Histoire des relations internationales, de 1815 à nos jours

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En 1815, le Congrès de Vienne inaugure, après la longue césure des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, une nouvelle ère dans les relations internationales, avec pour théâtre principal et acteur essentiel l’Europe. Le directoire des grandes puissances assure un siècle de paix globale, affirmant sur toute la planète la suprématie du Vieux Monde. Cependant, à partir du XXe siècle, le système se dérègle et le leadership européen cède la place à un monde déchiré par les crises, les guerres et le choc d’idéologies anta-gonistes avant d’hésiter, depuis l’an 2000, entre ordre et désordre.
Cet ouvrage retrace l’histoire des relations internationales du XIXe siècle à aujourd’hui, apportant ainsi les connaissances indispensables pour comprendre quel nouvel équilibre mondial se dessine au début du IIIe millénaire.


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Date de parution 17 septembre 2014
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EAN13 9782130634492
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Langue Français

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QUE SAIS-JE ?

 

 

 

 

 

Histoire des relations internationales

de 1815 à nos jours

 

 

 

 

 

FRANÇOIS-CHARLES MOUGEL

Professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux

 

SÉVERINE PACTEAU

Maître de conférences honoraire
à l’Institut d’études politiques de Bordeaux

 

Onzième édition mise à jour

40e mille

 

 

 

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Des mêmes auteurs

De F.-C. Mougel

 

L’essor de la puissance anglaise, 1760-1832, Paris, Hatier, 1972 ; rééd. 1978.

L’Angleterre du XVIe siècle à l’ère victorienne, Paris, Puf, coll. « Que sais-je ? », n° 1697, 1978 ; dernière éd. 1997.

La vie politique en Grande-Bretagne, 1945-1970, Paris, SEDES-CDU, 1984.

Histoire contemporaine, Géographie humaine et économique, Paris, Sirey, 1988.

Histoire culturelle du Royaume-Uni, 1929-1959, Paris, SEDES-CDU, 1989.

La Grande-Bretagne au XXe siècle, Paris, Puf, coll. « Que sais-je ? », n° 2464, 1989 ; dernière éd. 2006.

Élites et systèmes de pouvoir en Grande-Bretagne, 1945-1987, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 1990.

Histoire du Royaume-Uni au XXe siècle, Paris, Puf, coll. « Thémis », 1996.

L’Europe du Nord au XXe siècle, Paris, Puf, coll. « Que sais-je ? », n° 3432, 1999.

L’Angleterre au XXe siècle, Paris, Ellipses, 2000.

France-Grande-Bretagne : l’Entente cordiale (avec W. Boyd), Paris, MAE-ADPF, 2004.

Les élites britanniques de la Glorieuse Révolution à Tony Blair, 1688-2005, Paris, Ellipses, 2005.

Royaume-Uni, les années Blair, Paris, La Documentation française, 2005.

L’Europe du Nord contemporaine, Paris, Ellipses, 2006.

Histoire des relations internationales de la fin du XVIIIe siècle à l’aube du IIIe Millénaire, Paris, Ellipses, 2012.

 

En collaboration avec F.-C. Mougel

 

L’essor du libéralisme dans les pays britanniques, 1815-1870, inLe libéralisme au XIXe siècle, Bordeaux, PUB-MSHA, 1985.

La politique, inPrécis d’histoire européenne, XIXe-XXe siècles, Paris, Colin, 1993 ; nouvelle éd. 2010.

Chapitres sur le Royaume-Uni et l’Europe du Nord, inPenser et construire l’Europe, 1919-1992, Paris, Ellipses, 2007.

Chapitres inLe monde britannique 1815-1931, Paris, Ellipses, 2009 et inLe monde britannique 1815-1931, Paris, CNED/SEDES, 2009.

 

De S. Pacteau

 

Les protestants et Bordeaux, Bordeaux, Mollat, 1999.

 

 

 

978-2-13-062414-1

Dépôt légal – 1re édition : 1988

11e édition mise à jour : 2012, septembre

© Presses Universitaires de France, 1988
6, avenue Reille, 75014 Paris

Sommaire

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Des mêmes auteurs
Page de Copyright
Première partie – Du concert européen à la constitution des nouvelles nations (1815-1870)
Chapitre I – Le congrès de Vienne et ses prolongements : la lutte entre légitimité et nationalité
I. – La situation diplomatique en 1815
II. – La lutte entre légitimité et nationalité
Chapitre II – Les affaires méditerranéennes (1815-1856)
I. – Les origines communes des conflits méditerranéens : la fragilité de l’Empire ottoman
II. – L’indépendance de la Grèce
III. – L’affaire égyptienne
Chapitre III – La modification des rapports de forces dans les années 1840-1860 : problèmes des nations non européennes et bouleversements sur l’Ancien Continent
I. – Les problèmes des nations non européennes
II. – Les mouvements nationaux en Europe
Deuxième partie – De l’hégémonie européenne à la mondialisation des relations internationales (1870-1905)
Chapitre I – L’hégémonie européenne (1870-1890)
I. – La nouvelle donne européenne : la prépondérance allemande
II. – L’expansion européenne dans le monde
Chapitre II – Vers de nouveaux équilibres (1890-1905)
I. – Le changement d’orientation des relations internationales
II. – Le rééquilibrage européen
III. – L’affirmation des nouvelles puissances
Troisième partie – Le temps des crises et des guerres (1905-1945)
Chapitre I – La fin d’un monde : les relations internationales de 1905 à 1918
I. – La marche à la guerre (1905-1914)
II. – La Première Guerre mondiale (1914-1918)
Chapitre II – L’entre-deux-guerres (1918-1939)
I. – L’établissement de la paix (1918-1925)
II. – La diplomatie de la paix (1925-1933)
III. – Le temps des crises (1933-1939)
Chapitre III – La Seconde Guerre mondiale
I. – Les victoires de l’Axe (1939-1942)
II. – La défaite de l’Axe
III. – Quel système international ?
Quatrième partie – Entre apocalypse et détente : les relations internationales depuis 1945
Chapitre I – De la guerre froide à la détente (1945-1962)
I. – La guerre froide (1945-1953)
II. – Du « dégel » à la crise cubaine (1953-1962)
Chapitre II – La fin du monde colonial
I. – Le contexte
II. – Les étapes de la décolonisation
III. – Un nouvel acteur international : le Tiers Monde
Chapitre III – Détente et vicissitudes (1962-1991)
I. – La détente (1962-1975)
II. – Le temps des vicissitudes (1975-1987)
III. – Vers un nouvel ordre mondial (1987-1991)
Chapitre IV – Ordre mondial ou chaos planétaire ? (1991-Aujourd’hui)
I. – Le temps des contradictions (1991-2001)
II. – La planète entre terrorisme et mondialisation (2001-aujourd’hui)

Première partie

Du concert européen à la constitution des nouvelles nations (1815-1870)

Chapitre I

Le congrès de Vienne et ses prolongements : la lutte entre légitimité et nationalité

En 1815, le congrès de Vienne inaugure, suite aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes, une ère nouvelle dans les relations internationales. Les souverains et diplomates réunis aux fins d’exclure le droit de conquête et de redéfinir un ordre international retiennent, dans ce but, deux principes : celui de la légitimité et celui de la nécessité d’une entente entre nations : le « concert européen ». L’acte final du congrès établit une nouvelle carte d’Europe : la France y est mise hors d’état de nuire aux autres nations, mais les aspirations des peuples à disposer d’eux-mêmes n’ont guère été retenues ; les germes du conflit entre légitimité et nationalité sont semés de ce fait.

I. – La situation diplomatique en 1815

1. Les acteurs du système diplomatique. – Les vainqueurs (Grande-Bretagne, Russie, Autriche, Prusse) cherchent avant tout à mettre en tutelle la France vaincue.

Les Britanniques (Liverpool et Castlereagh) aux idées francophobes et contre-révolutionnaires formulent peu d’exigences territoriales, mais veillent à conserver à leur pays les bases stratégiques nécessaires à l’hégémonie maritime, support du développement industriel qu’il connaît déjà ; la liberté de circulation sur les mers constituera, durant tout le XIXe siècle, le fondement de la diplomatie du Royaume-Uni.

Le tsar, persuadé d’avoir libéré lui-même l’Europe du joug napoléonien, préconise une approche mystique des relations internationales ; à ses yeux, les princes tiennent de la Providence la mission de maintenir ensemble la paix sur le continent, à l’initiative toutefois des descendants des Romanov. Alexandre Ier ne se désintéresse pas pour autant de possibles acquisitions territoriales (Finlande, Bessarabie), et le contrôle des détroits reliant la mer Noire à la mer Égée lui importe fort.

Le chancelier Metternich exige la restitution à l’Autriche de terres polonaises et recherche des compensations qui, bien situées, permettraient à l’empire des Habsbourg d’être plus ramassé (provinces italiennes). Le royaume de Prusse, où la participation à la coalition antinapoléonienne a nourri un vif sentiment national, revendique la Saxe et se pose en état hégémonique au sein des cours allemandes, ce qui inquiète l’Autriche : en fait, la Prusse est assez forte pour proposer son appui tantôt au tsar, tantôt à l’empereur.

La situation de la France apparaît difficile ; Talleyrand avait habilement réussi à être associé aux entretiens des vainqueurs, mais les Cent-Jours ruinent ces efforts : la France perd (deuxième traité de Paris, 1815) la Savoie, la Sarre, les villes fortes de l’Est, et se voit imposer une indemnité et une occupation militaire. Les Alliés redoutent une renaissance du bonapartisme ou des troubles sociaux attisés par les dissensions tenaces entre les tenants des acquis révolutionnaires et les sympathisants du retour à l’Ancien Régime.

L’Empire ottoman, non représenté à Vienne, y figure au titre d’acteur périphérique ; en proie à des dissensions internes, il excite depuis le XVIIIe siècle les convoitises des autres pays qui invoquent la protection des chrétiens de l’empire (France), l’accès à une mer libre (Russie) ou le maintien de l’intégrité ottomane (Royaume-Uni) pour y intervenir.

2. Les fondements du jeu diplomatique. – Les Alliés s’accordent sur les principes de légitimité et d’équilibre européen. Ainsi, tout régime qui dure est considéré comme légitime, car il représente la tradition ; dans cette perspective et puisque l’État constitue la propriété du souverain, il convient de rétablir les dynasties bafouées par l’ « usurpateur » (Bourbons à Naples, en Espagne, en France, princes d’Orange aux Pays-Bas). La Sainte-Alliance (Russie, Prusse, Autriche), puis la Quadruple-Alliance élargie à la Grande-Bretagne rapprochent ainsi les monarchies légitimes ; elles concourent après 1830 à l’isolement des souverains français. En vertu du principe d’équilibre, aucune puissance ne doit exercer d’hégémonie sur le continent, sous peine de coalition des autres ; ce principe n’oblige pas au statu quo territorial, mais prévoit l’usage de compensations au cas où l’une des puissances s’étendrait. La mise en œuvre de l’équilibre engage la responsabilité commune des puissances (le concert européen) dans le maintien de l’ordre ; or, toutes ne partagent pas la même conception de celui-ci : les vues de Metternich rejoignent ainsi rarement celles des diplomates britanniques.

Dans l’ensemble, le principe de l’équilibre fut appliqué au prix d’adaptations, en revanche, celui de légitimité apparaît comme un défi au droit des peuples proclamé par les révolutionnaires français.

3. Les dispositions essentielles du congrès de Vienne. – L’acte final du congrès (juin 1815) distribue entre les vainqueurs des territoires : ainsi, la Russie acquiert la Finlande, des provinces polonaises et la Bessarabie ; la Prusse reçoit la Saxe et pour partie la rive gauche du Rhin ; l’Autriche qui perd le Sud des Pays-Bas prend le contrôle du royaume lombard-vénitien et la présidence de la Confédération germanique réduite à 39 États ; la Grande-Bretagne multiplie les points d’appui (Héligoland, Malte, îles Ioniennes, île Maurice, Tobago, Sainte-Lucie, Trinité) qui, ajoutés à ses établissements du Cap et de Ceylan, lui confèrent la suprématie maritime. La France entourée d’États tampons (Pays-Bas, Confédération helvétique, royaume de Sardaigne) est isolée.

Les clauses de l’acte final importent moins que ses effets : la France mise au ban des nations sera tentée d’œuvrer pour la révision du traité ; par ailleurs, la répartition des peuples en fonction de critères statistiques s’avère grosse de menaces, en ce sens, les dispositions retenues à Vienne apparaissent plutôt comme « un armistice que comme un traité de paix » (R. Rémond).

Sur le terrain, la rivalité anglo-russe, opposant « la baleine et l’éléphant », éclate lorsque le tsar conclut la Sainte-Alliance (sept. 1815) visant à l’entente des souverains chrétiens et à un système universel qui ne comporterait ni vainqueurs ni vaincus. La Grande-Bretagne ne peut rester à l’écart de ce pacte, même si elle en considère le contenu irréaliste ; elle négocie donc avec les continentaux la Quadruple-Alliance (nov. 1815) qui prévoit la réunion régulière de conférences pour maintenir « la paix en Europe, le repos et la prospérité des peuples ». L’ordre est bien rétabli selon les vœux de Metternich, l’Europe redessinée, les forces équilibrées ; il reste que, en gommant trop les idées novatrices, les négociateurs de Vienne suscitent une nouvelle forme d’affrontements interétatiques : à la quête de la puissance matérielle s’ajoutent, dès lors, les mobiles idéologiques.

II. – La lutte entre légitimité et nationalité

1. De 1816 aux années 1840, l’Europe connaît des changements multiformes. – En politique, le libéralisme rencontre des échos accrus : ses adeptes œuvrent pour la concrétisation des libertés publiques et du suffrage universel. Dans le domaine des relations interétatiques, la cause de la liberté chemine aussi, générant des résistances aux décisions élaborées à Vienne : désormais, les peuples soumis à un rattachement contraire à leurs vœux expriment leur mécontentement au grand dam des pouvoirs en place.

Sur le plan économique, la modernisation industrielle initiée par les techniciens britanniques gagne les provinces belges, puis la France et les États allemands. En raison du développement de la production, les Gouvernements, en particulier celui de Grande-Bretagne, s’intéressent à la conquête des marchés, et des arrière-pensées commerciales accompagnent les préoccupations diplomatiques. L’influence libérale se perçoit encore sur le plan culturel où toutes les autorités jusque-là reconnues se voient discutées au nom de la liberté ; les pratiques morales et religieuses, anciennes ou restaurées après 1815, sont jugées contraignantes face au romantisme qui exalte l’aspiration à la liberté. Dès 1820, l’Europe connaît une effervescence permanente, mélange de lutte contre la légitimité d’Ancien Régime et d’aspirations nationales ; cela se reflète dans les relations internationales où la réaction l’emporte.

2. Les succès de la réaction et la politique des congrès. – La réaction bénéficie des divergences entre les conceptions britannique et russe de la vie internationale ; si les ministres du roi George III entendent contenir le danger révolutionnaire en France, ils dénient aux puissances le droit d’intervenir ailleurs : la diplomatie anglaise repose sur le non-engagement, quitte à recourir à des manœuvres d’intimidation militaire en cas de nécessité. Alexandre Ier croit, au contraire, au devoir des souverains de maintenir l’ordre sur l’ensemble du continent ; il se prononce même en faveur d’un équilibre mondial des nations ouvert à la France et à l’Espagne, alors exclues du « concert », ainsi qu’aux États-Unis. Cette proposition figurait à l’ordre du jour du congrès d’Aix-la-Chapelle (1818) ; Castlereagh la réfuta ( « l’alliance universelle n’a jamais eu d’aspect pratique et n’en peut pas avoir »). La question du retrait des troupes occupantes du territoire français où l’avènement de Louis XVIII et l’élection d’une chambre modérée rassurent les Alliés rencontra plus de succès ; grâce à l’action du duc de Richelieu, la France fut réintégrée parmi les puissances dirigeantes, mais un compromis secret (oct. 1818) réaffirme les dispositions de la Quadruple-Alliance, prévenant ainsi les risques d’une revanche française.

Or, en Allemagne (1818-1819), à Naples (1820) et Turin (1821), en Espagne (1820-1822), des mouvements révolutionnaires menacent la paix ; les souverains décident d’y rétablir l’ordre à la suite des congrès réunis à l’initiative du tsar à Troppau (1820), Laybach (1821) et Vérone (1822). Chaque fois, la solidarité monarchique joue, et les puissances dont les intérêts immédiats sont en cause interviennent : l’Autriche ramène le calme dans le royaume des Deux-Siciles et au Piémont ; la France monte une expédition destinée à restituer le pouvoir à Ferdinand VII d’Espagne.

Mais les idéaux d’équilibre et d’action concertés invoqués à Vienne s’évanouissent, car la Grande-Bretagne désavoue obstinément ces ingérences, puis adopte, à l’issue du congrès de Vérone, la politique de l’isolement voulue par Canning.

3. La désunion s’accentue lors des poussées révolutionnaires ou nationales des années 1830-1832

En Belgique, en Pologne, en Italie, dans les États allemands, le déroulement des Trois Glorieuses encourage les tenants des idées de progrès, encore que Louis-Philippe s’emploie à rassurer les monarques en renonçant à réclamer le retour de la France aux frontières naturelles.

Aux Pays-Bas, le caractère artificiel du royaume créé en 1815 devient manifeste ; tout oppose les Hollandais aux Belges : religion, traditions, intérêts économiques (libre-échangisme hollandais et protectionnisme flamand ou wallon), mobiles politiques, car la loi électorale favorise les Bataves. Dynamisés par l’exemple français, les Belges se proclament indépendants en octobre 1830, et le roi Guillaume en appelle aux puissances afin de mater la rébellion ; le tsar et le roi de Prusse répondent favorablement sous réserve de l’accord d’ensemble des Alliés, mais Metternich, inquiet de la situation italienne, refuse un soutien militaire et se contente d’un appui moral. La France et la Grande-Bretagne, se conformant aux vœux de leurs opinions publiques, se dérobent devant l’intervention, mais ne peuvent laisser le champ libre aux Russes et aux Prussiens. Talleyrand (ambassadeur à Londres) et Wellington proposent la tenue d’une conférence internationale où l’indépendance de la Belgique est acquise (protocole de novembre 1830), et sa neutralité reconnue. La conférence de Londres (1831) déconseille de choisir le souverain du jeune État parmi les familles régnantes du continent, pourtant les Belges offrent le trône au duc de Nemours, fils de Louis-Philippe ; le Gouvernement anglais, voyant là une provocation et la menace d’une annexion du territoire belge par Paris, impose Léopold de Saxe-Cobourg. L’établissement d’États tampons autour de la France, disposition majeure du congrès de Vienne, prend ainsi fin ; par ailleurs, le rapprochement franco-anglais met à mal le « concert européen ».

En Pologne, l’insurrection procède d’abord de motifs patriotiques ; les membres des sociétés secrètes, souvent des officiers, estiment que le statut relativement libéral octroyé à leur pays par le tsar en 1815 ne saurait faire oublier l’occupation par les Russes de leurs terres historiques (la Grande Pologne de 1772). Après la destitution du vice-roi (1830), la Pologne proclame en janvier 1831 son indépendance et réclame aux peuples étrangers leur appui dans sa « lutte de la liberté contre le despotisme » ; en réponse, la Prusse et l’Autriche ferment leurs frontières aux réfugiés, alors que les opinions françaises et anglaises penchent en faveur des révoltés. Mais Palmerston, opposé à l’affaiblissement de la Russie, se dérobe, et le Gouvernement français se contente d’une adresse de sympathie ; dans ces conditions, les troupes tsaristes investissent Varsovie où « l’ordre règne » (sept. 1831) assorti d’une répression qui choque l’opinion étrangère et pousse de nombreux Polonais à l’exil. Des soulèvements plus limités se produisent en Italie, fomentés par les sociétés des carbonari et des adelfi ; à Modène, dans les États du pape, Parme ou Bologne, les insurgés sont défaits par l’armée autrichienne. En Allemagne, Metternich brise les mouvements libéraux de Saxe, du Brunswick, de Hesse électorale et de Prusse rhénane, et repousse leurs revendications politiques.

Le « concert européen » n’a pas duré ; dès 1833, les États conservateurs favorables au maintien de la légitimité et au principe d’intervention réaffirment leur opposition aux mouvements nationaux (accord de Münchengrätz), alors que la France et la Grande-Bretagne connaissent une première « Entente cordiale » malgré des divergences ponctuelles (l’affaire belge ou la présence française en Algérie).

Chapitre II

Les affaires méditerranéennes (1815-1856)

La récurrence au XIXe siècle de crises méditerranéennes illustre le caractère insoluble de conflits ayant pour scène l’Empire ottoman et pour protagonistes les nations européennes : la Russie qui surveille les détroits dans le but d’acquérir un débouché maritime, le Royaume-Uni intéressé au maintien de la liberté de commerce en Méditerranée orientale, porte des Indes, la France qui tente de retrouver un rôle international.

L’indépendance grecque puis l’affaire égyptienne révèlent de surcroît l’usure du « système Metternich » ; les puissances se détournant de l’esprit d’équilibre des années 1815 ne cachent plus leurs appétits expansionnistes.

I. – Les origines communes des conflits méditerranéens : la fragilité de l’Empire ottoman

L’ « homme malade de l’Europe » tient sa faiblesse de son extension territoriale, de la diversité des peuples qui l’habitent comme de l’anarchie interne qu’il connaît.

Étendu sur trois continents : Afrique, Asie, Europe, l’empire des sultans, mosaïque ethnique, où cohabitent Arabes, Turcs et Slaves, est aussi une mosaïque religieuse, puisque des musulmans et des chrétiens orthodoxes, maronites et catholiques y sont établis. Cette multiplicité entraîne une différence de statut en défaveur des populations chrétiennes astreintes au paiement de redevances et à la culture des terres que seuls les musulmans sont autorisés à posséder.

Le pouvoir exercé de façon chaotique par les sultans de Constantinople, chefs politiques et religieux, est détenu en réalité par les vizirs et les pachas ; les ordres des souverains sont contestés par leurs proches (les complots du sérail l’attestent), par les janissaires qui s’opposent à toute modernisation de l’armée, comme par certains pachas qui gouvernent les provinces à leur guise, tel Méhémet Ali en Égypte. Les populations de l’Empire sont, en outre, divisées à propos de l’attitude à adopter envers les étrangers : xénophobes dans les régions continentales (Morée), elles recherchent dans les îles égéennes des échanges avec l’Occident.

Cette absence de cohésion de l’Empire incite les puissances européennes à intervenir.

II. – L’indépendance de la Grèce

La communauté hellène de l’empire est forte de son nombre et de son homogénéité religieuse, économique et intellectuelle ; en effet, les trois millions de Grecs soumis à l’obédience du patriarche de Constantinople, leur représentant auprès du sultan, sont fréquemment des commerçants établis dans les villes (la capitale, Salonique, Smyrne) et les îles ; ils se montrent plutôt favorables aux idées vantant l’indépendance, la liberté et la démocratie qu’ils connaissent par l’intermédiaire de sociétés de pensée, ou par celui de leurs compatriotes installés en Occident.

En 1821, un soulèvement né à Odessa dans la société grecque l’Hétairie vise à obtenir du sultan l’autonomie des territoires grecs pour en confier la tutelle à un prince chrétien (comme cela s’était passé en Serbie en 1812) ; au prix d’atrocités tels les massacres de Chio, les Grecs proclament leur indépendance au congrès national d’Épidaure (1822). Cette révolte divise les puissances : condamnable au nom du principe de légitimité approuvé par les membres de la Sainte-Alliance, elle apparaît aussi comme la dénonciation, justifiée aux yeux des nations chrétiennes, d’une tutelle musulmane ; pourtant, l’Autriche, la Grande-Bretagne, la France, inquiètes du rôle joué par la Russie dans la rébellion, n’apportent pas aux insurgés l’appui militaire escompté, et le sultan aidé par les forces égyptiennes reconquiert la Morée (massacre de Missolonghi, 1826) et l’Attique (capitulation d’Athènes, 1827). Le conflit, internationalisé désormais, connaît des prolongements. L’Europe s’enflamme en effet pour la cause grecque ; les milieux politiques, conservateurs comme libéraux, organisent comités de soutien et collectes, les intellectuels illustrent à la plume ou au pinceau les épisodes de l’insurrection (Lamartine, Hugo, Delacroix)...