Israël-Palestine : l'impossible débat

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Peut-on encore, aujourd'hui, en France, débattre sereinement du conflit israélo-palestinien ? Rien n'est moins sûr. D'un côté, l'échec du processus d'Oslo, en 2000, et la radicalisation de la politique israélienne ont contribué depuis plus de dix ans à dégrader profondément l'image de l'État juif dans l'opinion française. De l'autre, et en réaction, des intellectuels et des associations qui prétendent parler au nom de la communauté juive ont développé un discours incantatoire et coupé du réel, selon lequel toute critique de la politique israélienne équivaudrait à l'expression d'un sentiment « antisioniste », et donc peu ou prou… antisémite. Une radicalisation du débat qui ne pouvait qu'aboutir très vite à sa fermeture et à son étouffement.
Plus grave, cette disparition du débat a exacerbé les haines. Car l'outil de l'« intolérable chantage » à l'antisémitisme s'est substitué au fond du discours lui-même. À quoi est venue s'ajouter l'expression d'une parole raciste islamophobe étrangement décomplexée, ainsi que la réhabilitation d'une conception du monde raciale et néo-nationaliste que l'on croyait révolue. Une évolution dont s'inquiétait déjà Guillaume Weill-Raynal dans son premier ouvrage, paru en 2005, et qui n'a fait que s'aggraver depuis, comme on le constatera à la lecture du présent ouvrage, recueil d'articles parus entre 2007 et 2012. Chronique d'un naufrage intellectuel annoncé.

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Date de parution 01 janvier 2012
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EAN13 9782849242704
Langue Français

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Israël-Palestine : l’impossible débat
Collection « Recto Verso » (sous la direction de Sébastien Boussois)
À l’image de la collection Reportages chez le même éditeur, il est important de laisser la parole aux professionnels, universitaires et intellectuels qui témoignent d’une réalité sociale, politique ou cultu-relle, signicative des grands enjeux contemporains du monde. Il nous est vite apparu que « Reportages » devait s’accompagner d’une collection connexe et qui poursuivrait les mêmes objectifs, mais non directement liés à l’enquête de terrain journalistique. Il est toujours question ici de rendre compte du travail de l’auteur choisi sur plusieurs années, en sélectionnant avec lui les articles qui reètent le mieux l’évolution du sujet traité. L’idée attenante est de rendre accessible des travaux de recherches, qui sont une ressource inestimable parfois négligée par peur d’être inaccessibles au grand public, à des lecteurs curieux des grandes mutations du monde d’au-jourd’hui. « Recto Verso » vous présente ainsi de manière abordable l’essentiel du sujet, mais également les implications cachées...
Dans la collection :
Shoah, génocides et concurrence des mémoires, Dominique Vidal Voyages au cœur de la planète islam, Wendy Kristianasen La manipulation de l’identité nationale, Saïd Bouamama Les années noires du journalisme en Algérie, Brahim Hadj Slimane Humanitaire, diplomatie et droits de l’homme, Rony Brauman Les classes et quartiers populaires, Saïd Bouamama
© Éditions du Cygne, Paris, 2012
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-270-4
Guillaume Weill-Raynal
Israël-Palestine : l’impossible débat
Éditions du Cygne
Introduction
On évoque souvent uneimportation, en France, du conit israélo-palestinien. Que désigne cette expression aussi impré-cise que galvaudée ? Écartons d’emblée lesaffrontements commu-nautairesqui ne relèvent que du fantasme. Des actes de violence ont certes été commis, limités voire dérisoires au regard des chiffres globaux de la délinquance, le plus souvent par des indi-vidus isolés. Quant aux rixes épisodiques entre bandes rivales, il est douteux qu’elles aient jamais concerné les communautés juives et arabes. L’importation du conit israélo-palestinien, si elle eut lieu, ne s’est jamais produite que dans le champ limité dudébat. La confrontation d’idées,a prioripacique, a néanmoins souf-fert du voyage. Et pour demeurer dans la métaphore commer-ciale, la marchandise acheminée se retrouve, à réception, quelque peu avariée. Car ce phénomène d’importation s’est accompagné d’une profonde dégradation du débat lui-même. Ne subsistent plus, à l’arrivée, que polémiques, altercations et chicanes vaines. Le débat s’est fermé et ne laisse plus désormais s’exprimer que des haines stériles. À cet égard, on peut bien parler de l’impor-tation d’un conit. Paradoxalement, le débat est encore plus fermé ici que là-bas, en Israël-Palestine où se déroule pourtant le conit réel. Comme si l’éloignement géographique de la communauté juive française par rapport àEretz Israëlajoutait un surcroit d’irréalité, trans-gurant un problème politique en uncomplexediasporique, entre-mêlé de nationalisme, de mémoire historique douloureuse et de religiosité ; mythiant le théâtre des opérations ; sacralisant celui des deux protagonistes que l’on soutient. L’acteur israélien, en l’occurrence.
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Nul meilleur exemple, à cet égard, que l’accueil réservé, en France par la communauté juive au livre de Shlomo Sand Comment le peuple juif fut inventé.Au-delà de son titre provocateur, cet ouvrage, discutable peut-être, mais documenté et argumenté, est demeuré en Israël dix-neuf semaines sur la liste des meil-leures ventes.Essai, au sens plein du terme, ce livre s’attache simplement à déconstruire les mythes fondateurs du nationa-lisme juif. Une entreprise presque banale dans toutes les sociétés avancées, oùdéconstruire les mythestrès exactement correspond à la dénition du métier d’historien. Lors de sa publication en France, n 2008, l’ouvrage s’est correctement vendu, malgré une couverture médiatique discrète qui est demeurée dans les limites d’un succès d’estime, et s’est vu décerner le prestigieux prix Aujourd’hui. Mais les intellectuels de la communauté juive se sont bornés à dénoncer le livre comme un « pamphlet » – ce qu’il n’est pas – haineux, une « machine de guerre contre Israël », inspirée par une « maladive passion anti-sioniste ». Un livre à ranger dans les rayonnages de l’Enfer, entreMein Kampf et lesProtocoles des Sages de Sion. S’en prenant directement à son auteur, Richard Prasquier, président du CRIF a dénoncé un« livre minable », écrit par« un historien sans qualication sur le sujet, à peu près inconnu dans son pays mais violemment antisioniste »– ce qu’il n’est pas non plus – allant même jusqu’à soutenir que l’accueil favorable du livre en France devait être considéré comme une attaque… contre le CRIF lui-même ! À l’automne 2011, le CRIF a lancé une virulente campagne contre France 2, coupable à ses yeux d’avoir diffusé, le 3 octobre, une émission de deux heures consacrée au conit israélo-pales-tinien, dans le cadre du magazineUn œil sur la Planète.Les jour-nalistes auteurs des reportages ont reçu des mails d’insultes et de menaces. Le CRIF, faisant part de son« émotion », et de son « écœurement » a obtenu d’être reçu par le président de France Télévisions qui a transmis ses doléances au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel : un« parti-pris violemment anti-israélien », une« grille de lecture presque uniquement anti-israélienne d’un conit extraordinairement
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compliqué », une« présentation unilatéralement anti-israélienne des évène-ments ».Le CSA, après avoir revisionné l’émission, a fait savoir publiquement que celle-ci lui paraissait avoir pleinement respecté les règles déontologiques inscrites dans le cahier des charges de France Télévisions. Le CRIF a répliqué en mettant en ligne sur son site une série de petits lms censés répondre point par point aux « mensonges » de France 2. Par exemple l’afrmation par le ème présentateur,« dès la 27 seconde », d’une« responsabilité partagée »entre Juifs et Arabes.« C’est tout simplement faux ! »le s’insurge CRIF qui, instruisant le procès en « unilatéralisme » de la chaîne publique, explique, dans la suite de son petit lm, que la respon-sabilité de la situation incombe aux seuls « Arabes ». Le monde à l’envers… Voilà quelques années déjà que j’observe et que je m’inter-roge sur cette propension des porte-parole de la communauté juive et des intellectuels qui lui sont proches à ne plus envisager la critique d’Israël qu’à travers le prisme d’un antisémitisme qui me paraît largement fantasmé. Une aberration d’autant plus inquiétante que cette croyance solidement enracinée d’une haine hypothétique dont on se pense victime semble venir justier, en retour, pour ces mêmes porte-parole, l’expression d’une contre-haine, bien réelle, celle-là… Je m’en inquiétais dans un livre paru 1 en 2005. Les années qui viennent de s’écouler n’ont pas démenti ce constat. Le lecteur trouvera dans les pages qui suivent un choix d’articles rédigés entre 2007 et 2012. Un paysage inquiétant se dessine progressivement. Car, partant de polémiques mesquines
1.Une haine imaginaire ? – Contre-enquête sur le « nouvel antisémitisme, Armand Colin. J’écrivais notamment : « Jamais la dénonciation d’un prétendu défer-lement de haine n’aura ainsi servi de prétexte à la légitimation d’une autre haine confuse, folle et gratuite. (…). À l’intérieur de la communauté, la haine se donne libre cours, sur le moindre soupçon, sur la moindre rumeur contre tout « déviant » ou supposé tel. Quant à l’extérieur de la communauté, le monde n’est plus perçu que comme un « tout-ennemi » indifférencié. La diabolisation fantasmatique de l’Autre fonctionne exactement comme fonc-tionnait autrefois l’antisémitisme le plus traditionnel ».
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et de mises en cause personnelles, on passe subitement à une vision du monde que l’on croyait révolue : défense d’unordre établiétrangement archaïque, promotion d’un néo-conservatisme que l’on pourrait appeler néo-nationalisme… Et au bout du compte, le plus étonnant : la réhabilitation surréaliste de vieilles lunes que l’on croyait appartenir pour jamais à la galaxie des astres morts, au premier rang desquels, le concept derace! L’histoire ne se répète pas, dit-on, elle bégaie. Il faudrait être superstitieux pour voir un signe dans la conjonction du retour de ces thèmes et de la plus grave crise économique qu’ait connu l’Europe depuis les années 30. Mais comment ne pas être frappé, en tout cas, par cette coïncidence paradoxale qui voit une communauté, victime traditionnelle de divers naufrages histo-riques, se transformer soudainement en acteur de ce qui appa-rait, à tout le moins, comme un naufrage intellectuel.