Iran et Occident

Iran et Occident

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Le Proche-Orient est l'un des champs privilégiés où se déploient les fantasmes et les idéologies de la pseudo-histoire. Consacrées pour la plupart aux rapports entre l'Iran et l'Europe, ces contributions démontrent que l'Iran a intéressé et intéresse les Européens dans des domaines aussi variés que le recrutement de l'armée, la musique ou la réforme constitutionnelle. Cet ouvrage contribuera à rappeler que les rapports entre Orient et Occident ont pu et peuvent être positifs.

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Ajouté le 01 janvier 2007
Nombre de lectures 160
EAN13 9782296161122
Langue Français
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et

ROIT ULTURES

Revue semestrielle d'anthropologie

et d'histoire

Publiée par le Centre Droit et Cultures de l'Université Paris X Nanterre et par l'Association Droit et Cultures

-

Avec le concours

du Centre National de la Recherche Scientifique, de l'Université Paris X - Nanterre et du Centre National du Livre

L'Harmattan 5.7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Hannattan Kinsha..

Kônyvesbolt

Foc..des

Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243. KIN XI de Kinshasa

L'Harmalm ltalia Via Oegli Anisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Université

- ROC

REVUE DROIT ET CULTURES
Direction
Guillaume METAIRIE, Directeur du Centre Droit et Cultures de l'Université Paris XNanterre et Charles de LESPINA Président de l'Association Française Droit et Y, Cultures

Rédaction
Rédacteur en chef: Chantal KOURILSKY -AUGEVEN (CNRS), Centre Droit et Cultures de l'Université Paris X-Nanterre (Bureau F-SOS téVfax: 01 40 97 76 44)

SecrétariaJde rédaction: Jacqueline LAHMAN! (CNRS), Centre Droit et Cultures de l'Université Paris X-Nanterre (Bureau F-S04, tél : 01 409773 65, email: jlahmani@u-parislO.fr)

Comité de rédaction
BIDIMA (Tulane University) - Hervé BLEUCHOT (CNRS) - Jean-Claude BONNAN(Magistrat) Gérard COURTOIS (Universitéd'Artois)- Emmanuel DECAUX (paris fi) - Marie-Claire FOBLETS (Louvain) - Geneviève KOUBI (Cergy-Pontoise) Chantal KOURILSKY -AUGEVEN(CNRS) Charles de LESPINA (Association Y FrançaiseDroit et Cultures) - O. Sara LIWERANT (CDPC,Paris X-Nanterre) Bernadette MENU (CNRS)Jean-Godefroy Guillaume METAIRIE (paris X-Nanterre) - Robert PAGEARD (Magistrat honoraire) -

Denis

SALAS (ENM)

- Raymond

VERDIER

(Association Française Droit et Cultures)

Conseil Scientifique Yadh BEN ACHOUR (Tunisn) - Bernard BOTIVEAU (CNRS)- Bernard CHAMPION(La
Réunion) - Antoine GARAPON (IHEJ) - Carol J. GREENHOUSE (Princeton University) Andreas HELMIS (Athènes) Anatoli KOVLER (CDEH, Strasbourg) Régis LAPARGUE (Magistrat) - Jean-Pierre POLY (paris X-Nanterre) Jacques POUMAREDE (Toulouse1) Norbert ROULAND (Aix-en-Provence)- Evelyne SERVERIN (CNRS) - Isabelle SCHULTE-

-

-

TENCKHOFF(Genève) Alain TESTART(CNRS) -

Centre Droit et Cultures: Université Paris X-Nanterre, 200 avenue de la République, 92001 Nanterre. TeVFax: 33(1)40977644
www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattan I @wanadoo.fr

~L'Hannattan,2006 ISBN: 2-296-01932-3 EAN : 97822960I9324

Ont contribué

à ce numéro

Mamadou Badji est maitre de conférences agrégé d'histoire du droit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et coordinateur de la recherche en histoire du droit et des institutions en collaboration avec l'Université Montpellier I. Il est spécialisé en histoire du droit, histoire des institutions de l'Atiique depuis le XIXe siècle, histoire des idées politiques et histoire comparative du droit de la santé. Il a publié notamment: « Le Code noir et la condition des esclaves dans l'ancien droit fiançaiS», Revue de l'Institut des droits de l'Homme, n014, Lyon, 1995, p. 40-93 ; « L'administration de la justice au Sénégal au 19"siècle », Revue de l'Association Sénégalaise de Droit pénal, n05-6-7, 1999, p.265-303 ; Droit naturel, droils de l 'Homme el Esclavage dans le contexte sociobislorique sénégambien du XVIIe siècle à l'indépendance, Lille, Presses universitaires du septentrion, 2000 et « Considérations sur l'application de la coutume devant les magistrats de la Cour d'Appel de Dakar, de 1903 à 1960» in B. Durand (dir.), Le Droit et la Justice, instruments de stratégie coloniale. Rapport au Ministèrefrançais de la Justice, Montpellier, 200 1, p. 1075-1110. Marion Brepohl de Magalhaes est professeur de l'Universidade Federal do Pama, Curitiba, Brésil. Ses recherches portent sur les comportements et attitudes dans les systèmes autoritaires et totalitaires. Elle a notamment publié (en fiançais) : « Sentiment et perte d'identité: le petit bourgeois nazifié» in: Les cahiers du laboratoire de changement social, Paris, Université de Paris VII, n. 4. 1998; « Le ressentiment de l'exil: l'esthétique de la perte chez Alfi'ed Doeblin» in Pierre Ansart (dir.), Le ressentiment, Bruxelles, Bruylant, 2002. En brésilien (deux ouvrages) : Pangermanismo e nazismo: a trajetaria alema rumo ao Brasil. Campinas: Editora da UNICAMP, 1998. Avec C. Lopreato, A banalizaçao da violência. A atualidade do pensamento em Hannah Arendl, Rio de Janeiro, 2002. Bùi XuAn Quangenseigne les Relations intemationales et dirige le Groupe de recherches sur l'Asie à l'UFR des sciences juridiques & politiques de l'Université de Paris X-Nanterre. Spécialiste des questions de défense et de stratégie, il a publié La Sécurité en Asie du Sud-Est. Permanences et Ruptures, FEDN, Paris, lm, L'Asie en guerre (1945-199O), FEDNILa Documentation française, 1990 et La Troisième Guerre d'Indochine, 1975-/999. Sécurité et Géopolitique en Asie du Sud-Est, L'Harmattan, 2000. Il tient la « Chronique du temps présent» dans la Revue Juridique & Economique du Sport (trim., Université de LimogesIDalloz) pour croiser actualité sportive et relations internationales. Sophie Démare-Lafont est agrégée d'histoire du droit et Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, section des Sciences historiques et philologiques, où elle enseigne le droit comparé dans les sociétés du Proche-Orient ancien. Elle travaille sur les textes juridiques cunéiformes et bibliques. Elle a publié notamment une recherche sur le droit pénal féminin (Femme, droit etjustice dans l'Antiquité orientale, 1999) et un essai sur la féodalité et le statut de la terre en Mésopotamie (Fief et flodalité dans le Proche-Orient ancien, 1998). Elle travaille actuellement sur les textes juridiques syriens du milieu du lIe millénaire et prépare une Table ronde sur les formulaires juridiques ouest-sémitiques. Nathalie Kalnoky est docteur en Histoire du droit et des institutions, membre du Centre d'Histoire et Anthropologie du Droit de l'Université Paris X-Nanterre et du Centre d'Histoire de l'Europe Centrale de l'Université Paris IV-Sorbonne. Ses champs de recherche portent principalement sur l'histoire du droit et des institutions de la Hongrie et de la principauté de Transylvanie, (Moyen Age et Temps Modernes). Elle a publié notaminent: Les Constitutions el Privilèges de la Noble Nation Sicule. Acculturatioli et maintien d'un système coutumier dans la Transylvanie médiévale, Budapest-Paris-Szeged, Institut Hongrois de Paris, collection Dissertaliones Il. 2004; « La communauté sicule au début du XVIIIe siècle, le devenir de la Noble Nation sicule de Transylvanie durant l'époque de la Principauté» p. 195-202 in Europe and Hungary in the Age of Ferenc Il RdlcOczi,Actes du colloques tenu les 24-26 septembre 2003 à Budapest, Université Réformée Kâroli Gâspâr, Studia Caroliensa n° 2004 3-4, Budapest; compte rendu d'ouvrage pour le bulletin bibliographique des Archives de Sciences Sociales des

Droit et Cultures,52, 20061Z

Religions n° 128, Paris, CNRS, 2004, p. 61-63 Nora de Berend, At the Gate ofChristendom, Jews, Muslims and 'Pagans' in medieval Hungary c.lOOO-c.I300, Cambridge, 2001. Geneviève Koubi est professeur de Droit public à l'Université de Cergy-Pontoise. Elle est membre du Centre d'Etudes et de Recherches: Fondements du droit public. Outre ses travaux en droit administratif: ses recherches portent principalement sur la laIcité et les droits de l'homme. Dans ces domaines, elle a assuré la co-direction d'ouvrages collectifs tels avec Georges Faure, Le titre préliminaire du Code civil, Paris, Economica, coll. «Etudes juridiques », 2003; avec Isabelle Muller-Quoy, Sur lefondement du droit public - De l'anthropologie au droit, Bruxelles, Bruylant, coll. « Droits, Territoires, Cultures », 2003 et, plus récemment avec Séverine KodjoGrandvaux, Droit & colonisation, Bruxelles, Bruylant, coll. «Droits, Territoires, Cultures », 2005 et avec Margarita Sanchez-Mazas, Le harcèlement. De la société solidaire à la société solitaire, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, colI. « Histoire, Economie, Société », 2005. Alexandre Leroi - Cortot est doctorant à l'Université de Paris X-Nanterre sous la direction du Professeur Bui Xuan Qang. Il prépare au Japon une thèse sur les incidences internes et externes déterminant les prises de position des gouvernements japonais sur les questions de prolifération nucléaire et de course aux armements. Ses centres d'intérêts et recherches complémentaires portent sur l'histoire, la sociologie et l'esthétique de la musique contemporaine; les rapports entre pratiques culturelles, conceptions esthétiques et environnement politique ainsi que sur les mécanismes de mobilisation politique des enjeux de mémoire en Asie. Cet article est une première opportunité de publication. Charles de Lespinay est historien et anthropologue du droit, membre associé du Centre Droit et Cultures (Université Paris X-Nanterre) et du Centre de Recherches micaines (Université Paris I). L'un de ses principaux thèmes de recherche et d'enseignement est l'insertion historique et culturelle du droit. Il a entre autres publié: « Procéder ou ne pas procéder en Afiique noire (XV'xxr siècles) », in: Procéder. Pas d'action. pas de droit ou pas de droit, pas d'action?, Limoges, CW n013, 2006, p. 355-377 ; Anthropologie et Droit: intersections et confrontations (avec E. Le Roy), n° hors série Droit et Cultures/Cahiers d'Anthropologie du Droit, Paris, Karthala, 2004 ; « Un fondement des institutions, le prêtre ou le roi? Deux cas mcains », in G. Koubi & I. Muller-Quoy, Sur les fondements du droit public. De l'anthropologie au droit, Bruxelles: Bruylant, 2003, p. 169-199; «La religion en Casamance dans les relations de voyage, XV"-XIX' siècles », Droit et Cultures n042, 2001, p. 147-181 ; Construire l'État de droit. Le Burundi et la région des Grands Lacs (avec E. Mworoha), Paris, L'Harmattan, 2001. Aram Mardlrosslan est maître de conférences en histoire du droit à l'Université Paris XNanterre et membre du GEDEOM-Genèse des Etats et des droits de l'Europe et de l'Orient méditerranéen. Ses principaux champs de recherche concernent l'histoire du droit de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Age. II s'intéresse notamment au droit canonique oriental. Après avoir publié un ouvrage issu de sa thèse qui a pour titre Le Livre des canons arméniens de Jean d'Odzun. Eglise, droit et société en Arménie du IP" au VIIr siècle, Louvain, 2004, ses publications plus récentes portent essentiellement sur le droit canonique byzantin. «Antiquarum collectionum principium et fons. La Collection d'Antioche, première collection canonique de l'Eglise », Actes des lIe journées clermontoises d'histoire du droit Ouin 2004), à paraitre. «Canons d'Orient et royaume barbare. L'influence du droit canonique oriental sur la législation du concile d'Epaone », Revue historique de droit français et étranger, 2005/3, p. 355-384. Soudabeh Marin est docteur en Histoire du droit et des institutions. Rattachée au CHAD (Centre d'histoire et anthropologie du droit) et au laboratoire de recherches GEDEOM-Genèse des Etats et des droits de l'Europe et de l'Orient méditerranéen à l'université de Paris X-Nanterre, elle mène des recherches sur l'histoire de la justice, de la magistrature, du droit et des institutions de l'Iran contemporain (XIX'-XX' siècles), sur l'influence de la culture juridique française en Iran, ainsi que sur les notions de droit et de justice dans la tradition de la philosophie et de la mystique

persanes.

Droitet Cultures,52, 200612

Luca Parisoli est maitre de conférences HDR à l'Université Paris X-Nanterre (Centre de théorie et analyse du droit). Ses principaux champs de recherche sont la philosophie.morale, politique et du droit, notamment au Moyen Age, l'anthropologie philosophique de l'Ecole ftanciscaine, l'anthropologie dogmatique et l'histoire de la pensée nonnative. Principales publications: Volontarismo e diritto soggettivo. La nascita medievale di una teoria dei diritti nel/a Scolastica francescana, Istituto Storico dei Cappuccini, Roma, 1999 ; La philosophie normative de Jean Duns Scot. Droit et politique du droit, Istituto Storico dei Cappuccini, Roma, 2001 ; La contraddizione vera. Giovanni Duns Scoto tra Ie necessità del/a metaflSica e il discorso del/a filosofla pratica, Istituto Storico dei Cappuccini, Roma 2005. « The Anthropology of Freedom and the Nature of Human Person », Personalist Forum, 15 (2003) 347-365 ; « Vitam instituere : la portée fondamentale du droit de vie et de mort dans un cadre d'histoire de la pensée juridique, in Politeia », Les Cahiers de l'Association Française des Auditeurs de l'Académie Internationale de Droit Constitutionnel, n° 3 (2003) 81-90;« Les mythologies de la connaissance absolue et le discours génétiste», in Cami//ianum 4 (2004) 67-94;« L'involontaire contribution ftanciscaine aux outils du capitalisme », in A. Supiot, Tisser le lien social, Nantes, 2004, 229-244 ; « Livelli di comprensione antropo!ogica dei messaggio cristiano: la semantica gioachimita alla luce di René Girard »,in Florensia (2004-2005) 139-152. Jean-Pierre Poly est professeur d'Histoire du droit à l'UPR de Sciences juridiques, administratives et politiques de l'Université. Paris X-Nanterre et enseignant à l'Institut Henri Motulsky de cette université. Il a travaillé sur le premier Moyen Age, sur les sociétés méridionales post-romaines puis sur les sociétés gentilices germaniques, sur les structures féodales et sur l'anthropologie de la parenté et de la sexualité. Il est responsable de l'équipe de recherche Esdem (Etude des systèmes de droit de l'Europe médiévale), section du centre de recherches GEDEOM (Genèse des Etats et droits de !'Europe et de l'Orient Méditerranéen) et du Centre d'Histoire et d'Anthropologie du Droit (CHAD, coonIonant les centres Gedeom et Droit et Cultures), ainsi que du Master 2 Droit de l'Université Paris X, mention Histoire et anthropologie juridiques. On peut citer panni ses publications: dir. (avec E. Bournazel), Histoire générale des systèmes politiques. Les féodalités, Paris, PUP, 1998 ; Le chemin des amours barbares. Genèse médiévale de la sexualité européenne, Paris, Lib. Acad. Perrin, 2003 ; « La petite pierre d'Argue!: l'ordalie gennanique en Gaule aux ve_Vlle siècles », in Retour aux sources, textes études et documents d'histoire médiévale offerts à Michel Parisse, Paris, 2004 ; «L'amour et la cité de Dieu. Utopie et rapport entre les sexes au Moyen Age», in Utopies sexuel/es, Clio Histoire, fèmmes et Sociétés, 22/2205 ; «Am Stram Gram, La chevauchée des chamans », in n° spécial de L 'Histoire, janvier 2006, Dieu au Moyen Age, p. 60-63. Paul Tillit est doctorant en histoire du droit à l'Université Paris X-Nanterre; au sein de laquelle il

occupe depuis 2004 un poste d'ATER. Ses travaux de thèse, menées sous la direction de JeanPierre Baud, portent sur La législation de l'Opéra sous l'Ancien Régime: contribution à l'histoire administrative de l'Académie royale de musique de J672 à J 789. Il a participé, dans le cadre d'un ouvrage collectif sous la direction de Christian Biet, à l'édition du recueil Théâtre de.

la cruauté et récitssanglantsen France(XVr-xvlr siècle), Bouquins,Paris, 2006.

Droit et Cultures,52, 200612

Sommaire
1. Iran & Occident Hommage à Kasra Vafadari
Jean-Pierre

n° 52-2006/2

Poly, Les rencontres Kasra Vafadari............................................

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Sophie Démare-Lafont, dâtu sa sarri. La « loi du roi » dans la Babylonie achéménide et séleucide ...................................... Jean-Pierre Poly, Le vent des deux mondes. Enquête sur les princes iraniens de la Gaule romaine ........ Aram Mardirossian, « Fortune et Gloire ». Les Parthes arsacides de l'armée de Gaule à la fin de l'Empire ............................................................................ Nathalie Kalnoky, Des princes scythes aux capitaines des lasses .................. Paul Tillit, Zoroastre (1749) de Rameau: Droit et utopies dans un opéra ftanc-maçon du siècle des Lumières .................................................. Alexandre Leroi';'Cortot, Influences croisées entre les traditions musicales perses et européennes ........ Soudabeh Marin, Anciens et Modernes? Idéal de justice et révolution constitutionnelle en Iran (1905-1911) ............................................................... Charles de Lespinay, Anthropologie et droits de l'homme en Iran, de la tolérance au respect ..................................................................................
Bùi Xuân Quang, Adieu l'ami... .....................................................................

13

27

47 65

85

121

139

169 179

2. Etudes
Geneviève Koubi, (Dé) faire l'histoire de la colonisation sans faire d'histoires? ............. 189 207 221 239

Marion Brepohl de Magalhies, Culture de l'ascension sociale et figures du harcèlement ............ Luca Parisoli, La « Casa di San Giorgio », une autorité de régulation dans les villes communales médiévales italiennes ............................................ Mamadou Badji, L'abolition de l'esclavage au Sénégal: entre plasticité du droit colonial et respect de l'Etat de droit ....................................................

J. Comptes rendus
4. Table of contents

..................................................277
and abstracts...................................................................

289

Droit et Cultures,

52, 200612

Iran et Occicfent
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!Jiommage

à 1(asra o/afaiari

Les rencontres Kasra Vafadari

« Au nom de Dieu tout de miséricorde, le Miséricordieux, Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur t:le l'aube contre le mal dons ses créatures, contre /e mal t:le la nuU ténébreuse, cOntre celles qui sOl4!f/enl sur /es nœuds, contre l'envie t:les envieux» (Sourate 113,I'Aube).

urant plusieurs années, Kasra Vafadari, natif d'Iran, ancien étudiant en Angleterre et citoyen français, a enseigné à Paris X-Nanterre .la langue anglaise. Passionné d'histoire, il avait aussi rejoint notre équipe GEDEOM (Genèse des Etats et des Droits de l'Europe et de l'Orient Méditerranéen) à l'UFR de Sciences Juridiques pour faire étudier aux futurs juristes, panni d'autres institutions du Proche-Orient, celles de l'Iran préislamique. La liberté d'étudier, de penser et de s'exprimer n'est pas partout et to4iours appréciée et certains de nos contemporains préfèrent aux complexités et aux incertitudes du mouvement historique la trompeuse simplicité d'une pseudo-bistoire. Peu après avoir pris la charge de son enseignement, Kasra avait animé une table-ronde sur l'histoire des minorités religieuses au Proche-Orient et il y avait dit, incidemment mais franchement, ce qu'il pensait de la situation en Iran; l'été suivant, alors qu'il débarquait à l'aéroport de Téhéran, de zélés personnages lui rappelèrent ses paroles. Pour son bien. A l'Université, cette même ftanchise et son intérêt pour l'Iran agaçaient un peu certains collègues, ils le lui disaient parfois. Pour son bien aussi. Le 17 mai 2005, notre collègue et ami tombait sous le couteau d'un soi-disant exilé iranien. Affaire privée, commentait aussitôt l'AFP. Un an a passé. Kasra a sa stèle au Père Lacbaise où il a été incinéré. Malgré les scénarios fabriqués avec les

D

habituellesficelles un peu grosses -, malgré les mensonges ou les silences, on
commence à mieux comprendre pourquoi il est mort. Depuis longtemps, Kasra pratiquait une culture laïque des lumières et des libertés. Son père et sa mère s'y étaient déjà consacrés. Son père, gentleman farmer zoroastrien, avait souhaité donner la terre aux paysans pour qu'elle soit mieux cultivée; sa mère, sage-femme, avait en ses jeunes années espéré un monde « où l'homme a pris grandeur nature sa voie par-dessus les forêts ». Cette mère, à Téhéran, avait des terrains qu'occupaient de peu scrupuleux squatters. Il y a quelques années, des promoteurs virent plus grand et n'hésitèrent pas à Y bâtir. Au prix qu'atteint le m2 dans les villes, l'affaire était d'autant plus belle que le terrain n'avait rien coûté. Qui dirigeait alors la municipalité et qui accorda à ces entreprenants affairistes un. permis de construire manifestement illicite, mieux vaut
Droit et Cultures. 52, 200612

-

11

Les rencontres Kasra Vafadmi

ne pas y insister. Il y a trois ans, après un long procès, une cour de justice iranienne, digne de ce nom reconnut le bon droit des héritiers et leur accorda de très fortes sommes. Kasra décida de les employer à fonder deux centres culturels, l'un à Yazd, l'autre à Kinnan. Un film tourné à cette occasion montre l'inauguration de la Maison de Yazd, au centre même de la ville, dans un palais restauré pour l'occasion. Il ne laisse aucun doute sur l'ampleur et le succès de son entreprise: on y voit les travaux entrepris, les discours des autorités locales, la musique, les chants et les danses, la joie des assistants. Quelques regards inquiets aussi. Car chanter et danser, est-ce bien légitime... Certains ne le pensent pas, parfois même ils n'y voient pas matière à débat mais à châtiment expéditif. Désormais, pour prévenir de fàcheux accidents, Kasra évitait Téhéran et ne quittait plus la région de Yazd, il laissait son portable débranché, il changeait de logement En mai, il était à Paris, un bref temps de répit La veille du jour où il devait s'envoler pour l'Iran, tard dans la nuit, son assassin, un prétendu réfugié politique dont les ressources, les convictions, les affections, J'identité seraient également douteuses - le juge d'instruction et les avocats de la victime ont fait leur travail-, l'assassin donc est venu sonner à sa porte. Kasra, qui le croyait un ami, s'est avancé vers lui pour lui serrer la main. Le meurtrier a prononcé une courte phrase en persan et l'a ftappé sans plus attendre, un coup à la gorge; le rôle de Judas n'est peut-être pas si facile. L'homme, au demeurant, avait-il le choix? Peu importe: il devient évident que Kasra est tombé face à ses ennemis, Avidité, Ignorance, Mensonge qu'il détestait par dessus tout Il serait vain et néfaste de crier vengeance -lui-même ne l'a pas souhaité -, de répondre à la haine par la haine, ou pire encore de hurler avec les loups sortis du bois ou du bush pour prêcher la croisade. Le talion est une triste bêtise, les assassinats et les bombes des uns ne justifient pas ceux des autres, ils se confortent mutuelIement, seuls les tueurs gagnent Mieux vaut attendre que la justice dissipe les faux-semblants dont le meurtre a été entouré et rétablisse la vérité ou ce qu'on peut en savoir. A l'Université, nous devons continuer la tâche que Kasra s'était proposée: comprendre et montrer aussi clairement que possible ce qu'est la diversité de l'humanité et son identité profonde. Un programme très ancien et pourtant toujours d'actualité. Dans ce but, quelques amis de Kasra à Paris X-Nanterre ont décidé d'organiser une rencontre à sa mémoire, rencontre qu'ils espèrent renouveler chaque année. En un temps où des gouvernants qui se disent réalistes, tout en acceptant ou en organisant une véritable dislocation de nos sociétés au nom de l'argent-roi, envisagent un « choc des civilisations» qui risque bien d'être leur crépuscule, des études fondées rappelleront que d'autres rapports entre Orient et Occident ont existé et peuvent toujours être. Comme on l'aurait dit jadis, en sacrifiant à l'allégorie: si la lumière cède un temps devant la ténèbre, ceux qui espèrent en l'aube, quand bien même dispersés à travers le temps et l'espace, ne sont pas seuls: il suffit, dans le vacarme des Puissances et des Dominations, de prêter l'oreille à la flOte ancienne. Elle chante pour Kasra, elle chante pour tous.

Jean-Pierre Poly 12
Droit et Cultures.52. 2006/2

Sophie Démare-Lafont

diitu sa sarr; La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide

et séleucide

anni les questions qui occupaient nos conversations orientalistes avec Kasra Vafadari, il y avait celle de la transmission ou de la persistance des traditions juridiques babyloniennes dans l'empire achéménide. En soi, la continuité entre Hammurabi et Cyrus est plausible. Tout le problème est d'arriver à la démontrer. Les textes ne portent pas de traces visibles de changements majeurs intervenus avec l'arrivée des Perses. Au contraire, l'analyse du formulaire juridique de la vente par exemple révèle une certaine stabilité par rapp()rt aux usages babyloniens antérieurs1. L'influence achéménide dans la vie quotidienne du droit fut donc assez discrète, tout comme le fut la domination politique et administrative des vainqueurs, les institutions publiques reflétant elles aussi des repères idéologiques mésopotamiens qui perdureront d'ailleurs sous la période séleucide2. Pour autant, si les conquêtes n'ont pas provoqué de rupture significative avec les traditions antérieures, des mélanges culturels se sont nécessairement produits. Mais il est très délicat de déterminer les champs précis de ces influences réciproques, leur dosage et leur poids dans la Babylonie conquise par Cyrus. La présente contribution s'inscrit dans le prolongement de ce dialogue prématurément interrompu avec Kasra, et constitue la version tristement monologuée d'une enquête portant sur l'expression datu !a !arri, conventionnellement traduite par « loi du roi ». Il est généralement admis que le règne de Darius ICIreprésente un tournant dans l'histoire politique achéménide. Jusqu'alors, Cyrus et Cambyse avaient maintenu en Babylonie les anciennes structures héritées de l'empire vaincu. Les réformes engagées par Darius réduisirent l'influence des autorités locales et développèrent les structures féodales autour de l'attribution de terres en échange d'un service le plus souvent militaire dû au pouvoir perse. La domination achéménide semble alors peser davantage sur la région babylonienne. Or, c'est justement sous le règne de Darius ICIque se situent la majorité des attestations
H. Petschow, Die neubabylonischen Kaufformu/are. Leipziger rechtswissenschqftliche Studien 118, Leipzig, 1939.

P

2

Cf. E. Bikerrnan, Les institutions des Séleucides, Paris, 1938, p. 186.

Droit et Cultures. 52. 2006/2

13

Sopme Démare-Lafont

achéménides de la « loi du roi ». La formule datu sa sarri a attiré l'attention des spécialistes de la Babylonie d'époque récente, car eUe fournit l'un des rares exemples d'utilisation d'un terme vieux-perse (data) akkadianisé en datu. Les occurrences du seul terme data/datu se trouvent dans des inscriptions officieUes3 ou des textes administratifs4. Quant à l'expression complète datu sa sarri, eUe n'est attestée à l'heure actueUe que dans six tablettes, la plus ancienne datant du tout début de la conquête perseS et les cinq autres remontant au règne de Darius J«6. Le silence des sources après la mort de ce souverain correspond à l'arrêt brutal des archives des temples (Sippar et Uruk) et des particuliers (Babylone et Borsippa), reflétant sans doute l'aramaYsation croissante de cette partie de l'empire7. Mais le dossier prend une tournure plus complexe avec la réapparition de la « loi du roi» dans quatre textes d'époque séleucide, dont trois sont des contrats de dépôtS et le quatrième un contrat de vente foncière9. On peut légitimement s'étonner de la présence d'un néologisme emprunté au perse dans une documentation de culture grecque, d'autant qu'i) existe dans le vocabulaire de chanceUerie macédonien et ptolémaIque un terme plus adapté pour désigner la loi du roi: diagramma. On en a une attestation dans un contrat de louage de champ daté de 221 avo J.-C., qui précise que le paiement du loyer et les échéances seront réglés« selon le diagramma que le roi a fixé »10. Au total, l'expression datu sa sarri est donc attestée dans dix textes juridiques s'étalant sur environ 250 ans. Hors de ce mince corpus juridique, le mot datu est utilisé par Xerxès dans une inscription où il désigne à la fois ses propres

loisIl et ceUes d'Ahuramazdal2. Le terme a donc un sémantisme large et non
technique, désignant une décision émanant d'une autorité supérieure.
3 4 5 6
7 8
9

Cf. les références relevées par P. Lecoq, Les inscriplions de la Perse achéménide, Paris, 1997, p. 167. Cf. R.T. Hallock, Persepo/is Fortificalion Tablets, DIP 92, n° 1980. VS 6 99 (Cyr. 3 - Sippar). Dar. 53 (Dar. 2 . Babylone); VAS 6 128 (Dar.12 - Borsippa); WZKM 87 n° I (Dar. 14 - Akkad); UET 4 101 (Dar. 16 - Ur) ; AID 50 n° 1 (Dar. 25 - Borsippa) ; VAS 3 159 (Dar. 35 - Damar). F. Joar1Dês. article «Achéménides
mésopotamienne, Paris, 2001, p. 2.

(rois) », in F. Joannès (éd.), Diclionnaire de la civilisalion

CT 49 173 (date cassée - Babylone) ; CT 49 102 (an 24 de l'ère séleucide = 288/287
3 n° 13 (an 94

- Babylone)

; ZA

= 218 - Babylone).

CT 49 137 (an 118

= 194 - Borsippa).

10

R. J. van der Speck, «Land Ownershipin Babylonian Cuneiform Documents», in M. J. Geller et H. Maehler(éd.), Legal Documentsoflhe Hellenislic World,Londres, 1995,n° 7 p. 227-234,Il. 34-35 et38.
E. Herzfeld, Allpersische Inschriften, AMI Erg. Bd l, 1938, n° 14:14, datu alliia Jijj kullü, «ma loi, elle était conservée par eux ».

Il

12

Ibid. Il. 40 et 43 ilia data onna' sigi Sa Ahurumazda' imi/iki, «Observe cette loi que Ahuramazdl a décidée», la ina data onna' isiggû la Ahuramazda' imliki «Celui qui observe cette loi que
Ahuramazell a décidée ».

14

Droil el Cultures,52. 2006/2

ditu !Il Wri La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucide

Les dictionnaires signalent enfin deux formes dérivées de data/datu, qui désignent des dignitaires administratifs: d'une part datahara, qui est attesté dans plusieurs textes comme nom de fonction à propos d'un individu, toujours le même13 ; d'autre part la muhh; datu «préposé/responsable de la loi », mentionné là aussi après le nom d'un individu dans une liste de témoins à la fin d'un contratl4. On ne sait pas en quoi consiste cette fonction, où elle est exercée, ni pour combien de temps. Mais ces références ont au moins le mérite de souligner que la « loi du roi» n'est pas une allusion vague ou une clause de style ne recouvrant aucune réalité juridique. Bien au contraire, il s'agit d'un corps de règles rassemblées et conservées par un fonctionnaire (ou plusieurs), qui peut citer les dispositions et éventuellement les expliquer. Du coup, on se représente souvent cette « loi du roi» comme un vaste ensemble codifié par le souverain perse et imposé à la Babylonie, une œuvre légistative et réformatrice élaborée par Darius 1er, dans la lignée de celle de Hammurabi de Babylone au XVIIIc s. avoJ.-C., pour manifester la domination du vainqueur sur une province peut-être plus difficile à convaincre des bienfaits de la conquête. Telle était la thèse développée par A.T. Olmsteadls après guerre, et qui a été admise sans trop de discussion jusqu'à la fin des années 1980. Mais aucune attestation directe de cette œuvre ambitieuse n'a été retrouvée, et ce ne sont pas les quelques allusions laconiques dans une poignée de textes juridiques achéménides qui suffisent à soutenir cette hypothèse. En outre, le procédé ne correspond pas à ce que l'on connait du fonctionnement de l'empire perse dans les provinces, notamment en Babylonie: le pouvoir n'impose pas des structures nouvelles mais tolère la survivance d'institutions anciennes performantes ou ajoute des niveaux administratifs supplémentaires pour encadrer les anciens. En bref, le souverain perse privilégie l'autonomie locale, moins coûteuse et plus efficace que la réformation globale et radicalel6. Dans ce contexte, l'idée d'une codification destinée à diffuser le droit du centre à toutes les régions de la périphérie parait improbable. Inversement, on a proposé de comprendre la « loi du roi» en référence à une réglementation d'ordre économique, visant à protéger les intérêts du palais dans certaines transactions en fixant des taux d'intérêt pour les prêts ou des pénalités en cas de retard de remboursementl7. Mais c'est là une interprétation contextuelle,
13 Cf. les références du CAD s.v. diitabara. 14 VAS 6128:10 NP lu «ia» III ugudiitum, cité dans le CAD s.V.datu in III muMi diitu. 15 A.T. Olmstead, « Darius as lawgiver», AJSL 51, 1935, p. 247.249 et History of Perstan Empire,
Chicago, 1948, p. 119-134. 16 Cf. P. Frei, « Zentralgewalt und Lokalautonomie in achamenidischen Kleinasien », Transeuphratène 3, 1990, p. 157-171 et la mise au point très clair de P. Briant, Histoire œ l'empire perse, Paris, 1996, p.981. Cf. M. Stolper, Laie Achaemenid, Early Macedonian and Early Seleucid &c0rd3 of Deposit and

17

&/ated Texis. AION suppl. 77, 1993, p. 60-62 et « On some Aspects of Continuity between
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inspirée surtout par les quatre contrats séleucides et moins adaptée au matériel achéménide. Pour se faire une idée du sémantisme du terme data/diitu, il faut examiner les sources akkadiennes ou bilingues sur un double plan chronologique et thématique. Certains aspects rappellent la tradition mésopotamienne, d'autres semblent détachés de toute filiation historique. Une vue d'ensemble de ce petit dossier permet surtout de constater que la forme datu sa sarri apparaît d'abord dans des contextes judiciaires, la « loi du roi» étant invoquée à l'occasion de procès, puis s'installe dans le champ contractuel, étant citée par les parties pour l'application de telle ou telle clause pénale du contrat. Ce point permet de retracer une évolution du contenu de la « loi du roi », peut-être issue d'abord de la pratique judiciaire royale, et progressivement compilée pour servir de référence dans la vie contractuelle. 11est intéressant de noter que le passage du jugement au contrat intervient dès la fin du règne de Darius et se confirme à l'époque séleucide. Ainsi semble se dessiner un processus d'élaboration de la norme, qui constitue d'abord une modalité du jugement pour devenir ensuite une règle autonome.

rr

Les attestations judiciaires de diftu la larri
Une première piste à explorer est la célèbre inscription trilingue de Behistun (Iran), rédigée en vieux-perse, élamite et akkadien, et qui commémore la prise du pouvoir par Darius rr18. Le ~ 8 de la traduction babylonienne porte la phrase: « Grâce à Ahuramazda, j'ai fait observer ma loi parmi ces pays» (ina $illi sa Ahuramazdii diniitu attüa ina birit miitiite agânetu uSosgu)19. Le vieux-perse data est rendu en akkadien par diniitu, pluriel de dinu, traduit par « jugement, procès, décision ». Le sémantisme de ce terme oriente donc plutôt vers le champ judiciaire. Or, c'est avec ce même mot diniitu que Hammurabi qualifie les dispositions de son Code, au début de l'épilogue: diniit misarim sa Hammurabi sarrum lé'um ukinnu, « Telles sont les sentences justes que Hammurabi le roi capable a établies» (xxivb 1-5). Prise dans un sens littéral, cette phrase signifie que tous les paragraphes du Code de Hammurabi proviennent de jugements rendus par le roi ou les tribunaux royaux. Le mot dinu a peut-être ici un sémantisme plus large que
Achaemenid and Hellenistic Babylonian Legal Texts II, Achaemenid History 8, 1994, p. 329-351,
spécial. p. 340 et note 14. Dans le meme sens, P. Briant, Histoire œ l'empire perse, p. 981-983, conteste la traduction « loi» pour dato et propose « réglementation II. 18 On sait que grâce à cette inscription, copiée dans des conditions périlleuses par H. Rawlinson, les assyriologues ont trouvé la clé du déchiffi'ement de l'écriture cunéiforme; on pense aussi que ce texte témoigne de l'invention du cunéiforme alphabétique vieux-perse par Darius 1"".Pour l'édition de ce texte, cf. L.W. King et R.C. Thompson, The SculptuTes and Inscription of Darius the Great on the Rock of Behlstûn ln Persia, Londres, 1907; une traduction du document peut etre consultée sur www.livius.org. Je remercie Philippe Clancier pour ces références. P. Lecoq, Inscriptions ..., p. 189.

19

16

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ditu ~ ~arri La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucide

« jugement », désignant toute sentence, toute décision émanant de la bouche du roi, y compris en dehors du contexte d'un procès. En tout état de cause, l'expression dinat misarim « sentences justes» n'est jamais utilisée à propos des verdicts rendus par les juges, et dans son sens technique étroit de « procès », le mot dinu est en principe utilisé au singulier. Les « sentences justes» de Hammutabi sont donc toutes les dispositions qui sont incorporées dans le Code, et provenant majoritairement de l'activité judiciaire du roi. La capacité législative royale tire donc son origine de la fonction de juger, la seconde étant mieux acceptée que la première parce qu'elle est sollicitée par la base et non pas imposée par le sommet. A l'époque de Darius 1er(521-486 av.J.-C.), le vieux-perse data est assimilé à l'akkadien diniitu dans l'inscription de Behistun, peut-être dans la perspective tracée par le Code de Hammurabi, en référence à un corps de règles compilées à partir des sentences royales, pouvant être invoquées en justice ou dans un contrat. Le rapprochement avec le Code de Hammurabi est soutenu aussi par la mention d'une divinité: Hammurabi est inspiré par Sama!, Darius place son œuvre sous la protection d'Ahuramazda, mais dans .les deux cas, les rois. revendiquent la paternité de leur production normative. La notion de territorialité déterminant le champ géographique d'application de la loi, est aussi présente dans les deux textes: Hammurabi annonce dans le prologue qu'il a été choisi par les dieux pour « faire prévaloir la justice dans le pays» (mïSaram ina matim ana süpîm raggam u $ënam. ia 32-35) et Darius déclare qu'il a «fait appliquer la loi dans ces pays ». L'emploi du pluriel «les pays» est constant dans le style de la chancellerie achéménide pour indiquer l'universalité de l'empire. « Le pays» ou « les payS» renvoient à une même idée d'unification politique des territoires de puissance du roi par un même droit. Sans parler de filiation revendiquée avec la prestigieuse 1èredynastie de Babylone, il y a certainement ici une influence consentie: Darius reprend un vocabulaire et une image, celle du roi de justice, qui ont fait florès dans l'idéologie politique suméro-babylonienne. Le thème est sans doute aménagé mais il reprend les grandes lignes de la tradition mésopotamienne du roi législateur, que les souverains chaldéens ont moins exploitée que leurs devanciers du If millénaire, mais qui trouve quand même quelques illustrations dans les inscriptions officielles. Neriglissar par exemple, vers 550 avoJ.-C., déclare qu'il «a établi la justice dans le pays» (mïSari ina matim altaklcan'j20,reprenant une formule déjà utilisée par Hammurabi et avant lui par Lipit-I~tar,roi d'Isin vers 1930 av.J.-C. Si donc la connotation première de dinu est bien «jugement», le sémantisme de data doit inclure cette dimension juridictionnelle. Et de fait, cinq des six attestations achéménides proviennent de textes judiciaires.

20

Cf. S. Langdon, Die neubabylonischen KiJnigsinschriften, VAB 4, 1912, p. 214 et 5 n° 2 ii 2.

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L'assimilation de cette signification a peut-être été servie par l'homophonie entre les tennes data et dinatu. Il est bien sûr imprudent de postuler un décalque du mot babylonien dans la langue perse21, mais on doit au moins constater que la proximité sémantique et phonétique des deux mots a pu troubler les scribes. Pour preuve, l'attestation la plus ancienne de la « loi du roi » se trouve dans une tablette judiciaire de Sippar datée de la troisième année de Cyrus22. Le texte contient un protocole d'accord trouvé entre deux individus devant les hautes autorités du temple de la ville, à propos d'un litige concernant une surface de terrain: le demandeur doit comparaitre douze jours plus tard devant le haut responsable de la justice et les juges de Babylone pour restituer la partie qu'il a usurpée à son voisin. S'il ne le fait pas, dit le texte, alors « confonnément aux lois du roi» (a-ki-i di-i-ni-a- fta' sa lugal, 1. 10), le demandeur payera dix fois la surface litigieuse. Le scribe a noté une fonne incorrecte du tenne datu, en la mélangeant au pluriel diniitu. L'erreur est intéressante car elle montre l'hésitation du scribe devant un tenne hybride et une notion dont il n'est manifestement pas familier, sans doute parce qu'on se trouve juste au début de la domination achéménide. La « loi du roi» parait donc être la disposition nonnative que les juges décident d'appliquer aux parties et qui s'imposera à eux. En soi, une règle émanant du roi est un standard parmi d'autres; elle deviendra une nonne à partir du moment où elle sera invoquée et rendue opposable par l'autorité judiciaire.

Il faut remarquer deux faits qui sont nouveaux à l'époque achéménide : tout d'abord, la mention de la « loi du roi» dans un jugement ou un protocole judiciaire est une fonne de motivation des sentences; ses emplois rappellent les décisions rendues kima $imdat sarrim, « selon le décret du roi »23, dans la Babylonie de la première moitié du Ir millénaire. En second lieu, on notera que le contenu de la « loi du roi» est précisé: elle prévoit une amende du décuple en cas de non comparution à la date fixée, l'absence révélant la mauvaise foi du plaideur. Cette règle ne correspond à aucune disposition législative contèmporaine ou antérieure connue. On peut y voir soit une innovation royale, soit une règle locale spécifique validée par le roi ou plus exactement ses juges. Quelle que soit sa teneur, elle apparait non pas comme un principe général du droit mais comme une réponse spécifique à un fait donné. Cet aspect rapproche la « loi du roi» achéménide du rescrit romain: on pourrait imaginer que l'expression englobe les consultations données par le souverain ou son entourage dans des affaires spécifiques. Le

21 22 23

Cf. M. Stolper,Deposit,p. 60-62. VS699.
Pour l'analyse de cette expression dans les lois, les actes de la pratique et les lettres, cf. K. Veenhof, «The Relation between Royal Decrees and 'Law Codes' oCthe Old Babylonian Period », JEOL 35-36, 1997-2000, p. 49-83.

18

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datu ~ ~

La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucide

procédé est attesté une fois seulement au ne millénaire, pour le roi Samsu-iluna24, mais il a dû se développer comme mode de création de normes juridiques, peut-être sous l'appellation $imdat sarrim à l'époque de la 1ère Dynastie de Babylone2S.Il est vrai qu'au 1ermillénaire, le roi édicte parfois des règles spécifiques pour certains pans du droit, en particulier pour ce qui concerne les intérêts des temples. L'exemple le plus connu à la fin de l'empire néo-babylonien est 1'« édit de Bêl-w~ur» (YOS 6 103), pris alors que le roi Nabonide, retiré à Têma, confie l'exercice du pouvoir à son fils Bël-~ar-~ur26. Le texte lui-même n'est pas techniquement qualifié par un terme juridique spécifique, ce qui laisse supposer qu'une telle réglementation à caractère économique est un acte ordinaire relevant des compétences administratives du souverain. Au contraire, la particularité du datu tiendrait à son origine, dans une pratique judiciaire plutôt qu'administrative du pouvoir politique.
Un texte de procès d'époque achéménide va justement dans ce sens et affine la piste du rescrit. La tablette vient de Borsippa27, dans la région de Babylone, et est datée de la 2Se année de Darius 1er, vers le début du ye s. avo J.-C. L'affaire concerne une question d'état des personnes. Un nommé K~ir entre dans la maison de Saddinnu, membre de l'aristocratie locale et, contre l'avis du propriétaire des lieux, emmène avec lui la servante de ce personnage, prétendant qu'elle est sa sœur. Cinq jours plus tard, après un interrogatoire sans doute musclé, K~ir revient sur sa déclaration et admet que la jeune fille est bien la servante de Saddinnu. Sur la foi de cette affirmation, la sentence est prononcée. Le texte indique un point décisif pour notre propos: les juges « ont ouvert la loi (royale). Sur la base de la loi, le paiement de quatre esclaves a été imposé à K~ir »28. La phrase fait manifestement allusion à l'ouverture du parchemin cacheté par le souverain29, en réponse à la consultation qui lui a été demandée par les juges. Il est impossible de savoir si l'acte sanctionné ici est l'enlèvement, l'effraction ou la revendication illicite de la femme. La lettre était sans doute

24

Sur le rescrit de Samsu-iluna, édité par C. Janssen, « Sarnsu-iluna and the Hungry nad1tums », NAPR 5, 1991, p. 3-39, cf. mes commentaires dans« LeS actes législatifs des rois mésopotamiens» in S. Cauchy et al. (éd.), Auctoritates. Xenia R.C. van Caenegem oblata, Juris Scripta Historia 13, BroxeUes. 1997, .

p.3-27.

25 26 27 28

En ce sens, K. Veenhof, Relation..., p. 56 et s. Cf. D. Coquerillat, Palmeraies et cultures œ l'Eonna d'Uruk (559-520), ADFU 8, Berlin, 1968, p. 109. Cf. M. Jursa, J. Paszkowiak et C. Waerzeggers, «Three Court Records », Aft) 50, 2003-2004, p. 255268, spécial. p. 255-259 texte n° 1. Il. 14-16 da-a-ti ip-tu-u- '-i, ul-tu da-a-ti4-tu hi a-me-lu-tu. ina muh-hi NP a-IU 16 NP pa-ar-sa? -ni?-u?Ju? Je remercie Philippe Clancier pour cette suggestion.

29

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rédigée en tenne généraux et impersonnels, si on transpose à la période achéménide le modèle connu quelque treize siècles auparavant pour Samsu-iluna. Après avoir cité la loi royale qui sert de base juridique au jugement, les magistrats s'adressent à K~ir en lui ordonnant de donner quatre esclaves à ~addinnu et ~ir promet de payer le mois suivant. La structure du texte distingue ainsi nettement le fondement juridique de la sentence et son prononcé. Le style luimême est différent: la référence à la loi royale est exprimée d'une manière objective alors que la décision est notée sous fonne dialoguée, l'ordre donné par les juges précédant la réponse de K~ir. Ce procédé, qui consiste à citer une sorte de visa, puis à exposer la sentence confonne à la règle citée, est inhabituel dans les tablettes judiciaires mésopotamiennes et marque un tournant par rapport aux pratiques antérieures. Reste à savoir pourquoi les juges ont consulté la loi royale, et si cette fonnalité est obligatoire ou facultative. La présence d'un haut dignitaire royal, le simmagir, parmi les membres du tribunal, pourrait indiquer qu'il siège afin d'appliquer le droit royal30. Il est possible que la « loi du roi» ait à l'origine été diffusée par des fonctionnaires chargés de la conserver et de l'appliquer. Le « préposé aux lois du roi » cité plus haut, de même que les juges siégeant avec des officiers administratifs importants, rendaient sans doute la justice dans le cadre de ce droit royal, et les procès conduits devant ces magistrats étaient alors soumis à l'application de la« loi royale ». L'hypothèse trouve confinnation dans une autre mention de la «loi du roi »31datée de 519. Ce procès jugé à Babylone concerne là encore un esclave mais intéresse cette fois le droit des biens: un individu reconnaît chez un tiers un esclave qui lui appartient et qui s'était enfui. Il prouve ses dires par sennent et le tribunal, composé du Grand juge et de ses assesseurs, décide que « confonnément à la loi du roi, il (l'adversaire) payera une compensation »32, dont le montant n'est
pas précisé par le texte mais que la loi devait fixer. La question est évoquée au

~ 19

du Code de Hammurabi à propos de l'individu de mauvaise foi qui garde chez lui un esclave fugitif en sachant qu'il est recherché: il est passible de la peine de mort. Ici, l'adversaire condamné ignorait sans doute qu'il était en réalité un receleur c'est pourquoi il fut seulement obligé de dédommager le véritable propriétaire. Le dossier des occurrences achéménides montre que la « loi du roi» n'est pas limitée aux seules juridictions proches du pouvoir politique. Elle est aussi

30

Les attributions

du simmagir

sont inconnues

mais il exerce
D

manifestement

des fonctions

élevées,

comparables à celles du sorte""", « grand juge

ou du sukkaJ/u «vizir, ministre D. Selon M. Jorsa,
serait liée à l'interrogatoire mal 'altu, ou

Court Jœcords, supra note 27, p. 258, la présence du simmagir au statut de l'une des parties.

31 32

Dar 53. I. 15a-lci-ida-ta Id Jugalu-lal-lmn. Droit et Cultures.52, 2006/2

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datu ~ mi La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucjde

invoquée devant les instances judiciaires et poJitiques locales, comme le montre une tablette rédigée à Akkad33 durant la 14° année du règne de Darius. L'affaire, qui fut jugée devant l'Assemblée de tous les habitants d'Akkad, est difficile à comprendre, de même que les liens entre les protagonistes, parmi lesquels figure notamment un dignitaire ecclésiastique du temple d'Akkad. Il est question du paiement d'une taxe (ilku) mais on ne sait pas si elle reste due ou si elle a été payée par un tiers. La fin du texte (Il. 18-21) mentionne une mine d'argent « pour le procès», réclamée à l'un des participants « selon la loi de Darius le roi, dans l'Assemblée de tous les Akkadiens ». Et la dernière clause, juste avant la liste des témoins, répète que le procès a été jugé « selon la loi du roi » (I. 21-22)34. La loi invoquée pour justifier la sentence est ici personnifiée, étant attribuée à Darius. L'affaire a été examinée par l'Assemblée d'Akkad, conformément aux attributions judiciaires de cette institution, dont on a d'autres illustrations au Ir
millénaire, en particulier pour la ville de Nippur, dans le sud mésopotamien. Le roi perse n'était pas présent lors du jugement, mais il a sans doute envoyé sa sentence dans une lettre, qui a été citée au procès et a servi de base légale à la décision. On est ici hors du cadre attendu de l'appJication de la « loi du roi» : il n'est pas fait mention de juges, ni d'officiers administratifs appartenant au personnel poJitique ; apparemment, tous les protagonistes sont rattachés d'une façon ou d'une autre au temple.

La juxtaposition des deux variantes « loi de Darius le roi» (1. 20 datu sa DariamuS lugal) et « loi du roi» (1. 21 datu sa lugal) laisse supposer que la consultation donnée par Darius pour cette affaire précise sera versée dans un corpus plus vaste, rassemblant l'ensemble des rescrits royaux, conformément au mécanisme même de ce procédé normatif, qui va du particuJier vers le général.
. Le jugement de l'Assemblée d'Akkad, rapproché des emplois du vieux perse data dans les sources administratives35, semble confirmer le sens réglementaire de l'akkadien datu, qui désignerait des ordres courants ou des instructions adressées au temple par le roi lorsque ses intérêts économiques et financiers sont en jeu36.

33 34

M. Jursa, « Nochmals Akkad». WZKM87. 1997. p. 101-110. spécial. p. 101 et s. texte n° l. Il. 18-22 Ù 1 ma-na kù-babbar iD di-i-ni iD i1lO'muh-hi. NP la ra-lu-u il-tiNP. a-lci-i da-a-lU4 iD lda_ri_ a-mullugal i1lOukkin hi a-JaJi -li-a. gab-bi it-la-na-lu a-na di-i-ni mu-a-tu4 a-lci-i do-[ a-tuJ. iD luga! di-i-ni. Cf. par exemple la tablette de Persépolis PF 1980 (G. Giovinazzo. « Les laumamlJ dans les textes de Persépolis». A/ON 53. 1993. p. 124 note 28). datée de Darius rr. récapitulant des comptes de denrées et mentionnant des manquements commis par des chefs de magasin, réplarisés par la suite. La certification des comptes est effectuée datam oppukana. « conformément aux règlements traditionnels» (p. Briant, Histoire p. 526) plutôt que « confonnément 61a loi d'antan» (F. GrillotSusini. Eléments de grammaire élamite. Paris. 1987. p. 71). P. Briant, Histoire... p. 527. cite aussi le texte PF 1272 où sont exposées les fonctions de Bakabada, juge (databara) de PIII1I8ka,et qui se situent essentiellement dans la sphère administrative. Conclusion tirée par M. Stolper. Deposit, p. 60 et s.. 6 partir des textes séleucides.

35

36

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21

Sophie Démare-Lqfont

Il est vrai qu'en effet, on retrouve cette expression dans un contentieux concernant le paiement de la taxe-mihu due au palais37,dont un individu, peut-être le garant, sera redevable en cas de dépassement de l'échéance, et cela« selon la loi du roi» (aid dati sarri), à l'issue d'un procès devant les juges. Mais cet aspect fiscal pourrait être une modalité particulière d'application des nonnes royales, apparue au fil du temps. Le document sur la taxe-mihu date en effet de la fin du règne de Darius. Il ressort de cette première étape de l'enquête que la« loi du roi» s'enracine manifestement dans la pratique judiciaire et pennet d'établir une nonne à partir de consultations données par le roi aux juges qui la réclament. La légitimité du pouvoir législatif du roi n'allait pas forcément de soi pour les Babyloniens, non pas en raison de l'origine perse du souverain, mais plutôt en vertu d'une tradition alégaliste bien ancrée en Mésopotamie. Il était sans doute plus facile pour Cyrus et Darius, tout comme pour leurs lointains devanciers babyloniens, d'élaborer des règles juridiques à partir de consultations sollicitées ponctuellement par les magistrats, plutôt que d'envisager une entreprise de codification des nonnes en vigueur. Dans cette perspective, parler de « loi» du roi est peut-être ambigu dans notre vocabulaire moderne, mais n'est cependant pas impropre si l'on y voit un mode particulier d'élaboration de la nonne, proche du reserit romain38. L'intervention du souverain dans la vie judiciaire n'est pas une nouveauté introduite par les Perses: le thème du roi de justice est, on l'a dit, un lieu commun de la littérature officielle mésopotamienne. C'est également une fonction bien réelle, documentée par exemple à l'époque néo-assyrienne, dans l'expression abat sarri za/rlzru «prononcer la parole du roi». Il est difficile de savoir si la phrase signifie qu'un accusé réclame l'application du droit proclamé par le roi, ou s'il veut être traduit devant le souverain pour être jug&9. Mais on peut envisager que, comme pour datu sa sarri, les deux sens se superposent et finissent par se
confondre: le jugement rendu par le roi constitue sa «parole» (abiitu), qui pourra être invoquée désonnais comme règle de droit par un justiciable dans une affaire similaire. Ce procédé nonnatif« de terrain» présente l'intérêt essentiel de contribuer à une unification du droit, tout en amorçant un mouvement vers une motivation des sentences. Le travail du juge se trouve ainsi placé, au moins partiellement, sous le contrôle du roi, qui diffuse les règles qu'il tient pour justes ou utiles. La méthode

37 38

VAS 3 159. S. Kemeis me signale que les premiers cod/ces romains ont été élaborés à partir des rescrits impériaux, l'autorité 16gislative de l'empereur s'étant installée très progressivement et à partir de cette démarche judiciaire. Cf. P. Villard, «Les textes judiciaires néo-assyriens », in F. Joannès (éd.), Rendre la justice en Mésopotamie, Archives jud/cioires du Proche-Orient ancien (IIr.r mi/IéM/res avant J.-C.), SaintDenis, 2000, p. 194.

39

22

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datu ~ mi

La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucide

est certainement beaucoup plus efficace que la procédure lourde et contraignante de la codification.

Si la « loi du roi» se situe donc, à l'origine, dans la sphère judiciaire, elle semble avoir débordé ce cadre assez tôt pour investir le champ très large du droit des contrats.

Les attestations contractuelles de dlitu sa sarri
Dès l'époque achéménide, la« loi du roi» est mentionnée dans un contrat et cette tendance se confirme, quelque deux cents ans plus tard, dans les quatre tablettes séleucides portant cette expression. Le texte achéménide, UET 4 101, rédigé à Ur en 506, indique que trois personnes, endettées pour une grosse quantité d'orge, pourront étaler leurs remboursements « selon la loi du roi» (11. 11-12). Quant aux sources séleucides, trois d'entre elles concernent le dépôt (CT 49 102 et 173, ZA 3 n° 13) et la quatrième est une vente (CT 49 137). Dans ce dernier texte, curieusement rédigé selon le formulaire classique néo-babylonien, pourtant abandonné depuis plus de quatre-vingts ans, la mention de la « loi du roi» intervient dans une lacune, si bien qu'il est difficile de déterminer à quel élément du contrat elle fait référence40. Les trois contrats de dépôt présentent la même structure, connue déjà à l'époque achéménide: un montant d'argent ou d'orge est mis en dépôt (paqdu) sous scellé auprès d'un individu, qui s'engage à le restituer à la demande ou à une date fixée. En revanche, une nouveauté est introduite dans deux textes (CT 49 102 et 173), qui autorisent tout détenteur de la tablette à récupérer le bien, faisant ainsi du contrat un acte cessible à un tiers, notamment un créancier. La « loi du roi» est citée sous des formes variées. La plus dépouillée figure dans CT 49 102:7 « selon la loi» (/ibbû datu); la plus longue apparait dans ZA 3 n° 13:9-10« il payera selon la loi du roi qui a été écrite concernant le dépôt» (libbû datu sa sarri sa ana muhhi paqdi sarrO; la forme standard est notée dans CT 49 173: 10-11, « selon la loi du roi» (/ibM data sa sarr,). Les clauses citant cette norme royale se réfèrent à la restitution du bien sur présentation du titre41 et aux pénalités dues en cas de

dépassement de l'échéance42.

.

40

R. J. van der Speck, Land Ownership, p. 178, propose un renvoi à la taxation royale küukeion sur les ventes foncières, dont l'existence avait été suggérée par L.T. Doty, Cuneiform Archives from Hellenistic Uruk, PhD Yale, 1977, p. 397-398 mais il n'y a aucune traœ de ce type de taxe dans la

documentation babylonienne.
41 (( CT 49 173:9~11 Toute personne qui détient le document écrit peut obtenir sicles d'argent, à savoir le dépôt, conformément à la loi du roi ».

.

le paiement

de ces douze

42

(( CT 49 102:6-8 Si il ne paye pas à l'échéance (fixée) pour lui, il payera le double. Si il ne paye pas le double, il payera selon la loi» ; ZA 3 n° 13:8-10 « Si NP ne rend pas (l'argent) à l'échéance (fixée) pour lui, il payera selon la loi du roi qui a été écrite concernant le dépôt ».

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La mention de cette « loi du roi» dans des contrats, même peu nombreux, est intéressante car elle représente désonnais une nonne à laquelle les parties choisissent de se soumettre. Il y a là une démarche volontariste, destinée à détenniner la règle applicable (et peut-être la juridiction compétente) en cas de conflit ou pour prévenir un conflit.
Apparemment, la loi royale intervient pour affiner les dispositions en vigueur ou augmenter les droits d'une partie. On a w par exemple que les contrats de dépôt séleucides prévoient en principe la restitution du bien à la demande du déposant et non pas à échéance fIxe. Or, le contrat CT 49 173 précise au contraire que l'argent déposé sera exigible de la part de toute personne se trouvant en possession de la tablette: le déposant peut donc envoyer l'un de ses dépendants récupérer l'argent, ou utiliser le contrat comme un instrument de commerce négociable. Cet avantage offert au déposant est une extension logique de sa liberté de réclamer le bien déposé à tout moment43, extension procurée par la loi royale, comme le dit explicitement le texte. Le contrat ZA 3 n° 13 nous indique par ailleurs que cette même disposition royale « concernant le dépôt» prévoit le montant de la pénalité due en cas de dépassement de l'échéance pour la restitution du bien. On retrouve ici l'idée d'échéancier ou de tarifIcation, déjà rencontrée dans le contrat achéménide, et l'on peut se demander s'il ne s'agit pas dans les deux cas de la même législation. La fonnation diachronique du corpus normatif sur le dépôt serait ainsi bien mise en évidence, et confInnerait l'idée d'un corps de règles compilées au fur et à mesure de leur élaboration par rescrit. La nature juridique des textes séleucides précités appelle un commentaire. D'un point de we technique, ces conventions rappellent la notion de prêt, en ce qu'elles mélangent l'idée même du prêt (remise d'une chose pour un usage et une durée détenninés) avec celle de st1reté (notamment avec l'emploi du verbe patiiru « libérer», typique des modes de garantie du prêt). Pourquoi alors passer par le fonnulaire du dépôt, expressément indiqué par le tenne paqdu, au lieu de recourir à la catégorie juridique du prêt, couramment énoncée sous fonne de reconnaissance de dette (u 'i/tu) ? La réponse réside peut-être dans la volonté des parties de placer leur contrat sous la protection ou dans le champ de compétence de la « loi royale sur le dépôt», citée dans ZA 13 n° 3, parce qu'elle aménage les problèmes liés à la restitution et au remboursement d'une manière qui convient aux parties. Il est difficile de savoir quels sont les avantages de cette solution, car on ne connaît pas précisément le contenu de cette loi. Mais on a vu, avec CT 49 102, que la loi favorise certainement le déposant/créancier. En effet, on peut lire dans ce contrat concernant un dépôt d'orge que si le dépositaire ne rembourse pas à l'échéance fIxée, il payera le double, et s'il ne paye pas le double, « il payera selon l'édit », autrement dit plus du double.
43 Cf. M. Stolper, Deposit, p. 27.

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ditu ~ ~arri La « loi du roi» dans la Babylonie achéménide et séleucide

Pour bénéficier de la « loi du roi », le créancier doit donc déguiser son prêt en dépôt afin d'obtenir des conditions intéressantes de remboursement. Un autre avantage serait de soustraire le contrat à l'application des mesures d'annulation des dettes, bien attestées en Mésopotamie et dans la Bible à partir du lie millénaire, mais dont on ne trouve à l'heure actuelle aucune trace documentaire aux périodes achéménide et séleucide.

La loi royale soutient donc une fiction juridique, voire l'encourage. Mais il est difficile de mesurer l'ampleur de ce phénomène, qui n'est connu pour le moment que dans trois contrats.
Reste l'épineuse question de savoir si cette « loi du roi », documentée pour les dépôts et la vente, est un héritage du droit achéménide, comme l'expression le laisserait supposer, ou si elle reprend un substrat juridique babylonien. ou si enfin elle recouvre des dispositions de droit grec. La dernière hypothèse est discutable car on comprend mal pourquoi les Séleucides auraient conservé une appellation akkado-perse pour un droit qui leur est propre, surtout compte tenu de l'existence d'autres termes alternatifs. Elle a pu subsister comme expression figée ou savante mais dans ce cas, les autorités grecques auraient reçu à la fois la forme et le fond, ee qui ramène finalement à l'alternative entre les candidatures babylonienne et achéménide. En fait. les deux ne sont pas exclusives. Le droit privé babylonien était très performant, et pouvait être encore en vigueur au me s. avo J.-C., au moins pour les marchands babyloniens dont nous avons retrouvé les archives et qui étaient habitués à passer des conventions selon ce modèle. Mais les formulaires de contrat ont beaucoup changé à partir des Achéménides, davantage encore sous les Séleueides44, et l'influence souterraine de la culture juridique perse ne peut être ignorée. On peut se demander si finalement, pour les Grecs, la mention d'une clause sur l'application de la « loi du roi» ne serait pas une façon d'indiquer que les parties se placent sous un droit dérogatoire. Telle était plus ou moins l'idée émise à la fin des années 1970 par L.T. Doty et J. Oelsner, pour qui la rédaction d'un document en cunéiforme impliquait l'application d'un droit mésopotamien. tandis que la rédaction d'un texte grec soumettait les parties au droit grec4S. En fait, le dossier étudié ici montre que les rois macédoniens et leurs officiers administratifs admettaient le recours à des règles perso-akkadiennes tout en y introduisant des innovations formelles46. La « loi du roi» est un label
44
45 46

Cf. H. Petschow, Kaufformulare, et U. Lewenton, Studien ZUTIœi/schrift/ichen Rechtspraxis
Babyloniens in hellenistischer Zeit, D. Phil. diss. Munster, 1970. L.T.Doty, Archives et J. Oelsner, «Zu neu- und spatbabylonischen Siegelpraxis », FS Matoui, 1978, p. 167-186, cités par M. Stolper, Continuity, p. 340-341. M. Stolper, Continuity, p. 340-341.

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achéménide repris par les Séleucides parce qu'il représente un outil performant, intégré dans le droit vivant sans y être mélangé. II reste une norme que les parties peuvent invoquer et que les autorités publiques reconnaissent, à côté d'autres règles de provenances diverses, y compris locales.

La référence à la « loi du roi» est commode parce que les juges et les juristes savent ce qu'elle recouvre. C'est un moyen de garantir la sécurité des transactions, et de limiter l'arbitraire du juge. Dans le maquis des règles juridiques du Proche-Orient ancien, les contours de la « loi du roi» restent flous à nos yeux. Il en va de même pour d'autres concepts juridiques essentiels, comme le ~imdat sarrim des rois babyloniens du ne millénaire. Cette étiquette utilisée par les juristes dans des lettres, ou parfois dans des jugements, désigne un ensemble de normes de nature diverse mais ayant en commun d'émaner du roi, sans doute dans sa fonction judiciaire plutôt que législative. C'est la source de production de la norme qui importe dans cette expression car c'est elle qui augmente l'autorité de la règle produite. II en va de même pour la « loi du roi ». Il faut se représenter un corpus ouvert et non pas canonique, dans lequel sont versés les rescrits royaux touchant des domaines très variés et dont la valeur est contraignante d'abord pour les magistrats, qui l'appliquent et la diffusent, puis pour les particuliers qui l'invoquent dans leurs actes juridiques privés. Pour revenir à la problématique initiale d'une éventuelle transmission du droit hammurabien dans le monde perse, peut-être faut-il aborder la question autrement et renoncer à établir avec certitude une réception du prestigieux Code dans la Babylonie de Cyrus et Darius, en soulignant en revanche les réminiscences juridiques babyloniennes persistantes dans la culture achéménide puis séleucide.
Résumé: Cet article examine le champ sémantique de l'expression datu sa sarri, « loi du roi », formée sur un terme d'origine vieux-perse (data). La dizaine d'occurrences d'époques achéménide et séleucide montre que la « loi du roi» désigne un mode d'élaboration de la norme issu de la pratique judiciaire du souverain, progressivement compilée pour former un corps de règles invoquées dans les contrats. Ce procédé de création de la loi et de fabrication des recueils législatifs rappelle celui du rescrit romain. Mots-clés: loi, Babylonie achéménide, Babylonie séleucide, rescrit

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Le vent des deux mondes Enquête sur les princes iraniens de la Gaule romaine

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« J'ai nom Vayu le vent qui va par les deux mondes L'un fait par l'Esprit Bon, l'autre par le Mauvais J'ai nom Glorieux qui plane à l'entour de la gloire, Invoque donc mes noms, ô saint Zarathustra, Parmi les hordes hostiles, bataille des nations, Si contre toi se lève un tyran tout-puissant 0" Vayu au collier d'or nous t'omons sacrifice, Vayu au brassard d'or nous t'omons sacrifice, Vayu aux armes d'or nous t'omons sacrifice, Vayu aux bottes d'or nous t'omons sacrifice, Vayu ceinturé d'or nous t'omons sacrifice, » Vayu à l'acte ultime nous t'omons sacrifice Râm Yasht I
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n 1756, LouisrPierre Anquetil, un homme d'Eglise qui devint plus tard membre de l'Institut, publiait l'Histoire de /a ville de Reims en Champagne. Dans le même temps, son frère plus aventureux, Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron, après avoir étudié l'hébreu, l'arabe et le persan, était parti pour l'Inde d'abord comme soldat, puis comme chercheur avec la protection de l'abbé Barthélémy, l'auteur du Voyage du jeune Anacharsis en Grècél. Durant son voyage, Anquetil-Duperron se lia avec des Zoroastriens qui lui firent connaitre le Zend Avesta3. Il revint en France en 1762 et publia, dix ans après, la première étude de ces textes qui lui permit de devenir, lui aussi, membre de l'Institut. Nul ne

E

D'après J. Dannesteter, L'Avesta (1893), rééd. Paris, 1960. Cette étude prolonge un mémoire non publié de Kasra Vafadari, « les Sannates et nous », portant Sllr les établissem~ts sarmates de Gaule, et les discussions qui l'avaient suivi. Je remercie Aram Mardirossian et Soudabeh Marin pour l'aide qu'ils m'ont apportée dans des domaines où l'intérêt, non la compétence, m'ont poussé à m'aventurer.

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L. Lalanne, Dictionnaire historique de la France. Paris 1877, à ces noms.

Notamment,selon une traditionfamiliale,le dastur Jamasp,un ancêtrede Kasra Vafadario
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songeait alors, et nul ne s'avise aujourd'hui, que la culture de l'Iran ancien avait pu venir jusqu'en Europe longtemps auparavant, quand finissait l'Empire de Rome. Des témoignages concordants le laissent pourtant penser, notamment celui de deux tombes princières de la Gaule du ye siècle, l'une située en Rhénanie, l'autre en Champagne. Le splendide attirail qu'elles contenaient était de provenance orientale. Mais avant de l'examiner, rappelons les circonstances de ces découvertes au XIXo siècle. Le 22 août 1842, dit-on, un manoeuvre qui extrayait du gravier près du village de Pouan, en Champagne, aurait trouvé les ossements d'un guerrier, ses annes et ses parures d'ott. L'homme alla proposer les objets au conservateur du musée de Troyes, Corrard de Bréban, originaire de la région, lequel, faute de crédits, ne put acquérir que les moins chers, les deux lames rouillées de l'épée et du sabre. Les pièces d'orfèvrerie furent achetées par un joaillier de la ville qui chercha à son tour un acquéreur. Durant ce temps, le monde allait son train. En décembre 1851 et en novembre 1852, un coup d'Etat et un plébiscite avaient légitimé le second Empire français. Enjuin 1853, les objets prétendument trouvés à Pouan furent présentés au congrès archéologique tenu à Troyes qui en établit l'importance: une tombe princière, près des Champs Catalauniques où Attila et ses hordes avaient été arrêtés par la dernière année de l'empire romain en GauleS. La tombe supposée était le témoin de la résistance gallo-romaine - donc française! - à l'invasion. Un tel trésor était sans prix. De fait, la somme demandée décourageait les amateurs. Mais on savait l'empereur Napoléon III passionné d'histoire et d'archéologie, passion que manifestait alors le projet des fouilles d'Alésia. L'archéologue Peigné-Delacourt, soutenu par le préfet de l'Aube, le vicomte de Channailles, informa Sa Majesté qui acheta les objets précieux en 18586. Du coup, les lames acquises par le musée lui furent solennellement apportées, le 11 mars 1860, par le préfet escorté d'une 4
Au lieu-dit le Haut de Marisy, aujourd'hui le Martrait, près du chemin dit du Martrait, aujourd'hui de Marisy ( I), selon J. Bienaimé, Le trésor de Pouan au musée de Troyes, 1993. *Maltrait serait un ccmauvais transit», *moIo trqjecto, pour la traversée d'un marécage de l'Aube, plutôt qu'un martrois/*martyrio, un cimetière. Le roi des Goths était mort dans la bataille; on imagina donc qu'il s'agissait de sa tombe. M. Kazanski, « Deux riches tombes de l'époque des grandes invasions au nord de la Gaule: Airan et Pouan », in Cahiers d'Archéologie Médiévale 12, 1982. Catalogue de l'exposition Attila, les i1flluences danubiennes dans l'ouest de l'Europe au Ve siècle, Caen, 1990. F. Dumas, La tombe de Childéric, Paris 1992, qui parle encore ccd'un roi goth de l'entourage d'Attila ». H.W. BOhme, Der FranlœnkiJnig Chi/deric zw/scher AUi/a und Altius. Zu den Goldgrilfspaten der Merowingerzeit, Marburger Studien 16, 1994. L'ouvrage récent de 1. Bona, Les Huns. Le grand empire barbare d'Europe, IV-Ve siècles, St Germain du Puy 2002, envisage très largement l'ensemble des peuples rassemblés par les Huns, gennaniques ou scytbiques ; nous lui devons beaucoup ici. Dès 1851, l'année du coup d'Etat, Louis-Napoléon aurait entrepris la rédaction d'une Histoire de Jules César, publiée en 1865 ; une controverse sur la localisation d'Alésia l'incita à créer en 1858 la Commission de la Topographie des Gaules qui entama les fouilles en 1861; O. BOchsenschutz, A. Schnapp, «Alésia », in Pierre Nora, Les lieux de Mémoire, Paris 1992, p. 272 ; M. Reddé, Alésia, l'archéologieface à l'imaginaire, Errance, 2003.

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délégation de la Société savante du département. Et là, assaut de générosité, c'est l'empereur qui fit don du trésor entier au musée de la ville où il se trouve aujourd'hui. Au fil de cette belle histoire, on avait oublié de regarder d'un œil tant soit peu critique les circonstances de la trouvaille. Selon des indications remontant au manoeuvre, « auteur et seul témoin de la découverte» comme le note, un peu inquiet, un archéologue, le corps aurait été inhumé à faible profondeur dans le gravier, recouvert d'environ 40 cm de terre végétale, « les pieds et les mains presque à fleur de grève et le tronc et le bassin plus enfoncés dans le sol». Mais la tombe, en principe localisée, ne fut jamais retrouvée, ni rien qui pût la signaler. Qu'un roi ou un prince ait pu être enterré sous 40 à 50 centimètres de terre végétale sans qu'il restât la moindre trace de sa sépulture ne semblait surprendre personne7. Dans le temps même où le manœuvre découvrait une tombe là où elle ne se retrouve pas, l'église de Viâpres-Ie-Petit, non loin de Pouan,juste de l'autre côté de l'Aube, s'était en partie effondrée. Son curé décida de la reconstruire, à ses trais, à partir de 1852 et en 1861 le nouvel édifice fut consacré. Le prêtre s'y fit inhumer dans l'entrée où l'on peut lire son épitaphe sur une belle dalle funéraire fixée dans le sol, à la manière médiévale. Cette tombe-là est aussi voyante que celle du prince était évanescente. Par quel miracle un curé de campagne avait-il pu financer la reconstruction de son église, nul ne s'en étonnas. On disait encore, parmi les petits-enfants de ses ouailles, que le prêtre avait reçu de Napoléon III un calice d'or pour le service de sa paroisse. Qu'était cette coupe, nous ne le saurons pas; elle aurait été perdue pendant l'exode d'un autre curé au début de la dernière guerre9. Reste que dans la conscience des paroissiens, un objet précieux et l'empereur sont associés à l'église nouvelle comme ils l'étaient dans l'histoire de la prétendue tombe de Pouan. Nous entrevoyons d'où aurait pu venir au curé de Viâpres l'argent nécessaire à la reconstruction de son église et où avait pu être la sépulture du guerrier: dans l'église de Viâpres plutôt que dans la gravière de Pouan. Localisée en ce dernier lieu, la tombe perdait toute chance d'identification; sur le défunt, la gravière n'avait rien à dire. Transportons-nous en Rhénanie, à Wolfsheim. En 1870, y fut trouvée la tombe d'un autre guerrier à l'équipement oriental10. La découverte était mieux 7

Dans le cas de Nagyszeksos, à 40-75 cm de profondeur dans l'humus, sans traces de squelette ou de tombe, ou de Makartet, à 35 cm de profondeur, les traces de feu incitent Istvan Bona, p. 143, à penser à l'incinération avec inhumation des restes osseux ailleurs, ou mieux à des ofliandes funéraires. Mais' Pouan, le découvreur disait avoir vu le squelette, en donnant metne des détails sur la position du corps. Pas plus qu'on ne se demanda à qui appartenait le fonds sur lequel travaillait le manœuvre, pour le compte de qui il extrayait le gravier et pour fournir quel chantier; il serait amusant que le gravier ait été destiné à celui de la reconstruction de l'église de ViApres-Ie-Petit Il aurait disparu lors de la dernière guerre avec le curé d'alors qui se joignit' l'cxode et qui y aurait péri; un contemporain en a entendu parler dans sa jeunesse par de vieilles personnes (témoignage recueilli à "automne 2004 par "auteur de ces /ignes, auprès de cet habitant qui entretenait l'église). Selon J. Werner, Beitrtige ZUT Archliologie des AttilaReiches, MOochen 1956. Bona p. 142, 229 ct 236.

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