Etienne TSHISEKEDI wa MULUMBA
238 pages
Français

Etienne TSHISEKEDI wa MULUMBA

Description

Cet ouvrage retrace le parcours et les actions socio-politiques d'Étienne Tshisekedi, homme d'État charismatique de la République démocratique du Congo, né en 1932, décédé le 1er février 2017. Et il le fait, exclusivement, à travers textes et documents, photos, médias et témoignages. Résultat d'une recherche longue et rigoureuse dans les réseaux sociaux, médiatiques et institutionnels, ce travail consiste en un recueil de textes et documents disponibles, dûment référenciés, sans prétention aucune d'exhaustivité.

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Date de parution 26 octobre 2018
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EAN13 9782140103971
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collectif universitaireÉtienne TSHISEKEDI wa MULUMBA
Biographie socio-politique à travers médias et témoignages
Cet ouvrage est l’œuvre d’un collectif universitaire. Il retrace le
parcours et les actions socio-politiques d’Étienne Tshisekedi, homme
d’État charismatique de la République démocratique du Congo, né en
er Étienne TSHISEKEDI 1932, décédé le 1 février 2017. Et il le fait, exclusivement, à travers
textes et documents, photos, médias et témoignages. Résultat d’une
recherche longue et rigoureuse dans les réseaux sociaux, médiatiques et wa MULUMBA
institutionnels, ce travail consiste en un recueil de textes et documents
disponibles, dûment référenciés. Il n’a donc aucune prétention à
l’exhaustivité.
Biographie socio-politique Ces textes sont présentés de la manière la plus ordonnée possible, dans
leur état brut d’origine, sans commentaires ni jugements quelconques, à travers médias et témoignages
hors toute polémique partisane. Il en est de même des documents
tels que la Charte de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social
(UDPS 1982), dont Tshisekedi était le président-fondateur. Le collectif
universitaire entend ainsi faire preuve de neutralisme positif en livrant
au public intéressé un ensemble pluriel d’informations dispersées mais
signi catives, que chacun pourra interpréter à sa guise, en toute liberté.
A n d’en assurer une parfaite lisibilité, l’ouvrage est composé de 10
thématiques numérotées de I à X, elles-mêmes subdivisées en autant
de composantes issues des sources identi ées. Une annexe reproduit
in extenso la Lettre de 13 parlementaires adressée au président de la
République en 1980. Le recueil et la mise en forme éditoriale des
composantes de l’ouvrage ont été assurés par des membres habilités du
collectif universitaire.

Le recueil et la mise en forme éditoriale des composantes de l’ouvrage ont été assurés
par des membres habilités du collectif universitaire.
L’Harmattan
Collection Économie Plurielle
dirigée par Henry PANHUYS
ISBN : 978-2-343-15445-9
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Collectif universitaire
Étienne TSHISEKEDI wa MULUMBA










Étienne TSHISEKEDI wa MULUMBA
Biographie socio-politique
à travers médias et témoignages


Collection Économie Plurielle (1996-2014)
dirigée par Henry PANHUYS*

La collection Économie Plurielle a pour ambition de développer le
pluralisme dans les sciences sociales et particulièrement en économie.
Cet objectif est devenu aujourd’hui une nécessité tant du point de vue
des faits que du point de vue des théories et des paradigmes relevant du
domaine de l’Homme. Leur cloisonnement s’avère être un obstacle à
l’interprétation des mutations en cours. L’irruption et la diffusion de la
société de l’information et de la connaissance ainsi que l’importance de
la culture, du sens et des croyances dans les pratiques d’acteurs
supposent un changement radical dans l’épistémologie des sciences
sociales et humaines. Dans ce but, la collection se veut aussi un lieu de
dialogue et d’échanges entre praticiens et théoriciens de toutes origines
et de tous horizons. Conformément à l’étymologie grecque du vocable
économie - oïkonomia est un composé de oïkos = maison et nomos = loi
qui désigne l’art d’administrer la maison, d’en gérer les biens et
ressources de toute nature -, la collection entend aussi relier par une
approche transversale, holiste, les multiples sphères d’activités et de
savoirs humains. Elle entend enfin, en référence à son dérivé
oekoumène (du grec oïkoumené = terre habitée) rassembler, de manière
œcuménique, dans un universalisme sans frontières, la pluralité des
spiritualités grâce auxquelles les pratiques et productions humaines font
sens.
Symbole de la Collection : le lotus rose

De la Méditerranée à l’Extrême Asie, de l’Égypte pharaonique à la
Chine taoïste en passant par l’Inde bouddhique, le lotus est dans ses
multiples manifestations et colorations, au profane comme au sacré,
un symbole de vitalité, de pluralité, de créativité. En particulier, le
lotus rose, ou padma, est un emblème solaire et de prospérité dans
l’iconographie indienne. Avec ses huit pétales significatifs des huit
directions de l’harmonie cosmique, il est une manière d’offrande à la
vie. C’est d’ailleurs cette fleur symbolique qui constituait le
fondement du logo du Réseau Sud-Nord Cultures et Développement
dont notre collection est l’héritière directe. C’est pourquoi nous la
reprenons désormais comme symbole d’ouverture au monde, à la
connaissance, la paix et la démocratie.




* Jusqu’à son décès en juillet 2011, Hassan ZAOUAL Professeur des
Universités, a codirigé cette collection.
Collectif universitaire











Étienne TSHISEKEDI wa MULUMBA
Biographie socio-politique
à travers médias et témoignages





































































































































































































































































































© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-15445-9
EAN : 9782343154459

SOMMAIRE





Préface 9

I. Identité et biographie 11
II. Tshisekedi, le père de la démocratie congolaise 19
III. Projet de société de l’UDPS 29
IV. Etienne Tshisekedi, son discours historique à la
Conférence Nationale Souveraine (CNS) 67
V. Opposition à Kabila 75
erVI. La mort d’Etienne Tshisekedi, le 1 février 2017 83
VII. Quelques témoignages 87
VIII. La dépouille d’Etienne Tshisekedi :
un scandale congolais 135
IX. Rapatriement de la dépouille de Tshisekedi
de Bruxelles en RDC 149
X. Conclusion 155

Annexe 161

Lettre ouverte au citoyen Président-fondateur
du Mouvement Populaire de la Révolution,
Président de la République, Mobutu Sese Seko,
par un groupe de 13 Parlementaires,
erle 1 novembre 1980


7



PREFACE

Le présent ouvrage est l’œuvre d’un Collectif Universitaire.
Il a pour objet de retracer le parcours et les orientations
sociopolitiques d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Ceci,
exclusivement, à travers l’image qu’en donnent divers
documents, médias et témoignages.
Quoique résultant d’une recherche laborieuse et rigoureuse
dans les réseaux sociaux et médiatiques, ce travail n’a aucune
prétention à l’exhaustivité. Il s’agit en l’occurrence d’un recueil
de textes, documents, photos et témoignages rassemblés
méthodiquement auprès des organes de presse
scriptoaudiovisuels, des médias sociaux et des institutions
compétentes. En les présentant d’une manière aussi ordonnée
que possible, dans leur état brut d’origine, avec leurs références,
sans aucun commentaire ni jugement de valeur, le Collectif
Universitaire entend faire preuve d’un esprit qualifiable de
neutralisme positif, hors toute polémique partisane. Du même
coup, il entend fournir au public le plus large un ensemble
d’informations dispersées, susceptibles d’éclairer utilement la
réflexion de tous les intéressés.
Pour assurer une parfaite lisibilité, l’ouvrage comporte 10
chapitres numérotés de I à X (voir Sommaire), eux-mêmes
subdivisés en autant de composantes explicitement identifiées,
intitulées et restituées comme telles par les sources de
provenance. Y est ajoutée une Annexe reproduisant in extenso
erla Lettre-Memorandum ouverte adressée le 1 novembre 1980
par 13 Parlementaires au Président de la République.
Le Collectif Universitaire, tient à remercier les Editions
L’Harmattan ainsi que les Editions Universitaires Africaines
pour leur contribution à, la publication et à la diffusion de ce
recueil dans des conditions et délais satisfaisants pour tous.

Pour le Collectif Universitaire : M.M.N. et H.P.
Kinshasa-Bruxelles, 11 septembre 2018
9




I. Identité et biographie


1. Identité

Étienne Tshisekedi wa Mulumba, né à Kananga (alors
Luluabourg au Congo belge) le 14 décembre 1932 et mort le 1er
février 2017 à Bruxelles, est un homme d’État de la République
démocratique du Congo (RDC), ancien Premier ministre du
Zaïre (nom de la RDC sous Mobutu) et président de l’Union
pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

2. Biographie

Étienne Tshisekedi est d’origine luba. Il obtient son diplôme
de docteur en droit à l’université Lovanium de Kinshasa en
1961, devenant ainsi le premier diplômé en droit du Congo.
Déjà en 1960, il est membre du collège des Commissaires
généraux, gouvernement provisoire mis en place par
JosephDésiré Mobutu après un coup d’État, en tant qu’adjoint du
commissaire à la Justice, Marcel Lihau.
Entre 1961 et 1965, Étienne Tshisekedi est le recteur de
l’École nationale de droit et d’administration (ENDA). Il
participe au gouvernement congolais et devient ministre de
l’Intérieur et des Affaires coutumières du président
JosephDésiré Mobutu en 1965. Il prend part à la rédaction de la
Constitution congolaise de 1967. Cette même année, au
conclave de Nsele, Tshisekedi rédige, avec Mobutu, Justin
Bomboko et Singa Udjuu, le manifeste de la Nsele, créant ainsi
le Mouvement populaire de la Révolution. Ce parti devient
ensuite le parti unique. En juin 1966, il fait exécuter trois
anciens ministres et un sénateur, les « pendus de la Pentecôte »,
qui comptaient parmi les opposants les plus influents à la
dictature.
En 1980, le régime semble fragilisé après les guerres du
Shaba, qui ont laissé entrevoir la faiblesse de son armée, et par
11

une gestion déplorable des finances du pays. Quand le président
de l’Assemblée nationale, Kalume, meurt, Mobutu nomme
Nzondomio Adokpelingbo au lieu de son remplaçant légal
Tshisekedi. En novembre 1980, Tshisekedi et d’autres
parlementaires rédigent une lettre ouverte à Mobutu, la Lettre
des 13 parlementaires dans laquelle ils dénoncent la dictature
exercée par Mobutu. En 1982, Tshisekedi participe à la
fondation de l’UDPS. À la suite de cela, il est plusieurs fois
emprisonné et subit une oppression avec les autres fondateurs,
certains trouvent même la mort.



12

3. Union pour la démocratie
et le progrès social



Union pour la démocratie et le progrès
social (UDPS)
Présentation
Président Félix Tshisekedi
Fondation 15 février 1982
546, avenue Zinnia Siège
Kinshasa/Limete
Étienne Tshisekedi Fondateurs
Marcel Lihau
Secrétaire général Jean-Marc Kabund-a-Kabund

Idéologie Social-démocratie
Affiliation internationale Internationale socialiste
Couleurs
rouge, jaune, bleu
Site web http://www.udps.org/ [archive]




13

4. Création de l’UDPS

L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) est
un parti politique d’opposition en République démocratique du
Congo. Il a été fondé le 15 février 1982 par Etienne Tshisekedi,
Marcel Lihau et d’autres. Il est membre observateur de
l’Internationale socialiste. L’histoire de l’UDPS (Union pour la
Démocratie et le Progrès Social) est liée à la personne d’Etienne
Tshisekedi. Elle démarre avec la lettre de 13 Parlementaires
adressée à Mobutu en 1980. Ce document-canon passe au
peigne fin la situation politique, économique et sociale de
l’exZaïre. Ses auteurs font un constat malheureux : le pays est à la
dérive, sous la dictature de Mobutu et le régime de prédation
qui la sous-tend. Au terme de leur analyse, ils réclament des
changements en termes de démocratisation et de bonne
gouvernance.
Son combat politique se confond, sur toute la ligne, avec
celui de cette formation politique, la première à avoir décidé de
prendre le dictateur Mobutu au mot. Cela fait trente et un ans
que Tshisekedi se bat pour la restauration de l’Etat de droit, la
bonne gouvernance, la justice distributive, l’unité nationale, la
paix, le bien-être social en République Démocratique du Congo.
L’UDPS fait autant durant le même timing.
Selon la Constitution du 24 juin 1967, ballottée à travers des
amendements à répétition opérés conformément à la volonté du
« Président-Fondateur du MPR », l’espace politique régi sous le
monopartisme tolérait l’existence d’un second parti politique.
C’est de cette brèche que se saisirent, en 1982, Tshisekedi et ses
compagnons politiques (Ngalula, Mbwankien, Makanda, Lihau,
Kibassa-Maliba, Kyungu, Gizanga…) pour créer l’UDPS,
commettant du coup un crime de lèse-majesté qui allait leur
coûter interpellations, arrestations, relégations,
emprisonnements, etc.
En dépit des brimades et humiliations de toutes sortes,
entrecoupées d’appels du pied pour le retour dans les rangs du
parti unique, sur fond de promesses d’enveloppes et de
nominations dans les arcanes du pouvoir d’une part, et, d’autre
14

part, de trahisons sans nombre de la part de ses compagnons de
route, le Sphinx de Limete a tenu bon.
A ce jour, le « bal des chauves » a fini par livrer ses secrets.
Etienne Tshisekedi a été lâché par tous les cadres de première
heure, morts pour certains, ou auto-exclus pour la plupart.
Partisan de la non-violence depuis 1982, ce leader d’opinion n’a
toujours pas changé de cap, et ce ne sont pas les opportunités de
faire alliance avec des seigneurs de guerre qui ont manqué ou
qui manquent. Constant dans le respect de son credo de
nonviolence et de non-conquête du pouvoir par les armes, celui que
l’on considère comme le père de la démocratie congolaise en est
aujourd’hui à réclamer la vérité des urnes, par des voies
pacifiques. Sans plus. « Le peuple d’abord », ne cesse de clamer
cet octogénaire qui rêvait d’un Congo nouveau, qu’il comptait
rebâtir au lendemain de sa victoire à la présidentielle de
novembre 2011.

Kim, Le Phare

5. Histoire de l’UDPS

En tant que mouvement politique d’opposition contre la
dictature du régime du maréchal Mobutu, l’UDPS a vu le jour
erle 1 novembre 1980, jour de la publication de la Lettre
ouverte des Treize Parlementaires adressée au Président
Mobutu. Cette lettre fut, depuis le coup d’État militaire
du 24 novembre 1965 par lequel le régime Mobutu s’était
installé au pouvoir, la toute première contestation non violente,
sous forme d’une analyse critique, rigoureuse et globale de
l’ensemble du système politique du Maréchal Mobutu, la toute
première remise en question de l’ensemble d’un régime qui était
jusque-là soutenu par tout l’Occident, en pleine guerre froide et
au moment où Mobutu était au sommet de sa puissance et sa
gloire. Cette Lettre se terminait par dix propositions invitant
Mobutu à démocratiser le système politique conformément aux
aspirations profondes et légitimes de la population et
au Manifeste de la N’Sele, document fondateur du MPR qui,
15

dans sa conception, faisait du MPR un parti politique
démocratique à côté d’un deuxième parti politique dont la
création était prévue à l’article 4 de la Constitution du 14 juin
1967.
Pour les Treize parlementaires donc, Mobutu était un
déviationniste par rapport à l’essence même du MPR et un
traître par rapport à l’aspiration profonde et légitime de la
population à l’avènement d’un État de droit souverain,
démocratique, pluraliste, moderne et prospère au cœur de
l’Afrique. Au lieu d’écouter les Treize Parlementaires, Mobutu
se livra à la répression (relégation dans leurs villages d’origine,
emprisonnements, traitements cruels, inhumains et dégradants,
tortures, bannissements, déchéance de leurs droits civils,
politiques, sociaux…).
Ayant sous-estimé la détermination et la résistance intérieure
des Treize Parlementaires et l’écho favorable que leur message
avait eu chez de nombreux compatriotes, Mobutu obtint le
résultat tout à fait opposé : plusieurs compatriotes rejoignirent
les Treize Parlementaires dans la lutte clandestine contre le
régime de Mobutu; le 15 février 1982, les Treize
Parlementaires et les autres cofondateurs qui les avaient rejoints
dans le combat politique créèrent un deuxième parti politique
d’opposition en pleine dictature à Parti-État (MPR) : l’Union
pour la démocratie et le progrès social.

6. Résultats

Plusieurs résultats caractérisent le combat de l’UDPS :
a) émergence en 1990 de plusieurs forces politiques et
sociales acquises au changement et fonctionnement progressif
de la société comme toute société démocratique moderne ;
b) tenue de la Conférence Nationale Souveraine en 1991 ;
c) la réussite du Dialogue Inter-congolais de 2003 et le
démarrage de la Transition vers des élections libres et
démocratiques.
16

7. Jeunesse de l’UDPS

L’organisation de la Jeunesse de l’UDPS intervient peu
après l’ouverture démocratique en 1990 sous la houlette des
jeunes comme Godé Mwamba, Jacques Mbila, Aimée Boende,
Georges Matungulu, Allen Mukendi Luaba Muana Katshi,
Vianney Kabukanyi... C’est surtout avec l’arrivée de Raymond
Kahungu et Raoul Nsolwa-Muye que cette structure du parti va
prendre sa part de noblesse.
L’UDPS constitue la force centrale de l’opposition depuis
Mobutu jusqu’à Kabila. La plupart de ses membres ont été
victimes des différents régimes qui se sont succédé en RDC.
Certains d’entre eux ont rejoint le régime en place notamment
Aubain Minaku et Jacques Mbila.

17



II. Tshisekedi, le père de la
démocratie congolaise

Muriel Devey Malu-Malu, Le Phare Afrique, 03-02-2017

Avec un courage insensé, il a affronté tous les
potentats congolais, de Mobutu à Kabila fils, au point de passer
pour un éternel opposant.



Étienne Tshisekedi, le 31 juillet 2016, lors d’une manifestation organi-
sée à Kinshasa.
© EDUARDO SOTERAS / EDUARDO SOTERAS / AFP

Celui qui était sans doute l’opposant congolais le plus connu
dans le monde s’est éteint d’une embolie pulmonaire, le 1er
février, à l’âge de 84 ans, à Bruxelles où il était hospitalisé
depuis le 24 janvier dernier. « Un coup de tonnerre dans le ciel
congolais. Un coup dur pour la démocratie congolaise »,
martèle Jean-Jacques Wondo, un politologue congolais. S’il
n’avait pas que des amis, en particulier dans la classe politique
congolaise, force est de reconnaître qu’Étienne Tshisekedi Wa
Mulumba, le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès
social (UDPS), bénéficiait d’une très forte popularité au sein de
la population. Une notoriété qu’il devait à sa longue et tenace
opposition à l’ex-président Mobutu et à ses successeurs, ainsi
qu’à sa lutte incessante pour la démocratie, qui a commencé
dans les années 1970.
19

1. D’abord, un pilier dans le régime de
Mobutu

C’est en 1960 que ce docteur en droit de l’université
Lovanium (actuelle Université de Kinshasa), né le 14 décembre
1932 à Luluabourg (actuelle Kananga, chef-lieu du Kasaï
central), dans ce qui était alors le Congo belge, fait son entrée
dans l’arène politique, en tant que « commissaire général
adjoint à la Justice », dans le Collège des commissaires
généraux, le gouvernement provisoire mis en place par
JosephDésiré Mobutu après son putsch du 14 septembre 1960. Après
la deuxième prise de pouvoir de Mobutu en novembre 1965,
Tshisekedi occupera divers postes ministériels (Intérieur,
Justice et Plan). Pendant ce parcours aux côtés de Mobutu Sese
Seko, on lui reprochera d’« avoir fermé les yeux » devant
l’assassinat du Premier ministre congolais, Patrice Emery
Lumumba, en 1961 et ses déclarations sur la nécessité de
« prévenir les tentatives de putsch », avalisant ainsi la
pendaison, le 2 juin 1966, de quatre personnalités congolaises.
Gilbert, un habitant de Kinshasa, soutient, pour sa part, que
« Tshisekedi n’a pas eu de responsabilité dans ces événements.
Tous les ordres venaient de Mobutu, qui décidait de tout ». En
raison de sa proximité avec Mobutu, alors l’homme fort du
pays, d’aucuns ont qualifié Tshisekedi de « pilier du régime ».
Certes, « il le fut jusqu’en 1969, mais pas après », assure Elvis
Mwinyi-Hamza Badjoko, membre du G14, une formation alliée
de l’UDPS.

2. La fissure des premiers désaccords
avec Mobutu

Les premiers signes de désaccord apparaissent, en effet,
quand Mobutu crée, le 20 mai 1967, le Mouvement populaire
de la révolution (MPR), dont le programme et les grandes
options fixés dans le Manifeste de la N’Sele, paru deux mois
plus tôt, augurent l’instauration du monopartisme. Le MPR
20

aura d’ailleurs le statut de parti unique avec la révision
constitutionnelle de décembre 1970. Le bipartisme que
prévoyait la Constitution de 1967, dont Tshisekedi fut le père
avec Marcel Lihau, est donc aboli. Le fossé entre les deux
hommes se creuse en 1969, lors du massacre d’étudiants de
l’université de Lovanium qui demandent une amélioration de
leurs conditions matérielles et une plus grande autonomie de
leur établissement. Cet événement est conjugué aux dérives
dictatoriales du régime, autant de faits que Tshisekedi dénonce.
En 1969, il est envoyé comme ambassadeur au Maroc, histoire
de l’éloigner du pays. La goutte d’eau qui fera déborder le vase
est le massacre d’exploitants clandestins de diamant en juillet
1979, au Kasaï oriental, à Katekelayi. Un massacre fortement
condamné par la Fédération internationale des droits de
l’homme et Amnesty International. Alors député national,
Tshisekedi cosigne la lettre au président Mobutu qui dénonce
les violations des droits de l’homme à Katekelayi.

3. Par son courage, il impulse la
démocratie au Congo

Le 1er novembre 1980, le bras de fer engagé avec Mobutu se
durcit. Alors qu’il siège à l’Assemblée nationale, Tshisekedi est
l’un des treize députés à exiger la démocratisation du pays dans
une lettre ouverte adressée au président de la République. Refus
de Mobutu, qui les fait arrêter et torturer et les déchoit de leurs
mandats parlementaires. Mais Tshisekedi persiste et signe en
cofondant l’UDPS, en 1982, en compagnie d’une douzaine de
ses collègues. Cette initiative lui vaut des séjours prolongés en
prison. Ce parti devra attendre une dizaine d’années, dans la
clandestinité, avant d’être autorisé à fonctionner en tant que
parti politique. Le courage dont il fait preuve dès cette époque
lui vaut toujours aujourd’hui l’admiration de Congolais.
« Tshisekedi a été l’un des rares hommes politiques à
s’opposer au régime de Mobutu à Kinshasa. La plupart des
autres opposants sont partis en exil. Mais lui est resté au pays. Il
s’est montré très courageux en osant dire publiquement
21

que Mobutu était un dictateur », témoigne Arnaud, un Kinois.
Un point de vue partagé par Elvis Mwinyi-Hamza Badjoko.

4. Premier ministre après la Conférence
nationale, mais...



Tshisekedi lors de l’ouverture de la rencontre des leaders de l’opposition
congolaise le 8 juin 2016 à Genval, près de Bruxelles. © Thierry Charlier/AFP

La vague de démocratisation qui s’empare de l’Afrique, au
début des années 1990, après la chute du mur de Berlin,
n’épargne pas le Zaïre. Mobutu lâche du lest en renonçant au
monopartisme. Étienne Tshisekedi, longtemps assigné à
résidence, recouvre sa liberté. Le 7 août 1991 s’ouvre la
Conférence nationale du Zaïre, interrompue en septembre par
des pillages. Pour tenter de faire face aux événements, Mobutu
nomme Tshisekedi. Premier ministre. Ce dernier décline cette
nomination. À l’issue des travaux de la Conférence nationale
qui avait repris le 4 août 1992 après une suspension en janvier,
Tshisekedi est élu, le 15 août, Premier ministre par la
Conférence nationale, dans la liesse populaire. Il sera toutefois
22