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L'ÉGLISE ET LE GÉNOCIDE AU RWANDA

De
155 pages
Au Rwanda, l'Eglise catholique est la seconde puissance instituée après l'État. En position privilégiée elle a joué un rôle non négligeable dans le génocide des Tutsi en 1994 et elle s'est compromise ouvertement avec le régime hutiste qui organisa et exécuta le Crime des crimes. L'Église porte le poids de la Négation des actes commis et celle de ses propres responsabilités ; elle s'enferme dans une auto-défense vaine faite d'auto-disculpation, d'oubli voire de mensonges infâmes, démontrant ainsi son immense mépris pour les victimes comme pour les rescapés du génocide.
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Collection « Points de Vue concrets»

Jean Damascène BIZIMANA

L'ÉGLISE ET LE GÉNOCIDE AU RWANDA
Les Pères Blancs et le Négationnisme

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

L'auteur
Jean Damascène BIZIMANA est rwandais, ancien séminariste des Pères Blancs. Etudiant en droit à Toulouse l et Bordeaux; il est l'auteur de plusieurs documents et articles publiés sur le Rwanda. Il collabore au bulletin « Liaison RWANDA ».

Iconographie: Le génocide des Tutsi à Murambi (préfecture de Gikongoro). Le 21 avril 1994, vers 3 heures du matin, l'école technique en chantier, abritant des milliers de Tutsi regroupés et terrorisés, a été envahie par l'armée et les miliciens du régime Habyarimana: 50 000 victimes, enfants et adultes, réparties ensuite dans 3 charniers,. 26 000 cadavres ont été exhumés par la suite et leurs os sont aujourd'hui exposés dans les salles de classe à la réflexion de tous.

cg L'Harmattan 2001 ISBN: 2- 7384-8681-9

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Je dédie ce livre aux 84 membres de ma famille tués au Rwanda pour la seule faute d'être nés tutsi et à tous mes amis massacrés pour la même raison en particulier: Callixte KAMBANDA, Onesphore NTIRUSHW A, Alphonse BIZIMANA, Charles KAYIRANGA, Joseph TWAGIRA YEZU, Médiatrice ITANGISHAKA, Concessa MUKANKUSI, Odette MUJA WAYEZU, Pélagie MUKANTW AR!, Théodosie MUKAMULIGO, Abbé Joseph NIYOMUGABO, Jean Damascène RUGEMA, Marie Jeanne NTIBALIKURE, Fidèle GACINY A, Libérée NILINGIYIMANA, François KANAMUGIRE, et bien d'autres amis dont, à dessein, je tais les noms.

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REMERCIEMENTS

J'adresse ma sincère gratitude aux personnes qui m'ont aidé à vivre dignement la souffrance due à l'extermination atroce de ma famille. Je pense particulièrement à : Jean-Michel BOLZINGER, Jeanny WAGNER, Brigitte ROLLIN, Yvette TARDIF, Roger RAMES, Patrick JOLY, Frère Jean LUC, Aloys TEGERA, Irène KOAMA, Jean-Pierre VIGUIER, Alex AUBE, Bernadette MUJA WAMARIY A et Apollinaire MUNY ANKINDI. J'exprime la même gratitude aux rescapés qui, par leurs confidences, ont suscité en moi le courage d'écrire ce livre. Je rends surtout hommage à ceux d'entre eux qui nous ont quittés: Aloys KAT ABAR WA, Bernadette MUKANEZA, Cyrille MUSONI, Basile MUSEMINALI, Sr Antoinette MUKARUSANGA, Immaculée MUSABYEMARIY A et Eugène BINAMA. Je dois également une dette de reconnaissance aux familles qui m'offrent l'hospitalité pendant mes séjours au Rwanda. Leur inépuisable amour me permet de mieux accepter ma situation d'orphelin, et de supporter les terribles effets du génocide. Enfin, je tiens à remercier Jean-Paul GOUTEUX qui a pris de son temps pour lire mon manuscrit.

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«La monstrueuse extermination des Tutsi est une abomination qu'aucune prière expiatoire, aucun pardon, aucune expiation des coupables, rien enfin de ce que l 'homme a le pouvoir de faire, ne pourra réparer ». Un prêtre rescapé du génocide

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Repères sur l'Église du Rwanda
Le Rwanda est un pays de plus de 7 millions d'habitants avec une petite superficie de 26338 Km2. L'État rwandais partageait sa population en trois ethnies: les Hutu (85 %), les Tutsi(14%) et les Twa (1%), dûment fichée par leur carte nationale d'identité et les registres administratifs. Le génocide de 1994 a coûté la vie à plus d'un million de Tutsi. L'Église catholique est la plus grosse institution après l'Etat. Selon une enquête réalisée par le ministère rwandais des finances et du plan et par le fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population (FNUAP), le Rwanda compte: 57,2% de catholiques, 24% de protestants, 10,4% d'adventistes (soit 92% de chrétiens) et seulement 1,9% de musulmans. C'est probablement le pays le plus christianisé d'Afrique. L'Église catholique dispose au Rwanda de 9 diocèses et 133 paroisses. Avant les ordinations sacerdotales de l'été 1999, il y avait 326 prêtres diocésains, Il prêtres religieux et 31 prêtres fidei donum. Il y a deux grands séminaires pour 514 séminaristes et 6 petits séminaires. Durant le génocide, l'Église a perdu 3 évêques, 103 prêtres diocésains, 66 religieuses, et 53 religieux presque tous des Tutsi. Voici la répartition suivant le diocèse où ils étaient incardinés et leurs congrégations respectives pour les Religieux et Religieuses assassinés.

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Prêtres diocésains Butare = 15 prêtres Byumba = 1 évêque et Il prêtres Cyangugu = deux prêtres Kabgayi = 7 prêtres Kibungo = 7 prêtres Kigali = 1 évêque et 5 prêtres Nyundo = 31 prêtres Ruhengeri = 1 prêtre Religieux Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) = 2 Les Jésuites = 3 Prêtres Fidei Donum = 1 Frères Joséphites = 29 Frères Maristes = 6 Les Franciscains = 2 Frères de la Miséricorde = 3 Les Bénédictins = 2 Frères de la Charité = 1 Frères de la Sainte Croix = 4 Religieuses Sœurs Auxiliatrices = 1 Sœurs Benebikira = 19 Sœurs Bénédictines = 8 Sœurs Abizeramariya = Il Sœurs Notre Dame du Bon Conseil = 1 Sœurs de l'Assomption = 6 Sœurs de la Charité de Namur = 2 Sœurs du Bon pasteur =2 Sœurs Dominicaines = 2 Filles de la Charité = 2 Petites sœurs de Jésus = 1

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Après le génocide, d'autres ecclésiastiques et religieuses ont été tués, la plupart dans le nord du Rwanda par des rebelles Hutu. Un petit nombre a été tué par des inconnus, telle Père Claude SIMARD assassiné à Butare en septembre 1994, Guy PINARD tué à Ruhengeri le 2 février 1997, et le Père croate Vijeko CURIE tué à Kigali le 31 novembre 1998.

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INTRODUCTION
En 1994, il s'est produit un génocide au Rwanda. Le premier sur le continent africain, réalisé par un État africain. Peu après ce crime, diverses thèses à caractère négationiste ont été répandues et continuent de l'être. Les acteurs de cette campagne appartiennent à différents milieux: politiques, religieux, journalistiques, universitaires,... Cette propagande étonne moins lorsqu'on sait que les meneurs du génocide étaient soutenus par certains États démocratiques et que ce soutien demeure. La surprise devient plus grande quand on se rend compte qu'une institution dont la mission est de prêcher l'amour universel se met du côté des ennemis de la paix. Au Rwanda, l'Église catholique en général et les autres Églises chrétiennes contribuent à l'expansion du mensonge sur un crime qui emporta plus d'un million de ses fidèles. Le génocide est nié par des prêtres et par des religieuses. Beaucoup refusent de nommer le crime par son nom. Le génocide est camouflé dans des termes flous et ambigus, dans des expressions prêtant à confusion tels que « guerre civile, massacres interethniques, événements de 1994, double génocide », etc... Un crime international, reconnu par les Nations Unies, est délibérément camouflé. Il n'y a pas que cela. Des évêques, des prêtres, des religieuses et une foule de chrétiens ont directement participé aux massacres. L'Église refuse de reconnaître les faits et préfère protéger les coupables. Elle se montre réticente à un sincère examen de conscience. Elle choisit se défendre en prétendant qu'elle est persécutée. Mal remise de sa longue aventure d'allié au pouvoir, incapable aujourd'hui de concilier réalisme et imagination, d'articuler son histoire et le choc des réalités créées par le génocide, elle cherche à cacher la vérité pour ne pas assumer ses responsabilités. Et pourtant le pape avait clairement demandé aux évêques rwandais, en 13

avril 1996, que les prêtres et les religieux impliqués dans les massacres puissent répondre de leurs crimes. « La justice et la vérité, avait-il écrit, doivent aller de paire lorsqu'il s'agit de mettre au jour les responsabilités dans le drame qu'a connu votre pays. L'Église en tant que telle ne peut être tenue responsable des fautes de ses membres qui ont agi contre la loi évangélique; ils seront appelés à rendre compte de leurs actes. Tous les membres de l'Église qui ont péché durant le génocide doivent avoir le courage de supporter les conséquences des faits qu'ils ont commis contre Dieu et contre leur prochain ». Ce message du chef de l'Église est restée lettre morte. Non seulement la hiérarchie de l'Église locale rwandaise refuse tout examen de conscience et toute reconnaissance de ses responsabilités, selon le souhait du pape, mais aussi et surtout, l'Église catholique en général, et les instituts missionnaires, en particulier les pères blancs, constituent un réseau où le négationisme bat son plein. Un crime contre l'humanité, un génocide, est devenu synonyme de massacre tout court. On masque le fait qu'il a été anéantissement d'un groupe humain identifié comme Tutsi. Il faut donc rétablir la vérité pour redonner au terme génocide la signification ou plutôt la qualification qui lui revient. C'est un crime spécifique qu'il ne faut jamais confondre avec toute autre infraction criminelle. Il faut ensuite montrer aux hommes de bonne volonté que l'Église oublie sa mission en se rangeant derrière les partisans de la haine et les acteurs du crime. Elle affiche ce parti pris et quand ses chefs sont interrogés sur cette dérive, ils nient les faits. Cette réalité quotidienne démontre qu'ils jouent le jeu des révisionnistes. Force est donc d'analyser leurs écrits et leurs paroles pour découvrir le rôle macabre qu'ils jouent dans l'expansion d'une idéologie raciste. D'emblée, je précise que je ne suis pas un anti-Église soucieux de salir abusivement son image. Je suis chrétien, j'aime profondément cette Église où j'ai passé plusieurs années de ma vie comme séminariste. J'ai connu dans 14

l'Église tant de moments de joie inoubliable. Elle a été l'un des meilleurs lieux d'épanouissement de mon enfance et de ma jeunesse. J'ai aussi connu des saints prêtres, aimant Dieu et les hommes, qui ont été pour moi des modèles de vie et un signe que l'Église compte dans ses rangs des ouvriers dignes. Toutefois et à l'instar de plusieurs chrétiens rwandais, je suis profondément outré par son comportement sur l'extermination de tout un groupe humain. A ce titre, je ne me sens pas capable de suivre comme un mouton l'Église dans ses erreurs. Je crois plutôt qu'il est nécessaire de rechercher les manquements et les reconnaître publiquement. L'Église joue avec le génocide, banalise sa nature, alors qu'elle devrait être la première à se soucier de la justice, de la vérité et de la paix. Voilà pourquoi je sens le devoir de témoigner pour rétablir la vérité. Mon témoignage se bornera à révéler les dérives de l'Église institutionnelle et à prouver le fondement de multiples accusations qui lui sont reprochées à juste titre, mais qu'elle préfère refuser. Je n'analyserai pas les aspects concernant l'attitude de l'immense foule des chrétiens. C'est un élément à part du problème, son objet mérite d'autres développements qui n'entrent pas dans le cadre de ce livre.

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