De l'unité africaine de Nkrumah à l'Union africaine de Kadhafi

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L'idée de l'Unité africaine fascine les Africains, au point de susciter des rassemblements qui occultent les différences et les différends. Si la relance de l'idée, après la sclérose de l'OUA, est la preuve que l'Union africaine est désormais un rêve partagé, une question demeure : pourquoi un projet porteur du destin continental a-t-il du mal à se matérialiser ? Au-delà des réponses coutumières, il en est une essentielle: "l'unité politique n'est pas réalisable sans unité culturelle".

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Date de parution 01 février 2008
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EAN13 9782296189140
Langue Français

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De l'Unité africaine de Nkrumah
à l'Union de KadhafiEtudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions
Sylvain Sorel KUATE TAMEGHE, Jalons d'une habilitation à
diriger des recherches. Une expérience à partir du droit issu du
traité OHADA, 2007.
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2007.
Fédération des Congolais de l'étranger, La renaissance de la
République Démocratique du Congo, 2007.
Fédération des Congolais de l'étranger, L'avenir de la question
noire en France, 2007.
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Moustapha DIOP, Enjeux et défis démocratiques en Guinée
(février 2007
- décembre 2010), 2007.
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Sénégal,2007.
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atypique,2007.
Pierre-Michel DURAND, L'Afrique et les relations
francoaméricaines des années soixante, 2007.
Bernadette RWEGERA (sous la dir.), Ikambere et la vie
quotidienne des femmes touchées par le VIH/SIDA, 2007.
Franklin J. EYELOM, L'impact de la Première Guerre
mondiale sur le Cameroun, 2007.
Alphonse NDJATE OMANYONDO N'KOY, Gendarmerie et
reconstruction d'un État de droit au Congo-Kinshasa, 2007.
Daniel Franck IDIATA, Les langues du Gabon, 2007.
Alsény René Gomez, Camp Boiro, Parler ou périr, 2007.
Paulin KIALO, Anthropologie de laforêt, 2007.
Bruno JAFFRE, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou
la mort..., nouvelle édition revue et augmentée, 2007.
Mbog BASSONG, Les fondements de l'état de droit en Afrique
précoloniale, 2007.
Igniatiana SHONGEDZA, Les programmes du Commonwealth
au Zimbabwe et en République sud-africaine, 2007.Fulbert Sassou ATTISSO
De l'Unité africaine de Nkrumah
à l'Union de Kadhafi
L'HARMATTAN@ L'HARMATTAN,2008
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
ht1p:/ /W\VW .librairieharnlattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04742-6
EAN: 9782296047426Je dédie cet ouvrage à tous les grands panafricanistes et
martyrs (Kwan1e Nkr un1ah, Sylvanus Olympio, Modibo Keïta,
Sékou Touré, Ruben Urn Nyobé, Félix Moun1ié An1ilcar Cabral,
Cheick Anta Diop, Thon1as Sankara, Web Dubois, Sylvester
William, Marcus Garvey...) qui ont fait Ie sacrifice de leur vie
pour que l'Afrique connaisse des lendenlains qui chantent et
que la race noire s'affirn1e comn1e acteur agissant de I 'histoire
n10ndiale.«Il ne saurait y avoir de réelle
indépendance et de véritable développement
économique, social, politique et culturel de
l'Afrique sans l'unification du continent. »
Kwame Nkrumah
« Le plus inlportant, ce n'est pas ce que
I 'histoire a fait de nous, nlais ce que nous
faisons de ce que I 'histoire afait de nous. »
Jean-paul SartreRemerciements
J'adresse mes remerciements à Roland Kpagli, journaliste, à
Gaba Cyriaque, cadre infornlaticien chez « Oracle» et à Liliane
N sengimana, informaticienne.
Je remercie Monique Vandenabeele qui m'a apporté un
grand concours dans la réalisation de cette œuvre.Prologue
L'Appel historique lancé le 9 septembre 1999 par le chef
d'Etat libyen, le colonel Khadafi, depuis sa ville natale de Syrte,
a fait son chemin et atteint son but en 2002 à Durban, en
Afrique du Sud, avec la création de l'Union africaine. Les
cinquante-trois Etats de l'Afrique ont reçu cet important message
et travaillé, société civile et dirigeants politiques réunis, pour
matérialiser ce projet que tout le monde sait être la seule
réponse aux problèmes de l'Afrique. Cinq rencontres au
sommet des chefs d'Etat ont permis de porter sur les fonts
baptismaux l'Union africaine (UA) qui a succédé à
l'Organisation de l'Unité (OUA),complètement délitée dans
les dernières années de son existence.
L'Organisation de l'Unité Africaine, qui a vécu pendant près
de quarante ans (1963-2002), était, faut-il le rappeler, le produit
d'un cotnpromis boiteux réconciliant deux écoles: celle de
Monrovia et de Casablanca, et deux conceptions opposées de
l'Unité africaine. Elle était surtout la solution alternative
trouvée par le sotnmet d'Addis Abeba à la proposition de la
délégation ghanéenne de réaliser en cette année 1963, l'Unité
africaine avec un gouvernement à la tête du continent, une
direction politique et un commandetnent tnilitaire.
L'Organisation panafricaine était le refus de la majorité des dirigeants
africains d'alors, la plupart père de l'indépendance de leur pays,d'entrer dans le rêve de Kwame Nkrumah, l'un des rares chefs
d'Etat qui ont compris que le continent africain n'avait pas
d'avenir en dehors de son unité. Le visage que présente
aujourd'hui l'Afrique, balkanisée et el11preinteaux conflits anllés et
aux maux de tous genres, est un hommage à la prophétie de cet
homme d'Etat et un appel à la mobilisation des peuples
africains pour la reprise du combat pour l'unification de
l'Afrique.
L'Appel de Syrte est le constat d'échec de l'OUA, et celui de
la conception qui préconisait le maintien des Etats dans la
l11archeprogressive vers l'Unité africaine. Il est surtout le
résultat de la prise de conscience unanime que l'union est la seule
solution qui assurerait à l'Afrique une place dans un monde
tourné vers la création de grands ensel11bles.
Est-il besoin de préciser que l'Unité africaine, avant de
devenir un projet politique, était un sentiment. Ce sentiment
d'unité était apparu chez les esclaves noirs déportés d'Afrique,
qui avaient compris que la solidarité raciale était nécessaire
pour résister contre les intrus. Devenu au fil du tel11psun projet
politique, ce sentiment de solidarité a germé dans tous les fils
d'Afrique qui en ont fait une conviction, un idéal à traduire
dans la réalité.
Arrivé au pouvoir en 1957, au Ghana, Kwame Nkrumah a
repris à son compte cet idéal cher aux Noirs de la Diaspora et
déployé tous les moyens pour le traduire dans le quotidien des
peuples africains. Déboulonné en février 1966, à Accra, par un
putsch militaire concocté par les ennemis de l'union, l'üsagyefo
n'a pas eu le temps de réaliser son dessein. Il n'empêche!
L'idée de l'Unité africaine qui est inscrite à jamais dans la
conscience des Africains est si forte que plusieurs années après,
elle a été relancée avec plus d'ardeur par le chef d'Etat libyen
qui n'a eu aucun mal à obtenir la mobilisation de tous les
Africains. De réunions politiques en sommets de chefs d'Etat,
trois ans ont suffi pour lever l'union que revendiquent
800 000 000 d'âmes.
Le sommet des dirigeants africains de Durban a créé en
2002, l'Union africaine qui a reçu la mission de venir à bout des
nombreux problèmes du continent. La véritable question est de
12savoir si cette Union africaine créée par les dirigeants africains
est celle à laquelle aspirent les peuples africains. Une chose est
certaine: l'Union africaine née de l'Appel de Syrte est en deçà
des espérances des peuples africains. Elle n'est pas le produit de
la conception des pères du panafricanisme, tels que (Sylvester
William, Web Dubois, Marcus Garvey...) et moins encore la
traduction dans la réalité du rêve du père de la nation
ghanéenne. Dans l'entendement des peuples Africains, l'Union
africaine c'est la démolition des frontières héritées de la
colonisation et la mise en commun des énergies dans la définition
d'un seul projet politique. L'Union africaine, c'est le retour de
l'Afrique à son histoire, à ses origines, à son identité culturelle.
C'est en cela que l'Union africaine est différente de l'Union
européenne dont la fin ultime est le repositionnement du vieux
continent face à l'hégémonie de la puissance américaine.
L'Europe s'évertue à construire une union au sein de laquelle
les Etats conserveront leur souveraineté, tandis que le projet
d'Union africaine vise à remettre en cause les Etats-nations et à
les fondre dans une vaste entité, dépoui lIée des scories du passé
colonial.
L'Union africaine version Khadafi, qui a reconduit les
Etatsnations dans les l11êmesprincipes que ceux qui ont présidé à
l'Organisation de l'Unité africaine, n'est pas celle que veulent
les Africains. Elle est plutôt la volonté de cinquante-trois Etats
appartenant à un continent de s'organiser pour parler d'une
seule et l11êmevoix face au reste du l11onde.Dans un monde où
les Etats, même les plus puissants, se mettent ensemble pour
être plus forts, l'Union africaine de Durban est une bonne chose
en soi, d'autant plus qu'elle est la volonté de solidarité politique
d'Etats qui partagent le l11ême espace géographique et les
mêmes problèmes. Si les grands efforts qui ont été faits dans le
sens de l'édification de cette Union africaine sont à saluer, ils ne
peuvent occulter l'assertion selon laquelle cette construction ne
répond pas au projet politico-culturel de l'ouverture des
frontières et de brassage des peuples que vise l'idéal panafricaniste.
L'Union africaine doit être un vaste espace sans frontière, qui
rassemble les peuples dans la réalisation d'une communauté de
destin. Cet espace géographique qui ne connaîtra plus les
13frontières de la colonisation, doit s'ouvrir aux valeurs de liberté,
de démocratie et de respect des droits humains. Il sera le lieu où
les peuples africains seront le seul détenteur de la souveraineté
et du droit de désigner les gouvernants.
Cette Union africaine qu'il faudra reconstruire et pour
laquelle l'élite émergente a le devoir de se battre, pose
une question essentielle: le Maghreb qui est différent, à tous
points de vue, de l'Afrique Subsaharienne, peut-il former avec
cette dernière l'Union africaine? Cette inquiétude vaut la peine
d'être soulevée dans la mesure où la lutte pour l'Unité africaine
est avant tout l'apanage des Noirs-Africains.
Il est connu que les leaders du Maghreb sont plus engagés
dans la lutte pour la réalisation de l'Unité arabe que dans les
combats africains. De Nasser à Khadafi en passant par
Boumédienne, le Maghreb s'est toujours montré plus proche du
monde arabe que de l'Afrique noire. A l'instar de tous les
leaders du Maghreb, le Colonel Khadafi privilégie la culture et
la religion à la proxil11itégéographique. Cette dernière qui est
souvent un fait contingent, lié aux mouvements migratoires, n'a
pas plus d'importance que la culture, la religion et la race qui
déterminent les liens de sang et de fraternité. L'unité politique
n'est pas réalisable sans unité culturelle. Les Noirs et les
Maghrébins, qui sont deux peuples dissemblables, peuvent-ils
se rassembler dans une communauté politique? Cette question
doit constituer un sujet de réflexion pour les panafricanistes,
d'autant plus qu'elle est déterminante dans la construction de
l'avenir du continent.
En Afrique, la question des races, des ethnies, des religions
et des différences en général est un sujet tabou, alors qu'elle
existe et se pose avec acuité. Le projet d'Union africaine doit
être repensé et reconduit pour répondre aux aspirations des
peuples africains. Il est inconcevable de penser qu'il existe
aujourd'hui une Union africaine alors que les Etats évoluent
chacun de son côté. Aucune dynamique unitaire n'est
développée dans aucun dOl11aine,alors que les Etats connaissent, à
quelques différences près, les mêl11esproblèmes.
Au 36e sommet de l'Organisation de l'Unité africaine, tenu à
Lomé (Togo), en 2002, Khadafi s'est écrié, après l'adoption de
14l'Acte constitutif de l'Union africaine, en ces termes: «
L'Etatnation africain qui est un héritage du colonialisme est dépassé. »
Malheureusement, l'Etat-nation postcolonial existe bel et bien
après qu'on a donné naissance à l'Union africaine. Face à ces
observations, est-il vrai d'affirmer qu'on a créé l'Union
africaine conformément aux aspirations des peuples?
Fulbert Sassou ATTISSO
15I
Qu'est-ce que l'Union africaine
L'Unité africaine ou l'Union africaine a pris naissance dans
la conscience collective des Africains en mêlne temps que le
grand fléau de l'esclavage et la traite négrière. Très tôt, les
peuples africains ont compris que la seule façon de résister et
protéger l'Afrique contre la volonté prédatrice des envahisseurs
venus du froid, est la Inanifestation d'une solidarité raciale qui
dépasse les ethnies et les régions. Conscients de la menace que
l'esclavage constituait pour le continent et ses habitants, les
Africains se sont ligués contre ces envahisseurs dont le but
ultime était la désorganisation des sociétés africaines.
L'histoire retient la résistance des peuples africains qui, par
leur bravoure et leur solidarité, ont réussi à limiter les dégâts de
cette grande tragédie humaine. Des Africains capturés en
différents endroits et faits esclaves se sont révoltés contre leur
« maître », une fois rassemblés pour le voyage dans le Nouveau
Monde. Moult révoltes d'esclaves se sont produites sur les
navires qui effectuaient le voyage sans retour, dans bien des cas,
de façon spontanée par des captifs qui au départ ne se
connaissaient pas. Cette solidarité, cette complicité grâce à laquelle des
gens qui ne se sont jamais vus, se sont unis pour défendre unecause dont les termes n'avaient pas fait l'objet d'entente
préalable, symbolise l'Unité africaine. C'est la naissance de
l'esprit d'unité chez les peuples de souche africaine, la
conscience du rassemblement. Cette manifestation émotionnelle
apparue chez les esclaves a fait naître chez l'élite africaine la
conscience du panafricanisme.
Dans le long processus de formation de la conscience de
l'Unité africaine, la colonisation, cette autre tragédie qui s'est
abattue sur le continent, prenant le relais de la traite négrière
comme pour dire que la misère qu'on a faite à l'Afrique ne
suffisait pas, a joué le rôle d'accélérateur. Les nationalistes
africains qui ont bouté les colonisateurs hors du continent, à
partir de 1960, ont compris que le seul moyen d'éloigner
définitivement de l'Afrique de nouvelles formes de servitude
était de réaliser le rassemblement des peuples. Ils ont surtout
compris que le mode de vie Î1nposé par la colonisation à
l'Afrique où les communautés linguistiques et ethniques qui
vivaient en parfaite symbiose ont été Inorcelées et coupées,
n'était pas confonne aux valeurs traditionnelles de solidarité et
de vie en groupes des Africains. Une seule solution s'imposait:
opérer le retour de l'Afrique à ce qu'elle était avant les
invaSIons.
L'Union africaine, c'est ce sentilnent de solidarité raciale qui
a uni les peuples africains contre les visées conquérantes des
races étrangères au continent. C'est la volonté tnanifeste de
toute une communauté, rudoyée et mahnenée pendant des
siècles, de se retrouver entre ses différentes composantes pour
construire une communauté de destin dans un espace
géographique imprenable qui lui assure une place dans le monde.
L'Union africaine, c'est le retour de l'Afrique balkanisée aux
époques glorieuses des Empires (Mali, Ghana, Éthiopie...), où
les peuples, les groupes ethniques étaient imbriqués et vivaient
sur un territoire dont la seule frontière était la mer. L'idée de
créer un ensemble africain dans lequel les peuples se
retrouveront, n'est pas une invention de l' élite ; elle est un sentiment
populaire, une revendication des populations africaines. Ce vœu
cher aux Africains de voir les États artificiels créés par le
colonialisme s'unir pour peser sur le cours de l'histoire mondiale, a
18trouvé écho auprès des premiers nationalistes africains. Pour les
populations, il était nécessaire que « l'Afrique des fiers
guer1
riers » retrouvât ses savanes sans borne que les puissances
coloniales cisaillèrent et partagèrent à la Conférence de Berlin.
La volonté des peuples d'Afrique de bâtir une grande Afrique
déliée des frontières et des tentacules du colonialisme, a suscité
l'engouement et la mobilisation de toutes les communautés
d'origine africaine. Preuve que le « rêve de l' Unité africaine»
n'est pas l'apanage des politiques, mais plutôt une aspiration de
l'Afrique tout entière.
Bien que se trouvant encore dans les limbes, le projet
d'Union africaine finira par éclore, tant que les puissances ne se
lasseront pas de susciter la division, les guelTes et la misère en
Afrique. Sa mise en œuvre dépend de la seule volonté de l'élite
dirigeante qui, bien qu'elle continue à se fourvoyer entre la
méthode et le modèle à construire, a conscience que l'Afrique
balkanisée n'a pas de place dans un monde régenté par les
grands ensembles. Les peuples africains, sans exclusive, ont
accepté le principe de la construction d'une Afrique unifiée qui
prendra en charge la gestion de ses problèmes
L'Union africaine peut se construire! Elle n'est ni une
idéologie ni une philosophie politique. L'union n'est pas
semblable aux idéologies classiques qui sont de vrais
enchevêtrements d'idées absconses, difficiles à mettre en œuvre. Certaines
idéologies se sont révélées de pures philosophies, des idéaux
qui n'ont pu être véritablement concrétisés avant de disparaître.
L'Union africaine à l'avantage de ne pas être une invention
intellectuelle, une suite d'idées sorties des universités ou des
centres de recherche. Elle est un sentiment, une émotion, une
aspiration. Cette aspiration est née de l'injustice et des torts faits
pendant des siècles à une race, à une communauté, qui trouve sa
justification dans le droit légitime de tout peuple à se défendre
contre ses agresseurs. Ce sentiment permanent qui réside
audedans de chaque africain, où qu'il se trouve et quel que soit
son statut, trouve son expression dans le projet d'Union
1 Terme utilisé par l'écrivain David Diop dans son poème « Afrique mon
Afrique ».
19africaine. La volonté de se rassel11blerpour retrouver la force et
l'énergie nécessaires à la défense et à l'affirmation de l'Afrique,
s'inscrit dans la logique qui veut que des gens contraints à subir
une injustice commune se mettent ensemble pour se défendre.
L'Afrique continue de subir de façon permanente l'injustice
et le diktat du monde extérieur qui n'a jamais renoncé à sa
volonté de la soumettre et la dominer. L'Africain qui voudra
sortir de sa sphère individuelle pour s'impliquer dans les
problèmes de son continent, ne peut que manifester la volonté de le
défendre. L'Africain qui se soucie de son continent et qui
souhaite son émancipation, n'a pas d'autre issue que d'entrer
dans le rêve de l'Unité africaine; il ne peut que devenir
panafricaniste. Il n'est pas, jusqu'à preuve du contraire, un seul
africain qui soit opposé au projet d'Union africaine comme
c'est le cas d'Européens qui sont contre l'Union européenne et
d'Américains qui étaient anti-fédéralistes. Les Africains sont
panafricanistes et soutiennent le projet d'Union africaine; mais
tous ne partagent pas la mêtlle conception de l'union. Il ne peut
en être autrement; l'homme, par nature, ne peut renier ses
origines. L'Union africaine, c'est la reviviscence d'un état
précédemment vécu, d'un état originel détruit par les invasions
répétées de l'Afrique par les étrangers. Nostalgiques de ce passé
originel, et surtout de cette Afrique communautariste aux valeurs
d'hospitalité et de solidarité, les Africains veulent revivre cette
Afrique perdue, cette Afrique originelle aux espaces infinies.
L'Union africaine apparaît, au finish, comme le combat d'un
peuple qui croit fermement que son destin réside dans la
volonté commune de ses composantes de retrouver leur identité.
Ce désir de retour aux sources ne signifie pas le reniement de
1'histoire imposée à l'Afrique par l'esclavage et la colonisation;
une histoire indélébile qui a façonné les Africains. Il s'agit pour
les Africains, enrichis par la culture du colonisateur, de
retourner à leur histoire, celle de leur origine, la seule dans laquelle ils
peuvent puiser la force et la sagesse nécessaires à l'édification
d'un continent, puissant et respecté. L'Union africaine, telle que
rêvée par Nkrumah, devait promouvoir les cultures africaines et
donner au continent des langues africaines de communication.
20La conception de l'Unité africaine de l'Osagyef02 dépouille
l'Afrique des oripeaux du colonialisme et replace l'Africain
dans son milieu. L'Union africaine, c'est le cadre de promotion
de la vraie personnalité de l'Africain, déformée par une
civilisation qui n'est pas mauvaise, tnais qu'on a imposée à
coups de bâton comtne substitut à une autre autant valeureuse.
C'est la restauration de l'Africain dans son monde originel,
dans son identité. Elle reste aujourd'hui le ciment des Etats
balkanisés et l'unique projet qui rassemble les Africains. Dans
l'Afrique post-coloniale, l'Union africaine est une véritable
religion, à en juger par le nombre d'êtres humains qu'elle
mobilise et la foi qu'elle professe.
L'Union africaine: une religion
L'Union africaine est une quasi-religion pour les Africains.
La croyance en l'Union africaine cOlnme solution aux
problèmes du continent est absolue. Son projet rassemble plus de
monde en Afrique que les religions qui se partagent les peuples
africains. L'animisme, croyance ancestrale, le christianisme
religion du colonisateur, et l'islaln croyance religieuse née au
Moyen-Orient et importée en Afrique, ne mobilisent pas autant
d'adeptes que l'Union africaine. Contrairement aux religions
monothéistes qui professent la croyance en un Dieu
transcendant invisible qui promet le paradis aux justes après leur
mort, le projet d'Union africaine est concret et propose des
solutions immédiates qui emportent la foi. Le dieu de l'Union
africaine est immanent et son paradis réside au-dedans de
l'Union africaine elle-même. Depuis la nuit des temps, rien n'a
autant mobilisé les africains et emporté leur croyance comme
l'Union africaine. Il n'existe pas un seul Africain qui souhaite
que le continent africain demeure dans la forme que les
colonisateurs lui ont donnée. En d'autres termes, nul Africain
n'est opposé à l'avènement de l'Afrique unifiée.
2 Surnom donné à Kwarne Nkrumah, après le triomphe de la lutte du peuple
ghanéen sur le colonialisme britannique, qui signifie le messie.
21L'animistne fut la seule croyance religieuse en Afrique avant
l'introduction du christianisme par les missionnaires européens.
Même s'il apparaissait comme le seul canal par lequel
l'Africain pouvait rechercher son créateur et rester en communion
avec lui, celui-ci n'a pas su faire de l'animisme une véritable
religion. Or, la religion, en tant que système de croyances et de
pratiques, doit promouvoir la perfection de l'être humain. Le
christianisme en Occident et le bouddhisme en Asie sont des
corps de valeurs et de préceptes qui ont façonné les peuples de
ces continents et ont servi de repères aux grandes idées qui ont
permis la construction de ces sociétés. La démocratie qui, en
dépit de ses imperfections, reste la seule forme de
gouvernement respectueuse de la dignité humaine est essentiellement
fondée sur le précepte chrétien selon lequel les Hommes sont
nés libres et égaux. De la même façon, l'islam a inculqué aux
musulmans des valeurs et des conduites qui leur ont permis
d'organiser leurs sociétés et de créer des Etats islamiques,
fonctionnant suivant les prescriptions du Coran.
L'Afrique au sud du Sahara n'a pas su faire de l'anitnisme
un corps de valeurs et de dans lequel les Africains
puiseraient la force et les idées qui devraient servir à bâtir un
continent puissant. Il est vrai que les valeurs morales
essentielles ne sont pas absentes dans l'animisme, mais il faut
reconnaître que le continent noir ne peut se prévaloir d'une
religion fondée sur des écrits. L'absence d'écrit et de magistère
dans l'animisme fait de cette croyance ancestrale une mystique
qui allie pratiques variables et discours changeant. Personne en
Afrique ne peut prétendre connaître de façon précise la pratique
animiste. Les rares tnagistères qui maîtrisaient la pratique et les
rites n'ont pas, pour la plupart d'entre eux, transmis leur savoir.
Cette absence de passerelle entre les générations a
considérablement entamé la religion animiste. Les vaudous existent
encore en Afrique, mais la pratique varie d'un couvent à un
autre et suivant les prêtres. L'introduction du christianisme en
Afrique par les « Blancs », a achevé ce qui reste des croyances
et pratiques animistes. Pire, le christianisme a réussi à détourner
les Africains de leur croyance ancestrale. Les missionnaires peu
scrupuleux, envoyés par leurs Etats avec le parrainage de
22