L’Alliance française : francophonie et diplomatie culturelle au XXIe siècle

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L’Alliance française a été fondée en 1883 après la déroute de 1870 contre les Prussiens afin de redorer l’image écornée de la France et d’étendre son influence aux territoires outre-Mer fraîchement conquis. Association résolument apolitique, l’Alliance française a façonné la politique culturelle extérieure moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion du général de Gaulle, sa vocation et son statut associatif attirent l’attention du Quai d’Orsay, qui en fait un maillon essentiel de la diplomatie française.
L’Alliance française est désormais la première organisation non gouvernementale (ONG) culturelle au monde, présente dans 133 pays. Elle coopère étroitement avec le Quai d’Orsay. La Fondation Alliance française à Paris entend moderniser les alliances françaises et jouer la carte du français numérique. L’Alliance française remplit un rôle central dans la diplomatie culturelle d’influence déployée par la France au début du XXIe siècle.
Écrit à partir d’expériences de terrain, cet essai au ton vif explique les missions et le fonctionnement d’une alliance française ; étudie le rôle de ses principaux acteurs ; analyse les forces, les faiblesses et les singularités du réseau culturel français ; dresse un diagnostic de la diplomatie culturelle française de tradition messianique convertie à la diplomatie d’influence, plus obnubilée par l’« amitié franco-allemande » que convaincue par la Francophonie.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782849244852
Langue Français

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L’Alliance française
e Francophonie et diplomatie culturelle au XXI siècle
La collection« Essai »se veut ouverte aux nouveaux regards portés sur les sciences, les faits de société et les questions contemporaines.
Dans la même collection :
Enseigner les savoirs experts, Dominique Vachelard Libéralisme et anti-libéralisme dans la pensée politique, Hatem Mrad Les violences faites aux femmes, Anne-Françoise Dequire (coord.) Les centres éducatifs fermés,Benaïssa Hallak Science et diplomaties, Pierre-Bruno Ruffini Des métallos aux jeunes dex cités, Éric Marlière Du refus d’être père,François Faucon L’islamisme radical et l’Occident,Sophie Viollet Polynésiens et Indiens d’Amérique du Nord, Mikko Heikinheimo Plaidoyer pour les cochons, Michelle Julien La condition politique des Français d’origine non européenne, Adda Bekkouche Le réveil du monde arabe : douze scénarios d’avenir, Gilles Chenève Pas simplement quand ils nous rasent,Christophe Médici Crises économiques et régulations collectives, Michel Leis Amnesty International : enquête sur une ONG génétiquement modifiée, Marc Girot L’Afrique des timocrates, Léon Koungou L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels, Thierry Karpiel La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga Le management noir, Christophe Médici Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin Philosophie du ménage, Sébastien Groyer L’écologie profonde, Roger Ribotto La sexualité collective, Radu Clit Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
© Éditions du Cygne, Paris, 2017
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-485-2
Philippe Boulanger
L’Alliance française
e Francophonie et diplomatie culturelle au XXI siècle
Éditions du Cygne
Du même auteur :
e Jean-François Revel. La démocratie libérale à l’épreuve du XX siècle, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Penseurs de la liberté », 2014
Le souverainisme. Une idée certaine de la France, Paris, Éditions du Cygne, 2008
Introduction
« Quand la stratégie s’en va, reste le chiffre, censé révéler crûment la réalité des choses et qui sert aussi 1 bien à la camouer. »
En 2013, l’Alliance française a fêté ses cent trente ans. Elle est fondée, en effet, le samedi 21 juillet 1883, à Paris, sous l’impulsion du diplomate Paul Cambon, Résident général en Tunisie depuis le 18 janvier 1882, et de l’universitaire Pierre Foncin, son vrai meneur, d’abord secrétaire général (1883-1899) puis président (1899-1914). Outre Cambon et Foncin, les autres « pères fondateurs » sont Jules Ferry, Ferdinand de Lesseps, Gaston Maspero, Louis Pasteur, Ernest Renan et Jules Verne. Est présente également une partie nord-africaine repré-sentée, autour de Cambon, par l’universitaire algérois Louis Machuel et Jean Jules Jusserand, chef de Bureau aux Affaires tunisiennes en 1882. L’Alliance française a pour tâche essentielle, après la déroute militaire et politique de 1870 contre les Prussiens, de redorer l’image écornée de la Grande Nation et d’étendre son inuence aux territoires outre-Mer fraîchement conquis, tels l’Algérie, la Tunisie ou les pays du Levant. Sa fondation s’inscrit dans le contexte délicat du renforcement français en Tunisie après que la convention de la Marsa du 9 juin 1883 fut signée par le Bey. Fait historique très largement occulté aujourd’hui, le projet de l’Alliance française a incubé dans le milieu des Sociétés de Géographie Françaises tournées vers la conquête de nouveaux débouchés économiques et, plus
1. R. Debray,L’erreur de calcul, Paris, Éditions du Cerf, 2014, p. 29.
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globalement, dans l’ambiance expansionniste de la ïn du e 2 XIX siècle . Association résolument apolitique, au discours culturel à la fois patriotique et messianique, l’Alliance française voit son existence légale avalisée par un décret le 24 janvier 1884 et obtient, dès le 23 octobre 1886, le statut d’utilité publique, bien avant l’Alliance israélite (1975), dont le modèle de comité – aujourd’hui : conseil d’administration – a été repris à celle-ci et appliqué par Paul Cambon à l’Alliance française. Il s’agit d’impli-quer des personnalités reconnues dans la diffusion de la pensée et de la langue françaises. L’association du boulevard Raspail a, sinon inventé, à tout le moins façonné la politique culturelle e extérieure moderne, au cours du dernier tiers du XIX siècle, dans le contexte de renouveau politique et moral caractéristique de l’après 1870 et du début de l’expansion coloniale européenne en Afrique et au Proche-Orient. Avant que l’État n’en devienne le véritable concepteur, à partir de la Grande Guerre, puis de la création, en 1920, du Service des Œuvres françaises à l’étranger (SOFE), le pilotage de l’expansion intellectuelle jusqu’aux années 1910 a été assuré par l’Alliance française, investie du rôle d’organisme diploma-tique ofïcieux organisant des cours de langue française, l’aide aux écoles, la politique du livre, la formation des étudiants et la tournée de conférenciers dans le monde. Après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion du général Charles de Gaulle, sa vocation et son statut associatif attirent l’attention du Quai d’Orsay, qui souhaite en faire un maillon essentiel de la diplo-matie française. L’Alliance française est désormais la première organisation non gouvernementale (ONG) culturelle au monde. Aujourd’hui, l’Alliance française est présente dans 133 pays dans le monde, sur tous les continents : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine et centrale, Asie, Afrique, Océanie.
2. F. Chaubet,La politique culturelle française et la diplomatie de la langue. L’Alliance Française (1883-1940), Paris, L’Harmattan, coll. « Inter-National », 2006, p. 25-33.
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L’Alliance française a su gérer correctement l’irruption de trois e événements majeurs de la ïn du XX siècle : la chute du mur de Berlin, la ïn de l’apartheid en Afrique du Sud et la mondia-lisation des économies nationales. À Cuba, elle a survécu à la révolution castriste. Elle s’est réimplantée en Russie et en Chine, mais aussi en Inde, trois des BRIIC (avec le Brésil et l’Indo-nésie). Elle sait s’adapter à l’absence de droit associatif en Chine. Elle est très appréciée au Japon. Elle se développe également en Afrique du Sud, pourrait percer en Tunisie. La Turquie compte à présent deux alliances françaises, à Adana et à Bursa. Le plus grand réseau est l’étasunien, avec quelque 110 structures qui s’apparentent souvent à des clubs et fonctionnent davantage avec des dons qu’avec des étudiants. En Europe centrale, les réseaux associatifs connaissent une baisse des effectifs sensible. L’Alliance française a encouragé la professionnalisation d’un réseau mondial fort, en 2016, de 813 alliances françaises (contre plus de 1 000 en 2008), y compris en France. Depuis 2002, elle s’est engagée dans une politique de fermeture de structures, qui constituerait le volet complémentaire de la volonté de profession-nalisation du réseau : celui-ci est toujours le plus étoffé au monde, il ferme plus d’alliances françaises qu’il n’en ouvre, mais celles qui demeurent ou qui, éventuellement, s’ouvrent ont vocation à fonc-tionner de manière professionnelle, dans le cadre de la démarche qualité mise en œuvre par la Fondation Alliance française (FAF). De droit local, l’Alliance française s’insère dans le tissu éducatif, culturel et économique en fédérant des personnalités bénévoles de la société civile. Pour l’instant, la professionnalisation du réseau n’est pas freinée par le statut d’association à but non lucratif et le caractère bénévole de son conseil d’administration. À l’échelle globale, on peut estimer à 17 000 salariés et à 8 500 bénévoles ceux qui s’emploient à développer les activités pédagogiques, éduca-tives et culturelles qui irriguent une alliance française. Néanmoins, le recrutement coordonné avec le Quai d’Orsay et la formation continue des agents (surtout des directeurs) entreprise avec l’Ins-titut français constituent d’ores et déjà des déïs incontournables.
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Dotée d’un réseau culturel mondial surdimensionné et très compliquée à appréhender pour un interlocuteur extérieur, la France est une puissance moyenne qui doit composer avec des pays-continents (Chine, Inde, Brésil) à la population plus nombreuse et à l’économie en rattrapage, mais qui ne déïnissent pas nécessairement les règles du jeu commercial, ïnancier ou intellectuel mondial, qui reste l’apanage de la triade (États-Unis, Union européenne, Japon). Dans un monde marqué, depuis 2000, par l’affaiblissement relatif du rôle prédominant des États-Unis, la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et du Brésil, le retour de la Russie, les progrès prometteurs du Mexique, de l’Indonésie, de la Turquie, de l’Iran et de l’Afrique du Sud – qui, à l’exception du Brésil, sont quasiment tous des ré-émergents –, le Quai d’Orsay est contraint de s’adapter rapidement à une nouvelle donne internationale et faire davantage preuve de exi-bilité interculturelle dans ses actions de coopération éducative, linguistique, culturelle, scientiïque et universitaire. Ce n’est pas le déï le moins ardu pour une bureaucratie essen-tiellement animée par des fonctionnaires qui, par les modalités de leur recrutement et de leur intégration, et en dépit de leurs qualités personnelles et professionnelles, perçoivent souvent la planète à travers le prisme de leur statut d’agent à la sécurité de l’emploi et à l’ascension salariale garanties, alors que les rela-tions internationales sont, par excellence, l’univers du relatif, du précaire, de l’incertain. L’adaptation du réseau français au monde e (et non l’inverse) estlegrand déï de la France au début du XXIsiècle. À son échelle, l’Alliance française est amenée aussi à gérer des relations interinstitutionnelles qui confrontent le rythme de la fonction publique française à la réalité de droit local privé. L’Alliance française, implantée dans le monde entier, fonc-tionne selon des principes associatifs dont le droit local est le garant. Elle est placée sous la responsabilité d’un conseil d’admi-nistration impérativement formé de bénévoles francophones ou francophiles, parfois dirigée par un directeur français (détaché ou recruté local), animée par des personnels enseignant,
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