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Géopolitique des technologies de l'information et de la communication au Moyen-Orient

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Description

Modifiant en profondeur nos modes de vie et d'organisation, les TIC sont particulièrement présentes au Moyen-Orient, ce qui contraste avec les disparités de développement de la zone. Cette étude met en exergue le comportement antagoniste des gouvernements autoritaires de la région à leur égard. En effet, entre stratégie d'ouverture économique et de contrôle des libertés, l'impact de ces technologies sur des sociétés gouvernées d'une main de fer est considérable.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2011
Nombre de lectures 67
EAN13 9782296801226
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Géopolitique des technologies de
l’information et de la communication au
Moyen-Orient
« Diplomatie et stratégie »
Collection dirigée par Emmanuel Caulier


Ouvrages parus

Cristina AGUIAR et Khamliènhe NHOUYVANISVONG (ambas-sadeurs), Guide pratique de la négociation internationale , 2010.
D’ABOVILLE (Robert), Investissements pétroliers chinois en Afrique, 2010,
MIGNOT (Bruno), Il était une fois des militaires. Chronique d’une mutation en cours , 2009.
LODDO (Jean-François), Le Nouvel Ordre du puzzle des Balkans , 2009.
MALLATRAIT (Clémence), en collaboration avec Thomas Meszaros, La France, puissance inattendue au XXI e siècle dans le Pacifique Sud , 2009.
DEREUMAUX (René-Maurice), L’Organisation internationale de la francophonie. L’institution internationale du XXI e siècle , 2008.
COJOCARU (Doru), Géopolitique de la mer Noire. Eléments d’approche , 2008.
LEFEBVRE (Jean-Luc), A la recherche du cinquième élément : du feu à l’espace, une brève histoire de conquêtes , 2008.
MIGNOT (Bruno), Regard d’un militaire sur la société française. La République nous appelle , 2007.
MEYER (Michel), La nouvelle diplomatie commerciale brésilienne. Lula : danse avec le soleil , 2005.
Valériane Été
Clémentine Lepais
Samantha Vachez (coord.)


Géopolitique des technologies de
l’information et de la communication
au Moyen-Orient


Entre compétitivité étatique et stratégie de contrôle


Préface d’Emmanuel Caulier
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54196-2
EAN : 9782296541962

Fabrication numérique : Socprest, 2012
PREFACE
« Science et technologie ont réussi et échoué en même temps »
A. J. Wojciechowski


Le monde dispose aujourd’hui de plus de moyens de communication qu’il n’y en a jamais eu au cours de l’histoire. Le vertigineux développement des technologies de communication et de l’information touche ainsi toutes les zones de la planète ; il ne se fait pas sans le Moyen-Orient.

Formés en géographie, en droit, en science politique, les auteurs de cette remarquable monographie soulignent pourtant les ambivalences de cette évolution : en effet, si les TIC constituent dans cette partie du monde une infrastructure au service de l’impulsion de la science-technique-industrie, c’est-à dire du développement et du profit, elles servent aussi de support aux États qui s’en servent pour réaffirmer leur domination. Ce stato-centrage, ici décrit, cherche à réagir à l’internationalisation de mouvements politiques et sociaux qui s’emploient à dénoncer et à critiquer les excès de régimes souvent peu démocratiques.

Cette critique va bien entendu jusqu’aux politiques des gouvernements, ce qui tient compte de la lésion ça et là des droits humains, de l’aggravation des inégalités, de la dénonciation d’éléments culturels prémodernes et non occidentaux. Ainsi les TIC se présentent-elles aussi au Moyen-Orient comme courants émancipateurs, tendus par une aspiration à un monde meilleur.

L’articulation de ces deux tendances est complexe ; elle forme en fait un seul processus antagonique, concurrent mais complémentaire. Les idées novatrices se développent dans cette partie du monde, comme contrepoint des idées de domination et d’exploitation, tandis que les idées universelles y sont introduites et se développent sur la base des progrès économiques et de techniques qui se répandent justement grâce au support des moyens de communication.

L’approche développée ici est riche et n’exclut jamais l’importance de la dimension juridique. Celle-ci entoure constamment l’ensemble des évolutions des TIC dans la région, qu’elle se présente par son cadre normatif étatique ou international ou qu’elle soit évoquée sous l’angle des recours contentieux potentiels. Elle travaille sous l’angle politique aussi, travaillant sans cesse la théorie de l’État, étudiant savamment les variations de sa présence ou de son recul.

Ainsi, le Moyen-Orient nous apparaît-il sous un jour nouveau, tendu vers un futur aléatoire et incertain mais ouvert sur d’innombrables possibles. Les TIC apportent à cette partie du monde diverse par ses niveaux de développement, un élément nouveau de complexité. Cela exigera une complexification de la politique qui, sans le choisir, se déplace peu à peu dans un contexte global et une dynamique planétaire.


Emmanuel CAULIER

Avocat à la Cour
Professeur au Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques
Recteur de l’Université Internationale de Brazzaville
TABLE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES
ADSL : Asymmetric Digital Subscriber Line
CCG : Conseil de coopération du Golfe
CDMA : Code Division Multiple Access
CIRDI : Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements
CNUCED : Commission des Nations Unies pour le commerce et le développement
DCS : Digital Cellular System
EAU : Émirats arabes unis
EDGE : Enhanced Data rates for GSM Evolution
FTTH : Fiber To The Home
GATS : General Agreement on Trade and Services
GATT : General Agreement on Tariff and Trade
GSM : Global System for Mobile communications
HSPA : High Speed Packet Access
IDE : Investissement direct étranger
IP : Internet Protocal
MENA : Middle East and North Africa
OCDE : Organisation de coopération et de développement économique
OMC : Organisation mondiale du commerce
ONU : Organisation des Nations Unies
ORD : Organe de règlement des différends
TDMA : Time Division Multiple Access
TIC : Technologies de l’information et de la communication
NTIC : Nouvelles technologies de l’information et de la communication
UE : Union européenne
UIT : Union internationale des télécommunications
UMTS : Universal Mobile Telecommunications System
VoIP : Voice Over Internet Protocol
Wi-Fi : Wireless Fidelity
ZALE : Zone arabe de libre échange
3G : Third Generation of Development in Wireless Technology
REMERCIEMENTS
Les auteurs tiennent à remercier les personnes qui suivent pour les entrevues qu’elles ont bien voulu leur accorder leur permettant de mieux appréhender les enjeux régionaux et d’enrichir leur approche :

Antoine BASBOUS, Directeur de l’Observatoire des pays arabes.
Pascal CHAIGNEAU, Directeur du Mastère spécialisé « Management des risques internationaux » d’HEC Paris.
Nicolas GRESSER, Consultant – TERA Consultants.
Laura RECUERO-VIRTO, Économiste au sein du Département Afrique et Moyen-Orient – Centre de développement de l’OCDE.

Une pensée toute particulière à Maître Emmanuel CAULIER qui a bien voulu nous suivre dans cette belle aventure en nous accordant toute sa confiance et son soutien.


A nos familles.
AVERTISSEMENT

Les auteurs entendent utiliser durant le présent ouvrage, pour des raisons de fluidité de lecture, les noms des pays suivants en lieu et place de leurs dénominations constitutionnelles telles que recensées sur le site Internet officiel du groupe d’experts des Nations Unies pour les noms géographiques :

http://www.toponymiefrancophone.org/

Arabie Saoudite en lieu et place de « Royaume d’Arabie Saoudite »
Bahreïn en lieu et place d’« État de Bahreïn »
Égypte en lieu et place de « République arabe d’Égypte »
Iraq en lieu et place de « République d’Iraq »
Israël en lieu et place d’« État d’Israël »
Jordanie en lieu et place de « Royaume hachémite de Jordanie »
Koweït en lieu et place d’« État du Koweït »
Liban en lieu et place de « République libanaise »
Oman en lieu et place de « Sultanat d’Oman »
Qatar en lieu et place d’« État du Qatar »
Syrie en lieu et place de « République arabe syrienne »
Yémen en lieu et place de « République du Yémen »

Les auteurs ont également substitué le nom de Palestine en lieu et place d’« État palestinien » bien que la reconnaissance internationale de celui-ci soit encore contestée ; ainsi que le nom de Ligue arabe en lieu et place de « Ligue des États arabes ».
INTRODUCTION GENERALE

Observatrices attentives du Moyen-Orient, nous sommes également spectatrices des mutations qui s’opèrent dans cette région, tant au niveau économique, diplomatique et politique que sociétal. A ce titre, les infrastructures nécessaires aux télécommunications se sont particulièrement développées et modernisées au point de faire du téléphone portable et de la parabole des références qui pourraient peut-être un jour remplacer le célèbre indice « Big Mac » élaboré par The Economist {1} pour évaluer les disparités de niveau de vie entre les États.

En effet, on compte aujourd’hui plus de 150 chaînes de télévision par satellite diffusées au Moyen-Orient, tandis que 200 chaînes supplémentaires devraient être disponibles dans peu de temps. La Guerre de Golfe de 1991 a considérablement augmenté la demande en chaînes satellitaires notamment afin de pouvoir recevoir les informations diffusées par la chaîne de télévision CNN {2} . Son introduction et sa rapide propagation dans la société, de même que la reconnaissance de son utilité ont rendu ce média populaire. Mais le satellite n’est pas uniquement utilisé pour la diffusion de chaînes de télévision. Bien au contraire, il est indispensable à la transmission des données des entreprises implantées dans la région ; ce qui explique qu’il soit en plein essor et qu’il continue à se développer.

Le marché de la téléphonie mobile est lui aussi en pleine expansion et la compétition entre opérateurs pour l’attribution des licences est rude. En Iraq par exemple, les opérateurs se battent pour remporter le marché, tant il y a à reconstruire et tant la demande est importante {3} . De même, les Émirats arabes unis vont peut-être voir leur troisième opérateur s’implanter en 2011 {4} , la compagnie Yahsat {5} , qui pourrait être choisie par l’Autorité de Régulation des Télécoms. La diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) s’est faite plus rapidement qu’il ne l’avait été prévu. Plus de la moitié de la population mondiale a aujourd’hui accès aux TIC notamment grâce à la révolution de la téléphonie mobile. « Le secteur de l’industrie mobile devrait, dans les 5 ans, passer de 2,8 à 4,2 milliards de souscriptions, dont 90% devrait provenir de pays à l’économie émergente et 20% d’Afrique et du Moyen-Orient. » {6} . Ajoutons que la 29 ème édition de la semaine technologique GITEX d’octobre 2009, qui regroupait les plus grandes entreprises de télécommunications mondiales, a été un grand succès. Ce sont près de 134 000 visiteurs professionnels qui s’y sont rendus, prouvant ainsi l’importance du secteur.

Autant d’éléments qui tendent à prouver que le secteur des télécommunications est en pleine croissance au Moyen-Orient, qui ne reste pas à l’écart du phénomène, comme il peut l’être, d’après certains analystes, de la mondialisation {7} et qu’il aura – ou a déjà – un impact sur les sociétés.

Au cours de l’année écoulée, plusieurs événements ont retenu notre attention, dont les plus significatifs sont très certainement deux événements successifs qui concernent la Jordanie, et qui caractérisent bien la dualité de la politique des régimes moyen-orientaux en général, et plus particulièrement celle qu’ils adoptent à l’égard des télécommunications.

Le 30 novembre 2009, le ministère jordanien de l’information et des Technologies de la Communication s’est vu décerner – conjointement avec la Russie – le Prix UNESCO – Roi Hamad bin Isa Al-Khalifa pour l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation {8} . Ce prix récompense un programme lancé en 2003, visant à former plus de 3 000 enseignants aux TIC et à proposer six e-programmes pour renforcer les outils nationaux dans le domaine de l’éducation ; preuve de modernité et d’ouverture. Quelques mois plus tard, en janvier 2010, la Cour de cassation de Jordanie {9} a étendu la portée des lois sur la presse et les publications écrites à Internet et aux publications électroniques, ce qui signifie que les livres et les journaux qui étaient jusque-là censurés seront rejoints par les sites et les blogs. L’ouverture-fermeture ou la dualité permanente des gouvernements du Moyen-Orient est mise en exergue par cet exemple. Mais au-delà de cette « anecdote », il est intéressant d’observer et d’analyser les mutations engendrées par les TIC de manière globale.

► Ta rapide évolution des TIC

Les technologies de l’information et de la communication occupent une place particulière au sein de notre vie. Cet impact a donné lieu à la qualification de « société de l’information » pour définir la modification de l’environnement sociétal engendrée par la position centrale des TIC. En effet, bien que le développement des premières TIC remonte à la fin du XVIII ème siècle, c’est l’apparition successive du télégraphe puis du téléphone, du télex et enfin d’Internet qui a bouleversé nos habitudes. L’utilisation des câbles sous-marins, des ondes, du satellite puis de la fibre optique a également particulièrement modifié notre façon de communiquer en permettant mobilité, ubiquité et promiscuité.

Rapidement, les TIC sont devenues le symbole d’une « troisième révolution industrielle », après la machine à vapeur et le chemin de fer au XIX ème siècle, l’électricité et le pétrole au XX ème ; entraînant comme le veut la définition, une coupure profonde et visible avec les anciens modes de production et la prédominance de ce secteur sur les autres. Il est vrai que ces mécanismes ont encore rationalisé notre façon de produire : pour preuve, plus aucune industrie n’envisage de s’implanter sans ERP {10} dans le cadre de ses opérations de supply-chain. C’est par ailleurs cette capacité de capillarisation des autres secteurs qui est mis en avant comme si désormais la matrice économique ne relevait plus que des TIC. Ainsi ne parle-t-on pas des multiples applications déclinables autour des TIC dans des domaines aussi variés que la médecine, l’enseignement ou encore le secteur bancaire. C’est ce phénomène que Robert GILDER {11} nomme le « Telecosm », à savoir un monde gravitant autour des TIC.

Tirées par l’essor de la mondialisation {12} qu’elles ont contribué à muer en globalisation {13} , les TIC concourent à l’émergence du « Village planétaire » de Marshall MAC LUHAN {14} caractérisé par l’absence de frontières et la réduction de l’espace-temps. Néanmoins, cette homogénéité n’est qu’illusion : il suffit de constater les disparités de développement pour comprendre les craintes liées à une « fracture numérique {15} » du monde. Les problèmes tirés du transfert de technologie se posent au sein des organisations internationales telles que l’OCDE et l’OMC.
Néanmoins, ce serait occulter le fait qu’initialement les TIC sont issues des recherches militaires (satellite et Internet notamment) et font partie de ces biens dits « sensibles » ou « à double usage {16} », conçus pour conforter la sécurité intérieure et extérieure de l’État contre toute menace {17} . L’application des TIC aux autres secteurs de l’économie induit également de nouvelles pratiques comme le commerce électronique, encore dénommé « e-commerce », dont le statut juridique international reste encore indéterminé. L’immatérialité du transfert de données comporte de nombreux risques, questionnant de facto le rôle de l’État face aux atteintes potentielles et nouvelles à sa souveraineté. Les réponses traditionnelles ne suffiront pas et devront donc être repensées. En effet, les frontières pourtant clairement définies semblent désormais éclatées sous l’effet « dot.com » conduisant à une fragmentation nouvelle des territoires ne correspondant plus aux réalités des marchés économiques nationaux.

► Le Moyen-Orient : positionnement stratégique, environnement crisogène et menaces protéiformes

La croissance et l’expansion du « e-business », des transactions « onlines » et des « e-gouvernements » ont entraîné une augmentation de la demande pour les TIC dans les pays du Moyen-Orient notamment chez les principaux producteurs de pétrole et de gaz de la région à savoir Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Ainsi, l’augmentation du prix du pétrole et de la production a provoqué une augmentation de leur PIB et donc de leurs capacités d’investissement dans les infrastructures parmi lesquelles les réseaux inhérents aux TIC {18} .

Une attention particulière doit être portée à cette évolution d’autant plus qu’elle intervient dans une région systématiquement dépeinte comme étant « la zone crisogène » du monde, celle de tous les antagonismes et de tous les dangers. Il est de surcroît rare de l’analyser à travers un autre prisme que celui de l’autoritarisme ou des conflits.

Quant à la délimitation de la zone étudiée, nous avons sciemment fait le choix d’exclure certains pays de la zone. En premier lieu, l’Iran, en raison de son identité perse mais surtout car il nous a semblé qu’il ne pouvait être inclus dans la même dynamique que les pays du Moyen-Orient, qui se constituent comme une sorte de « hub » entre l’Europe et l’Asie. En effet, Téhéran mène une politique relativement isolationniste vis-à-vis des pays arabes {19} et affirme plutôt sa volonté de se tourner vers l’Asie centrale, comme le démontre son appartenance à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Nous avons exclu également la Turquie, résolument orientée vers l’Europe et membre de l’OTAN. Cependant, nous avons intégré l’État hébreu, pays-clé de la région, entre autres de par sa position géographique centrale dans la zone et les conséquences – politiques, diplomatiques et sécuritaires – qui en découlent sur les pays voisins.


► Les TIC au Moyen-Orient : entre nécessité de développement et modernisation politique

Les Objectifs du millénaire de septembre 2000 ont permis la reconnaissance des technologies de l’information et de la communication comme vecteur de développement social et économique. Les sommets mondiaux sur la société de l’information qui se sont tenus à Genève en 2003 et à Tunis en 2005 l’ont par ailleurs réaffirmé {20} .

Il est instructif de voir que les TIC sont considérées d’une part comme des infrastructures cruciales pour les opportunités économiques, les libertés politiques, les soins médicaux, les garanties de transparence et d’autre part comme des accélérateurs de développement dans le cadre des sociétés de la connaissance {21} .

Dans le cas du Moyen-Orient, certaines études {22} affirment que les TIC peuvent être un formidable outil pour augmenter la productivité des États et les performances économiques, créer des emplois, générer une croissance durable, accroître la coopération internationale dans divers secteurs comme la finance, le commerce, les investissements étrangers et ainsi, à terme, augmenter considérablement le poids des pays du Moyen-Orient au sein de la concurrence mondiale.

Malgré tout, il ne faut pas perdre de vue que ces avantages sont critiqués et que les TIC peuvent exacerber les inégalités déjà présentes comme en créer de nouvelles.

► Quels rôles pour les TIC ?

Les relations internationales contemporaines connaissent aux côtés des acteurs traditionnels que sont les États et les organisations internationales, de nouveaux acteurs provenant de la sphère privée. Parmi ceux-ci, la catégorie des entreprises multinationales ou transnationales émerge grâce à des caractéristiques propres et des potentialités d’interaction avec les États sur la scène internationale. Au titre de leurs caractéristiques, la dimension économique et la capacité de pression corrélative sont principalement retenues. Ces dernières sont d’autant plus puissantes qu’elles opèrent souvent dans des secteurs dits stratégiques comme par exemple les infrastructures. Les acteurs économiques internationaux opérant dans le domaine des TIC font naturellement partie de cette catégorie de multinationales. Face aux États de la zone particulièrement fragilisés sur le plan institutionnel, la question se pose alors de savoir si les TIC peuvent être un outil d’appréciation des rapports existants entre États et firmes multinationales (FMN).

Il s’agit dès lors d’envisager l’ambivalence des TIC sous l’angle d’un dualisme sociétal. Ces technologies permettent de contribuer au développement de la zone dans une perspective de court terme à travers les flux d’IDE drainés mais conduisent également, dans une vision de plus long terme, à renforcer l’instabilité d’ores et déjà présente au Moyen-Orient. Il conviendra alors de définir, identifier et analyser les différentes formes de développements induites ainsi que les facteurs perturbateurs endogènes et exogènes.


Pour analyser les rôles des TIC au Moyen-Orient et mesurer les rapports de force entre l’État, acteur traditionnel des relations internationales et les FMN, nous nous attacherons dans un premier temps, à mettre en avant les éléments tendant à démontrer que les TIC contribuent au développement (partie 1), tandis que dans un second temps, nous soulignerons les effets perturbateurs et déstabilisateurs que les TIC peuvent avoir sur les gouvernements autoritaires du Moyen-Orient (partie 2).
Partie 1 – Les TIC, vecteur de développement

Il ressort de l’étude approfondie des États de la région une tendance générale confortant la vision de la fonction des TIC comme vecteur de développement. En effet, si sur le plan politique les réformes encouragent leur implantation et leur diffusion (chapitre 1), l’analyse économique fait état d’un dynamisme certain et d’un impact plurisectoriel (chapitre 2) soutenu par le droit international et les législations domestiques (chapitre 3).
Chapitre 1 : Vers une ouverture politique ?
Aujourd’hui, les TIC croissent très rapidement, et l’accès à ces nouvelles technologies devient plus aisé. Leur rôle dans le développement socio-économique des pays, notamment arabes, est une thèse de plus en plus mise en avant {23} . Cependant, cet accès demeure inégal, que ce soit entre pays développés et pays en développement ou entre pays en développement et ce, à l’intérieur même du Moyen-Orient.
Section 1. État des lieux de l’implantation des TIC dans la région
§1. Une tendance générale à l’ouverture aux TIC


La région moyen-orientale a globalement considéré les technologies de l’information et de la communication avec suspicion.

Des gouvernements, tel celui de l’Arabie Saoudite, ont longtemps répugné à investir dans ce secteur jugé déstabilisant, tandis que d’autres, comme ceux de Bahreïn ou de Jordanie, ont davantage pris en compte l’aspect économique des TIC et les avantages pécuniaires qui pouvaient en découler {24} . Cependant, comprenant que les TIC pouvaient être un facteur de développement, au moins économique, les gouvernements arabes ont laissé ce secteur s’installer et croître. Ils l’ont même souvent accompagné.

Les TIC contemporaines sont apparues pour la première fois au Moyen-Orient dans les années 1990. C’est en 1992 que l’Égypte établit sa première connexion Internet via la France {25} . Petit à petit, d’autres États arabes se sont reliés à ce nouveau réseau.

Les gouvernements ont alors observé, via des groupes de travail, les conséquences de l’introduction de ce nouveau moyen d’information et de communication sur leurs populations. Estimant les résultats satisfaisants voire positifs, parfois contraints, ces mêmes gouvernements ont ensuite accueilli favorablement, parfois même favorisé l’implantation d’autres nouveaux moyens de communication, comme les téléphones portables. Alors qu’au début de l’implantation de ces nouvelles technologies, seules les catégories sociales les plus aisées y avaient accès, aujourd’hui, le téléphone portable est devenu un outil indispensable et très présent dans les sociétés arabes et moyen-orientale s en particulier. Il est « le » symbole de la tranche « 15-40 ans ». Désormais, c’est un véritable signe d’appartenance et de reconnaissance : il doit être le plus complet et le plus sophistiqué possible bien que toutes les fonctionnalités ne soient pas exploitées.

En mai 2003 {26} , chaque pays de la région, exception faite de l’Iraq, avait un accès à Internet, et on recensait près de neuf millions d’internautes au Moyen-Orient, ce qui revenait à un taux de pénétration d’Internet de 2,2% {27} . En 2003, les Émirats arabes unis (EAU) étaient ceux qui avaient le taux de pénétration le plus élevé, puisque près de 21% de la population y avait accès ; suivaient ensuite l’Arabie Saoudite et l’Égypte, loin derrière, avec respectivement des taux de 2,6% et 2,2% {28} .

En 2007, on comptait plus de 95 millions d’abonnés au Moyen-Orient, fixes et mobiles confondus, ce qui correspondait à une hausse de 22% des abonnements par rapport à l’année 2006 {29} . Ce chiffre est en constante augmentation, surtout grâce à la téléphonie mobile qui tire la croissance vers le haut. Ainsi, le nombre d’abonnés atteignait les 106 millions en 2008, ce qui correspondait à un taux de pénétration du marché de 74% {30} . Le taux de croissance du marché des télécommunications au Moyen-Orient est réellement élevé, avoisinant, par exemple, pour le Yémen les 17% {31} en taux de croissance annuel.

La téléphonie fixe poursuit également sa hausse au Moyen-Orient même si elle est désormais ralentie, et nettement en deçà des chiffres avancés pour la téléphonie mobile notamment en raison de l’existence de contraintes particulières {32} .

Cependant, une grande disparité entre les pays de la zone peut être relevée. On observe ainsi que le taux de pénétration maximal revient à Israël où 42,6% {33} de la population a un téléphone fixe, contre moins de dix lignes fixes pour cent habitants en Iraq, en Palestine ou au Yémen. Concernant le téléphone mobile, des disparités existent également. De fait, si les Émirats arabes unis atteignent un taux de pénétration de 200% {34} , le Yémen, l’Iraq et la Palestine sont les plus mal dotés, avec des taux ne dépassant pas les 20% {35} .


§2. Une grande disparité entre les pays du Moyen-Orient


Si tous les pays arabes sont désormais reliés à Internet et aux réseaux de téléphonie mobile, ils ne le sont pas de manière uniforme. Ainsi, si l’Égypte est connectée depuis 1992, il n’en est pas de même pour la Syrie ou la Palestine, qui ne l’ont été – timidement – qu’à partir de 1999. De même, l’Iraq était l’un des trois derniers pays au monde sans connexion Internet en 2003.

Concernant l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, les pays les plus dynamiques de la région sont les États du Golfe, qui ont également le plus important revenu national brut par habitant. C’est sans conteste un élément déterminant qui a contribué à l’implantation de grandes FMN opérant dans le domaine des TIC sur leurs territoires, même s’il est loin d’être le seul {36} . Les gouvernements de ces pays ont entrepris depuis plusieurs années une vaste politique visant à orienter les revenus de la rente pétrolière vers la mise en place d’infrastructures de communication et de haute technologie, notamment de manière à préparer « l’après-pétrole ».

Les TIC, même si leur accès est en train de se démocratiser, restent pour l’instant réservées à certaines catégories sociales, en particulier concernant Internet. Ainsi, « l’accès au réseau reste encore réservé à une élite , composée d’étudiants branchés sur les forums de discussion, les conversations (chats) ou l’envoi de courriers électroniques, etc. A cela s’ajoutent les universitaires, les plus aisés tels que les fonctionnaires libéraux (les avocats, les hommes d’affaires, les médecins libéraux…), souvent à la recherche d’informations portant sur leur pays diffusées à l’étranger mais censurées à l’intérieur. Les internautes arabes sont le plus souvent jeunes, vivant au milieu urbain et ont fait des études supérieures. » {37} .

L’accès aux technologies reproduit malgré tout une division des sociétés fondée sur différents critères dont la richesse, l’éducation et l’urbanisation. Le fossé numérique, aussi appelé « fracture numérique » {38} , entre les monarchies du Golfe et les autres pays du monde arabe reste bien visible, même au-delà du taux de pénétration d’Internet., en particulier si l’on considère l’accès aux services du secteur des télécommunications. On retrouve, en effet, le même écart entre les monarchies du Golfe et le reste du Moyen-Orient. Les taux de pénétration les plus élevés s’observant toujours dans la région du Golfe (EAU, Qatar et Bahreïn) {39} .
Section 2. Les conséquences politiques de l’implantation des TIC
§1. Sur les caractéristiques des régimes traditionnels arabes


Les pays de la région diffèrent par les régimes politiques qui y sont établis et semblent réfractaires à la vague de transition démocratique qui a touché l’Amérique latine et l’Europe de l’Est dans les années 1980-1990.

Il faut dire qu’après leur indépendance, les pays arabes ont connu soit des « régimes politiques autoritaires (monarchiques, dynastiques et islamiques) » {40} , soit des « régimes républicains parlementaires rapidement transformés en régimes autoritaires héréditaires par des coups d’État militaires successifs » {41} .

Au départ, ces régimes ont fondé leur assise et légitimité sur des formules nationalistes {42} qui séduisaient dans le contexte de Guerre froide que nous connaissons. Ils ont également largement utilisé l’armée pour asseoir leur autorité. Analysée de manière globale, l’attitude des dirigeants arabes prouve que leur principale volonté consistait à préserver leurs privilèges et leurs intérêts. Attitude qui n’a que peu changé à l’heure actuelle. Pour parvenir à leurs fins, ils n’ont pas hésité à recourir, lorsqu’ils le jugeaient nécessaire, à la répression, parfois sanglante, ou à la dissuasion. Ceci a contribué à faire des pays de cette zone des pays faibles (Liban, Yémen), voire des États faillis (Iraq) et généralement insuffisamment développés. La corruption généralisée gangrène l’économie comme la vie politique, ce qui paralyse les réformes et autres avancées, sociales notamment. Cette zone autrefois culturellement riche et attractive, berceau de l’humanité, est devenue une région où la pauvreté généralisée entraîne le déclin de l’intérêt pour la culture et la connaissance, les préoccupations des populations étant largement plus matérielles qu’intellectuelles {43} . Pour autant, elles n’acceptent pas toujours cet état de fait même si les révoltes, ou tentatives de révoltes, se font rares.

Une majorité de la population adhère néanmoins aux principes mis en place par les dirigeants qui ont réussi à la rallier aux causes qu’ils défendent et qu’ils considèrent comme fédératrices, au premier rang desquelles, la cause palestinienne. Mais ce n’est pas uniquement via les causes que la population suit le gouvernement ; il s’agit également pour elle de préserver ses intérêts, et par là, craignant la répression, elle soutient le régime.

La conséquence directe de cette situation est un « verrouillage de la vraie politique {44} ». Le rôle des partis est incontestablement affaibli car les opposants sont aussi réprimés, ce qui les limite dans leur action. De même, les constitutions des États de la région sont particulièrement contraignantes quant à la création de nouveaux partis politiques, ce qui ne favorise pas l’émergence d’une opposition construite. La société civile, tout comme les Parlements dans les États moyen-orientaux, sont également affaiblis. Ceci engendre une nouvelle conséquence, qui pourrait, à terme, jouer en défaveur des régimes établis : partis politiques, populations mécontentes, tous se tournent d’un seul mouvement vers les anciennes doctrines, caractérisées par le triptyque : religion-famille-clan. Cette situation et cette recomposition du paysage politique au Moyen-Orient ont indéniablement joué un rôle important dans la naissance des mouvements fondamentalistes, sorte de dernier espoir pour lutter contre la pauvreté et les injustices de tous types. Le manque de perspectives, comme le marasme économique ambiant, l’impression du désengagement de l’État que ressentent les plus démunis ainsi que la diminution des classes moyennes au fil des ans, ont conduit au repli sur elles-mêmes des populations du Moyen-Orient qui se montrent frileuses voire hostiles à l’ouverture et qui n’osent se défaire de leurs gouvernements {45} .

L’autoritarisme des régimes arabes a été décrit dans de nombreux ouvrages et articles {46} mais peu se sont arrêtés sur les explications fondamentales relatives aux conditions historiques et aux représentations culturelles qui exercent leur influence sur les rapports entre gouvernants et gouvernés {47} . Il est certain qu’aucun ne peut tenir uniquement grâce à sa force physique ou à ses soutiens extérieurs. Il est nécessaire qu’à l’intérieur de ses propres frontières, un gouvernement puisse compter sur le soutien infaillible – ou presque – d’une partie de sa population. C’est certes là que l’armée joue un rôle clé dans le maintien au pouvoir de ces types de régimes mais il ne faut cependant pas oublier les relais que l’État se crée et qui, sous formes de réseaux clientélistes et claniques, relayent et diffusent ses idées.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la grande force des régimes autoritaires arabes n’est pas de reposer sur une idéologie forte, spécifique et fédératrice ; le désintérêt de la population pour les questions de politique intérieure – lié à l’omniprésence de la corruption – joue beaucoup dans leur maintien en place. Seule la politique étrangère semble susciter un léger engouement, certainement dû au fait qu’il en va de l’image et de l’honneur du pays hors de ses frontières.

D’après Lahouari ADDI, le Moyen-Orient peut être qualifié comme suit : « figé dans l’autoritarisme sous ses formes républicaine et monarchique, le monde arabe semble condamné à la fatalité du pouvoir personnel et sa conséquence directe, la corruption généralisée {48} ». La Syrie a inauguré, il y a quelques années, la « république monarchique » avec l’intronisation {49} de Bachar el-Assad, successeur de son père, Hafez el-Assad, grande figure du nationalisme arabe, très critique à l’égard des monarchies du Golfe, accusées de servir exclusivement leurs intérêts sans tenir compte de leurs populations. L’Égypte de Hosni Moubarak {50} semble tentée de rééditer ce précédent. Cette tendance ne fait que confirmer le caractère patrimonial des régimes arabes résolument fermés à l’alternance électorale et à la circulation des élites.

Les sociétés arabes semblent se trouver entre deux périodes historiques : l’une correspondant à la tradition – le leader est le représentant de l’unité de la communauté politique, son autorité ne saurait être contestée – ; l’autre, contemporaine, où la population paraît vouloir prendre part aux affaires de l’État, notamment en revendiquant davantage de transparence de la vie politique.

Ce qui aujourd’hui domine, ce sont les tendances lourdes du passé, dont profitent les régimes en place, exploitant en outre les techniques modernes de la répression (moyens de propagande, services secrets professionnels, armées puissamment équipées…) et soutenus par l’Occident plus soucieux de stabilité régionale que de changements incertains {51} .

C’est dans ce contexte paradoxal, entre tradition et modernité, que les TIC, emblèmes de la réduction de l’espace-temps et de la dématérialisation des frontières, ont fait leur apparition au sein des populations arabes. D’abord méfiants à leur égard, les gouvernements moyen-orientaux ont rapidement compris qu’il était dans leurs intérêts – politique et économique – d’accompagner ce bouleversement, plutôt que d’avoir uniquement à le subir.

§2. L’accompagnement politique de l’implantation des TIC


Le développement des TIC dans la région a donné la possibilité à ceux qui le souhaitaient d’avoir accès à des informations qui leur étaient jusque-là inaccessibles via la presse nationale, de participer à des débats ou fora portant sur les problèmes politiques, économiques ou sociaux rencontrés par leurs pays et de pouvoir s’exprimer. Ceci peut donc être analysé comme une étape vers le développement de la démocratie dans cette région du monde.