Jacques Chirac — La Classe politique

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Scandales et coups d'éclats politiques, vie privée, prises de positions enflammées... Jacques Chirac incarne à lui tout seul une certaine idée de la politique française.


Quand on demande à nos concitoyens ce qu’ils retiennent des deux mandats de Jacques Chirac, une réflexion revient en boucle, y compris chez ceux qui ont fait échouer son référendum européen de 2005 : « Lui, au moins, a maintenu le rang de la France dans le monde ! »



Et quand on creuse dans leur mémoire, une séquence y paraît gravée : son refus, en 2003, de suivre les États-Unis dans la folle aventure de la guerre d’Irak. Nul doute qu’on touche ici au cœur de ce que les peuples attendent de leurs dirigeants : la capacité d’agir, à l’instant t, dans le sens le plus conforme à l’intérêt du pays dont ils ont la charge. Conscient, dès 2001, de l’onde de choc mortifère que ne manquerait pas de provoquer l’unilatéralisme américain, Chirac aura eu, comme de Gaulle avant lui, et fort d’arguments que l’actualité vérifie chaque jour, le courage de dire non à une entreprise qu’il jugeait néfaste à la paix du monde...



Est-ce tout ? N’y aurait-il que cela que ce serait beaucoup, en un temps où la communication a supplanté l’action, et où le « faire savoir » dispense trop souvent du « savoir-faire » !



Découvrez dans cet ouvrage les dates clés de la carrière de Jacques Chirac, les faits marquants de sa carrière et de ses mandats présidentiels.

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EAN13 9782366029789
Langue Français

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Jacques Chirac
La Classe qolitiQue
Éditions ChroniQue
Quand la tromperie se mêle au pouvoir !
En France, comme du reste dans le monde entier, les affaires de corruption, d’escroquerie ou de prévarication en tout genre mettant en cause des personnalités éminentes de l’État ne datent pas d’hier. Il n’est pour s’en convaincre que de se rappeler celle qui a conduit à la chute du surintendant de Louis XIV, Nicolas Fouquet, la tout aussi célèbre affaire du collier de Marie-Antoinette ou encore, plus près de nous, de la sombre affaire Satvisky. Mais les moyens de diffusion de l’information étant de plus en plus rapides et l’opinion publique sans doute toujours plus exigeante en matière de transparence de la vie politique, le fait est que ces scandales font ces dernières années très régulièrement la une des journaux. Et Jacques Chirac n’en est pas exempt…
Chirac l’incompris
Menton en avant et pas de chasseur, verbe haut et formules carrées, Jacques Chirac s’est identifié jusqu’à la caricature à cette « République des cadets », titre si bien trouvé de la première biographie qui lui fut consacré, en 1972 par Catherine Clessis, Bernard Prévost et Patrick Wajsman, quand il n’était encore que le ministre de l’Agriculture de Georges Pompidou. Celui que ce même Pompidou appelait affectueusement son « bulldozer » et que la gauche surnommait « facho-Chirac » à cause de ses cheveux gominés et de sa passion déclarée pour la chose militaire… Que reste-t-il de tout cela, quatre décennies plus tard ? Dans l’esprit des Français, le jeune loup est devenu un vieux sage et, dans leur cœur, un sujet croissant de nostalgie : sept ans après avoir quitté le pouvoir, Jacques Chirac reste – de loin ! – l’homme politique préféré des Français. Le dernier, en somme, à avoir incarné physiquement la fonction présidentielle, quels qu’aient pu être les reproches qu’à gauche comme à droite, on lui avait adressés. Effet mécanique du contraste suscité par la personnalité de ses deux successeurs dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont restés étrangers, chacun à sa manière, à toute grâce d’état ? Pas seulement. Quand on demande à nos concitoyens ce qu’ils retiennent des deux mandats de Jacques Chirac, une réflexion revient en boucle, y compris chez ceux qui ont fait échouer son référendum européen de 2005 : « Lui, au moins, a maintenu le rang de la France dans le monde ! » Et quand on creuse dans leur mémoire, une séquence y paraît gravée : son refus, en 2003, de suivre les États-Unis dans la folle aventure de la guerre d’Irak. Nul doute qu’on touche ici au cœur de ce que les peuples attendent de leurs dirigeants : la capacité d’agir, à l’instant t, dans le sens le plus conforme à l’intérêt du pays dont ils ont la charge. Conscient, dès 2001, de l’onde de choc mortifère que ne manquerait pas de provoquer l’unilatéralisme américain, Chirac aura eu, comme de Gaulle avant lui, et fort d’arguments que l’actualité vérifie chaque jour, le courage de dire non à une entreprise qu’il jugeait néfaste à la paix du monde… Est-ce tout ? N’y aurait-il que cela que ce serait beaucoup, en un temps où la communication a supplanté l’action, et où le « faire savoir » dispense trop souvent du « savoir-faire » !
29 novembre 1932
Paris – Il s’appelle Jacques en souvenir de Jacqueline
Il s’appellera Jacques, en souvenir de Jacqueline. Ce mardi d’automne est un jour faste pour Abel et Marie-Louise Chirac : à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire, dans le Ve arrondissement, Marie-Louise a mis au monde un beau bébé. Cette naissance qu’elle n’attendait plus, tant elle était certaine de ne plus pouvoir enfanter, a été entourée de toutes les précautions. Ayant quitté Levallois depuis le début de l’année pour rejoindre Clermont-Ferrand, où Abel a été nommé directeur de la succursale de la BNC – qui gère, entre autres, les avoirs de l’empire Michelin –, les Chirac ont mis toutes les chances de leur côté pour accueillir l’enfant. Même si Clermont-Ferrand dispose d’excellentes maternités, c’est à Paris, dans un établissement de très haute réputation, qu’ils ont choisi de le faire venir au monde. Tout s’étant bien passé, ils reprennent le chemin de Clermont où la famille ne restera plus très longtemps puisqu’en janvier 1933, Abel deviendra directeur de l’agence parisienne dont il rêvait depuis longtemps : celle, prestigieuse entre toutes, de l’avenue de la Grande Armée.
15 septembre 1944
Saint Cloud – Un lycéen indiscipliné
Fini de gambader dans le maquis avec Darius ! À peine ont-ils appris la libération de Paris que les Potez, suivis des Chirac, ont regagné la capitale. « François » a trouvé, en catastrophe, un appartement à louer à Saint-Cloud (Seine), à l’ouest de Paris. C’est là, qu’à bientôt 12 ans, Jacques fait connaissance avec la 5e et le lycée. Que sera la scolarité de cet enfant jusqu’alors élevé en plein air et, peu ou prou, abandonné à lui-même ? Ses parents sont inquiets, et ils ont raison : à la fin de l’année, leur fils est renvoyé pour indiscipline… et insuffisance de résultats.
23 septembre 1945
Paris – Il préfère le musée Guimet au lycée Carnot
Ence dimanche qui est aussi l’avant-veille de Noël, François Chirac est désespéré. Il découvre le bulletin trimestriel des notes qu’a obtenues Jacques au lycée Carnot… Pas une seule au-dessus de la moyenne ! Depuis la rentrée de 1945, la famille a quitté Saint-Cloud pour s’installer rue Frédéric Bastiat, dans le VIIIe arrondissement. Mal lui en a pris : pour se rendre de son domicile au lycée, situé boulevard Malesherbes, Jacky, nostalgique de la verdure, traverse le parc Monceau. Et s’y attarde au point de manquer les cours. Mais il traîne aussi dans les librairies du quartier. En quelques mois, l’enfant sauvage entreprend de devenir un enfant savant. Ni en maths, ni en composition française… mais en histoire de l’Asie – et spécialement en histoire de l’art. Il n’a pas 13 ans quand il a lu de bout en boutL’Empire des steppesl’immense de orientaliste René Grousset. Le jeudi, ce n’est pas à la piscine ou sur les terrains de foot qu’il passe ses après-midi, mais au musée Guimet, dont il connaît bientôt par cœur les collections. Ambiance quand, au dîner, où l’on parle plus volontiers de la renaissance des usines Potez que de l’émail « cloisonné » chinois du XVe siècle, Jacques explique à ses parents les secrets du bleu Tsing-Taï…
Jacques et ses parents.
Été 199
Paris – L’étrange M. Danilovitch
C’est un personnage haut en couleur qui emménage dans la chambre de service du nouvel appartement que louent désormais les Chirac, au 95, rue de Seine. Pour Jacques, l’année scolaire s’est bien terminée : depuis qu’il est devenu un lecteur compulsif – bien que sélectif – ses résultats n’ont eu de cesse de s’améliorer. Et même de devenir excellents. S’il n’a décroché son bac qu’avec la mention « assez bien », ses notes ont été jugées suffisantes pour qu’il soit admis en classe préparatoire dans le saint des saints des lycées parisiens : Louis-le-Grand. C’est dire si, désormais, ses parents n’ont rien à lui refuser. Même pas de loger gratuitement, dans une chambre de bonne, le nouveau mentor de leur fils : un semi-clochard qui, jusqu’alors, fabriquait des objets en carton bouilli dans une loge de concierge du XIIIe arrondissement et dont Jackie et sa mère se sont entichés ! Quand il a eu 16 ans, notre orientaliste en herbe s’est mis en tête, en effet, d’apprendre le sanscrit. La langue la plus difficile du monde, rien de moins. Alors, Marie-Louise a publié une annonce et, quelques jours plus tard, un grand vieillard aux cheveux blancs a répondu. Se présentant comme un émigré russe de 1917, ancien diplomate et polyglotte, versé de surcroît dans les langues sacrées, M. Danilovitch est devenu le répétiteur de Jacques, presque un gourou. Mais un gourou honnête : au bout de quelques semaines, il a convaincu son élève d’abandonner le sanscrit pour le russe, plus utile. Alors Jacques s’y est mis. Avec application, puis brio.
14 novembre 1954
Paris – Un célèbre médecin grec appelé… Hypocrite !
Reçu à l’écrit de l’ENA, Jacques Chirac affronte, non sans appréhension, le grand oral. Sur certains sujets, il s’estime imbattable, mais plutôt faible dans d’autres matières, comme la musique. Et voici que le président du jury, Louis Joxe, futur ministre du général de Gaulle et père de Pierre, futur ministre de François Mitterrand, lui pose une question sur Wagner et Bayreuth. Chirac ne se démonte pas : « Monsieur le président, permettez-moi de vous dire que je ne suis pas musicien. Interrogez-moi sur ce que vous voulez, l’archéologie, la peinture, la poésie. Pas sur la musique. » L’aplomb et l’esprit d’à-propos étant, au grand oral de l’ENA, au moins aussi importants que le fond, son culot plaît au jury… Qui, du coup, oriente la conversation vers la médecine. Tout se passe bien jusqu’à ce que Joxe fasse allusion à ce médecin de l’Antiquité qui a donné son nom au serment prêté aujourd’hui encore par tous les soignants… Alors Chirac : « Vous voulez parler du serment d’Hypocrite ? » Vaste éclat de rire dans l’amphi, y compris de l’austère Joxe, un moment déridé. L’impétrant est définitivement reçu à un très bon rang, preuve qu’on peut parfois faire rire à ses dépens sans en tirer désavantage !