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L'ennemi au cur du politique

De
168 pages
Géopolitique, attentats, violences intérieures, guerres : tout concourt à démontrer combien l'identification de l'ennemi pose de plus en plus question ; tout en donnant lieu à des manipulations multiples. Le terrorisme djihadiste et les métamorphoses de la guerre post-westphalienne obligent ainsi à redéfinir les contenus et la construction de cette identification complexe tout en repensant les origines de l'État. L'enjeu de ce livre est donc de prévenir la violence et la guerre par la compréhension de la politique et de l'institution du politique, tout en traitant les caractères les plus cruels de l'actualité.
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Jacques Beauchard
L’ENNEMI AU CŒUR DU POLITIQUE
Préface de JeanPierre Raffarin
L’ennemi au cœur du politique
Jacques BeauchardL’ennemi au cœur du politique Préface de Jean-Pierre Raffarin
© L’HARMATTAN, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13425-3 EAN : 9782343134253
A la mémoire des victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais.
En hommage à la pensée de Julien Freund.
PréfaceJean-Pierre RAFFARIN
On doit à l’amiral Alain Coldefy, il y a plus de vingt ans, une description lapidaire, à la Tacite, de la situation léguée par la chute du mur de Berlin : « il n’y a plus de menaces aux frontières, il n’y a plus de frontières aux menaces ».
Tout le politique, depuis la nuit des temps, est construit sur la polarité du Eux et du Nous. Grecs et barbares, Romains et peuples d’au-delà du limes, Français et Anglais du temps de Jeanne d’Arc, Hutus et Tutsis, mais aussi bien mon voisin et moi, Montaiguts et Capulets ou garnements d’ici contre gamins d’à côté dansLaGuerre des boutons. On se pose en s’opposant. L’identité se fabrique du dedans contre le dehors et réciproquement.
Comme chacun en use de même, cela établit un ordre universel fondé sur le contrepoint en quelque sorte : — Dar al Harb contre Dar al Islam, ou querelles perpétuelles de voisinage, le conflit est en quelque sorte le fondement d’un ordre ayant pour fin de le modérer — que ce soit le bon gouvernement célébré par le Magistrat de Sienne, l’ordre Westphalien de 1648 ou l’organisation des Nations Unies, les efforts pour contenir la violence partent tous du principe qu’elle est première.
C’est que, comme le note très justement en son préambule l’Acte Constitutif de l’UNESCO (16 novembre 1945), « L’incompréhension mutuelle des peuples a toujours été, au cours de l’histoire, à l’origine de la suspicion et de la méfiance entre nations, par où leurs désaccords ont trop souvent dégénéré en guerre ».
Et certes, l’organisation de chacun, de chaque groupe, de chaque État, autour de son identité en quelque sorte privée
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ou du moins singulière, concourt puissamment à cette incompréhension, en établissant des distinctions aisées à tourner en différences, qui dégénèrent sans peine en hostilité réciproque.
À la lumière de cette conscience du destin collectif inéluctable, qu’éveillent graduellement la sensibilité climatique et environnementale, l’ubiquité des informations, la communauté des dangers ressentis, il est aisé de comprendre que l’ennemi n’est plus seulement en dehors mais aussi en dedans. L’ennemi n’est pas que l’Autre mais aussi une fraction de nous qui ne faisons plus qu’un à l’échelle planétaire. L’ennemi n’est pas à penser en tant que contraire de notre positivité, mais comme imperfection de notre insuffisance. À nous –We- The People, pour reprendre les premiers mots de la déclaration américaine des droits, mais étendus à l’ensemble de l’humanité, de remédier à cette carence interne.
Mais, tout bouge, notre monde post Westphalien et le terrorisme djihadiste ont à ce jour dissous les frontières lisibles de la guerre, nous plaçant dans la situation dangereuse et paradoxale d’une paix belliqueuse.
Bien entendu, des oppositions d’intérêts, des conflits, voire des guerres continuent de marbrer la surface des choses, avec leur lot de destructions et de tragédies. Mais qui ne voit que ces affrontements permanents escamotent les vrais enjeux d’un monde allant vers plus de dix milliards d’habitants à brève échéance et qui posent – supérieurement- la survie décente de l’espèce et du monde. Gardons à l’esprit que nous vivons actuellement la sixième extinction des espèces ; voilà qui étalonne les ordres de grandeur dans la longue durée.
Dans cette perspective, la condition première à établir, c’est la paix. Pas une Paix céleste faite de consensus, ni la
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paix des cimetières, - toutes deux ont le tort de se placer sous le signe de l’éternité, qui n’est pas de ce monde - une paix tout bonnement d’intention et de compatibilité, une paix en constant devenir.
Pour transformer les différences qui divisent en écarts qui relient, nous avons besoin d’un fonds commun d’intelligibilité et de parole, que toute entorse à la paix détériore. La paix est donc moins à cultiver comme un idéal qu’à promouvoir comme une méthode, le chemin de l’écoute faute duquel il ne peut y avoir d’entente, et encore moins de bonne intelligence. Elle est l’inverse de la demeure de l’humanité, à savoir la somme des prétentions rivales. Elle est l’aire dégagée qui s’oppose à l’encombrement des singularités frictionnelles. Elle porte à l’apaisement en ouvrant sur un espace commun.
Or, cet espace de la paix s’apparente, à l’échelle globale, à ce concept si fécond de l’espace laissé vide dont Jacques Beauchard a montré qu’il était, dans les villes, le lieu du commun, l’aire et le volume de la dimension publique, la maison du Nous au cœur de l’habitat des Moi.
Tirant toutes les leçons de sa longue carrière de chercheur en sociologie urbaine, Jacques Beauchard avec ce nouveau livreL’ennemi, au cœur du politique (dans lequel la virgule revêt une signification si forte d’apposition entre les deux parties qu’elle sépare), touche au cœur de la cible : le politique, dorénavant, a pour mission première et suprême à la fois de résorber la part menaçante qui demeure en nous, la société humaine mondialisée. Conjurer, certes, les menaces qui localement continuent de provenir d’un ailleurs, comme un ciel de traine suit un orage, mais surtout déminer les dangers enfouis en notre propre multitude déjà globalisée, mais manquant des outils pour s’y conduire. Le cœur du politique, c’est d’affermir cet espace de commune
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