESCI aux avant-postes des revendications corporatistes et surtout politiques. Que peut bien être cette organisation qui a été un véritable épouvantail pour le fondateur de la Côte d’Ivoire moderne?
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De la FESCI, beaucoup de choses ont été déjà dites, parfois même avec une rare malveillance et intention affichée de nuire. Mais le témoignage d’un des acteurs parmi les plus introduits de l’organisation (“anti-chambriste’’, 1er secrétaire adjoint à l’information Section-Droit, 1er secrétaire adjoint à l’organisation Section-Vridi, secrétaire à l’organisation SectionDroit, secrétaire général Section-Droit) emporte la marque de l’inédit parce qu’il apparaît comme ‘‘l’eau qui sort de la bouche du poisson’’. C'est une voix qui sort du ventre même de cette organisation estudiantine. C’est en quelque sorte, la FESCI vue par elle-même. L’ouvrage que vous tenez dans vos mains est une œuvre bâtarde au sens le plus noble du terme, en cela qu’elle partage sa substance entre une connotation biographique, et une signification politique. Dans Côte d’Ivoire, il faut sauver “Le soldat FESCI’’, Arsène Touho se dépeint, retrace son parcours scolaire et universitaire en même temps qu’il fait le procès d’un système dans lequel il s’est investi sans pour autant pouvoir réellement s’en accaparer. Tout commence à partir des années collège. A la faveur des agitations sociales qui secouent la Côte d’Ivoire des années 90, Arsène anime des mouvements populaires à Agboville, avec des amis du Lycée. Il s’invite, en vérité, à une adolescence presqu’insouciante, mais suffisamment dangereuse qui se joue sur le fil d’une arrestation manquée. Cette adolescence insouciante lui donne le goût des bandes qui évoluent dans une sorte d’union sacrée. A l’Université, il découvre la FESCI, sans y avoir été réellement préparé. Un peu par suivisme, il rentre dans le mouvement sans véritable parrain. Ses faits d’armes, dans cet univers qu’il peine à circonscrire au départ, commencent dans une action au Collège IGES de Yopougon. Il se fait remarquer et gravit ensuite tous les échelons à la FESCI, tous sauf un seul, le plus déterminant, le plus prestigieux, le poste de Secrétariat général national.

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Il a contribué à faire des rois à la FESCI, sans pour autant arriver à se faire couronner lui-même, dans ce « royaume » qu’il a cru vraiment connaître. Comme dans une sorte de parousie, le syndicat se révèle à lui sous un visage glauque et avili. Cette révélation produit sur Arsène, le même effet que les rayons de soleil ont eu sur le prisonnier de l’allégorie platonicienne de la caverne. Comme ce prisonnier ébloui par le soleil, une fois sorti de la caverne, qui a compris qu’il prenait les vessies pour des lanternes, il a saisi que la vérité de la FESCI n’était pas ce qu’il avait cru, mais qu’elle est ce qu’il aurait dû croire. Il perçoit alors que ‘‘Toute théorie selon laquelle la démocratie prend ses racines dans la réalité objective est rejetée comme on écarte une interprétation d’une naïveté désarmante, une chimère dont celui qui étudie le domaine de la politique doit chercher à se libérer’’ 2 et que ‘‘ce n’est pas la raison qui détermine le destin des hommes, mais la ruse, la tromperie et la force’’3. Comme toutes les organisations qui se veulent fortes et incontournables, la FESCI n’échappe pas aux contradictions qui ont fini par lui donner ses deux faces de Janus. Ombres et Lumières. Ombres pour les coulisses, les anti-chambres qui la maintiennent dans son fonctionnement, et lumières pour ce que l’on veut donner comme image à l’extérieur. Mais si l’on y prend garde, les ombres prendront le pas sur les lumières. Si on ne sauve pas “le soldat FESCI’’, l’affairisme, le clientélisme, ou encore les intronisations prendront le pas sur l’idéal de la structure qui reste, l’amélioration des conditions de vie et d’études des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire. Arsène a le mérite de présenter la FESCI, non pas dans ses rapports avec les autres structures syndicales universitaires, mais dans son procès avec elle-même. Son ouvrage est une sorte d’introspection, c’est une voix qui vient du ventre même du syndicat estudiantin, donc forcément crédible et qui nous fait tomber les écailles des yeux.
John H. Hallowell, dans ‘‘ Les Fondements de la Démocratie’’. Editions Nouveaux Horizons p.14 3 Idem
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Loin de l’entité homogène qui s’est posée en véritable casse-tête des gouvernants des années 90, avant de s’ériger en bouclier du régime de Laurent GBAGBO, la FESCI est en réalité une structure hétéroclite qui couve des contradictions insoupçonnées, et parfois violentes. Arsène fait également l’exégèse des trahisons parfois écœurantes dont il a été la victime expiatoire. Il se repend dans son ouvrage, d’avoir abusé de ces condisciples étudiants, en s’appuyant sur sa position à la FESCI. Il explique comment à l’image des grandes mafias européennes ‘‘los padrinos’’, les parrains ou comme il les appelle, ‘‘les grands électeurs’4’ de la FESCI ont des avis déterminants dans la marche et le fonctionnement du mouvement. Bref, il explique comment ce qu’il avait entrevu naïvement comme l’apprentissage et l’exercice de la démocratie, est devenu, l’expression de la parole unique, du monologue des parrains, c’est à dire l’espace de la pensée par procuration qui n’élève nullement ceux qui s’y adonnent. Et la conclusion qu’il en tire, c’est qu’on ne sort jamais de la FESCI comme on y rentre. C’est une des leçons majeures qui se dégage de cet ouvrage. N’y est il pas rentré ARSENE TOUHO pour en ressortir SENIO WARABA-DAH-DJI ? Cette leçon sonne comme une alerte dans une Côte d’Ivoire qui se doit de relever les défis du développement, avec une jeunesse à la tête bien faite et bien pleine. Les regards scrutateurs se tournent ainsi vers le mouvement et interroge, à laquelle des deux faces de la FESCI, les ivoiriens auront-ils affaire, dans un pays qui doit se recoudre et refaire son unité après la crise qu’il a traversée? La question reste ouverte et s’enrichira certainement des réflexions qui l’accompagneront ultérieurement. C’est là à mon sens, l’intérêt fondamental de cet ouvrage, qui demande tout simplement que la FESCI revienne à ses engagements initiaux. Stéphane KIPRE Président de l’Union des Nouvelles Générations (U.N.G)
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Les anciens de la FESCI, Damana Pickass et Kacou Brou dit KB

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PREFACE
La FESCI, syndicat de lutte ou armée au service de la barbarie ? Cette question lancinante ne peut être évitée par quelque personne, surtout si celle-ci est ‘‘Le Vieux-Père’’ fondateur de cette organisation. Aussi loin que mes souvenirs vont, je ne vois pas un moment de mon combat que j’aurai à regretter, surtout que les raisons existent pour ne pas le faire. Car lorsque la fougue de la jeunesse nous poussa dans la rue pour exiger et obtenir le multipartisme, je n’avais jamais imaginé autre chose que la foi en notre jeunesse et notre peuple en général, par sa créativité, son volontarisme et son éternel optimisme. Ivoirien de fibre multiséculaire pour se consacrer au temps nouveaux, je n’ai jamais admis que la foule avait raison ou que l’illuminé portait en lui la destinée de toute une nation. Ce que je savais, c’est qu’un homme doit se fier à son Libre Arbitre et donc à sa conviction profonde. Certes, il est vrai que tout au long des courses poursuites dans les bas-fonds de « Dien-Bien-Phu »5 ou du Campus, ou alors dans les rues d’Abidjan avec les Forces de l’ordre, je pensais toujours que c’était pour le futur que je sacrifiais mes années de jeunesse. On disait alors, La Lutte, c’est-à-dire, un engagement désintéressé, passionnel et, à la limite de la folie, pour le mieuxêtre de notre peuple, à commencer par les étudiants et les élèves autoproclamés « Parents » comme pour assumer notre rôle de fer de lance de la renaissance de notre Nation par l’avènement d’un

Dien-Bien-Phu, du nom de la célèbre bataille qui opposa les forces françaises aux révolutionnaires Vietcong en 1954, est devenu le pseudonyme de la route creuse qui sépare le Campus de Cocody au CHU en raison des grandes batailles qui opposèrent les étudiants aux forces de l’ordre entre 1990 et 1993. Passer DBP devenait le symbole du courage puisque les forces de l’ordre nous y attendaient toujours pour nous barrer la route de la ville, souvent sans succès puisque nous les prenions à revers en ouvrant plusieurs de fronts de percée tactique.

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nouveau système politique fondé sur la Liberté, la Justice et le Travail. « Quand je regarde les vallées et les cieux », dit le psalmiste de l’œuvre de Dieu, il peut s’exclamer que « Dieu est Grand ». Qu’en est-il alors de notre œuvre terrestre, certainement imparfaite ? La FESCI devrait-elle survivre ? Qu’avons-nous servi à notre pays : un ramassis de voyous ou une jeunesse bien formée capable d’assumer ses responsabilités en son temps ? Il faut avoir lu le texte de Sénio, un de ces acteurs coriaces de cette organisation, peinte et dépeinte comme le monstre dont la mort résoudrait tous les problèmes de la nation, sinon de l’école ivoirienne, pour se convaincre que nous n’avons pas travaillé en vain comme l’apôtre Paul pouvait le dire. Car « Waraba-dah-dji », le crachat du tigre, est un authentique fesciste, un lutteur de premier ordre. Il fut au début de la lutte pour l’avènement du multipartisme tout comme en ses temps de braise avec la période de la guerre dite des patriotes du Nord et du Sud. Sans fioriture, il livre au lecteur son expérience d’anti-chambriste, c’est-à-dire, d’homme de terrain qui a travaillé avec abnégation pour son organisation et son pays. Certes, il ne peut donner des détails sur les ramifications stratégiques de l’organisation avec le pouvoir de la refondation puisqu’il n’est pas le chef. Mais, clairement, il dit que son combat et son engagement restent pour celui en qui il a cru et certainement pour qui il sera encore prêt au sacrifice de sa vie. Ses vérités, loin de n’être que salive, deviennent alors le point de vue d’un authentique témoin de son temps. Son style d’écriture en ajoute à l’agréable sensation de polar pourtant réel que l’on a en parcourant le texte. Une chose est d’apprécier ce témoignage poignant de l’histoire présente. Mais une autre demeure de savoir que faire pour l’avenir, c’est-à-dire, remettre ce syndicat de formation politique et de mieux-être sur les rails du débat contradictoire sans la horde des
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« gbonhi » ou groupes d’action dont les objectifs sont notoirement contraires aux idéaux de l’organisation. La FESCI, dit-on, est un esprit ! Alors que Dieu nous donne de ramener vers lui cette organisation qui est née à la Sainte Famille, cette église catholique de la Riviera Golf d’Abidjan, ce jour de 21 Avril 1990. Puisse la lecture de l’œuvre du jeune frère vous interpeller, Parents ! Car la lutte ne fait que commencer. Comment ne pas y croire ?

Dr AHIPEAUD Martial Joseph Membre fondateur et Premier Secrétaire Général de la FESCI (1990-1993), Président de l’Union pour le Développement et les Libertés (UDL).

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INTRODUCTION
« Des étudiants de la FESCI se découpent à la machette », « FESCI : des élèves tabassent un professeur », « crise à la FESCI : les machettes réapparaissent sur le campus », « descente musclée de la FESCI au tribunal : des magistrats séquestrés et dépouillés, du matériel emporté », « la FESCI tabassent les enseignants » (la Une du quotidien ‘’L’Expression’’ du mardi 1er Décembre 2009) etc. Voici là un aperçu des titres qui ont barré la Une des journaux ces dernières années quand il s’est agi de parler de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). Ce syndicat créé à l’origine pour défendre la cause des élèves et étudiants de Cote d’Ivoire a très tôt basculé dans la violence. Ses dirigeants, eux, générations après générations ont volontairement tourné le dos à la vocation première du militantisme scolaire et estudiantin pour s’inscrire dans un affairisme sans frontière. Désormais, pour voir la FESCI en action, il faut patienter et attendre le choc des grands enjeux politiques. Elle a tellement pris goût au rôle avant-gardiste qu’elle a joué, ces dernières années, à l’occasion des crises politico-sociales qu’elle a fini par se retrouver, les deux pieds joints, dans l’arène politique. Plus aucun sujet politique n’échappe à la FESCI en cela que « tous les sujets politiques touchent », selon l’argument classique, « à des questions d’intérêt national ». Imposer leurs positions politiques très souvent assorties d’intérêts économiques a souvent obligé les Fescistes à développer des réflexes de violence. Pourquoi la FESCI a-t-elle plongé dans la violence aussi tôt pour ne plus jamais en ressortir jusqu’aujourd’hui ? Pourquoi et comment la quête effrénée de l’argent s’est-elle emparée des Fescistes ? La FESCI originelle telle que la Côte d’Ivoire l’a connue dans toute sa rigueur idéologique et revendicative peut-elle renaitre ? Répondre à toutes ces questions impose une approche analytique de la FESCI, mais surtout de son histoire que l’on ne

peut appréhender qu’à partir d’une démarche exploratoire de l’histoire même des idées politiques en Cote d’Ivoire. Aux lendemains de son indépendance, la Côte d’Ivoire commence à être gagnée par les échos du socialisme et du communisme. Les nouvelles idées révolutionnaires prospèrent à l’Université. A l’UNEECI (Union Nationale des Etudiants et Elèves de Côte d’Ivoire), syndicat estudiantin, il faut désormais compter avec deux courants idéologiques : l’un favorable au pouvoir en place et l’autre partisan du changement. En 1968, l’UNEECI organise son congrès. Les partisans du parti unique au pouvoir, face au candidat Laurent GBAGBO7, sont mis en minorité par les étudiants. Le président Houphouët Boigny, en colère, dissout l’UNEECI et crée le Mouvement des Elèves et Etudiants de Côte d’Ivoire (MEECI), sous-section du PDCI-RDA8. A l’entame des années 70, des intellectuels ivoiriens “infectés’’ par le “virus’’ du changement commencent à élever la voix pour réclamer la réorganisation du système politique et la modification des mentalités. Le jeune KRAGBE Gnagbé3 est de ceux là. Fraîchement revenu de l’occident où il a étudié, il choisit le style maquisard des révolutions Sud-Américaines pour engager, lui et ses camarades une propagande sécessionniste sans précédent dans la région de Gagnoa. Le parti unique dirigé par Félix Houphouët Boigny estime que la nation ivoirienne est trop jeune pour qu’il soit permis à des trublions de perturber son “allaitement’’. Ils sont réduits au silence dès le 30 octobre 1970 par l’armée ivoirienne conduite par Gaston Ouassénan KONE6. Comme la révolution est aussi insaisissable qu’une trainée de poudre, l’élimination de KRAGBE Gnagbé n’arrête pas l’éveil des consciences. A l’orée des années 80, “l’épidémie’’ mondiale du Vent de l’Est atteint la Côte d’Ivoire. Une autre génération d’intellectuels “infectés’’ par le virus de la Perestroïka1 libéré par Mikhaïl Gorbatchev2 s’investit de la mission aussi historique que “suicidaire’’ d’affronter le regard du père de la nation pour lui demander d’accepter la démocratie en instituant le multipartisme. Ce sont, entre autres, GBAGBO Laurent, ZADI Zaourou9, BAMBA Moriferé10, Simone Ehivet11, Aboudramane 22

SANGARE12, BOGA Doudou13, Marcel ETTE14. Métamorphosés par leurs convictions idéologiques, endurcis par les emprisonnements à répétition et les exils forcés et rendus célèbres par les persécutions, ils ne laissent ni répit, ni espace paisible au pouvoir en place. Epuisé par le poids de l’âge, mais surtout à court de stratégies efficaces d’intimidation et d’arguments politiques dans un environnement mondial marqué par l’avancée fulgurante de la démocratie, “Le Vieux’’ cède devant la pression d’un peuple qui “voit désormais clair’’ et qui est devenu de moins en moins respectueux de lui. En 1990, il signe le décret portant instauration du multipartisme. Le multipartisme légalisé, les revendications politiques vont quitter les ténèbres de la clandestinité pour s’afficher au grand jour. La jeune opposition ivoirienne est animée par quatre principales formations politiques : l’Union Sociale Démocratique (USD) dirigée par ZADI Zaourou, le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) dirigé par Francis Wodié15, le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Parti Socialiste Ivoirien (PSI) de BAMBA Moriféré. La cible sociale privilégiée de tous est l’ensemble des travailleurs parce qu’ils sont considérés, en raison de leur place de chef de la cellule familiale, comme des leviers de la société. Dans cette mouvance générale, le FPI composé en majorité d’enseignants choisit une autre orientation. Laissant le recrutement des travailleurs ivoiriens aux autres formations, il oriente son “navire de conquête’’ vers l’enseignement. Pour Laurent Gbagbo et ses camarades, les enseignants, les élèves et les étudiants sont les multiplicateurs sociaux par excellence. Plus proches des difficultés engendrées par la crise économique, ils sont de surcroit dotés de capacités intellectuelles qui leur permettent de relayer le message du changement scandé par l’opposition. Dans cet élan, le FPI en arrive très vite à la conclusion qu’il faut donner une dimension de plus à son combat politique en alimentant le syndicalisme scolaire et estudiantin par la création de ses structures « à lui ». Maitriser l’opinion du monde scolaire et universitaire devient une priorité pour les frontistes. Dans un contexte historique favorable, ils n’ont aucun mal à enrôler la FESCI en soutien au syndicat des
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enseignants le SYNARES (Syndicat National de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur). Créée par une assemblée générale le 21 Avril 1990 à l’église Sainte Famille de la Riviera, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire, fœtus, était déjà bien partie pour contrôler l’espace universitaire en cela qu’elle fédère environs cinq associations. C’est d’ailleurs pour cela que BAMBA Moriféré et Marcel ETTE, chefs d’orchestre de l’Assemblée Générale de la Sainte Famille et qui militaient plutôt pour la création d’un syndicat indépendant de l’opposition démocratique, ne pourront rien contre la dynamique de conquête enclenchée depuis les hauts milieux du FPI. Dès lors la FESCI et le SYNARES vont s’approprier la lutte revendicative de leurs corporations respectives afin, principalement d’améliorer les conditions de vie et de travail de leurs militants et subsidiairement de créer les conditions de déstabilisation démocratique du parti au pouvoir. Dans cette dynamique, Marcel ETTE secrétaire général du SYNARES faisait très bien dans le milieu des enseignants ce qu’AHIPEAUD Martial16 premier secrétaire général de la FESCI faisait parmi les élèves et étudiants. Il ne se passait plus un grand meeting ou une manifestation importante du FPI sans que le secrétaire général de la FESCI ne soit invité à prendre la parole. Par voie de conséquence, les mesures répressives prévues à l’origine pour les “opposants encombrants’’ ne vont point épargner les leaders syndicaux “récalcitrants’’. Martial AHIPEAUD est arrêté et emprisonné déjà en 1991 pour « troubles à l’ordre public ». La FESCI elle-même est dissoute par le Président de la république et Président du PDCIRDA FELIX HOUPHOUET BOIGNY5. Pour avoir osé organiser une marche le 18 Février 1992 pour protester contre la barbarie perpétrée dans la nuit du 17 au 18 mai 1991 à la cité universitaire de Yopougon par la FIRPAC (Force d’Intervention Rapide Para Commandos) dirigée par le chef d’état major Robert Gueï17, une centaine de personnes dont Laurent Gbagbo, son épouse Simone EHIVET et des étudiants sont arrêtés et jetés en prison.
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Héritant d’une FESCI dissoute SORO Guillaume18 et ses camarades dont DAMANAN Pickass19, KARAMOKO Yayoro20, BLE Goudé Charles21 n’entendent point baisser les bras. Mais la clandestinité s’impose quand même à eux. Ils continuent la propagande pour présenter “le visage hideux du régime’’ non sans développer les reflexes de protection nécessaires à la survie d’un fugitif. La rapidité dans le geste et dans le camouflage de l’homme traqué sera progressivement remplacée par la violence défensive du fugitif. A Dibonan KONE, Ministre de la sécurité du gouvernement Bédié, qui considère que « dorénavant tous ceux qui se réclameront de la FESCI seront considérés comme des hors-la loi », Soro ne manque pas de répondre : « si vous voyez Dibonan dites lui que moi aussi je le cherche ». Le 17 septembre 1995, il est arrêté dans un taxi au niveau de Yopougon-sable et conduit à la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), puis à l’école de police. En 1998, suite au meurtre de l’élève Elélé Sombo Mages du Lycée Moderne d’Anyama, sous l’impulsion de Soro, la FESCI paralyse l’école et exige des sanctions. La pression paye et le sergent Kouassi Kouakou auteur du coup de feu meurtrier est mis aux arrêts. Le Proviseur et le Commissaire de police d’Anyama4 sont limogés. Toutes ces actions triomphales vont valoir à Soro une popularité indiscutable. En 1997, Il est d’ailleurs élu l’Homme de l’Année en Côte D’Ivoire. Sous pression, Bédié est obligé de désavouer Houphouët Boigny pour réhabiliter de nouveau la FESCI. Cependant, ce retour à la normalité ne donne pas l’occasion aux Fescistes d’abandonner la violence. Ils semblent avoir retenu de leur triste passé récent que la violence est un moyen très efficace pour faire passer ses opinions. Triste leçon enseignée que celle-là ! Désormais, plus aucune opinion contraire n’est tolérée sur le campus. Ainsi, des étudiants sont-ils matés pour avoir consciemment ou inconsciemment violé un mot d’ordre de grève. Même le respect sacré et révérencieux du maitre n’échappe pas à la nouvelle mode : professeurs séquestrés pour avoir été trouvés dans un bureau ou pour avoir côtoyé un amphi en période de grève.
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C’est dans ces conditions qu’arrive le 10è anniversaire de la FESCI. La cérémonie a lieu au forum de l’Université de Cocody et le parrain n’est autre que le “père spirituel’’ Laurent GBAGBO. Une affaire de 10 000 000 (dix millions de francs) qu’il aurait offerts à la FESCI crée la suspicion générale. En plus d’être accusé d’avoir détourné cette somme, le Secrétaire Général Charles Blé Goudé est encore soupçonné d’avoir reçu « une enveloppe kaki lourde » au cours d’une audience secrète qu’il aurait eue « un dimanche » avec le Dr Alassane Dramane Ouattara Président du RDR (Rassemblement Des Républicains). C’est la déchirure ! D’un coté, les dissidents conduits par Doumbia Major22 (secrétaire à l’organisation du bureau exécutif national) favorables au débarquement de Blé Goudé et d’un autre coté, les partisans de ce dernier déterminés à défendre avec bec et ongle son pouvoir. C’est parti pour ce qu’on a appelé « la crise des machettes ». Cette crise va durer parce que derrière l’argument exhibé de la « haute trahison » de leur Secrétaire Général, se cache, semble-t-il, la volonté de Doumbia Major et les dissidents de récupérer le mouvement pour le compte du RDR23. Lorsque le calme s’installait peu après que les loyalistes de Blé Goudé aient pris le dessus sur les dissidents bien que les victimes soient partagées (morts et blessés), il était maintenant question de l’élection présidentielle de l’an 2000. Sans surprise, Charles Blé Goudé appelle la jeunesse ivoirienne à voter pour Laurent Gbagbo en vertu de l’article 2 du règlement intérieur de la FESCI qui stipule : « la FESCI est apolitique… mais elle se réserve le droit de se prononcer sur toutes les questions d’intérêt national ». Jusque là, la FESCI reste dans son rôle de mouvement avant-gardiste des élèves et étudiants même si la société, dans son ensemble, commence à se méfier d’elle à cause du manteau de violence qu’elle porte désormais. En Octobre 2000, Laurent Gbagbo est élu président de la république. C’est à partir de cette date que la FESCI va connaitre sa chute vertigineuse. Une équation se pose à elle : doit-elle garder la même culture radicale de la gauche révolutionnaire face à ses
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parrains arrivés au pouvoir ? Si elle choisit de “caresser’’ ses parrains, par quels procédés va-t-elle arriver à poser efficacement les problèmes de l’école ivoirienne ? Elle en était encore à se ronger les ongles lorsque la guerre éclata le 18 Septembre 2002. Joli prétexte que cette sale guerre ! - « … c’est quand un pays existe qu’on peut parler de droit de l’homme, de développement, d’école. Levons nous, camarades, pour défendre notre souveraineté, notre liberté contre l’impérialisme afin de garantir notre avenir ainsi que celui de nos petits frères… ». C’est ce discours, ô combien de fois cohérant, qui servait désormais de drap aux Fescistes pour se couvrir de leur inertie sans issue. De toutes les façons, l’argument du patriotisme brandi ne valait pas pour les tenants de la thèse selon laquelle : « l’ère de la conquête est passé, nous sommes à l’ère de la cueillette ! » Ceux-ci sont malheureusement les plus influents à la FESCI. Il s’agit de ceux qui ont connu « l’ère de la conquête » et qui sont encore là (les anciens) et non des nouvelles générations qui, elles, veulent s’exprimer maintenant. Ayant acquis une certaine notoriété par l’effet des crises à répétition, ces anciens ont fini par avoir une main mise sur la FESCI. Après avoir décidé de ne pas “déranger’’ la quiétude des parrains “trop occupés’’ à gérer les affaires de l’Etat, ils ont décidé d’inscrire la FESCI au “PMU’’ (Pari Mutuel Urbain). En effet, le mouvement est devenu “un cheval de course’’ qui fait gagner “l’argent en vitesse’’. Mais ce cheval a une particularité, il ne sort que pour “courir’’ pour les initiés. Boycotter les passations de charges dans les directions et ministères, empêcher le déroulement de procès, se substituer à la justice pour régler des contentieux en se constituant en tribunal de fortune aux dépens des parties, empêcher le déroulement de procès, sécuriser des manifestations en échange de primes constituent désormais les terrains sur lesquels les Fescistes opèrent. Le plus révoltant c’est que les primes et cachets profitent souvent aux “managers’’ occultes et presque jamais aux acteurs directs.
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