//img.uscri.be/pth/376fdbf0934a2dc27f4d6aab5e9015780c81a27e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,13 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'Afghanistan

De
230 pages
L'aire culturelle afghane est le carrefour des routes de la soie et des épices et abrite depuis la protohistoire une civilisation cosmopolite. L'Islam, arrivé là depuis dix siècles au moins, y est encore le ferment de l'unité nationale, en Afghanistan tout comme au Pakistan, crée en 1947, deux pays entre lesquels la question pachtoune suscita des crises répétées. La position du verrou continental de l'Asie qu'occupe l'Afghanistan lui confère une situation essentielle. Cette entité politique fondée en 1747 a précipité la chute de l'URSS en 1991 et le régime des taliban a déclenché une croisade antiterroriste mondiale.
Voir plus Voir moins

L'AFGHANISTAN
À l'orée des temps du libre jugement

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-7117-3 EAN: 9782747571173

Laurent DESSART

,

L'AFGHANISTAN

A l'orée des temps du libre jugement

Précis historique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 1510214 Torino ITALIE

Ouvrages

du même auteur

(même éditeur)

:

Parlons pachto - Langue et culture de l'Afghanistan. L'Harmattan, collection Parlons, 1994: 204p. Les Pachtounes - Économie et culture d'une aristocratie guerrière d'Asie Centrale (Mghanistan-Pakistan). L'Harmattan, collection Recherchesasiaüques, 2001 : 612p.

"Mûng ttôl mo~âfer yû." Nous sommes tous des voyageurs. (Abd-ul Salar, chef cuisinier)

Introduction

Lorsqu'en 1978, un voyageur par voie terrestre en transit vers l'Asie, un "routard des Indes" bloqué là, entre deux navettes du Magic Bus, par des ennuis pécuniaires ou mécaniques, passait plusieurs mois à Kaboul, il ne lui était guère possible de perc~voir l'ampleur des transformations qu'y subissait l'appareil d'Etat afghan. Celui-ci, héritier de 231 ans de gouvernements issus de la dynastie pachtoune des Durrani, venait de passer sous la coupe des Ghilzay, communistes putschistes. Durrani et GhUzay sont des ethnonymes, ou noms de peuplades, qui s'appliquent à une fraction importante des Pachtounes, peuple dominant (et, selon certains, majoritaire) de l'Afghanistan. Tous les Pachtounes ont en commun la langue dite pachtou ou pashto. C'est une des langues iraniennes de l'Est au même titre que le baloutchi, parlé par les Baloutches / Baluch, formant l'une des minorités ethniques de l'Mghanistan, pays où elles abondent; de là vient l'utilité, avant tout, d'en dresser succinctement un tableau.

1. Les Nouristanis, entre 90 000 et 100 000 (à 150000)1, dans le Nord-Est du pays, sur les hautes vallées de l'Hindu Kush, parlent des dialectes montagnards classés parmi les langues indo-iraniennes dont l'une, le kaü, a été élevée au rang de langue nationale par le gouvernement communiste d'Mghanistan, dans la ligne politique de reconnaissance des minorités ethniques prônée par les soviétiques. Ces dialectes ont leurs prolongements de l'autre côté de la frontière, au Pakistan, parmi les populations baltes, dites aussi dardes et kâfires. Ce dernier terme (en afghan: / câfer /, prononcé / cêifeurl) se rapporte à la religion de ces peuplades. Il signifie, en arabe "impie", "infidèle", et réfère de nos jours encore à l'une des plus célèbres des tribus de la région, comptant à peine quelques milliers de personnes: les Kalash de la vallée de Chitral (Pakistan). Ceux-ci conservent leurs croyances et leurs coutumes préislamiques, alors que tous leurs voisins sont devenus musulmans. L'islamisation des Nouristanis (Mghans) en a fait des sunnites depuis la fm du XIXème siècle, époque à laquelle l'émir d'Afghanistan les a forcés à se convertir au canon religieux national. Leur pays, jadis connu sous le nom de Kqftrlstan, ou "Pays des Infidèles" est devenu Nouristan ou "Pays de Lumière". Ces populations sont réputées pour la beauté de leurs maisons en bois, matière première aussi d'un mobilier admirablement sculpté et tourné et de statues monumentales dédiées au culte des ancêtres, représentés à cheval, assis ou debout. L'une d'elles est conservée à l'antenne du futur musée du quai Branly (d'abord baptisé musée des Arts Premiers) au musée du Louvre. 2. Les Baloutches ne sont que 100 à 200 000 en Mghanista!l' mais représentent 5 millions de personnes au Pakistan, Etat fédéral dont l'une des quatre provinces porte leur nom (Baloutchistan). Ils constituent également une minorité en Iran. Nomades et éleveurs par tradition, ils vivent à la frange des déserts s'étendant entre ces trois pays et gardent la porte du Khojak, importante voie de pénétration terrestre vers le sous-continent indien reliant Kandahar à
1 Les chiffres démographiques figurant entre parenthèses sont tirés de DUPAIGNE & ROSSIGNOL, 1989 (Le guide de l'Afghanistan, La Manufacture, Lyon: 381 p.), une source plus récente que celle des autres chiffres, datant d'avant 1978. 8

Quetta. Par contre, leur façade maritime (iranienne et pakistanaise), le Mekrân, se prête peu au commerce. C'est Karachi, ville principale de la province du Sind, et ancienne capitale du Pakistan, qui constitue l'anse portuaire de la région. Les Baloutches, bergers chameliers caravaniers et guerriers, ont fondé en 1525, entre Peshawar et Quetta la ville de Dera Ismâïl Khân (Pakistan). Ils sont renommés pour la laine de leurs moutons et leurs tapis. 3. Br4. Les Turkmènes sont des Turcs, de la tribu oghuz. Leur nombre oscille entre 125000 et 140000 (ou 360 000). Ils font partie de la famille ethnolinguistique turco-mongole, de même que les Ouzbeks, issus de la tribu qiptchak, regroupant 1 300 000 (à 1 500 000) habitants en Mghanistan. Ces populations sont bien évidemment parentes de celles des pays, limitrophes, du Turkestan que l'on disait russe ou soviétique, avant 1991 : Turkménistan, 4 794 000 habitants, et Ouzbékistan, 25 705 000, dont une minorité tadjik. Connues et mondialement appréciées pour leur artisanat somptueux, ces populations sont situées, dans l'ensemble, au nord de l'Mghanistan, mais elles émaillent tout le tissu urbain du pays des chatoyantes couleurs de leurs broderies, de leurs tapis et de leurs bijoux, ainsi que de la fureur des brutales mêlées équestres du bouzkachi / bûzkashi, un jeu de cavaliers aguerris, rompus aux longs galops à travers les steppes. 20% des Ouzbeks et 75% des Turkmènes d'Mghanistan descendent des émigrés, qui ont fui, et des basmatchi, qui ont lutté aux côtés des Russes blancs contre la soviétisation des anciennes possessions des tzars. 5. Les Tadjik, entre 4 et 5 millions (4 à 4,5 millions, soit 30 %), occupent, numériquement, le deuxième rang au niveau national, après les Pachtounes. Ils sont concentrés dans les montagnes du Nord-Est (Badakhchan) et se confondent partout ailleurs avec les autres locuteurs du persan d'Mghanistan, les Farsiwân parlant tous le dialecte iranien nommé dâri ou "langue de la cour (royale)". Ils abondent dans la capitale et sont présents dans de nombreuses provinces: Laghman, Logar, Ghazni, au sud, Chamali, au-dessus de Kaboul, Samangân, Balkh et Kunduz, dans le Nord. Ils sont proches de leurs homologues du Tadjikistan, ancienne république socialiste soviétique, 9

montagnarde elle aussi, comptant 6 195 000 habitants, et de l'Ouzbékistan (où les Tadjik recensés atteignent le chiffre de 500 000 environ). Leur discrétion naturelle, leur détribalisation et leur goût pour l'écriture en font pour l'administration un réservoir inépuisable de fonctionnaires. Ils sont également agriculteurs et commerçants, parfois poètes ou musiciens.

6. & 7.

Parmi les populations

persanophones

- Farsiwân -

d'Afghanistan, figurent également les Aymaq, regroupant quelques centaines de milliers de personnes (600 000), qui sont établis à l'ouest de l'Hindou Kush, et les Hazaras, à l'est de cette chaîne de montagnes, au centre du pays, sur la veine centrale de la feuille évoquée par le dessin du découpage frontalier de la carte du pays, qui est aussi la queue de l'épine dorsale de ses reliefs les plus importants. Les Aymaq, éleveurs et agriculteurs, tissent de belles tapisseries en laine. Plus que tout, ils craignent la sécheresse, capable d'anéantir leur production. Les Hazaras sont à peu près 1 million (1,5 million et, d'après eux, deux fois plus). C'est un peuple montagnard. Lorsque, sous l'effet de la misère ou de la famine, il lui faut émigrer en ville, le Hazara y occupe souvent un emploi subalterne. Le faciès mongoloïde des Hazaras, leur petite taille, le fait que leur dialecte du persan, le hazaragi, soit truffé de mots turco-mongols, leur ont attiré le mépris et l'ostracisme, de la part des autres groupes ethniques, Pachtounes en tête. Paysans de zones arides, ils misent beaucoup, comme les Aymaq, sur les chutes de pluie et de neige pour tirer parti de leurs champs et pâturages, dont certains lopins ne sont pas irrigués (terres en culture sèche, ou lâlmi). Cependant, une élite hazara persanophone a fait son chemin vers les allées du pouvoir, surtout dans les dernières années de la monarchie afghane et par la suite. En 1981, Sultan Ali Keshtmand devient Premier ministre. Tous musulmans, les Hazaras sont, contrairement aux autres, de prédominance chî'ite. Ils comptent quelques ismaéliens (disciples de l'Agha Khan) et une majorité écrasante d'imâmites (affiliés à leurs coreligionnaires iraniens), ainsi qu'une minorité sunnite (de rite hanafite, comme les autres sunnites d'Mghanistan). 10

8. Les Pachtounes, enfin, plus de 7 millions en Mghanistan (39 % de la population totale, soit 6 millions) et au moins 10 millions au Pakistan, forment le groupe ethnique majeur en Afghanistan. Traditionnellement aux postes de commande dans l'armée et la police, ils y ont peu à peu cédé du terrain aux membres des autres ethnies, surtout depuis le conflit avec l'Union Soviétique. L'élite pachtoune, sous l'influence de la cour royale afghane, s'est persanisée. Le persan est en effet, dans l'aire culturelle afghane, langue véhiculaire et diplomatique, éclipsant par la masse de ses écrits la littérature pachtoune, souvent versifiée, qui peut être d'une qualité remarquable. Mais les masses populaires pachtounes, par essence rurales, formées d'agriculteurs et de nomades pasteurs qui partagent un goût équivalent pour les carrières martiales, conservent une forte identité ethnique, qui les pousse, dans certaines régions, tant afghanes que pakistanaises, à mettre

en pratique et à revendiquer une totale autonomie économique et politique. Les Pachtounes sont présents dans tout le pays mais proviennent des régions limitrophes du
Pakistan ou, pour les Durrani, de l'Iran.

lors du dernier présentait les caractéristiques d'une population paysanne (à 85%) et illettrée (à 95%). Les bouleversements de la guerre ont ajouté au manque d'instruction l'incertitude au sujet de l'avenir, créant une atmosphère propice à un lavage de cerveau global, au nom de l'islamisme. Heureusement, la nation afghane connaît de beaux esprits et les rescapés des persécutions de

L'ensemble

de

la population

afghane,

recensement

effectué à l'échellenationale en 1971,

ces

dernières

décennies

pourront

le confirmer,

en

transmettant le flambeau de la culture de cette aire d'échange et de synthèse que leur pays est resté, en dépit des aléas de la guerre et des ambitions des grandes puissances. Cette culture afghane, respectueuse des différences, car pétrie en elles, est toujours prête à renaître, telle le phénix persan, appelé

Sîmorgh.2
2 Mot composé signifiant littéralement "trois poules", locution qui donne une idée de la taille de ce volatile mystique cher à la pensée soufie et aux mythes et légendes de la Perse.

11

De nombreux autres groupes, dont les Juifs, les Sikhs, les Hindous, les Arabes, les Pachaïs et les Brahouis, complètent ce tableau succinct de la variété des appartenances ethniques et religieuses des peuples d'Mghanistan. Outre les brimades et la répression des taliban, les dangers de la guerre et l'insécurité au quotidien ont porté beaucoup d'entre eux, ainsi que les intellectuels, à s'exiler. Mais l'espoir renaît, timidement, de rétablir un climat tolérant et cosmopolite dans ce pays, tel que l'ont apprécié tant de voyageurs anciens et modernes.
o o o

Au début du XVIIlème siècle, les grandes tribus pachtounes durrani et ghilzay, qui étaient aussi, à l'époque, les deux plus vastes confédérations nomades d'Mghanistan se disputèrent à Kandahar la primeur de créer une entité politique autonome d'ethnie afghane3, entre les empires rivaux de l'Inde (moghole) et de la Perse (séfévide). Les deux tribus afghanes, ou pachtounes4, vastes réseaux d'intérêts économiques et politiques fondés sur la parenté agnatique5, étaient de véritables confédérations, mais sans unité puisqu'elles n'avaient pas de chef suprême ni de système de commandement pyramidal. En effet, Ghilzay de l'Est et de
3 Le pachtou, ou pashiD, ou encore pakhto / pukhto, appelé aussi afghan, est la langue de l'ethnie des PachiDunes (orthographié ou prononcé aussi Pakhtûn / Pashtûn / Pachtoun / Paschtun, etc.). Longtemps, les Pachtounes ont été désignés sous le nom d'Afghans, nom que leur ont appliqué les Iraniens. Par contre, les Indiens les ont appelés Pathans, mot formé sur le pluriel de /pakhtûn/, soit /peshtâne/ (= "Pachtounes"). 4 Cf. note précédente. 5 Parmi les descendants et ascendants d'une lignée, seuls les hommes (frères, pères et fils, grands-pères et petit-fils) peuvent former des entités sociales et politiques nommées khèl (mot arabe), ou "lignage". La parenté par voie féminine n'est, en principe, pas consignée dans le cadre de la généalogie officielle ou canonique. Elle l'est encore moins dans le contexte des généalogies locales, propres à un village ou un campement (kelè), une vallée (dam) ou un "canton" (mantéqa). De fait, ce type de parenté, par voie féminine, est plutôt dévalorisant, au niveau du prestige et de la prééminence des khèl , ou "segments", clans ou lignages. Ces unités lignagères sont presque exclusivement constituées par filiation patrilinéaire.

12

l'Ouest s'opposaient les uns aux autres, et il en était de même, comme encore à l'époque actuelle, entre tous les segme!lts de ces groupes lignagers. A la fin des années 1970, il n'était pas non plus aisé de saisir l'importance de l'enjeu que le pays prendrait dans les dernières années de la Guerrefroide. La portée des événements d'alors échappait à toutes les prédictions. Les bombardements dans les provinces faisaient rage, en réponse aux retombées violentes de la politique audacieuse du Khalq ("peuple"), l'un des deux PDPA / "partis démocratiques du peuple d'Mghanistan". Ce parti voulut introduire la mixité dans les écoles et engager une réforme agraire en faveur de ceux que la phraséologie marxiste étiqueta comme "sansterre" ou "petits propriétaires terriens". L'instauration du couvre-feu dans les villes et les meutes de dogues errants maîtresses des rues la nuit faisaient peser la menace d'une période trouble. J'étais alors l'un de ces voyageurs anonymes qui, partis de Kaboul à la veille de la liquidation du président Nur Mohammad Taraki (ghilzay) par son bras droit et successeur Hafizullah Amin Ahmadzay, (autre Ghilzay et autre membre du Khalq), avons traversé l'Iran pour rentrer en Europe. Dans la capitale iranienne, Téhéran, nous fûmes témoins des remous intenses qui précédèrent la révolution destinée à abattre le régime du Châhânchâh, le dernier des "rois des rois" : couvre-feu, rues bloquées par des files ininterrompues de véhicules militaires bourrées de soldats armés jusqu'aux dents, surveillance continuelle de la police. Soutenu par l'argent des entreprises pétrolières transnationales, réorganisées en consortium dès 1954 (après la destitution de Mossadegh qui fut limogé pour avoir osé décréter leur nationalisation) Mûhammad Reza, Châh d'Iran, vivait le crépuscule d'un despotisme sans frein, exercé sous la tutelle américaine. Le souverain absolu apparaissait en public tout de blanc vêtu, resplendissant des pieds à la tête, comme l'incarnation terrestre du disque solaire, ainsi que les princes mèdes, mages parmi les mages. Il régnait par la terreur et caressait la prétention d'égaler la magnificence des souverains

13

perses achéménides, dont le 2500ème anniversaire fut célébré en grande pompe à Persépolis, quelques années auparavant. La manne occidentale avait, à Téhéran, ouvert à double battant les portes du processus de mutation du capitalisme industriel, sous sa forme classique: un développement foncièrement inégalitaire. Ainsi, le luxe et l'opulence des quartiers riches du centre ville contrastaient insolemment avec le dénuement et l'insalubrité des bidonvilles de la périphérie, tandis que, plus loin, l'arrogance des grands projets d'aménagement, comme le chantier d'un réseau métropolitain, jamais achevé, jurait de façon odieuse avec la misère poignante du petit peuple. Telle était la situation sociale, explosive, de ce pays qui jouait alors, au profit des États-Unis, le rôle de "gendarme" du Golfe Persique. J'ignorais que l'expérience que nous, les voyageurs anonymes de cette époque agitée, vécûmes brièvement dans la capitale iranienne, serait bientôt le lot commun des expatriés de passage à Kaboul, et ce sur plusieurs décennies: la situation d'un touriste enfermé dans son hôtel, surveillé et contrôlé dans chacun de ses déplacements, quand il n'y était pas claquemuré, du fait des affrontements civils dans les rues. La répression militaro-policière, spécialité des services secrets, avait pour nom SAVAC dans l'Iran de Mûhammad Reza Châh. Elle était experte en matière d'extorsion d'aveux par la torture, tout comme le Khad, afghan.
o o o

Taraki, homme de lettres, qui écrivit son œuvre en pachto6, était le deuxième des présidents afghans. La république fut instaurée en 1973 par son prédécesseur de sang royal, Mohammad Daoud. Celui-ci, surnommé "le prince rouge", en raison de son origine aristocratique et de ses liens privilégiés avec Moscou, fut le dernier des représentants officiels de la famille royale durrani à exercer la souveraineté.
6 L'une, sinon la seule (sous le régime présidentiel 78, puis sous celui des taliban), des langues d'Mghanistan, appelée communément "afghan". 14

du prince Daoud 1973officielles nationales

À partir de 1978, des Ghilzay prendront la relève jusque en 1992, avec une interruption de 7 ans (durée du mandat de Babrak Karmal, d'origine kaboulie - tadjik qui prétendait être pachtoune pour avoir épousé une femme mohammadzaydurrani, de la famille royale). En 1992, année de la chute du Docteur Nadjib (ahmadzay-ghilzay, Mohammad Nadjibullah de son vrai nom), auquel succédèrent des Tadjik (Ahmad Chah Massoud, puis, après le bref intermède de Sebghatullah Modjaddidi, personnalité soufie naqchbandi d'ascendance indo-musulmane, Burhan-ud Dîn Rabbani) jusqu'à l'avènement de Pachtounes de Kandahar: les taliban, puis de Hamîd Karzay, qui, tel Karmal - mais par une filiation patrilinéaire, plus légitime, eu égard au canon local généalogique tribal - revendique lui aussi son appartenance à la famille tribale durrani. Durant l'été 1978, le séjour à Kaboul d'un globe-trotter avait encore une saveur plaisante. Faite de tolérance mesurée vis-à-vis des hippies, routards et autres "travellers" avant l'heure, l'humeur afghane était un subtil mélange de sympathie curieuse et de condescendance amusée. C'est la même attitude que j'ai retrouvée plus tard, en 1991-2, mais qui avait été gâtée par une forte coloration religieuse frisant parfois l'intolérance: ne me proposait-on pas à tout bout de champ d'aller suivre les cours des oulémas et de me placer sous la tutelle d'un mollah ou au moins d'un maître religieux soufi, afin d'assumer le statut d'un "étudiant en religion"? Pourtant, je croyais avoir évité l'écueil de devoir m'atteler à l'étude des religions, lorsque j'eus fixé le choix de ma problématique de thèse initiale, centrée sur le nomadisme pastoral et ses implications politiques et sociales (à la lumière de l'histoire et de l'ethnographie).
o o o

Durant l'été 1987, qualifications linguistiques en pachto et persan ainsi que maîtrise d'ethnologie me rouvrirent la porte de l'Orient. Auprès des réfugiés afghans de Peshawar accoutumés à la fréquentation des Occidentaux, je pus à nouveau goûter cette humeur raffinée, empreinte d'une déférence proche de l'obséquiosité, mais non dépourvue d'une 15

certaine ambiguïté, tournant parfois à l'ironie pure, cinglante lorsqu'elle pétillait sous la forme de réparties malicieuses. En lieu et place du parti khalqi de 1978, le Parcham ("drapeau"), son rival communiste, était au pouvoir, adoptant une ligne imposée par Moscou. Celle-ci s'inscrivait dans le droit fil d'un développement planifié à la soviétique et d'une stratégie d'avancée, lente, mesurée, progressive, mais assurée, vers les mers chaudes, visée remontant à l'époque des tzars. Ces objectifs motivaient une mise en coupe réglée des zones économiquement et tactiquement utiles de l'Afghanistan, où sévissaient des opérations de destruction systématique des bastions et bases arrières des acteurs militaires de la résistance à cette Occupation (déguisée par les Russes en une intervention sollicitée par le régime ami de Kaboul) : la force montante des moudjahidin. Cette entité guerrière et religieuse devint vite extrêmement inquiétante pour les occupants russes, qui, faute de pouvoir l'éliminer, cherchèrent, après les coûteux et sanglants échecs militaires7 de l'intermède Karmal (1979-1986), durant le mandat du Dr Nadjib (1986-1992), à réveiller un certain consensus religieux sous la bannière d'une "réconciliation nationale". Celui-ci tenta de restaurer les apparences d'un pouvoir étatique s'appuyant sur les autorités religieuses et les alliances tribales. Le président Nadjib étant d'origine ghiIzay, il était bien placé pour connaître le terrain des affrontements et des rivalités de la plus importante population tribale du monde - les Pachtounes -, ceci dans le contexte de la "Guerre Froide", illustrant une nouvelle étape du deuxième "Grand Jeu", dans la perspective récurrente d'alignements géostratégiques en Asie autour des grandes puissances du moment.
o o o

7

De 1984 à 1986, de grandes offensives soviétiques marquèrent

le pays au

fer rouge. Mais cette recrudescence des actes d'agression de l'armée russe finit par convaincre les Américains et les Britanniques de doter les Mghans de missiles sol-air. Une considérable modification des rapports de force s'ensuivit, qui entraîna aussitôt, pour le régime communiste, la perte de la maîtrise du ciel (1987) et l'engagement du Kremlin dans des négociations diplomatiques pour son retrait d'Mghanistan.

16

Pour revenir à la comparaison entre l'Iran du Châh et l'Mghanistan communiste (parchami, et non plus khalqi, cette fOis) c'est bien le capitalisme industriel qui mit en branle la modernisation dans ces deux pays: capitalisme privé des transnationales du pétrole dans le premier, capitalisme d'État8 planificateur et dirigiste, dans le second. Ces deux types de développement ont atteint des résultats similaires. Avant 1978, en Iran, le Châh, potiche pro-occidentale financée par les capitaux européens et bénéficiaire de l'aide militaire américaine, ne sut que favoriser les intérêts privés des membres de la famille régnante et amadouer par ses largesses quelques lI}inistres corrompus. Dans le prolongement direct du coup d'Etat de Sawr (mois zodiacal du Taureau), en 1978, le régime pro-soviétique afghan s'inféoda à Moscou. Le pays devint alors la victime d'une autre forme d'impérialisme, la satellisation soviétique. Babrak Karmal, du parti communiste Parcham, n'était que la marionnette des Russes. Il liquida des opposants et constitua son aréopage de ministres et de cadres en choisissant les élus de la nomenklatura pro-soviétique des "Parchamis". En 1987, lors de mon deuxième séjour au Pakistan, les contrecoups du retour des Ghilzay au pouvoir et du coup de frein soviétique n'étaient, de ce pays d'accueil, guère perceptibles. Par contre, la présence religieuse et doctrinaire saoudienne et l'injection massive d'argent frais et d'armement par l'axe New-York-Riyad-Islamabad y étaient fort voyants.
8 Herbert MARCUSE est l'inventeur de ce concept, qu'il applique à la description de l'économie dirigiste soviétique. L'analyse des mécanismes de l'administration russe, dans le contexte de la course aux armements et à la conquête de l'espace, démontre que le produit de la gestation de la classe révolutionnaire (la rwmenklatura) est un monstre totalitaire équivalent au bulldozer américain au niveau de l'opérationalité technologique. Cette analyse est aujourd'hui dépassée par les développements de Cornélius CASTORIADIS sur les bureaucraties (molle et dure) d'un capitalisme (respectivement d'Ouest ou d'Est). Ces appareils administratifs se rejoignent semblablement dans la forge d'un imaginaire social identique, dépossédant le peuple et l'individu de leur pouvoir d'auto-institution de la société, en programmant et imposant, de façon plus ou moins autoritaire, un mode de vie unique, que Marcuse, encore, décrit dans L'Homme unidimensiDnnel.

17

Les politiques adoptées à l'Est ou à l'Ouest ont eu le même effet, au niveau de la restriction des libertés individuelles et, en particulier, de la libre circulation des personnes. La confiscation des richesses au profit de l'élite de la cour - Iran - ou au bénéfice des cadres du parti communiste - Mghanistan -, ont atteint la même fm : établir et affermir le monopole de l'autorité et de la violence légales entre les mains d'une classe dirigeante de népotes cupides et sans scrupules, ne songeant qu'à se constituer un pécule ou plutôt un viatique, au besoin en pillant le patrimoine national, au musée de Kaboul par exemple, pour se garantir, à eux-mêmes et à leur famille, une sortie "honorable" dans le cas (échéance inévitable d'une dégradation inexorable) d'un départ obligé, tout en misant, provisoirement, sur les solidarités tribales. Le néo-despotisme oriental d'un côté, avec la pétromonarchie iranienne, et la tyrannie néo-stalinienne de l'autre, financée par l'importation du gaz du Turkestan afghan, furent deux régimes dont le caractère totalitaire ne faisait de mystère pour personne, que l'on soit de droite ou de gauche. Les intellectuels afghans étaient à n'en pas douter aux premières loges pour mesurer l'impact et constater la réalité de ces ingérences étrangères délétères, atrocement préjudiciables et à leur peuple et à leur pays. Sans doute est-ce pour cela que les plus sages retirèrent leur épingle du jeu, dans un discret exil ou un douloureux mutisme, et que les esprits les plus épris de liberté payèrent de leur vie ou d'un long martyre leurs engagements politiques qui de toutes façons leur valurent des déconvenues, quel que soit leur parti... Ce serait, en Occident, se voiler la face, de nos jours, de persister à croire pertinent de se positionner en faveur de l'un des deux blocs qui animèrent alors l'ère que les historiens appelent la Guerre j'roide". Ce label s'appliqua, malgré son étiquette faisant croire à une violence tempérée, à des conflits épouvantables, matérialisés par des "points chauds" sur la planète où des millions de morts sont à déplorer. Quel degré d'insensibilité faudrait-il à la conscience d'un homme pour songer sans effroi ni honte des siens aux guerres d'extermination de cette période? Rien qu'au MoyenOrient, des millions de morts tombèrent de part et d'autre durant le conflit irano-irakien, tandis qu'en Mghanistan, 1,3 18

million d'âmes ont quitté ce monde, sur la durée de l'occupation soviétique. Les experts occidentaux ont choisi le terme de Guerre Froide non pas du fait que les conflits, après la Première et la Deuxième guerres mondiales auraient été moins violents (plus "sqft", en parler franglais) mais simplement parce qu'il s'agissait de conflits pour ainsi dire "délocalisés"9. Les deux grandes puissances d'alors géraient ou généraient, directement ou indirectement, ouvertement ou discrètement, des guerres qui ne s'inscrivaient pas à l'intérieur des frontières de leur territoire national. C'est en cela qu'elles relevaient du label de Guerre froide, du fait qu'elles étaient menées par agents interposés, ou à l'écart du territoire national de leurs principaux protagonistes, c'est-à-dire les superpuissances impérialistes de l'époque (URSS et USA). Les choses ont changé, depuis les suites des guerres civiles de Tchétchénie, qui débordent sur Moscou, et surtout depuis les attentats suicides du Il septembre. Les superpuissances rivales d'hier, ces deux empires jadis irréconciliables, ces ennemis jurés d'autrefois, se sont depuis donné la main pour, avec d'autres, comme la Chine ou l'Europe, combattre un "axe du mal" que les membres des blocs Est-Ouest ont forgé en commun et - presquelO - à leur

insu.

Le terrorisme islamiste, troisième puissance mondiale, après le long duel entre communistes et capitalistes, défend des valeurs rétrogrades et draine des courants glissant
9 Comme maintenant les lieux de production (usines, ateliers, bureaux, même) des entreprises transnationales qui exploitent les mains-d'œuvre à bas prix du Tiers-Monde. Ce terme n'était pas encore en vogue à l'époque. 10 Certains journalistes se permettent de soupçonner des éléments russes du KGB ou des agents américains de la CIA d'alimenter en armes, munitions et explosifs les extrémistes islamistes. Ils leur ont, souvent, enseigné les formes d'actions du terrorisme et du sabotage. Les "hommes de l'ombre" auraient peut-être eux-mêmes fomenté, voire
même réalisé quelques attentats

- et

pas

seulement

contre

les écologistes

du Rainbow Warrior... Ne portent-ils pas la responsabilité de plus nombreuses exactions que ne l'a révélé la presse (du Nicaragua au Chili, pour les États-Unis, de Kaboul à Moscou, pour le KGB) ? Les pouvoirs en place tentent de contrôler et de museler les journalistes, en invoquant le secret militaire, une souche particulièrement résistante de la raison d'État.
19

insensiblement d'un traditionalisme rigoureux à la façon des salafistes à un islamisme révolutionnaire dans le style des frères musulmans. Ces mouvances s'interpénètrent aux yeux des spécialistes confondant prosélytisme religieux et fanatisme destructeur et suicidaire. Les moyens techniques du terrorisme d'Al Qaida, hypermodernes, contrastent avec l'aspect rétrograde, voire réactionnaire, de ses prises de position religieuses. Cette tierce superpuissance a surgi sous l'aspect d'un cyberterrorisme islamiste global, radicalisé et kamikaze, volontiers apocalyptique, solidaire de la cause palestinienne (laquelle, en dehors des factions dures du Hamas, ne se réjouit pas de se voir flanquée d'un tel allié). La guerre -froide ou non -, que l'on croyait éteinte, a laissé la place à une chaude lutte armée qui a réussi à endommager les symboles de l'auto-proclamée toute-puissance américaine, triomphaliste au lendemain de la dissolution de l'URSS et agressivement hégémoniste.
o o o

L'histoire de l'Afghanistan est un sujet difficile à aborder pour un néophyte mais ô combien passionnant! Si les connaissances ordinaires d'un collégien ou d'un lycéen français ne suffisent pas pour établir des repères à l'intérieur des notions géographiques et ethniques complexes de la sphère centre-asiatique, c'est qu'il s'agit d'un domaine peu abordé par les auteurs de nos manuels scolaires. La raison en est sans doute que nos intérêts coloniaux n'ont jamais, sinon, toutefois de façon fort embryonnaire, sous Napoléon 1er, tenté de s'imposer dans ces contrées. Au XIXème siècle, à l'apogée de l'ère du colonialisme, ces confins orientaux étaient convoités par les Russes - l'ours
tzariste

-

et les Anglais

- le

lion

britannique.

Leurs

poussées

simultanées et adverses ont constitué "Grand Jeu", dont les objectifs était le l'une et l'accès aux mers chaudes paysage a sérieusement changé à l'aube

le premier épisode du contrôle de l'Asie pour pour l'autre. Mais le du XXIème siècle.

20

À la lisière du Iuème millénaire de l'ère chrétienne, sur les brisées de la chute du mur de Berlin (1989)11 et sous l'étendard du capitalisme néo-libéral criant victoire, ainsi que sous la houlette de la déréglementation mondiale des échanges commerciaux, les montagnes pachtounes ont retrouvé, dans le sillage des répercussions indirectes de ces événements de portée mondiale, leur statut millénaire de sanctuaire pour les peuples ou les individus poursuivis, recherché et exilés. La fm de la "Guerre froide" coïncide avec le retrait soviétique d'Mghanistan, entre 1988 et début 1989, suivi de près par la déconfiture de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (chute de l'URSS en 1991). Aujourd'hui, la sanglante tache d'huile de l'islamisme radical et international né durant le conflit afghan (un mouvement s'enracinant dans le djihad cosmopolite généré comme instrument du conflit Est-Ouest) s'étend encore, à travers le monde musulman et menace de semer la terreur bien au-delà, "du nord au sud et d'est en ouest", selon les mots d'Oussama Ben Laden (extraits de la cassette diffusée sur Al-Jazira le dimanche 7 octobre 2001). Les terroristes d'AlQaida basés alors en Mghanistan et protégés par le régime talib, ont, le Il septembre 2001, heurté de plein fouet le ylus puissant (au moins militairement et financièrement) Etatnation de notre temps, la seule superpuissance restant en lice, qualifiée d' "hyperpuissance". Les terroristes apocalyptiques ont plongé le "village

planétaire" 12 suspendu

aux images des écrans de télévision

dans l'horreur, la consternation et la frayeur. Un sentiment de stupeur s'étendit sur tous les continents. Mais les images et les échos de cet événement, diffusés en boucle par toutes les chaînes de télévision et toutes les stations radios du monde, déclencha en quelques endroits, où les Américains sont haïs, une explosion de joie. Cette réaction, martialement enthousiaste, mais bien peu charitable pour les victimes civiles de ce massacre, est le produit d'au moins deux facteurs
l l La réunification desdeux Allemagne aura lieu un an plus tard. 12 Métaphore de la planétarisation du monde sous l'effet de la rapidité des moyens de communication et de diffusion de la radio et de la télévision puis d'Internet. Cette image a été popularisée aux États-Unis par Mac Luhan.

21

additionnés, cités ici non à titre de justification ou d'excuse, mais simplement d'explication: - la survivance d'un ancrage des valeurs dans le principe de la loi du Talion, qui n'est pas l'apanage des seuls arabomusulmans mais empoisonne l'air déjà vicié des plus hautes sphères du pouvoir, y compris parmi les "élites" des nations les plus développées; - la réalité d'une souffrance quotidienne et d'une humiliation répétée parmi des peuples déchirés par des affrontements sans fin et la détresse de ces individus qui ne savent plus ni comment s'en sortir ni seulement imaginer un avenir riant pour leurs enfants. Le bilan létal des attentats du Il septembre fut surévalué lors des frappes aériennes de l'aviation US en Afghanistan. Il continua de l'être durant les interventions terrestres américaines sur la fin de l'automne et jusqu'aux derniers jours de l'hiver 13. La somme véritable des victimes fut précisée vers le mois de mars 2002. Des 6000 morts annoncés, il n'en subsistait que 3000 avérés...
o o o

Sacrifiant à l'usage académique, cette introduction comporte un survol rapide des questions abordées dans l'ensemble de l'ouvrage. La nature de la démarche de ce livre est à double feu. D'abord percer à jour les causes et les raisons (inéluctables) de l'évolution de l'Afghanistan. Distinguer celles qui sont structurelles, intrinsèques à ce pays (dues à sa situation géographique et à sa fonction de creuset ethnique), de celles, conjoncturelles, qui, à l'heure actuelle, favorisent l'émergence des plus intenses dévastations jamais constatées dans les destinées des pays défavorisés ou rétifs à l'intrusion du mode de vie occidental. Ensuite, analyser les facteurs de permanence et de mutation qui dessinent le paysage présent et tirer de cette réflexion les éléments qui pourraient autoriser la prédiction des transformations majeures des années à venir en iifghanistan, dans un contexte mondial en cours de mutation. Ce programme ambitieux adopte une trame chronologique.
13 Quoique des doutes se fussent élevés au mois de décembre.

22

Toutefois, la logique de l'exposition des faits exigera parfois des chevauchements ou des bonds dans le temps et même quelques digressions afin d'aller au bout d'une question. Tout d'abord, une exposition des motivations personnelles de l'auteur vis-à-vis de ce pays qui a subi 24 ans de conflits semblera peut-être utile au lecteur inquiet de s'aventurer dans les arcanes d'un sujet complexe.
o n n

C'est avec opiniâtreté que j'ai persévéré dans un long et chaotique parcours académique centré sur l'Mghanistan. Mon engouement pour ce pays remonte à l'année 1977. Les carrières d'archéologue et d'orientaliste animaient alors ma soif de voyages et ma curiosité. Puis, décapée de son vernis romantique mais enrichie d'un bagage linguistique et ethnologique, cette ardeur se mua en une quête scientifique. Son objet, inavoué jusqu'à la fin de mon travail de thèse, parachevé en 2001, était la recherche des origines de la stratification politique dans la société afghane. Ce processus d'émergence du Politique est, en Afghanistan, un legs des Pachtounes, dont les traditions acéphales, l'organisation segmentaire et l'économie nomade ont néanmoins résisté à l'épreuve des sièc1es14. Dès la rentrée scolaire 1977, inscrit en première année de persan et de pachto (ou afghan), à l'Institut national des langues et civilisations orientales 15, tout du long de l'année, au petit matin, je pris l'habitude de me plonger dans les livres, empruntant un bus au train d'escargot, à destination de Gennevilliers, afin d'assister aux cours des Langues' O. L'islamologie et la phonétique me passionnèrent, dépassées bientôt par l'histoire des peuples de l'Antiquité. Tour à tour, ces enseignements et mes lectures firent revivre en mon esprit le souvenir des Akkadiens et des Sumériens de Mésopotamie, des Élamites des chaînes
14 Cf. : L. DESSART Les Pachtounes. Économie et culture d'une aristocratie guerrière (Afghanistan - Pakistan). L'Harmattan. 2001 : 606p. Thèse de
doctorat du Muséum national d'histoire naturelle

-

spécialité

Ethnologie

-

publiée dans son intégralité. 15 En abrégé Langues' 0 et en acronyme 23

INALCO.