Diasporas et réseaux transnationaux du Maghreb et du Moyen-Orient

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104 pages
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Dans la seconde moitié du XXe siècle et au XXIe siècle s'est beaucoup développé le phénomène de dispersion des populations à partir d'un État-nation et de constitution d'un espace transnational à partir d'un « champ migratoire », favorisant ainsi la constitution des « communautés transnationales ».
Cet ouvrage se penchera sur plusieurs cas emblématiques :
– la construction historique et l'évolution de la relation entre la diaspora palestinienne et la mère-patrie
– la diaspora comme l'un des principaux enjeux politiques de l'immigration pour les États israélien et arménien avant et pendant la période d'indépendance contemporain
– la question de la migration circulaire à travers les exemples de la diaspora marocaine de l'Europe du Sud (en Catalogne, en Espagne ou dans le sud de la France, à Perpignan et Marseille)
– le rôle primordial joué par les commerçants kurdes de Turquie et d'Irak dans le processus de reconstruction de la région kurde en Irak, la Région Autonome du Kurdistan irakien
– les caractéristiques des Turcs qui vivent à l'étranger, en particulier en Europe depuis le début des années 1960, leurs rapports avec leurs pays d'accueil et la mère-patrie, ainsi qu'avec le gouvernement AKP en place depuis 2002.

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Date de parution 01 janvier 2014
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EAN13 9782849243817
Langue Français

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Les diasporas et réseaux transnationaux du Maghreb et du Moyen-Orient
Collection MEDEA
Dans la collection :
Les pays du Conseil de coopération du Golfe,Emma Soubrier (coord.) Moyen-Orient 2013 : bilan géopolitique, collectif Être non musulman en terre d’Islam, collectif La Tunisie face à l’expérience démocratique, collectif Moyen-Orient 2012 : bilan géopolitique, collectif
Image de couverture : © sakura - Fotolia © Éditions du Cygne, Paris, 2014
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-381-7
Rukiye Tinas (coord.)
Les diasporas et réseaux transnationaux du Maghreb et du Moyen-Orient
Éditions du Cygne
Introduction
Rukiye Tinas
D’origine grecque, le mot « diaspora » est construit à partir e du verbediaspeirôsiècle(se disperser, être dispersé) utilisé au V avant J.-C. par Sophocle, Hérodote et Thucydide. Il change plus tard de sens pour désigner« l’ensemble même des dispersés ainsi que 1 l’espace de dispersion ». À l’origine au singulier et avec un D (majuscule), évoquant la première expérience juive, le terme « diaspora » s’est obscurci par l’ination de son usage. C’est au cours de la deuxième moitié e du XX siècle que le terme devient populaire. S’il pose un certain nombre de problèmes quant à sa déïnition, il se trouve néanmoins un consensus sur plusieurs éléments de base inspiré 2 de la Diaspora . e e Dans la seconde moitié du XX siècle et au XXI siècle s’est beaucoup développé le phénomène de dispersion des popula-tions à partir d’un État-nation et de constitution d’un espace 3 transnational à partir d’un « champ migratoire » , constituant 4 ainsi des « communautés transnationales » . Par exemples, l’envoi d’ouvriers vers les pays économiquement plus avancés, à savoir l’immigration ouvrière ou de la main-d’œuvre « non qualiïée » vers l’Europe au début des années 1960 (Gastarbeiter), l’immigra-tion familiale qui l’a succédée dès le début de la décennie suivante avec les regroupements familiaux, l’immigration ouvrière cette
1. Stéphane Dufoix,Les diasporas, Paris : PUF, 2003, p. 7. 2. Sylvie Chédemail,Migrants internationaux et diasporas, Paris : Armand Colin, 1998, p. 46. 3. Stéphane de Tapia, « Dimensions transnationales et culturelles des migra-tions turque en Europe »,Multitudes, n° 49, 2012/2, p. 63. 4. Voir Michel. Bruneau, « Espaces et territoires de diasporas »,in Michel Bruneau (coord.),Diasporas, Montpellier : GIP RECLUS, 1995, pp. 19-20.
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fois-ci « qualiïée » vers les pays pétroliers, l’immigration poli-tique ainsi que le « brain-drain (la fuite des cerveaux) ». Au lieu de « diasporas » ou de « communautés transnationales », d’autres 5 auteurs qualiïent de « communautés de diaspora », les deux types de mouvements de populations apparus dès la seconde moitié des années 1960, ceux des « migrants volontaires » et des « réfugiés déplacés », qui font des passages transnationaux. Celles-ci créées dans plusieurs endroits sont engagées dans des relations interpersonnelles et interculturelles complexes avec à la fois leurs sociétés d’origine et d’accueil, manifestent une double conscience, d’où nous ne pouvons parler de « déterri-6 torialisation » . S’il y a « déterritorialisation », il y a nécessaire-ment « reterritorialisation » des espaces et des frontières. Enïn, les membres de « diasporas », « communautés transnationales », « communautés de diaspora », ou encore de « nouvelles » ou « futures » diasporas, quelle que soit la qualiïcation, peuvent être parfaitement intégrés ou acculturés dans les pays d’accueil, mais 7 ne peuvent être complètement assimilés . Les textes présentés dans cet ouvrage sont issus d’un workshop organisé par le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) tenu le 14 octobre 2013 à la Maison d’Europe et d’Orient à Paris. Nous souhaitions étudier les divers ux migratoires, anciens et nouveaux, les rapports des migrants transnationaux avec leur pays d’accueil (territoire d’installation) et leur mère-patrie (territoire d’origine), pour savoir comment les qualiïer. Mais aussi les évolutions au sein de ces commu-nautés transnationales si elles ne peuvent être considérées de diasporas. Étaient également les bienvenues les propositions de
5. Stanley J. Tambiah, « Transnational Movements, Diaspora, and Multiple Modernities »,Daedalus,vol. 129, n° 1, Multiple Modernities (Hiver, 2000), p. 164. 6. Ibid., p. 163 et Riva Kastoryano, « Le nationalisme transnational turc ou la redéfinition du nationalisme par les « Turcs de l’extérieur »,inWilliam Berthomière, Christine Chivallon (dir.),Les diasporas dans le monde contemporain, Paris : Karthala, 2006, p. 94. 7. Michel Bruneau,op.cit., p. 8.
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communication entre autres sur les questions de l’impact poli-tique et économique des ux migratoires au Moyen-Orient, notamment dans les pays du Golfe ; de l’exploitation des travail-leurs migrants (le « travail forcé », le système de la « kafala ») dans les pays moyen-orientaux où l’immigration pour le travail est unique par son ampleur et son développement, ainsi que la question de l’émigration féminine. Stéphanie Anna Loddonous a fait part de son étude sur la construction historique et l’évolution de la relation entre la diaspora palestinienne et la mère-patrie. Elle démontre d’abord qu’une déconnection croissante entre le leadership politique et la diaspora a conduit à une fragmentation politique et à la revita-lisation de la mobilisation palestinienne en diaspora. Elle analyse ensuite ces transformations dans le contexte de la diaspora du Royaume-Uni dont les campagnes politiques sur le droit au retour et sur la représentation politique témoignent de l’incapacité du leadership palestinien à créer des mécanismes de représentation politique de la diaspora.Taline Papazianpropose une nous étude sur l’un des principaux enjeux politiques de l’immigration pour les États israélien et arménien avant et pendant la période d’indépendance contemporain, à savoir les géopolitiques des fondations d’État dans les cas arménien et israélien. Elle signale que l’une des spéciïcités de l’entreprise étatique dans les deux cas est l’implication, dans le projet étatique, des communautés de diaspora, dont l’immigration a été une manifestation. La contribution deNatalia Ribas-Mateosporte sur la question de la migration circulaire à travers d’exemple dela diaspora maro-caine de l’Europe du Sud (en Catalogne, en Espagne ou dans le sud de la France, à Perpignan et Marseille) qui est devenue l’une des communautés les plus représentatives de la migration inter-nationale européenne. Elle met sous analyseles problèmes théo-riques concernant ces circulations en s’intéressant davantage à Tanger en tant que ville frontalière, aux migrations de la région de Jebala ainsi qu’à l’insertion des Marocains dans les frontières intérieures de l’Europe.Gülcan Kolay, quant à elle, analyse le
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rôle primordial joué par les commerçants kurdes de Turquie et d’Irak dans le processus de reconstruction de la région kurde en Irak, la Région Autonome du Kurdistan irakien, où l’on trouve des occasions commerciales exceptionnelles. Ce qui fait d’ailleurs d’elle un pôle d’attraction pour tous les Kurdes, et particulière-ment ceux de Turquie. Enïn,Rukiye Tinasessaie de présenter les caractéristiques des Turcs qui vivent à l’étranger, en particulier en Europe depuis le début des années 1960, leurs rapports avec leurs pays d’accueil et la mère-patrie, ainsi qu’avec le gouverne-ment AKP en place depuis 2002. Autrefoisgurbetçileurs dans pays d’accueil, les Turcs de l’étranger appartiennent désormais à deux pays, le pays d’accueil et le pays d’origine – pour certains d’entre eux beaucoup plus au premier qu’au second. Elle conclut que parmi les concepts desMigrations Studies, celui qui leur convient le mieux est celui de « communauté transnationale » mais que le gouvernement turc en fait sciemment une « dias-pora » représentant un atout important pour le rayonnement de la Turquie. Il convient de signaler aux lecteurs que les opinions et idées présentées dans cet ouvrage collectif appartiennent à leurs auteurs et ne représentent pas forcément celles du CCMO.