Du Golfe aux banlieues

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Français
177 pages
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Le salafisme n’en finit pas d’interpeller. Des bouleversements politiques dans le monde arabe à « l’affaire Mohamed Merah », en passant par le débat sur le voile intégral, ce courant de l’islam intrigue d’autant plus qu’il fait trop souvent l’objet d’analyses superficielles.
De la diversité des mouvements affirmant emprunter la voie des Salaf Salih (« les Pieux Ancêtres ») à la manière dont les adeptes, majoritairement quiétistes dans notre société, envisagent leur rapport au politique, à l’économie ou aux débats français et internationaux, le présent ouvrage constitue l’une des premières tentatives pour faire la lumière sur une idéologie qui connaît un certain succès, notamment en banlieue. Il est issu d’une immersion de plusieurs années parmi les communautés salafies installées en France, mais dont l’ambition affichée est de rompre avec une société jugée « impie » pour gagner la « terre d’islam », promesse d’une vie en concordance avec les enseignements religieux. Pratique mondialisée, le salafisme apparaît comme la quête d’un « islam véritable » dont l’attrait auprès des jeunes générations doit être analysé. Au-delà de la critique de l’époque contemporaine, les salafis ne sont-ils pas plus modernes qu’ils le prétendent ?

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EAN13 9782130625025
Langue Français

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« proche Orient »
Collection dirigée par Gilles Kepel
978-2-13-062502-5
Dépôt légal – 1re édition : 2013, mars
© Presses Universitaires de France, 2013
6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre Page de copyright Préface Remerciements Introduction Première partie- Le groupe de référence Chapitre I- La socialisation généalogique Chapitre II- La socialisation pyramidale Chapitre III- La socialisation immunitaire Deuxième partie- Le groupe d’appartenance Chapitre IV- La socialisation filtrée Chapitre V- La socialisation imaginaire Chapitre VI- La socialisation postmoderne Conclusion Notes
Préface
Gilles Kepel1 L’étude que l’on va lire comble un vide, et fournit les références fondamentales nécessaires à la compréhension d’un phénomène qui est devenu aujourd’hui un objet récurrent de débat et de controverse dans notre pays. La plupart du temps, ceux qui parlent du salafisme n’en ont qu’une connaissance superficielle, et s’offusquent aisément de l’apparence « monstrueuse » de cette pratique de l’islam contemporain, arc-boutée sur le rituel et la mise en œuvre mimétique des enseignements du Prophète, pris au pied de la lettre. Le phénomène semble d’autant plus ahurissant en contexte français, quand ses adeptes sont le produit de l’école de la République, rationaliste et laïque. Il atteint son paroxysme lorsqu’il concerne des convertis à l’islam, souvent issus de milieux populaires de banlieue et socialisés avec des jeunes majoritairement musulmans ; ici, l’engagement salafiste présente des affinités avec le recrutement dans des sectes se réclamant d’autres croyances, mais empruntant des cheminements comparables : rupture avec le milieu d’origine, resocialisation, changement de nom, d’apparence vestimentaire et physique, etc. La détresse des proches et des parents est d’ordinaire extrême, et a été largement documentée. Enfin, même si la majorité des salafistes reste à l’écart du politique et du militantisme violent pour se concentrer sur le prosélytisme, vouant une obéissance absolue aux grands clercs (ou oulémas) de l’islam, principalement saoudiens, et faisant de cette interprétation de la croyance une sorte d’Église que l’islam sunnite historique ne connaissait pas, certains individus ont prolongé cet engagement par le passage au jihad. Le nom de Mohamed Merah en est l’exemple le plus préoccupant, et a jeté, depuis le drame qui est advenu à la suite de ses crimes, une ombre sur la jeune histoire de l’islam en France. Entre son ancrage dans les « banlieues de l’islam » populaires où des jeunes qui ont perdu leurs repères se tournent vers une identité qui corsète leur foi, les enfermant dans une citadelle de certitudes, et son inscription sur Internet où circulent les fatwas des oulémas du Golfe qui circonscrivent les consciences et nourrissent les rêves d’émigration hors de la France impie pour mener une vie islamique pure et héroïque, le salafisme constitue un cas extrême de « dés-intégration ». Il s’inscrit à l’opposé d’un roman national français qui faisait de l’intégration des immigrés son credo. Ici, on a non seulement une détestation de l’intégration, mais aussi un détachement d’un certain nombre de jeunes convertis de leur pays d’origine et de leur culture héritée. La riche étude de M. Adraoui, menée à travers de très nombreux entretiens en France, au Maghreb, au Moyen-Orient et dans le Golfe, restitue pour la première fois les itinéraires complexes des salafistes de France. Elle est très attentive à leur dimension sociale, économique, politique et religieuse, et elle en expose beaucoup de contradictions au quotidien. C’est une lecture indispensable pour tous ceux qui aujourd’hui tentent d’analyser les développements de l’islam en France, et qui doivent, au quotidien, gérer la question sociale dans les banlieues populaires où l’islam est présent de manière déterminante. C’est une contribution majeure au débat, qui l’éclairera de façon décisive.
Remerciements
Cet ouvrage est tiré d’une thèse de doctorat que j’ai eu l’honneur de réaliser et de soutenir en 2011 sous la direction de Gilles Kepel et de Catherine Wihtol de Wenden à l’Institut d’études politiques de Paris. Il n’aurait certainement pas pu voir le jour sans les conseils avisés et la patience de ces deux personnes qui n’ont jamais ménagé leurs efforts vis-à-vis de leurs étudiants. J’ai notamment bénéficié d’une allocation de recherche de la chaire Moyen-Orient Méditerranée à Sciences Po, au sein de laquelle ont été formés les brillants spécialistes du monde musulman qui contribuent aujourd’hui au renouvellement des études dans ce domaine.
Les conseils, les échanges et l’amitié de nombreux chercheurs ont été précieux pour mener à bien ce travail. Je tiens ainsi à remercier Leyla Arslan, Sarah Zouheïr, Samir Amghar, Moussa Khedimallah, Bernard Godard, Elyamine Settoul, El Yamine Soum, Nabil Mouline, Omar Saghi et Amel Boubekeur. Les professeurs Jean-François Mayer, Jean-Pierre Filiu, Anne-Sophie Lamine, Khadija Mohsen-Finan, Nathalie Lucas, Pierre Grosser, Tristan Mattelart, Samy Cohen, Nonna Mayer et Marie-Hélène Bayle m’ont permis de tester mes hypothèses dans le cadre de conférences et de séminaires au cours desquels se forgent les travaux de thèses. Aux Pays-Bas, je souhaite également remercier Joas Wagemakers, Martijn de Koning et Roel Meijer.
Je tiens également à témoigner ma gratitude à Olivier Roy, Franck Frégosi et Bernard Haykel qui ont été membres de mon jury et qui, par leurs conseils, leur lecture attentive et leur proximité ont contribué de manière décisive à mon travail.
À l’Institut Montaigne, Laurent Bigorgne et ses équipes m’ont donné l’occasion de vérifier certains postulats sur le terrain de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil dans le cadre de l’étude « Banlieue de la République ».
Sur un plan personnel, j’ai bénéficié de l’accueil de Marie Masdupudy, consule de France, lors de mon séjour en Égypte en juillet 2009. Le remerciement le plus particulier va à Josiane Valladeau, Giancarlo Ripoli, Bocar Alpha Ba, Erwan et Priscille Hebré, Vincent Terrier, Mourad et Maamar El Maktafi, Rachid et Leonie Mahmoud, Yassine Amanzou, Anouar Bouadjela, Ahmed El Keiy, Randianne Peccoud et à Delphine Patétif. Une pensée pour mes étudiants de Sciences Po qui se reconnaîtront.
À mes parents enfin, Ahmed et Khadija, cœur de l’amour, et mes frères Charafdine, Hicham et Issam, à qui je dédie cet ouvrage et par qui ces efforts ont trouvé leur sens et leur raison d’être.
Je tiens enfin à remercier les personnes qui ont répondu à mes questions et m’ont accueilli dans les mosquées et autres endroits où se déploie cette éthique religieuse qui n’a pas fini d’interpeller le reste de la société.
Introduction
«C’est, semble-t-il, un défaut fort courant que de préférer l’autorité schématique d’un texte aux contacts humains directs, qui risquent d’être déconcertants. Mais ce défaut est-il toujours là, ou bien y a-t-il des circonstances qui, plus que d’autres, font prévaloir les attitudes textuelles ? » Edward Saïd,L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident, Paris, Seuil, 2005. « Les radicaux mettent en question les dispositions existantes, demandent des réformes, ou l’abolition de ce qui ne leur semble pas justifié sur le plan des principes. Il s’agit plus d’une attitude que d’un courant de pensée politiquement organisé. Son contenu pratique varie en fonction des circonstances auxquelles les radicaux se trouvent confrontés. » Alexis de Tocqueville,De la démocratie en Amérique, 2e partie, livre II, chapitre 2.
PRÉAMBULE Des tendances les plus « progressistes » aux mouvements fondamentalistes, la religion musulmane se caractérise par une multitude de courants. Les intellectuels œuvrant pour « faire entrer l’islam dans la modernité »2 et les adeptes d’un « retour aux sources » délimitent le vaste spectre de la croyance islamique, objet de maintes interrogations apparues à la faveur d’événements récents ayant impliqué des acteurs qui manifestent l’ambition de faire revivre l’islam du commencement. Ainsi, le débat public a vu naître, notamment depuis le 11 septembre 2001, de nombreux questionnements sur l’éthique religieuse justifiant de tels actes. La conception de l’islam invoquée pour légitimer pareil engagement repose sur le salafisme, compris depuis lors comme un mouvement radical prônant la destruction des « ennemis de l’islam », par le combat armé si nécessaire. Or, ce courant, pluriel, cristallise de multiples interprétations. Présent depuis les premiers siècles de l’islam, il postule que la meilleure manière de vivre cette religion s’aligne sur l’éthique des premiers temps, sans autre forme d’allégeance. Cela justifie sa dynamique fondatrice, quête constante de purification de la foi fondée sur un incessant retour aux sources. Si ce paradigme se distingue systématiquement par une velléité de ressusciter l’islam des origines, celui desSalaf Salih3, sa mise en œuvre oppose cependant différentes approches. Certaines légitiment le recours à la violence, adoptant une lecture véhémente dujihad4. Plusieurs intègrent le jeu politique légal pour y faire valoir leur agenda religieux. D’autres, enfin, cherchent à purifier leur pratique, sans intérêt pour l’activisme politique, et se reconnaissent dans une démarche quiétiste, largement majoritaire aujourd’hui en France. Ainsi, le salafisme recouvre diverses acceptions. Ses clercs5, principaux vecteurs de l’interprétation des sources scripturaires, débattent, échangent ou se combattent pour faire prévaloir leur lecture des références sacrées. De ce fait, il ne peut en aucun cas être résumé à certaines organisations comme Al-Qaïda qui en est pourtant l’un des hérauts les plus médiatiques6. De multiples discussions centrées sur la violence de certains « groupes salafistes », le parcours d’un Mohammed Merah (pourtant très éloigné des profils majoritaires en France), la place du voile intégral porté par une partie des femmes adeptes de ce dogme ou le prosélytisme « d’imams intégristes » ont marqué, depuis plusieurs années, le débat public en France et ont attiré l’attention sur cette forme particulière de foi, à tel point que le terme
«salafiste » a souvent été repris pour décrire un raisonnement radical, extrémiste ou sectaire. Le lecteur néophyte sera certainement surpris par l’emploi d’un terme importé du référentiel islamique dans la bouche d’un ministre d’une République laïque, en charge de dossiersa prioriéloignés des problématiques du culte et des relations entre États et Églises. Dans un article duFigarodaté du 17 mars 2005, intitulé « L’UMP cherche dans sa boîte à outils », est rapporté le propos du ministre délégué à l’Emploi, au Travail et à l’Insertion des jeunes, Gérard Larcher, qui critique la rigidité supposée de la législation : « nous avons une lecture salafiste du Code du travail, comme s’il était intouchable, définitivement ininterprétable, sauf par les seuls Oulémas de la Cour de Cassation. » Outre la causticité de cette formule, liée à l’emprunt du champ sémantique du salafisme pour rendre compte d’un débat portant sur les affaires les plus profanes de la Cité, de tels propos illustrent le sentiment de radicalité d’un courant dont la visibilité croissante interpelle et inquiète. Pourtant, la dynamique salafie7 en France est essentiellement quiétiste et se structure autour d’une volonté de se protéger de la société pour vivre un mode de vie débarrassé du moindre élément compromettant le processus de « purification » recherché dans cette religiosité. Ce courant a nourri de nombreuses craintes axées autour d’un communautarisme rampant, corollaire d’une « islamisation des banlieues » qui rendrait problématique le rapport de certains musulmans avec le reste de la société. Regroupant aujourd’hui plusieurs milliers de fidèles, il fait également l’objet de nombreux questionnements relatifs au mode de vie « sectaire » qu’il encourage ou à « l’entrisme » qu’il promeut dans le but de « tester les valeurs de la République »8. Ses adeptes portent le plus souvent une longue barbe, sont vêtus comme l’étaient les premiers croyants de l’islam, c’est-à-dire d’unqamis(habit masculin long uni aux motifs simples) qui ne descend jamais jusqu’au mollet et d’une calotte qui couvre parfois des crânes rasés. Leurs prises de parole sont systématiquement ponctuées de formules pieuses telles queInch’Allah (« À la grâce de Dieu »),Ma Cha Allah(« C’est la volonté de Dieu ») ou bienSoubhan Allah(« Gloire à Dieu »), signes de leur dévotion. Leur foi se veut rigoureuse et se présente comme la reproduction de l’islam pratiqué à l’époque où Muhammad, Prophète de l’islam, et ses compagnons ainsi que leurs successeurs immédiats, ont promu la forme la plus pure de cette religion. On remarque leur présence principalement à la périphérie des grandes villes françaises, où certains évoquent des quartiers livrés aux « intégristes musulmans ». Ils fréquentent avec la même facilité les mosquées, les centres commerciaux ou les cages d’escalier. Il est habituel de les entendre défendre la nécessité de réformer les mœurs des fidèles « égarés » dont la manière de vivre leur foi n’a plus grand-chose à voir avec celle des « pieux ancêtres ». On les aperçoit également dans les aéroports, partant ou revenant des pays moyen-orientaux où ils aiment voyager, quand ce n’est pas pour s’y installer définitivement. En région parisienne ou ailleurs dans le pays, leur religiosité est de plus en plus visible. Ils citent les plus grands noms du sunnisme et vouent aux gémonies les figures musulmanes qui ne professent pas, à leur manière, la nécessité de renouer avec « l’orthodoxie » à laquelle est supposé conduire leur « retour aux sources ». Ils ne votent pas, pour la majorité d’entre eux, puisque cela reviendrait à légitimer un ordre impie et à favoriser l’esprit partisan sur l’unification de laoumma(communauté des croyants) autour de l’Unicité divine (tawhid). Leur ambition est de vouer un culte exclusif à Dieu, sans égard pour les choses censées les écarter de cet agenda telles que la politique. Ils estiment que leur environnement n’est pas salutaire et mettent en avant le désir de briser les liens qui les y rattachent afin de s’établir dans une société musulmane supposée plus accueillante que la France, hostile pour eux à l’exercice d’un islam « véritable ». Ils rêvent de rétablir la foi des origines en s’inspirant des‘oulama. D’ailleurs, les adeptes commencent rarement leurs
propos, lorsqu’ils évoquent des sujets religieux, sans cette formule consacrée : qala Cheikhle Cheikh9 a dit »), suggérant ainsi que leurs règles de vie (« proviennent des sentences et des avis des clercs autorisés10. Certaines de leurs épouses portent le voile intégral, qui a défrayé la chronique médiatique et politique en 2009 avant le vote d’une loi, en 2010, interdisant de sortir de chez soi le visage dissimulé11. S’ils ne montrent pas d’animosité envers de nombreux aspects de « la modernité » tels que les progrès technologiques ou la réussite économique, ils n’en sont pas moins « salafis12 », c’est-à-dire qu’ils prennent exemple sur les plus vertueux des musulmans, celles et ceux qui ont vécu à l’époque de la Révélation, desSalaf Salih et des premières générations de l’islam. Ils s’inspirent exclusivement de leur morale pour obtenir le salut. Ils recherchent la rupture et l’assument. La nouvelle vie qu’ils entendent embrasser est censée faire d’eux les êtres humains les plus fidèles à l’appel de l’islam des origines. Faire revivre une norme sacrée prétendument oubliée par le reste de l’humanité est leur raison de vivre, quel que soit le coût social d’une telle démarche13. L’opinion d’autrui sur leur mode de vie leur importe peu. Le projet est « revivaliste » et nulle considération ne saurait venir s’opposer à ce désir de ressusciter l’islam originel sous toutes ses formes présumées. Quête d’une religiosité absolue, ce sentier doit leur permettre de briser les liens censés les enchaîner à une société honnie, avatar d’une époque perdue.
LE SALAFISME COMME FONDAMENTALISME Malgré la pluralité des discours et des postures qui caractérise l’identification aux premiers temps de l’islam, le présupposé de toutes les mobilisations du référent desSalafreste identique : l’islam, tant du point de vue du dogme, de la pratique que de la civilisation temporelle, n’était réellement authentique que lorsque les croyants étaient proches de l’apostolat de Muhammad. La fréquentation du Prophète puis la propagation du Message (rissala) par des fidèles formés et inspirés par son exemple structuraient ce qui est à présent perçu comme un véritable Âge d’or. Cultivant un rapport « pur » à la foi et aux pratiques sociales en découlant, les musulmans pouvaient vivre selon un paradigme moral unique dont l’un des principaux effets était de permettre une avancée en termes civilisationnels. Un tel postulat demeure encore aujourd’hui au fondement de nombreux mouvements pour lesquels « revenir à l’islam » doit permettre de se projeter avantageusement dans l’avenir. L’histoire est à la fois un défi paradoxal – elle fait courir un risque d’altération de la Vérité – et une donnée inexistante – le croyant devant reproduire le modèle originel sans prise en compte des différentes évolutions ; c’est pourquoi le salafisme doit être compris comme un fondamentalisme assumé. Les musulmans ne sont véritablement eux-mêmes que par la pleine et entière identification aux premières générations de fidèles, puisque la norme la plus juste n’est pas la plus récente mais la plus ancienne. Le postulat de l’Âge d’or explique pourquoi toute démarche religieuse, sociale ou politique entreprise en dehors du chemin censé mener auSalaf, serait frappéeipso factodu sceau de l’illégitimité. Pour comprendre l’essence du salafisme, il convient ainsi de raisonner en termes de « topographie mentale ». La situation dans laquelle se trouvent les musulmans à l’époque contemporaine est la conséquence de siècles d’errements et d’oubli de la norme « authentique », qui aurait conduit les croyants vers un plan différent, nécessairement plus favorable, puisqu’il aurait découlé du respect d’une morale établie à partir des principes « inaltérés » de l’islam. Ainsi, pour renouer avec la Vérité, la droiture et le bonheur, il revient aux croyants, conscients de cette cassure induite par « la déviation » de leurs coreligionnaires, de les faire revenir sur leurs pas, de manière à remonter le cours de l’histoire et à recouvrer la seule forme de pratique théoriquement agréée. Le fondement de