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Ecologie et Distributisme

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Livres
128 pages

Description

Au lieu de stocker, de détruire, d'édicter des quotas de tout ce que nous traduisons en abondance avec moins de travail humain, distribuons aux usagers un revenu proportionnel à cette masse. Ils la renouvelleront en fonction de leurs usages et non plus des besoins du marché.
La question des usages pourra alors venir au centre de la vie politique et renouer avec ce qu'il y a de plus novateur dans le message écologique.

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Publié par
Ajouté le 01 décembre 1998
Nombre de lectures 239
EAN13 9782296375758
Langue Français
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@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7224-9

ÉCOLOGIE ET DISTRIBUTISME
La planète des usagers

du même auteur:

aux mêmes éditions: LE SOCIALISME DISTRIBUTISTE Jacques Duboin, 1878-1976 LE DISTRIBUTISME ÉTHIQUE ET POLITIQUE La grande relève de la machine par les hommes

JALONS, roman, Seuil, 1958 Articles dans ESPRIT, 1964-1971 et LA GUEULE OUVERTE, mensueUhebdo écologiste, 1972-1978 (pédagogie des usages, appropriation politique du quotidien) LE GAI MASSACRE, essai (sur l'éducation), Éd. Ouvrières, 1972 LETTRE AUX ENFLÉS, essai (sur le quantitatif), La Bouteille à la mer, Beigbeder éd. 1975 LE PORTE-KÉPI, essai (sur la gratuité), Galilée 1976 Les Cahiers d'Usa/agie (depuis 1990, diffusion confidentielle)

Jean-Paul LAMBERT

ÉCOLOGIE ET DISTRIBUTISME
La planète des usagers

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

L'écologie, c'est comme le suffrage universel et le repos du dimanche: dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l'ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l'anarchie et de l'obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu'on vous rejùsait hier et, fondamentalement, rien ne change. La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d'adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d'argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache: la lutte écologique n'est pas une fin en soi, c'est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l'obliger de changer; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l'impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres. C'est pourquoi il faut d'emblée poser la question franchement: que voulons-nous? Un capitalisme qui s'accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là-même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature? Réforme ou révolution? Michel Bosquet, Écologie et politique (Galilée)

Leur écologie et la nôtrel

Le texte ci-contre date de 1975. J'imagine que son auteur s'est depuis fort bien accommodé, comme nous tous, des victoires des écologistes et de tous ceux qui, sans émarger chez les Verts, ont combattu pour l'environnement et la santé publique dans son rapport avec la pollution. Un ami de la planète ne peut pas attendre que la révolution soit faite pour engager des actions qui ralentissent le processus de dégradation. Des risques comme ceux que nous encourons du fait des pesticides, de l'amiante ou du tabac, doivent être prévenus le plus tôt possible. La question posée n'en est pas moins toujours actuelle et exige plus que jamais qu'il y soit répondu. L'écologie peut-elle se contenter indéfiniment de réformes tendant à moraliser l'économie? Ces réformes ne renforcent-elles pas le potentiel de destruction de la politique partout pratiquée? L'écologie de gouvernement n'est-elle pas en train de s'intégrer au désordre des choses au même titre que les ambulances derrière des convois de tanks? Nos manifs, pétitions et écotaxes sont-elles des procédures de normalisation parmi d'autres...? De succès en succès, l'écologie a fini par se rendre indispensable et se créer un emploi à durée indéterminée: dame de compagnie. Elle pousse dans son fauteuil roulant un vieux monsieur aux charmes désuets. Plus elle s'en occupe, plus il reverdit. Vous l'avez reconnu? On l'appelle capitalisme. Son vrai nom est
Je reprends ici le titre de l'introduction dont est extraite la citation. Michel Bosquet a signé de nombreux ouvrages sous le d'André Gorz. 7
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redistributisme. Il redistribue ses bénéfices sous forme de dividendes, de salaires et d'impôts. L'État lui est donc soumis, et l'écologie de gouvernement aussi: plus il commettra de dégâts, plus elle lui soutirera de quoi payer les réparations. Dans quel type d'économie les écologistes peuvent-ils faire de l'écologie à part entière? Certainement pas dans le cadre d'une économie qui ne connaît l'air, l'eau, la vie, qu'à condition de les vendre. Ni dans celui d'un salariat qui les oblige à collaborer à ce qu'ils abominent. Cet essai a pour objet de montrer qu'un autre cadre est possible: celui du distributisme, prévu par Sismondi, Marx et d'autres, formalisé par Duboin dans les années 30. Un distributisme revu et corrigé de ses erreurs, que je n'hésiterai pas à opposer au distributisme historique, comme j'opposerai sans complexe aux écologistes, parmi lesquels je me compte, une «écologie» aux horizons plus vastes que ceux auxquels nous nous sommes arrêtés. Il engage les écologistes, et pas seulement eux, à optimiser un avenir déjà commencé, où les produits et les services abondent. Ce qu'une longue chaîne d'ancêtres patients, aux efforts hasardeux, a confusément voulu, se réalise enfin. Nous n'avons jamais disposé d'autant de moyens. Pourquoi répandraient-ils la terreur?

*

1. Quand le feu paie les pompiers2
L'entreprise, le socialisme, la protection de l'environnement, la recherche sous toutes ses formes, ne réalisent qu'une minime partie de ce qu'ils peuvent accomplir de positif. Cette limitation résulte de leur collaboration obligée au redistributisme.

Le redistributisme est la réalité économique et politique d'aujourd'hui. On peut le décrire en deux volets. Premier volet, unique objet du ressentiment et de l'imagination de gauche, le redistributisme d'entreprise, couramment analysé et dénoncé sous le nom de capitalisme. Chaque entreprise doit impérativement rechercher le bénéfice maximum pour le redistribuer sous la forme de dividendes et de salaires - les dividendes étant, comme on sait, ennemis des salaires - et de nouveaux investissements pour les prochaines productions, Aucune entreprise, en cet entre-deux millénaires encore, ne peut fonctionner si elle ne s'adapte pas au mieux de ses intérêts à cette contrainte, et tout individu projeté à la tête d'une entreprise, qu'elle produise écologique ou non, agira selon les mêmes pnnCIpes.
J'ai reporté au chapitre suivant l'exposé des principes du distributisme et la critique du distributisme historique pour deux raisons. La première, toute pédagogique, pour donner l'exemple d'une « lecture» économique qui ne fasse aucune référence au capitalisme. La seconde est stratégique. Il me semble en effet nécessaire de bien insister sur les aspects positifs de ce que nous devons au redistributisme. C'est de la transformation de ce potentiel que nous devons partir, en montrant que le principe même du redistributisme nous interdit d'en disposer ou de le développer dans un sens favorable à la planète et ses usagers. 9
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Deuxième volet: le redistributisme d'État, épargné par l'hallali de gauche et d'extrême gauche, sauf à dénoncer l'assujettissement de « ceux qui nous gouvernent» aux patrons. Tous les gouvernements sans exception sont aujourd'hui premier volet - pour collecter des taxes et des impôts qu'ils redistribuent en services publics, en salaires versés aux agents de l'État, en allocations et pensions diverses. C'est à ce second volet, et à lui seul, qu'il est fait allusion quand on parle de redistribution, en termes généralement favorables, sauf dans le discours de droite, où l'État est accusé de pomper les entreprises pour pratiquer l'assistanat. La faveur dans laquelle la gauche tient l'État redistributeur s'explique facilement. En faisant des sommes redistribuées quelque chose de positif, elle néglige toutefois qu'elles sont gagées sur les bénéfices des entreprises, obtenus dans des conditions souvent douteuses, et sur la participation des usagers à des consommations induites par la nécessité où sont les mêmes entreprises de faire des bénéfices. La prise en compte de ce deuxième volet fait pièce à la description canonique du capitalisme. Outre le fait qu'elle est on ne peut plus pertinente, elle rompt avec la langue de bois qui sévit aussi à gauche et prépare à affronter autrement les réalités. Elle explique, sans effets de manches inutiles, pourquoi tout parti assumant des tâches gouvernementales est obligé de s'ajuster aussi exactement que possible au premier volet, le volet entrepreneurial, et ne peut que décevoir un électorat populaire qui s'attend à ce qu'on en découse avec les patrons. Elle rappelle à l'essentiel: les rentrées budgétaires du redistributisme d'État dépendent des bénéfices du redistributisme d'entreprise. Toute récession signifie donc pour l'État une double perte. Perte en rentrées d'impôts et taxes, perte en allocations aux chômeurs et en avantages fiscaux consentis pour motifs de restructuration ou d' « assainissement des marchés », toutes mesures qui
font que les usagers s'acquittent avec l'argent de l'État

effectivement assujettis au redistributisme entrepreneurial - notre

-

cet argent

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étant en principe le leur - du droit de payer ce qu'ils consomment à un prix assez élevé pour rentabiliser la production. L'usage du vocable de redistributisme a l'avantage de faire comprendre que nous en sommes tous, que nous le voulions ou non, d'une manière ou d'une autre, bénéficiaires et agents. Entrée depuis longtemps dans les mœurs des pays du Nord, la prise en compte des deux faces du redistributisme y a conduit, plus vite et plus pragmatiquement que chez nous, à une dédramatisation des rapports sociaux. Les Français ne se sont eux-mêmes engagés que tardivement dans cette voie, avec ce qu'on appelle la participation ou l'autogestion. Lesquelles ont eu, d'une certaine manière, l'honnêteté de reconnaître le fait redistributiste, mais pour effet
d'achever son verrouillage

- comme

s'il était définitivement

acquis

et une bonne chose. Observons par ailleurs ce qui se passe dès qu'on prononce le mot « capitalisme ». Nous en avons tous une certaine idée et surveillons de près ce qu'énoncent nos voisins comme pour les prendre en faute: il en manque, tu as oublié que... À peine la discussion a-t-elle commencé que chacun fait assaut de dénonciations censées prouver son audace, et de ce qu'il sait de Marx, de la plus-value, des manuscrits de 1844, des Internationales, pour montrer qu'il a plus de culture révolutionnaire que quiconque Pendant que les messieurs récitent leur bréviaire, assortis de noms célèbres et de faits décisifs, les dames se taisent, attendent que ça passe ou quittent discrètement la salle. N'ayant généralement pas eu accès à cette « culture », elles doutent de pouvoir jamais l'absorber au point de pouvoir donner la réplique. Celles qui, après avoir fait l'effort de lire les classiques de l'économie et de l'explication prolétarienne, prennent la parole, écrasent du même coup et de la même manière leur consœurs. L'usage de redistributisme ne contribue donc pas seulement à élargir la compréhension des faits. Il permet aussi de lutter plus efficacement contre ce qu'on désigne par déficit démocratique. Observons enfin qu'on n'a jamais pu déduire de la dénonciation du capitalisme autre chose que la substitution d'une 11

classe par une autre aux gouvernes. Ce qui ne pouvait aboutir qu'à des révolutions de palais, après lesquelles toute critique des nouveaux maîtres devenait inadmissible. La mise en lumière des obligations et sanctions du redistributisme n'incite nullement, quant à elle, au manichéisme. Elle est donc déjà sur ce point parfaitement en phase avec le discours des écologistes, dont l'argumentaire initial, quelque peu oublié depuis, reposait sur le fait que nous sommes tous, quelle que soit notre situation dans l'échelle sociale, par notre consommation, aussi minime soit-elle, responsables des misères sociales et environnementales.

une société sucette
Ayant expliqué les principes du redistributisme, rappelons, à travers quelques exemples volontairement succincts, les effets qu'il entraîne. En ce qui concerne la production, le principal but d'une entreprise étant de gonfler au maximum ses bénéfices pour les ventiler ensuite dans différentes colonnes comptables, il est indifférent que ces bénéfices soient réalisés dans le champagne ou les sacs à main, les armements ou les maisons d'enfants à caractère sanitaire et social. Un entrepreneur qui veut créer du bien-être doit impérativement le rendre vendable. Ce qui l'oblige à toutes sortes d'inventions adjacentes qui sont autant de détours et de roueries. Il doit cultiver certaines images de modernité, de classicisme, de luxe, de «classe », qui font le maximum d'effet pour un prix de revient minimum. Il introduit dans son produit des faiblesses telles que sa durée excédera le moins possible celle de la garantie. Il joue des réassortiments périodiques, des effets de mode qui démodent. Obligé de tenir compte du fait que plus un produit est abondant sur le marché, plus son prix diminue, il lui faut donc abaisser les prix de revient - ce qui peut avoir des effets heureux au plan des avancées technologiques mais peut également signifier 12