Guerres civiles et coups d'Etat en Afrique de l'Ouest

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Depuis l'indépendance, la sous-région ouest-africaine a été le champ de plusieurs conflits armés dont : cinq guerres civiles, trente-huit coups d'Etat militaires réussis, ainsi que trois cas de rébellion ou mouvements séparatistes. Cette étude a pour objectif l'analyse des causes profondes de ces conflits pour faire des suggestions pertinentes pouvant contribuer à l'établissement et au maintien de la paix.

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Ajouté le 01 juin 2007
Nombre de lectures 189
EAN13 9782336263267
Langue Français
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Guerres Civiles et Coups d’État
en Afrique de l’Ouest

© L'HARMATTAN,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-02575-2
EAN : 9782296025752

Issaka K.SOUARE

GuerresCiviles etCoups d’État
enAfrique de l’Ouest

Préface de Joe L. Washington
Professeur au Centro Interdipartimentale Scienze per la Pace
àl’Université de Pise, Italie

L'Harmattan

CollectionDéfense,Stratégie etRelationsInternationales (D.S.R.I)
(Dirigée parManga-AkoaFrançois)

Depuis la chute du Mur deBerlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné
celle duBloc socialiste est-européen dirigé et dominé par l’Union
soviétique, puis celle de l’URSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la
fin de l’affrontement entre les pays du pacte de Varsovie et ceuxde
l’OTAN,la guerre apris plusieursformesinédites jusqu’alors.Le
terrorisme international,lesguerresasymétriques,la guerre
économiquesesontexacerbés grâce au développementexponentiel
desnouvelles technologiesdel’informationetdela communication.
Parailleurs,laprivatisationdel’usage dela force,jusqu’alors réservé
àl’Etat, arendu possiblel’externalisation de plusieurs servicesde
l’Etat.Eneffet,plus quejamais,sevérifiel’adage de Héraclitequi
affirmequela guerre est lamère detoute chose.Tel un veilleur qui
attendl’aurore,la collectionD.S.R.Iscrutel’horizonde cenouveau
siècle, décrypte et prospectel’actualité internationale en sesaspects
politiques, diplomatiques,stratégiqueset militaires.

Dernières parutions

Jeande PIERREFEU,Grand Quartier Général,2006.

À la mémoire de Cheick Oumar Diarra, SecrétaireExécutif adjoint de
laCEDEAO tué dans un accident d’avion
au Nigeria en octobre 2005

Aux victimes de toutes les guerres civiles
et coups d’État de l’ouest de l’Afrique

Àtous ceux et à toutes celles qui œuvrent infatigablement
pour la paix et la stabilité enAfrique

En hommage à vos âmes et en reconnaissance pour vos efforts
Àvous. . .je dédie cette modesteœuvre
avec l’espoir que l’Afriqueretrouveraun jourpaixet stabilité
etcessera d’être le continentle pluspauvre

ACLs
ACS
AFL
AFP
AI
ALENA
AMA
ANAD

ANC
APC
ASENA
BBC
BCEAO
BSP
CADHP
CCPDC

CEA
CEDEAO
CFA

CIA
CICR
CMRPN

CNR

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

Conventions contre la corruption (TransparencyInternational)
Stratégiescontrela corruption (Anti-Corruption Strategies, TI)
ForcesarméesduLibéria(Armed Forcesof Liberia)
Agence France Presse
AmnestyInternational
Accord delibre-échangenord-américain
Agence des musulmansd’Afrique
Accord denon-agressionetd’assistance en matière de
défense(1977)
Congrès nationalafricain (partipolitique– Afrique duSud)
All People’sParty(partipolitique–Sierra Leone)
Associationdes nationsdel’Asie duSud-Est
British Broadcasting Corporation
BanqueCentrale desÉtatsd’Afrique del’Ouest
BiodiversitySupportProgramme(Washington)
CharteAfricaine desDroitsdel’Homme etdesPeuples (1981)
Carnegie Commission forPreventing of DeadlyConflict
(1994– 99)
Commissionéconomique desNations unies pour l’Afrique
Communauté économique desÉtatsd’Afrique del’Ouest (1975)
CommunautéFinancièreAfricaine(anciennementColonies
française d’Afrique— monnaie)
Service des renseignementsaméricain[pour l’espionnage extérieur]
Comité internationaldela croixrouge
Comité Militaire de Redressement pour le ProgrèsNational
(Juntemilitaire auBurkinaFaso– 25nov. 1980au 7 nov. 1982)
ConseilNationaldela Révolution (lajuntemilitairerévolutionnaire
de T.Sankara auBurkinaFaso–août 1984 -oct. 1987)
7

CPI
CPP
DDR
DLF

DOP
DPP
DUDH

ECOMOG
EPI
FMI
FPI
GATT
HCDH
HCR
HRW
IDE
IDH
INPFL

INTERPOL
IRA
IRC
LURD

MFDC
MJP

MPA
MPCI

MPIGO

NEPAD

NOEM
NPFL

Cour pénale internationale
Congressof People’sParty(parti politique– Ghana sousNkrumah)
Désarmement, DémobilisationetRéintégration
DevelopmentLoan Fund(fondsde coopérationextérieure,
ÉtatsUnis–1958)
Discours d’Orientation Politique (T.Sankara)
[CEDEAO]Déclaration des Principes Politiques (1991)
Déclaration universelle des droits de l’Homme (10 décembre
1948)
Force d’interposition de laCEDEAO (1990)
Économie Politique Internationale
Fonds monétaire international
Front Populaire Ivoirien (parti politique enCôte d’Ivoire)
General Agreementon Tariffsand Trade
HautcommissariatdesNations unies pour lesdroitsdel’Homme
HautcommissariatdesNations unies pour les réfugiés
Human RightsWatch
Investissementdirectétranger
Indice dudéveloppementhumain (Pnud)
IndependentNational Patriotic Frontof Liberia(groupe
d’oppositionarmé)
Organisationinternationale depolice criminelle
Irish Republican Army(Irelande duNord–RU)
International Rescue Committee
LiberiansUnited forReconciliation and Democracy(groupe
d’opposition armé)
Mouvement desForcesDémocratiques deCasamance
Mouvement pour la Justice et la Paix (groupe d’opposition
armé–Côte d’Ivoire)
Mouvement Populaire de l’Azawad
Mouvement Patriotique deCôte d’Ivoire (groupe d’opposition
armé)
Mouvement Populaire Ivoirien duGrand Ouest (groupe
d’opposition armé)
Nouveau partenariat pour le développementdel’Afrique(oct.
2001)
Nouvel ordre del’économiemondiale
National Patriotic Frontof Liberia(groupe d’opposition
armé)

8

NPRC

NTGL

OMC
ONU
OUA
PAIGC
PDCI
PIB
PIDESC

PNUD
POW
PPTE
PRC

RDR

RFI
RI
RSF
RUF/SL

SAI
TI
TPR

TR
UEMOA
ULIMO

UA
UE
UNAMIR
UNAMSIL
URSS
USAID

National Provisional Ruling Council(juntemilitaire en
Sierra Leone–1992– 96)
Gouvernement nationaldetransitionauLibéria(août 2003-nov.
2005)
Organisation mondiale ducommerce
Organisation desNations unies
Organisationdel’unité africaine(1963– 2002)
Partido Africano da Independência de Guiné e Cabo Verde
PartiDémocratique deCôte d’Ivoire (parti politique)
Produit intérieur bruit
Pacte International relatif auxdroits économiques, sociauxet
culturels (1975)
Programme desNations unies pour le développement
Prisonnierde guerre
Pays pauvres trèsendettés
People’sRedemption Council(juntemilitaire auLibéria
sousS.Doe)
RassemblementDesRépublicains (partipolitique–Côte
d’Ivoire)
RadioFrance Internationale
RelationsInternationales
ReportersSansFrontières
RevolutionaryUnited Frontof Sierra Leone(groupe
d’oppositionarmé)
Institutions suprêmesd’audit (TI)
TransparencyInternational
TribunauxPopulairesRévolutionnaires (BurkinaFaso
sousT.Sankara)
Traitérévisé(CEDEAO—1993)
UnionÉconomique etMonétaire OuestAfricaine
United Liberation Movementof Liberia forDemocracy
(groupe d’oppositionarmé)
UnionAfricaine
Unioneuropéenne
MissiondesNations uniesauRwanda
MissiondesNations uniesenSierra Leone
Unionsoviétique
US AgencyforInternational Development

9

PRÉFACE

ESUIS convaincu que cet ouvrage ne laissera aucun lecteur insensible.
JCommel’indiqueson titre,leprincipal souci de celivre estd’examiner
Qu’on soitinclinéou nonàpartager lesargumentset lesconclusions
quiy sontdéveloppés,une chose est sûre: ilamènera chacunàréfléchir!
lescauses racinesdesguerrescivilesetcoupsd’ÉtatenAfrique del’Ouest.
Enétudiantcethèmetrèsintéressant,l’auteur nousfait relire,voirerevivre
l’histoire et laprise de conscience de beaucoupdepopulationsetdeleaders
ouest-africains.Lelivre attirenotre attention sur le désespoiret le chaosdans
lasous-régiondusàla corruption, àlamauvaise gouvernance etàl’égoïsme
del’élitepolitique.Àtravers lelivre,lelecteur pourras’interroger siles
guerrescivilesetcoupsd’Etat sont lerésultat rationneletinévitable de ce
type desituationintolérable.On se demande également silasituation
précaire actuelle del’Afrique del’Ouestconstitue encorel’undeshéritages
ducolonialisme européen.Dansce cas,oú serait laresponsabilité des leaders
africains ?
En répondantà ces questions,l’auteurévitel’idéequi est véhiculée
souventdans le débat sur les parties responsablesdel’étatdemalaise actuel
del’Afrique.Ici,laresponsabilité est partagée entr:e deux campsles
anciennes puissancescolonialeset l’élite africaine,qui est souvent
corrompue, égoïste et sans scrupules.
Àbiend’égards, cet ouvragereprésente avant tout un plaidoyer
passionnévisantà adopter une formespéciale du panafricanisme.Cetype de
panafricanisme doitindiquer l’avènementdeleadersafricains responsables
vis-à-visdeleurs peuplesetincarnant lesespéranceset les soucisde ces
peuples;des leadersafricains quimettenten valeur les ressourceshumaines
et matériellesabondantes sur le continentafricainaubénéfice des seuls
peuplesducontinent.En mêmetemps,l’auteurdéfieles pays riches
d’honorer leurs promessesàl’égard del’Afrique, en répondantaux appels
desAfricainset respecter leur souveraineté. Pour ce faire, il demande aux
11

pays riches de travailler avec lesAfricains dans un véritable partenariat, mais
aussi de rester en dehors des affaires africaines chaque fois que le souhaitent
ces derniers.
Les chapitres qui suivent sont très bien recherchés et élaborés au sens
académique. L’auteur se montre un véritable chercheur et fin connaisseur de
l’Afrique de l’Ouest en particulier, et du continent africain en général.
Je recommande ce livre auxhistoriens, auxpolitologues, auxétudiants et
étudiantes de relations internationales et à tous ceux qui sont engagés dans
les efforts de gestion et de règlement de conflits, ou études africaines.

— JoeL.Washington
Professeur auCentro Interdipartimentale
Scienze per la Pace à l’Université de Pise
Pise, Italie

12

REMERCIEMENTS

ELIVREest le résultat de plusieurs années de recherche et de travail
C
nocturne.En dépit de cela, il n’aurait pas vu le jour or sorti sous sa forme
actuelle sans l’apport, l’encouragement et les instructions de quelques
personnes envers lesquelles je suis très reconnaissant. J’adresse tout particulièrement
mes remerciements au Professeur Joe L.Washington,qui anon seulement lu la
totalité de cet ouvrage(dans saversionanglaise)en yapportantdes remarques
pertinentes,maisa bienaccepté delepréfacer.J’ai fait la connaissance de Joe au
débutdel’an 2003 lorsd’un programme internationalde formationengestionet
règlementde conflit tenuàla Scuola Superiore Sant’Anna, àPise, en Italie.Depuis
lors, Joe a été pour moi un véritable mentor et une source d’inspiration et
d’encouragement. Je ne puis le remercier suffisamment.
Ma reconnaissance et mes sentiments de gratitude vont également à ceuxet
celles qui ont bien accordé une partie de leur temps à relire différentes parties du
manuscrit de cet ouvrage et à y apporter des remarques et suggestions pertinentes,
tant à la version anglaise qu’à cette version française. Pour cette dernière, qu’il me
soit permis d’adresser un remerciement particulier à deuxamis,Amadou Modibo
Traoré(Cambridge/Londres)etMountagaFané Kantéka(Montréal),quiont lu
l’intégralité du manuscritet y ontapporté depertinentes suggestions,remarqueset
corrections linguistiques.
J’exprimetoutema gratitude àmonépouse,Aicha,quim’asoutenu, créeun
environnement propice àl’élaborationde cet ouvrage etfait preuve de
compréhensionetdepatience.
Jeremercie également les nombreux collègues, frèreset professeurs quim’ont
encouragé et m’ont soutenu moralementaucoursde cette entreprise.Jeme doisde
remercier particulièrementKolawole Olaniyan, directeurdeprogrammeAfrique au
Secrétariatinternationald’AmnestyInternational, JideoforAdibe, directeuret
rédacteurenchef delarevue bimestriellelondonienne,African Renaissance,
DesmondDavies,l’ancien rédacteurenchef ducélèbre hebdomadaire,WestAfrica,
etactuellementd’Africa Week, Kenneth Omeja, duDépt.desétudesdepaix à
l’université deBradford(RU), et leProfesseurAliA. Mazrui, directeur de l’Institut
des études culturelles mondiales à l’Université deNewYorkà Bingampton.
13

Je dois exprimerune sincère reconnaissance à MoussaDoumbouya,Nicole
Ottogalli, JonathanDerrick, Ramatoulaye SySangaré, AboubacarA.Cissé,
Abdoulaye Souaré, Shuaib Swaray, Baba M.Touré, ArthurEgbuniwe, MaximeV.
Cavena, Ibrahim HassanTraoré, Richard Shaba, Soulaimane Rogers,George Ngwa,
AboubacarS.Kanté,ChemorKromah,AboubacarCamara, SidikiCamara,
AbdourahmanDialloetMohamed Soumahpourl’aide inestimable dontils m’ont
témoignésoit par larelecture des partiesdu manuscrit ou par leurencouragement
moral.Qu’ilsen soient touset touteschaleureusement remerciés.
Demême,jemepermetdesouligner ma fortune d’avoirdes nombreux
collègues, diplomates, hautsfonctionnairesethommes politiques quim’ont ouvert
leurcœuret/ouleursarchives,notammentauSecrétariatinternationald’Amnesty
Internationalà Londres, au ministère guinéendesAffairesétrangèresàConakry, au
FourahBayCollege àFreetown, ainsiqu’à denombreux endroitsàConakry,
Freetown, Londres,Paris,BruxellesetMontréal.
Enfin, je ne puis achever cette page sanstenir à exprimer masincère gratitude
auxfonctionnaires qui se sont montrés très coopérant au Secrétariat exécutif de la
Communauté économique desÉtats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) àAbuja,
notamment au Secrétaire exécutif pour sa lecture du manuscrit et son beau
commentaire, et aussi à M. HarunaA.Warkaniquim’aservi d’interfacepour
faciliterdifférentscontactsavecl’institution.
Lesconseils, encouragements,suggestionsetcommentaires quem’ontapportés
ces personnalités m’ontgrandementaidé à améliorer laqualité de cet ouvrage.Bien
entendu,toutes les opinionsexprimées danscet ouvragem’appartiennentet j’en suis
leseul responsable.

Montréal, août 2006

14

Issaka K.Souaré

INTRODUCTION

Dès qu’il y a un conflit en Afrique, on lui cherche une origine tribale.
Mais en réalité, ce sont les politiques qui manipulent nos ethnies.

—DjibrilTamsirNiane, historienguinéen

Dans sa division régionale etgéographique,l’Afrique del’Ouestcomprendseize
État quisont:le Bénin,le Burkina Faso,le Cap-Vert, laCôte d’Ivoire, laGambie, le
Ghana, laGuinée, laGuinée-Bissau, le Libéria, le Mali, la Mauritanie, leNiger,le
Nigeria,le Sénégal,la Sierra Leone et le Togo.Après leretraitdela Mauritanie en
2000,les quinze États restants sont rassemblésdans la Communauté économique des
Étatsdel’Afrique del’Ouest (CEDEAO), basée àAbuja, auNigeria, etcréée en mai
1975.Àl’exceptiondelaGuinée-BissauetduCap-Vert (1974), et du Libéria
(1847), tous ces pays regagnèrent leur indépendance auxalentours de 1960 après
environ huit décennies de colonisation européenne. Le regain de leurs indépendances
fut plusou moins pacifique et d’une manière constitutionnelle. Seules les deux
colonies portugaises,Cap-Vert etGuinée-Bissau, s’engagèrent dans une lutte de
libération très épouvante, ayant duré onze années (janvier 1963–avril 1974).À
l’époque coloniale, les deux pays consistaient en un seulÉtat sous le commandement
unifié duPartido Africano da Independêcia da Guiné e CaboVerde(PAIGC), avec
à sa tête leur leader charismatique,AmilcarCabral qui fut assassiné par des agents
portugais dans son bureau d’exil àConakry en janvier 1973.Les peuples unifiés des
deuxcolonies durent arracher leur indépendance d’un régime colonial dictatorial à
Lisbonne.
Depuis l’indépendance toutefois, la sous-région ouest-africaine a été le champ
de plusieurs conflits armés, dont: cinq guerres civiles, trente-huit coups d’État
militaires réussis, ainsi que trois cas de rébellion ou de mouvements séparatistes.
Ceux-ci s’ajoutent à un nombre incalculable de tentatives de coup d’État. Les
guerres civiles, qui constituent le plus grave type de conflits violents, commencèrent
tout d’abord par le sombrement du géant régional, leNigeria, dans une coûteuse
guerre civile detrentemois (juillet 1967–janvier 1970).Cette guerre étaitdue àla
décisiondugouvernementfédéral nigériande faireretourner sous le gironfédéral la
région sécessionniste del’estdu pays,rebaptisée «République duBiafraa »,lors
sous le commandementduCol.Emeka Ojuwkwu.Deuxdécennies plus tard,
1
émergèrentcequeChristopherClaphama appelé des« insurrectionsdes seigneurs
dela guerre »(warlord insurgencies), àl’opposé des«luttesdelibération»

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

(liberation insurgencies), des «insurrections auxmotifs séparatistes» (separatist
insurgenciesinsurrections a), et des «uxmotifs de réforme» (reform insurgencies)
—les trois autres types d’insurrections africaines qu’il identifie.
En premier lieu, c’est la rébellion deCharlesTayloravecsonNational Patriotic
Front ofLiberia(Front patriotiquenationalduLibéria –NPFL) qui amena au pays
une guerre civilesanglante desixannées (1990–1996).Elle a étésuivie du
Revolutionary UnitedFront of SierraLeone(Front révolutionnaireuni de Sierra
Leone–RUF/SL)deFoday Sankoh de 1991 en 2001.Entre juin 1998 et mai 1999,
laGuinée-Bissau vécut une courte mais coûteuse guerre civile entre les troupes
loyalistes du Président JoâoBernando (Nino) Vieira et les partisans de son ancien
chef d’état-major, leGénéralAnsumane Mane.Et depuis le 19 septembre 2002, la
Côte d’Ivoire, jadis un exemple de pays stable dans une sous-région troublée et
dénomméepetit Parisde l’Afrique de l’Ouest, grâce à ses impressionnantes
infrastructures et ses hauts gratte-ciels, surtout dans le district du Plateau d’Abidjan,
est plongée dans une guerre fratricide.En août 2006, le pays était encore divisé en
deux parties: le sud, sous le contrôle des troupes loyalistes du Président Laurent
Gbagbo, et le nord, sous le contrôle du groupe rebelle, le Mouvement Patriotique de
Côte d’Ivoire (MPCI) deGuillaume Soro, un ancien leader de l’Union nationale des
étudiants deCôte d’Ivoire.Ce groupe est l’un des trois groupes rebelles que compte
le pays depuis le début de la crise et qui sont dorénavant connus sous le nom des
«ForcesNouvelles»(FN).
Latentative desécessiondelarégion orientale duNigeriasous lenomdeBiafra
qui avaitdéclenchéla guerre civile estconsidéréeparbeaucoupcommeune guerre
civile,plutôt que d’unetentative desécession.Cela est peut-être dûàl’ampleurdu
conflitarméquisuivit latentative desécession —unconflitdont leseffetsfurent
ressentis par laquasi-totalité du pays.Une décennie après la findela guerre civile
nigériane,larégiondeCasamance au sud duSénégalchoisitdeserebellercontrele
gouvernementcentraldu PrésidentAbdouDiouf àDakar. Vers la fin de 1982, fut
crée le Mouvement des forces démocratiques deCasamance (MFDC), dirigé par
l’AbbéAgustineDiamacoune Senghor (aucun lien avec l’ancien président du pays,
Léopold Senghor). Le MFDCannonça son intention de faire sécession de l’ensemble
sénégalais. Le mouvement et ses partisans au sein du peuple casamançais
protestaient notamment contre ce qu’ils voyaient comme unemarginalisation de leur
région par le pouvoir central deDakar, exactement comme au temps des colons
français.
Alors que ce mouvement séparatiste était très actif au milieu des années
quatrevingt-dix, la communauté touarègue, dirigée notamment par le Mouvement populaire
de l’Azouad (MPA), se révolta au nord du Mali et duNiger.La communauté

16

Introduction

touarègue, autrement connue sous le nom de KelTamasheq, estcomposée
principalementdes pasteurs nomadesdont leteintdepeauest relativement plusclair
que celui deleurshomologuesafricains plusau sud.Ils parlent principalement
l’arabe,le berbèreou tamasheqainsique d’autres langues vulnaculaires, et
professent majoritairement l’islamcommereligion.
En raisondesfrontièresartificiellescolonialesissuesdelapartitioninéquitable
del’Afriquepar les puissancescolonialeseuropéennesàlasuite deleurConférence
deBerlin (1884 – 85), cette communauté d’environ un milliond’habitants s’est
trouvéerépartiesurcinqÉtatsindépendants:l’Algérie,leBurkinaFaso,la Libye, Le
Mali et le Niger.Irritéparcette balkanisationdeleurcommunauté, divisée entre cinq
Étatsindépendantsdont lesfrontières sont jalousementgardées par les
gouvernementsafricains post-coloniaux, etprotestantcontre des restrictionsde
mouvementetdoncla bonne conduite deleurs relationsinter-communautaires,un
groupe dela communauté décida d’agiraveclesarmes.C’estainsiqu’uncombat
armé fut organisé dont les premiers résultatsfurent les massacresde TchinTiberade,
au nord duNiger, en 1990.Jusqu’àlarésolutionde ce conflit,larébellion touarègue
ainsiquelaréponseparfois très musclée desforcesgouvernementales,surtoutau
Malisous leGénéralMoussa Traoré,ontcoûtélavie à des milliersdepersonneset
contraint plusieurs milliersàprendrele chemindel’exil.
Cesguerresciviles,mouvements séparatistesetcoupsd’État militaires onteu
des répercussions non seulement sur les paysdans lesquelsils sontéclatés,mais
aussisur lasous-régionengénéral.Ducôtépolitique, ilfaut noter que cesconflits
contribuentàl’effondrementetàla désintégrationdel’Étatde droitetà
l’établissement,mêmepour une courte durée, d’unclimatd’anarchie etde chaos
généralisé ainsiqu’une culture deviolence,surtout parmiles jeunes.Ils peuvent
menerégalementàlamontée desforcesextrémistes d’uneobédience de
nationalisme étroit, du régionalisme etd’ethno-centrisme.Ilfautciteraussilescoûts
humainsethumanitairesdont les pertesen vieshumaines sont les pluscommuns.Il
estextrêmementdifficile detrouverdeschiffrescrédiblesetexactspouvant
permettre àmieux quantifiercescoûts.Dansce casdonc,le chercheur nepeut que
donnerdesestimations toutenessayantd’éviderdesexagérationsindues.
Trois millionsdepersonnes pourraientêtreunbilan raisonnable devictimesde
cesconflitsarmés.Celareprésenteplus quelapopulationduCap-Vert, de
laGuinéeBissau et de laGambie combinées! La guerre civile nigériane, à elle seule, a coûté la
vie à plus d’un million de personnes. On estime également à 500 le nombre de
soldats de l’ECOMOGtués au Libéria seulement.
Le flux massif des réfugiés, fuyant les zones de conflit, est une autre
caractéristique et conséquence de ces conflits armés. Par exemple, en 1993
seulement, quelques 704 051 Libériens ont fui leur pays pour se réfugier dans les

17

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

pays voisins ou auxÉtats-Unis. LaGuinée en a accueilli 416 064 personnes, et 254
863 personnes traversèrent la frontière orientale du pays pour rejoindre laCôte
d’Ivoire. La Sierra Leone, bien qu’en guerre à ce moment-là, donna asile à un
nombre supplémentaire de 16 264 personnes. Les plus chanceuxet les plus aisés qui
avaient des moyens ont rejoint lesÉtats-Unis.C’est ainsi que plus de 2 000 réfugiés
libériens inscrits au registre du HautCommissariat desNationsUnies pour les
Réfugiés (UNHCR) setrouvaientauxÉtats-Unisàla findel’année1993.L’année
suivante,lenombre deréfugiés libériens setrouvantauGhana etconnusdel’agence
onusienne deGenève est passé de15000 personnesen 1993à environ 15924 et
avaitatteint 3 033 personnesauxÉtats-Unis.Àla findel’année1994,plusde 80%
de Libériens setrouvaienthorsdeleur résidence habituelle.Cependant,le Libéria
était, de1998 en 2002,lesecondpaysau mondeleplusaffectépar le déplacement
forcé desescitoyens par rapportau
nombretotaldesapopulation.SeulelaBosnieHerzégovinelasurpassa à cetégard :124personnes sur 1 000Libériens pendant
cettepériode étaienthorsdeleurs résidenceshabituellesetétaientdonc considérées
soitcomme des réfugiés (setrouvanthorsdu pays),soitcomme desdéplacés
internes (Internally Displaced Persons– IDPs).
On peut citer également le phénomène communément connu sous le nom de
« fuite de cerveaux»(brain drain)comme une autre conséquence humanitaire de ces
conflits armés dans la sous-région.Évidemment, avec les lieuxdeservice fermés, les
infrastructures détruites, y compris les institutions éducationnelles, avec une
instabilité presque chronique à travers le pays, la plupart des jeunes, les plus
qualifiés entre euxnotamment, préféreront les eldorados étrangers pensant que leurs
talents et qualifications pourraient y être valorisés. Si c’est une attitude légitime,
voire inévitable dans de pareilles situations, il faut souligner que la fuite de ces
personnes prive leurs pays d’origine d’importantes ressources humaines dont ils ont
grand besoin, surtout en phase de reconstruction post-conflit.Des graves violations
des droits humains commises pendant la guerre constituent également un autre effet
pervers de ces conflits armés.Ces conflits ont, de surcroît, plusieurs conséquences
économiques, sociales, psychologiques, culturelles et environnementales.Certains de
ces effets se font sentir pendant des années, voire des décennies, après la fin
officielle des hostilités.
Les effets cités plus haut concernaient surtout les pays ayant expérimenté un
conflit armé.Cependant, ces conflits ont aussi des conséquences ressenties au niveau
de toute la sous-région, voire au-delà.Àce niveau, l’une des conséquences les plus
regrettables est peut-être le déraillement de l’organisation sous-régionale,CEDEAO,
de son projet d’intégration régionale qui a été le fondement principal de sa création
en mai 1975.

18

Introduction

Néanmoins,la guerre civilenigériane effectivement pritfin le12 janvier 1970
par la défaite delarégion sécessionniste duBiafra et laréussitenotoire du
programme deréconciliation nationale del’après-guerre.Laphase «originelle » de
la guerre civilelibérienne,quantà elle, estfinie en 1996et lesélections
présidentiellesfurent organisées sous l’égide delaCEDEAO encollaborationavec
l’Organisationdel’unité africaine(OUA)etdel’Organisationdes nations unies
(ONU), àl’issue desquelles l’ancienchefrebelle,CharlesTaylor, futélu Président
en 1997.En 1999 toutefois, une nouvelle faction rebelle connue sous le nom de
LiberiansUnited for Reconciliation andDemocracy(Libériens unis pour la
réconciliation et la démocratie–LURD), dirigéeparl’ancien homme d’affaires,
SekouDamate Konneh, émergea contre le régime despotique deTaylor, àpeine
deux annéesaprès sonarrivée au pouvoir.Maiscettesecondephase dela guerre
civilelibériennepritfin par le départforcé de Taylordu pouvoir le11août 2003
comme exigeait larébellion.Ona alorsconfiélepaysàunNational Transitional
Government(Gouvernement nationaldetransition– NTG) sous le chairmanshipde
CharlesGyudeBryant,unancienhomme d’affaires.Ce gouvernementdetransition
cédalaplace àungouvernementéluàl’issue desélections multipartites
d’octobre/novembre2005,quiontamené au pouvoir lapremière femmeprésidente
jamaisélue enAfrique.
Demême,lerideau semble être fermésur larébellion touarègue auMali etau
Nigerdepuis la deuxièmemoitié desannées quatre-vingt-dix et ce, endépitdes
confrontations sporadiquesentrel’arméemalienne etdesinsurgés touaregsen mai et
juin 2006au nord-estdu pays.Cela a été beaucoupfacilitépar l’avènementdes
régimesdémocratiquesdans lesdeux pays,surtoutauMalisousAlpha Oumar
Konaré, aujourd’huiPrésident de laCommission de l’Union africaine (UA). On peut
en dire autant du conflit brutal sierra-léonais qui dura une longue décennie, à partir
de 1991. Le conflit armé qui bouleversa laGuinée-Bissau en 1998 et 1999 peut-être
également qualifié comme étant fini.Apropos du conflit casamançais au sud du
Sénégal, le gouvernement central deDakar, représenté notamment par son Ministre
de l’Intérieur, M. OusmaneNgom, et lemouvement rebelle de MFDC,représenté
entre autres par l’AbbéAugustinDiamacoune Senghor,son leader spirituel,
signèrent unaccorhid «storiqude cee »ssez-le-feu,voire de find’affrontement
militaire,le30décembre2004.Cetaccord,lepremierdugenresous lePrésident
AbdoulayeWade, éluen 1999, amis une fin (incontournable?)auconflitarmé.
Quandj’achevaiscet ouvrage,seulela guerre civile ivoirienne,qui éclata en
septembre2002,persistaitencore dans lasous-région.Toutefoiset malgréun
semblantd’accalmie, certainescausesfondamentalesde cesconflits restentencore à
éradiquer.Eneffet,l’absence deviolence arméenesignifiepas nécessairement une
absence demenaceoudepossibilité dereprise deviolence.Lenombre detentatives

19

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

de coups d’État militaires qui ont eu lieu dans la sous-région pendant les trois
dernières années (2003-2006) en témoigne. On peut citer notamment deux tentatives
auBurkinaFaso et auGhana au début et à la fin de l’année 2004 respectivement. La
tentative de coup d’Écomplottat autrefois dénommée «Enco-5 »qui aurait visé le
Président guinéen, LansanaConté, àConakry en janvier 2005 en est un autre
exemple. Il faut signaler finalement le coup de force constitutionnel intervenu au
Togo le6février 2005 àlasuite delamort subite du PrésidentGnassingbéEyadéma,
au pouvoir depuis janvier 1967.
Devant ces faits, on est donc, à mon avis, fondé à craindre une reprise de
certains de ces conflits ou l’émergence d’autres conflits. La menace de coups d’État
est surtout présente dans beaucoup des pays de la sous-région.
C’est cet état d’insécurité dans la sous-région qui justifie ce livre. Il vise deux
principauxobjectifs.D’une part, il tentera de rechercher les causes profondes des
guerres civiles et coups d’État militaires dans la sous-région ouest-africaine et d’en
identifier les complexités.Une fois les causes examinées et établies, mon deuxième
objectif sera de contribuer auxefforts visant à trouver des solutions possibles à ces
conflits armés. Les solutions recommandées dans cet ouvrage couvrent les trois
phases de conflit armé: l’avant-conflit, la période de conflit et l’après-conflit.Cela
requiert des mesures deconflict preventionoupreventive diplomacy(prévention de
conflit), deconflict settlement and resolution(règlement et résolution de conflit), de
peacekeeping(maintien de la paix), depeace enforcement(l’établissement de la
paix), ainsi que depost-conflict peace buildingde reconstruction(des mesuresde
l’après-guerre).

Principauxarguments et concepts

Vu l’état d’insécurité de la sous-région ouest-africaine, comme décrit plus haut,
il est évident que la région est politiquement instable.D’autres régions du continent
africain le sont également.Toutefois,l’Afrique del’Ouest,ouencorele continent
africain,n’est pas unejungle d’espèceséternellementantagonistesoùl’ententene
peut jamaisexister etoùlesAfricains seraient toujoursenétatde guerre.Ilest vrai
que cinqguerrescivileset plusieurscoupsd’État militaires ontété enregistrésdans
lasous-région pendant le dernierdemi-siècle.Nonobstantcela et malgréles
répercussionsainsiquela brutalitéquiontaccompagné certainsde cesconflits,les
Étatsdelasous-région n’ont pas tousété directementaffectés parcesexpériences
néfastes.Demême, certainsÉtatsdelasous-région quiontdûfaire face à des
conflits s’en sont sortis ou s’en sortentgraduellement, commementionnéplushaut,
bien qu’avec des réserves.

20

Introduction

Il faudrait noter encore que certains de ces conflits, comme la rébellion
touarègue et le mouvement sécessionniste casamançais, ont été confinés à une région
particulière du pays concerné.Dans cela même, la sous-région ouest-africaine ne
serait pas si différente du Royaume-Uni avec l’Irlande duNord, dela France avecla
Corse(Corsica)et le Bretagne(Brittany), etdel’Espagne aveclepaysBasque.C’est
vraiqu’il ya beaucoupd’affrontements sanglants qui éclatent souventenAfrique de
l’Ouest,surtoutauNigeria.Mais là aussi,malgréleur natureparfois violente, ces
affrontements nesont pasdesguerresciviles, demêmequeleurs semblants quiont
lieuenOccident ouailleurs nepeuventêtre décritscomme guerresciviles.Ilesten
effetimportantd’éviterdesexagérationsinopportunesdelasituation politique dela
région,voire del’Afrique engénéral, commeont tendance certainsauteurs.
On rencontresouventdetellesexagérationsdans les travaux de certainsauteurs
occidentaux surl’Afriquequine font pas la différence entrge «uerresciviles» et
« affrontementscommunautaires» en tant qu’ils ont lieuenAfrique.Ainsi, ils
décrivent toutbanalincidentcommeune « guerre civile, »présentantainsil’Afrique
commeunfoyer naturelde guerre,uneplacequi est toujoursbouleverséepardes
confrontations sanglantes,unendroitoùlemot«paix »nepeutavoirdroitde citer.
Faut-ilcroirequele conceptde «guerre civilee »stfloudans leursesprits,ou
simplement parcequ’il s’agitdel’Afrique?Cette études’efforcera donc à corriger
cette erreurconceptuelle enclarifiant lesconceptsde «guerre civile »etdu
« conflit»mettantenévidencela différence entrelesdeux concepts.Dansce but,je
mepermetsd’établir une définitiondela « guerre civile » après uneprofonde étude
etdiscussion théorique du« concept.» Jela définiscomme «unconflitarmé et
organiséquise déroule àl’intérieurd’unÉtatinternationalement reconnu, et qui
défie et menacelasouveraineté de cetÉtatavecunerevendication politique;cetÉtat
étant unepartieprincipale auconflitet lesinsurgés ou rebellesétantentièrement ou
en majorité descitoyensde cetÉtat.»
Enfait, cette définition nes’appliquepasà beaucoupde
cesaffrontementsintercommunautés.Ils nesontdoncpasdes« guerresciviles.»C’estcequi expliquela
limitationde cette étude auxguerrescivilesénumérées plushautet pas lesclashes
sporadiques qu’ont lieudetempsà autre—quoiqueviolentset regrettables—dans
certains paysdelasous-région.
Unbon nombre d’auteurs tendentàvoir lesguerrescivilesafricainesdans le
contexte de religionet/oud’ethnicité.Cettetendance est particulièrementévidente
dans les travaux de certainsanthropologues quisesont tournés récemment vers
l’étude desguerrescivilesafricaines.Sur la guerre civilelibérienne,parexemple,
The Mask of Anarchyde StephenEllisenest une illustration.Ellis voit la guerre
civilelibérienne commelerésultatdemanifestationsde certainescroyances
religieuseset traditionnellesbasées surdes rumeurs.Àpartirde ces prémisses

21

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

simplistes,Ellis exanalyste de la guerre civilehorte le lecteur ainsi que tout
libérienne à être « alertes du fait que les événements qui ont marqué la guerre civile
peuvent être lus à deuxniveauxou de deux manières.En premier lieu, ils doivent
être vus comme descriptions d’événements visibles.En second lieu, ils doivent être
2
vus comme une preuve de forces arcanes en jeu. »Dans leur collectif,Religion and
AfricanCivil Wars, dont il est l’éditeur (directeur),NielsKastfelta desarguments
similairesàl’égard dela guerre civilenigériane.Il yarguequela guerre civile
nigériane «avait uncaractère ethniqueprofond, carelle était uncombatentreles
Igboset laFédération nigériane, » commesi ce dernierétait ungroupe ethniqueou
commesilarégion sécessionniste del’estétaitexclusivement undominionIgbo.
L’auteur va encoreplus loinetargueque «le facteur religieux était unélément
décisif dans l’identitésociale des partiesauconflit, au moins pour lesIgbos quisont
majoritairementdesCatholiques romains.[…] La guerre étaitconçue et présentée
commeuncombatentrelanationchrétienne duBiafra et lesMusulmansdu nord du
3
Nigeriaquilançaient unjihadcontrelesIgbos.» Malgréle fait quel’expression«la
guerre étaitconçueou présentée »(the war was presented) suggèrequ’il reconnaît
que cela était plus ou moins unepropagande de guerre, cequ’était le cas,son recoure
à cesarguments sansaucuncommentaire etdans le contexte de celivrelaisse à
penser qu’il yadhère.
Certainscroientégalement quela guerre civile ivoirienne est uncombatentre
lesMusulmansdu nord et lesChrétiensdu sud.Laprésente étude dénonce ces
arguments religieux et ethniqueset soutient quenireligion ni ethnicitén’est une
causeprimaire desguerresciviles, et moinsencore descoupsd’État, enAfrique de
l’Ouest.
Concernant la guerre civilenigériane, ces thèsesethnico-religieuses peuventêtre
réfutées par le fait quelarégion sécessionniste del’est n’était pascomposée
exclusivementd’Igbos.Ilest vraiquelesIgbos yconstituaient lamajorité et qu’ils
étaient proportionnellement représentésdans les organesde décisiondu
gouvernement sécessionniste duBiafra.Maisil yavaitd’autresgroupesethniques.
Enfait,lemajor-général PhilipEffiong, qui annonça la fin de la sécession et la
reddition duBiafra au gouvernement fédéral du généralGowonaprèsl’exfiltration
du général Ojwukwudu pays le11 janvier 1970,n’était pasIgbo.Bien quenésur le
territoire biafrais,prèsd’IkotEkpene, ilappartenaitàune ethnieminoritaire,les
Efiks.D’aprèsbeaucoupd’analystesdela guerre civile,lemécontentementde
certainsgroupes minoritaires, bien qu’autochtonesduBiafra(percevant une certaine
discriminationcontre euxdelapartdel’administration sécessionniste dominéepar
lesIgbos), est l’undes principauxfacteursdela chute duBiafra.

22

Introduction

En ce qui concerne les arguments religieux, il suffit de noter deuxfaits simples.
Le premier est que les habitants de la région orientale au moment de la guerre civile
n’étaient pas tous desCatholiques romains, bien que cela ait été la confession
dominante de la région. Il y avait beaucoup d’Animistes et un bon nombre de
Protestants anglicans. L’autre fait est que contrairement aux propagandes de guerre,
qui parfois décrivaient les forces fédérales (gouvernementales) comme des
Musulmans sauvages animées par un sentiment de haine envers de pauvresChrétiens
Igbos, la plupart des soldats fédérauxn’étaient pas musulman. Si les Haussa-Fulani
du nord sont généralement musulmans, lesYorubasdu sudsont majoritairement
chrétiens.Pourtant, hormis larégion orientale du pays,toutes lesautres régions
étaientducôté fédéral.Le généralYakubuGowon,leprésidentdugouvernement
fédéralàl’époque, bien que du nord, est né d’un pèrequis’étaitconverti au
protestantisme etdevenu pasteur.Ilest lui-même de cettereligion.
Ceux quisuggèrent une dimension religieuseouethnique dans la guerre civile
ivoiriennevoient lenordrebelle commemusulmanetdioula et lesudloyaliste
comme chrétienetbété/baoulé.Ilest vraiquele PrésidentLaurentGbagboet son
épousesontdesferventsCatholiques.Il sembleraitégalement qu’il yait une certaine
influence del’église catholique,surtoutdelapartde Mgr.Bernard Agré,
4
l’Archevêque d’Abidjan,sur le coupleprésidentielivoirien.Pourtant,le couplenie
absolument queleur relationavecl’Archevêque ait une dimension politique
quelconque.En outre,leprofesseurMamadouKoulibaly, Présidentdel’Assemblée
nationale ivoirienne,n’est pas seulement latroisièmepersonnalité duFront
patriotique ivoirien (FPI—au pouvoir)duPrésidentGbagboet très proche ducouple
présidentiel, ilestaussil’undesgens perçuscommelesfaucons (hawks)ducamp
loyaliste.Pourtant, ilestdioula et musulman qui fitd’ailleurs lepèlerinage
musulmanàla Mecque en 2002,quelques semainesaprès le débutdela guerre
civile.Demême,leleaderdu principalgrouperebelle, MPCI, M.Guillaume Soro,
n’est ni dioula(ilest senoufo) nimusulman.
Parailleurs, auMali comme auNiger,les mouvements sécessionnistes ou la
guerre civile avaient lieuentrela communautétouarègue dans lesdeux payset leurs
gouvernementscentrauxà Bamakoetà Niamey.Pourtant,la communautétouarègue
ainsiquelamajorité écrasante des populationsde cesdeux pays, donc deleurs
gouvernements,sont musulmans.Oùestdoncla dimension religieuse ici?On peut
direlamême chose depresquetous les principauxconflitsarmésayanteu lieudans
lasous-région.
Alors,sinil’ethniciténile facteur religieux ne constitueune causeprimaire des
guerrescivilesetcoupsd’ÉtatenAfrique del’Ouest,quellesen sontdonclescauses
primaires?Commentexpliquer les manifestationsethniqueset religieuses —comme
lepensent quelquesauteurs—danscertainsde cesconflitsarmés?Aufait,

23

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

contrairement aux teneurs de la thèse ethnico-religieuse, la présente étude démontre
que les guerres civiles et coups d’État dans la sous-région sont principalement dus à
des facteurs politico-économiques.Dans un souci de clarté et afin de continuer l’un
de mes principauxarguments, comme on verra plus tard, je divise ces facteurs en
deuxcatles facteurs « internes, » et naturellement les facteurs « eégories :xternes».
On citera parmi les facteurs « internes » : a) la mauvaise gouvernance et tout ce qui
s’en dégage; b) la pauvreté relative, c’est-à-dire la situationoùil yauraitbeaucoup
deressources pouvantaméliorer lesortdescitoyensdans un paysdonnémaisdont
bénéficieseulement un segment restreintdelasociété auxdépensdesautres;c)
l’analphabétisme;etd) l’avidité etambitions personnellesdequelquesindividus.
Quantauxfacteurs« externes, »onenénumèretrois: a)interventionsétrangères;b)
le commerce illicite desarmes légères;etc) le comportementirresponsable de
certains organesdepresse étrangers.Religionetethnicitépourraientêtre des
symptômes ouconséquencesde conflitsarmés,mais pasdescauses primaires.
Une foiscescausesidentifiées,j’abordele deuxièmeobjectif de cette étude.Il
s’agitdelarecherche desolutions possiblesauxfacteurscausantet/ouanimantces
conflits.C’esticiquemondeuxième argument seprésente.Il s’agira d’essayerde
répondre àlaquestion suivante:qui doit jouer lerôleprincipaldans leseffortsde
résolutionde cesconflits?Clairement, encequi concernelasauvegarde et
l’établissementdelapaixet lasécurité internationales, celarevientauConseilde
sécurité desNations unies.C’estàluiquela communauté internationale,ycompris
lesÉtatsdel’Afrique del’Ouest, a confié cettetâche aux termesdelaCharte des
Nations unieseten vertudeleurendossementde celle-là.L’impératif deréserver
cettetâche auConseildesécurités’impose davantagenotamment quand il s’agitde
l’établissementdelapaix par la force(peace enforcement),quipeutconsisterendes
sanctionséconomiques, desembargos ou même del’usage de forcemilitaire.
Certes,lesÉtatsd’Afrique del’Ouest sontéconomiquement très pauvreset ont
detrèsfaiblescapacités militaires.Les pays nonafricains quisont richeset
possèdentdes moyensfinancierset militaires plusimportants que ceuxdesAfricains
sont plusen mesurequelesÉtatsafricainsd’entreprendre cettetâche demaintienet
d’établissementdelapaixdans lasous-région.Ilfaut noter néanmoins queles
Nations unies sont uneorganisationintergouvernementale.Cela impliquequeses
actionset sesengagements,laqualité de cesactionsetengagements,leur niveauet la
rapidité deleur mise en oeuvre, dépendent principalementdelavolonté desesÉtats
membres.Encequi concerneles opérations qui demandent le financement ou le
déploiementdesforces militaires, c’est sansdouteles pays richeset puissants,
presquetousau nord,quiont laplusgrande influence.

24

Introduction

Toutefois, examinant l’histoire del’ONU,sesengagements,toutcommela
réactionet laréponse dela communauté internationale aux situationsde conflits
armésàtravers lemonde,on peut observer queses réponseset réactions n’ont jamais
réponduentièrementaux espérances lorsque cesconflitsavaienteu lieuenAfrique,
contrairementaux autres régionsdu monde. Prenons, par exemple, la réponse très
tardive de l’ONU etdu reste dela communauté internationale(nonafricaine)à
l’égard desguerrescivilesauLibéria, enSierra Leone ainsiqu’enGuinée-Bissau.
Cetteremarquepeutêtre constatée dans le casdugénocide auRwanda en 1994 en
contraste aveclesforces robusteset très sophistiquéesenvoyéesauKuweiten 1991,
enBosnie en 1995,ouencore cellesenvoyéesauTimorLestequatre ans plus tard.
Évidemment,on pourrait voiriciunetendance àla discriminationcontrel’Afrique,
cequi est unemanière de dire auxAfricainsdes’occuperdeleurs propres
problèmes.Cependant,monargument ou maréponse à cettequestionest quelerôle
principal (leadership role)dans leseffortsderésolutionde cesconflitsenAfrique de
l’Ouest,ou même ailleursenAfrique, doitêtrejouépar lesacteurs (étatiqueset non
étatiques)delasous-régiondans le cadre delaCEDEAO appuyéepar l’Union
africaine(UA).En plusdes observationsdéjà faites, cetargumentestbasésur un
certain nombre de facteurs.
Premièrement, cerôle doit revenirauxacteurset organisations régionales
(locales) parcequ’ils sontdesinsiderstrès liésauconfliten questionet ont une
connaissanceprofonde desconditions locales.En outre, ils ont souventdes
expérienceset traditionscommunesavecles partiesauconflit, aveclesquellesils
5
peuvent même avoirdes liens personnels qui,sansdoute, facilitent leur tâche.Cela
concernel’aspectdiplomatique.Ilestaussivraisiune campagnemilitaires’avérait
nécessaire.Car lesacteurs locaux ont l’avantage incontestable dela connaissance du
terrain.Parexemple, après lesattentatsdu 11 septembre2001auxÉtats-Unis,
l’administrationBush crut queleur paysavaitété attaquépardesgroupes terroristes
basés, au moins partiellement, enAfghanistanet liés ou soutenus par lerégime
talibanàl’époque au pouvoirdanscepays.La défaite desTalibansétaitdonc dans
l’intérêt nationaldesÉtats-Unis,laseulepuissancemondiale.Dans unetelle
campagnemilitaire,lesAméricains, avecleur puissancemilitaire etexpérience en
matière d’intelligence(services secrets),semblaientêtre en mesure d’atteindreleurs
objectifs, encommençant par la défaite desTalibans, instantanémentetavecun
minimumdeperteshumainesetfinancières.Malgrétouscesatouts,lesAméricains
ontdûavoir recoursà des opposants locaux,notamment lasoi-disantNorthern
Alliance(l’Alliancenordiste), avant mêmele débutdeleurcampagne de
bombardement.Et même avec ça, ils ontfaitface àune avalanche de difficultésen
raison notammentdeleur méconnaissance du terrainetdelanature des populations
locales.

25

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

Le deuxième point sur lequel est basé cet argument est que ces conflits sont
africains et que seuls lesAfricains en sont les victimes.Comme on a pu le voir au
début de cette introduction, les conflits armés coûtent la vie à des milliers de
personnes et causent un flux massif deréfugiés vers les pays voisins.Ces
populations réfugiées,souventdescentainesdemilliers, deviennenten quelquesorte
unfardeau socialetfinancier sur les paysd’accueil.Lescampsderéfugiés
pourraientdevenirégalementdescampsderecrutementdes rebelles, cardes
combattants rebelles, ayantfuiles zonesde combat,peuventfacilement semêleràla
population réfugiée et seregrouperàpartirde cescamps.Cequisignifiequeles
pays voisins sont plusaffectéset touchés par lesconflitsdans lasous-région queles
acteurs lointains.Cesonteux qui,parconséquent,peuvent s’engager réellementet
sacrifierdes ressourcesfinancièresethumaines nécessairesafindemettreune finà
6
lasituation, ainsiqu’onapu levoirdans l’actiondelaCEDEAO dans lesconflits
auLibéria, enSierra Leone, enGuinée-Bissauet, dans unemoindremesure, enCôte
d’Ivoire.
L’exempleleplusillustrantde cepointenAfrique del’Ouestest peut-être ce
quis’est passé auLibéria àla fin 2003.Il yavaitdescombats violentsentrele
mouvement rebelle de LURDet lesforces loyalistesdugouvernementdeCharles
Taylor.ÀMonrovia,la capitalelibérienne, descombats violentsfaisaient
quotidiennementdesdizainesdevictimesetde blessés parballes,notamment parmi
lesfemmeset lesenfants.Il yavait un réel risque de famine ainsique des maladies
mortellesdans lepays.Les rebellesexigeaientcomme conditionsin qua nonle
départinconditionneldeCharlesTaylordu pouvoiravant qu’ils nepuissent observer
uncessez-le-feu.En revanche, Taylorétaitintransigeantetdéterminé ànejamais
céderd’autant qu’ilavaitété inculpépar letribunal spécialdesNations uniesen
Sierra Leonepour son rôleprésumé dans la guerre civile enSierra Leone.
Cependant,lesLibériensfirentappelauxÉtats-Unisainsiqu’au reste dela
communauté internationalepour lesaideràmettreterme àlaviolence.Ils
rappelèrentauxAméricainscequ’ilscroyaientêtreleur« histoire commune »
(shared history)dans unetentative désespérée afin que Washington réagisse.La
CEDEAO, àson tour, fitappelauxÉtats-Unisetau reste dela communauté
internationalepour obtenirau moins une assistance financière et qu’ils seraienten
mesure de fournirdes troupes militaires.Mais nilesAméricains nila communauté
internationalen’ajugé expédientdeprêter oreille à cesappelsau secours.Par
conséquent,lescombats, etdonclatuerie desfemmesetdesenfants,neprirentfin
qu’après l’interventiondel’organisation sous-régionale,CEDEAO, grâce
notammentauxbons officesduPrésident nigérian, OlusegunObasanjo.Les pays
nonafricainsconstituant,quoique abusivement parfois,lca «ommunauté

26

Introduction

internationale, » ne sont pas à blâmer ici pour leur inaction. Simplement ce problème
n’était pas le leurs et certains d’entre euxavaient déjà beaucoup de problème à régler
chez eux.
Latroisième raison pour laquelle les ouest-Africains doivent prendre le devant
et jouer eux-mêmes le rôle principal dans les efforts de résolution de conflits dans la
sous-région est que ce n'est pas tous ceux qui s’intéressent à ces conflits, se disant
concernés par le sort des pauvres africains, qui sont réellement sincères.Beaucoup
d’entre eux tendent à avoir leurs propres agendas, ce qui n’est pas toujours
compatibles avec les intérêts desAfricains.Certes, certains essaient de profiter des
situations de trouble.Chaque fois qu’il y a un débat sur ce sujet et que des pays
occidentauxsont cités, la question que des Occidentauxposent souvent est comme la
suivante :«Quelintérêtaurait-il l’Occidenten voyantces peuples souffrir ?»,ou
autre interrogationsdugenre.
On trouvelaréponse à cettequestion pluséloquemmentdans l’analyse de
l’historienburkinabé, Joseph Ki-Zerbo.SelonKi-Zerbo,l’attitude de certains pays
occidentaux aujourd’hui est«lamêmeque celle des négriersduXVIesièclequi
voulaient la guerre entrelesAfricains,parcequela guerreleurfournissait les
7
esclaves.Aujourd’hui, cen’est pasaussi cru que cela,maisc’est lamême chose.»
N’est-on pas justifié aujourd’hui à comparerces négriersduXVIesiècle aux
marchandsd’armes,sans scrupules, duXXIesiècle?Il semblerait que certains
médiateursétrangersdans lesconflitsafricains offrent leurs services,quand ils ne
forcent pas leurchemin, afindepouvoirdiriger lasituationetdemodeler le
processusàleur manière et pour leursintérêts stratégiques.Certains s’engagent
d’ailleursdans lavente illicite d’armesàtous lesgroupes pendant queleprocessus
depaixest prolongé àleurgrépour leur permettre devendrelesarmesaux
différentesfactions.
D’aucuns pourraientdire iciquevu lesfaiblescapacités militairesetfinancières
desÉtatsafricains, compter sur seuls lesAfricainsdans unetelle entreprise coûteuse
etdélicateseraitdangereux.Maisest-cequelesAfricainsdoivent rester lesbras
croiséset voir leurs parents mourir, comme ce fut le casauRwanda,parcequ’ils
attendent unesoi-disantcommunauté internationalequiviendraitàleur secoursavec
des millionsde dollars ?Pour quelleraison morale
devraient-ilsagirainsi?Neseraitil pas mieuxde combattre àmains nues ouavecune épéepour se défendreplutôt
qu’attendre des promessesdelivraisond’armesà feu quinepeuvent pasêtretenues
oubien qui arrivent trop tard?L’assistance delca «ommunauté internationale »
pourraitbien sûrêtresollicitée,surtoutcelle del’ONU,puisqu’elle enalatâche en
vertudesaCharte.On ne doit toutefois pascompterexcessivement sur l’ONUou la
« communauté internationale »sil’Afrique del’Ouest,ou mêmel’Afrique en
général,veut obtenir unerésolutionefficace etàtempsde cesconflits.

27

GuerresCiviles etCoups d’Etat enAfrique de l’Ouest

Le troisième argument avancé dans le livre est que pour obtenir une résolution
efficace et concrète des conflits armés, les solutions possibles doivent être
recherchées parmi les facteurs «internes »et non «extLes pays étrangersernes ».
qui sont déterminés à poursuivre leurs intérêts néo-coloniauxcontinueront à le faire.
De même, les marchands d’armes ne cesseront pas leurs activités grâce à des simples
conférences internationales ou des plaidoyers émotionnels des pauvres africains —
quoi que ceux-ci soient importants.Ces dealers continueront leurs affaires à tout prix
tant qu’il aurait des clients, même potentiels, dans la région, qui sollicitent leurs
produits.Cependant, pour une prévention et résolution efficaces des conflits armés
dans la sous-région, faut-il suggérer la consolidation des pratiques de bonne
gouvernance, l’amélioration des niveauxéconomiques et éducationnels des pays
africains. Par cela, lesÉtats ouest-africains auraient privé les marchands d’armes de
leurs clients (réels ou potentiels), car personne n’aura des revendications contre leurs
dirigeants pour lesquelles ils pourraient être tentés de prendre les armes.Également,
comme le néo-colonialisme ne marche pas sans des complices locaux recrutés
souvent, mais pas nécessairement, dans les milieuxdes opposants ou des gens ayant
des griefs contre leurs gouvernements, une fin sera mise à de telles situations.
Finalement, pour ce qui est de la justice rétroactive à la phase de l’après-conflit,
je soutiens que les graves violations des droits humains commises pendant la guerre
civile ou perpétrées par le défunt régime en cas de coup d’État, doivent faire objet
d’une enquête, les suspects jugés et les coupables punis.Cela doit mettre un terme à
l’impunité qui contribue à la création d’un cycle de violence dans le pays et conduit
inévitablement à une reprise de violence et donc d’autres abus des droits
humains…etàl’infini.L’émergence dugrouperebelle duLURDen 1999contrele
régime despotique deCharlesTaylorauLibéria enest unepreuvetrès saisissante.
Toutefois,jesuisdel’avis quelapoursuite delajusticerétroactivene doit pas
compromettrelapaixfragile déjà acquiseou leprogramme deréconciliation
nationalequi a besoind’être consolidé.S’il s’avèrequetel serait le cas,selon toute
vraisemblance, cautiondoitêtreprisequantà comment traiterceproblèmesi
épineux.Comme insister sur l’application stricte delajusticerétroactive en
poursuivantces suspectsde crimesde guerresest susceptible de conduire àune
reprise de conflit, etdonc àplusdeviolationsdesdroitshumains, ilfaudraitdonc
opter pourdes mesures pouvantévitercescénario.
C’estcelaqui expliquemonargument selon lequel lesautorités nigérianes ne
devaient pas livrer l’ancienchefrebelle-devenu-présidentduLibéria,CharlesTaylor,
auTribunal spécialdesNations unies pour la Sierra Leone, car lamesure
exceptionnelleque constituait son octroi d’asile auNigeria,quoiqueregrettable,
n’avaitétéprisequepour sauver lavie aux milliersdes personnesinnocentes qui

28

Introduction

allaient périr si une solution consensuelle et immédiate n’était pas trouvée pour sortir
de l’impasse dans laquelle la situation était arrivée au pays.
Compte tenu des actes répréhensibles deTaylor, en tant que chefrebelle et puis
Président du Libéria, il serait difficile de nier qu’il soit un criminel de guerre.
Cependant, ma position ne doit pas être considérée comme un plaidoyer pour un
criminel.Bien au contraire.Elle vise purement et simplement à sauvegarder la paix
etla sécurité dans le pays concerné et dans la sous-région.Fallait-il souligner qu’une
telle mesure (amnistier un suspect de crimes de guerre) ne doit jamais être acceptée,
à plus forte raison être offerte ou suggérée, que comme la dernière et la seule
solution concrète,oùil n’yauraitaucun moyendesauvegarder, àla fois,lapaix
fragile déjà acquise et juger les suspectsde crimesde guerresansencompromettre
une,notamment lapremière.Dansces situationsexceptionnellesetdélicates,on
pourrait renonceràlapoursuite des suspects maisfaire comprendre aux suspects
concernésainsiqu’augrandpublic, dontcertains seraientdes victimes,que cette
mesure estexceptionnelle et qu’ellen’est lerésultatd’unesympathiequelconque
pour lescriminels ou justificationdeleurscrimes.Ilfaut signalerégalement quela
mesure est regrettable et qu’elleneserait jamaisenvisageablesilesconditions
étaientdifférentes.

L’approchepédagogique del’ouvrage

Enétudiant rétrospectivement unévénementcomme guerrescivilesetcoups
d’État, il yaun nombre d’approcheset méthodes utilisées par leschercheurs selon
l’angleprécisdu sujet (événement)concernéquilesintéresse dans leursétudes.
Dans le cas particulierdesguerrescivilesetcoupsd’ÉtatenAfrique del’Ouest,on
peutciter parmilesapproches jusquelàutilisées par leschercheurs l’approche
historiqueouchronologique et l’approche descriptive.L’ouvrage d’Adekeye
Adebajo,Liberia’s Civil War,est unexemple d’approche historique dans l’étude de
la guerre civilelibérienne.DansFighting for theRainForest, PaulRichards
emprunteune approche descriptive dans l’analyse dela guerre civile enSierra
Leone.Richardsbasesonétudenotamment sur la descriptiondesévénementset
comment leRevolutionary UnitedFront of SierraLeone(Front révolutionnaireuni
de Sierra Leone–RUF/SL)était organisépouravancer sesargumentsapologétiques
pour lemouvement rebelle.Ilfaut noter toutefois qu’aucune de cesapproches ne
peutêtre appliquée isolementdesautresapproches, bien quel’approche choisiepar
l’auteur/chercheurconcernésoit laplus remarquable et laplus reflétée dans ses
argumentset sonétude engénéral.
Danscet ouvrage,monapproche est thématique, empirique etanalytique.Mon
souciprincipalestd’expliquer«pourquoi »lesguerresciviles ou une guerre civile

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