L'envers de l'épopée portugaise en Afrique (XVe-XXe siècles)

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Ce document retrace l'histoire de la présence coloniale des Portugais en Afrique qui, entamée au XVe siècle, s'acheva en 1974. L'auteur souligne tout le mérite et la portée des découvertes portugaises qui ont permis la création de peuplements métissés et l'introduction de nouvelles plantes industrielles. Toutefois, il porte un regard très critique sur l'épopée portugaise, en montrant le processus par lequel les portugais ont pu désorganiser les structures sociales africaines. L'esclavage est analysé ici sous plusieurs aspects.

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Date de parution 01 mai 2007
Nombre de visites sur la page 272
EAN13 9782336263045
Langue Français

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L'envers de l'épopée portugaise en Afrique
(XVe-XXesiècles)

À la mémoire du ProfesseurMbayeGuéye
duDépartementd’Histoire de L’UCAD.

© L'HARMATTAN,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-03275-0
EAN :9782296032750

Abou HAYDARA

L'envers de l'épopée portugaise en Afrique
(XVe-XXesiècles)

Préface deJoseph NDIAYE
Conservateur de la Maison desEsclaves deGorée

L'Harmattan

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Déjàparus

Simon-PierreE. MVONENDONG,Bwiti et christianisme,2007.
Simon-PierreE. MVONENDONG,Imaginaire de la maladie auGabon,2007.
Claude KOUDOU (sous la direction de),Côte d’Ivoire : Un plaidoyerpour une prise
de conscience africaine,2007.
Antoine NGUIDJOL,Les systèmes éducatifs en Afrique noire. Analyses et
perspectives, 2007.
AugustinRAMAZANIBISHWENDE,Ecclésiologie africaine de Famille de Dieu,
2007.
PierreFANDIO,La littérature camerounaise dans le champ social,2007.
Sous la directiondeDiouldé Laya, de J.D.Pénel, etdeBoubé Namaïwa,Boubou
Hama-Un homme de culture nigérien,2007.
Marcel-DuclosEFOUDEBE,L’Afriquesurvivra auxafro-pessimistes,2007.
ValéryRIDDE,Equité etmise enœuvre despolitiquesdesanté auBurkina Faso,
2007.
Frédéric JoëlAIVO,Le présidentde la République en Afrique noire francophone,
2007.
AlbertM’PAKA,Démocratie et société civile auCongo-Brazzaville,2007.
AnicetOLOAZAMBO,L’affaire duCamerounseptentrional.
Cameroun/RoyaumeUni,2006.
Jean-Pierre MISSIÉetJoseph TONDA(sous la directionde),LesÉglisesetlasociété
congolaise aujourd’hui,2006.
AlbertVianneyMUKENAKATAYI,Dialogue avec lareligiontraditionnelle
africaine,2006.
GuyMVELLE,L’UnionAfricaine :fondements, organes, programmesetactions,
2006.
ClaudeGARRIER,Forêtetinstitutionsivoiriennes,2006
NicolasMONTEILLET,Médecineset sociétés secrètesauCameroun,2006.
AlbertNGOU OVONO,Vague-à-l’âme,2006.
MouhamadouMounirouSY,La protection constitutionnelle desdroitsfondamentaux
enAfrique : l’exemple duSénégal,2006.
ToumanyMENDY,Politique etpuissance de l’argentauSénégal,2006.
ClaudeGARRIER,L’exploitation coloniale desforêtsdeCôte d’Ivoire,2006.
Alioune SALL,Lesmutationsde l’intégration desEtatsenAfrique de l’Ouest,2006.
Jean-MarcÉLA,L’Afrique à l’ère du savoir:science,société etpouvoir,2006.
DjibrilKassombaCAMARA,Pour untourisme guinéen de développement,2006.
DominiqueBANGOURA,EmileFIDIECKA BIDIAS,L’UnionAfricaine etles
acteurs sociauxdansla gestion descrisesetdesconflitsarmés,2006.
Maya LEROY,Gestionstratégique desécosystèmesdufleuve Sénégal,2006.
OmerMASSOUMOU(dir.),La marginalité en République duCongo,2006.

SOMMAIRE

Pages

PREFACE......................................................................................................... 7

AVANT-PROPOS..........................................................................................13

INTRODUCTION.......................................................................................... 19

PARTIEI:L’EXPANSION MARITIMEPORTUGAISE....................... 29
CHAPITREI:LESBIENFAITSDEL’EPOPEEPORTUGAISE............................ 29
I.1.Le Portugal:paysàvocationexpansionniste........................................ 29
I.2.L’introductiondes plantes nouvelles .....................................................33
I.3.L’apparitiondenouvelles populations .................................................. 34
I.4.Phénomènes linguistiquesetculturels:le casduBrésil ....................... 37

CHAPITREII:LEROLE DEL’ATLANTIQUE DANS L’EPOPEELUSITANIENNE.....48
II.1.Le Portugal premièrepuissancemondiale...........................................48
II.2.Lasuprématie del’Angleterre dans lesecondsystèmemondial .........51
II.3.Le Portugaldans lesystèmemultipolaire,la construction
ème
du 3empire.......................................................................................54
II.4.Lerôlestratégique desAçores sur l’échiquierinternational................55

PARTIEII:L’ESCLAVAGEPORTUGAIS.............................................. 61
CHAPITREI:CONDITIONSD’EMERGENCE DEL’ESCLAVAGE..................... 61
I.1.L’organisationdes sociétésafricainesavant letraficnégrier................ 61
I.2.Lescirconstanceshistoriquesdu traficnégrier...................................... 71
I.3.Rôle idéologique del’Eglise Catholique............................................... 75
I.4.Oppositiondes populationset responsabilitésdeschefferies locales....86

CHAPITREII:PROCESSUSEVOLUTIONNELDEL’ESCLAVAGE.................... 92
II.1.L’exploitation négrière.......................................................................... 92
II.2.Lesupplice humain ............................................................................ 107
II.3.Del’insurrectionàl’abolition ............................................................ 114

II.4. L’envers de l’épopée lusitanienne......................................................138
- Leregard critique desécrivains.......................................................... 138
- Luttesd’influence etconflitsd’intérêtsentre ArabesetPortugais..... 143
- Lacorruptiondes missionnaires religieux.......................................... 146

PARTIE III:LA COLONISATION PORTUGAISE............................... 159
CHAPITREI:IMPLANTATION COLONIALE ET SEQUELLES........................ 159
I.1.La formationdel’empire colonial ........................................................ 159
I.2.Lemétissage biologique et l’acculturation ..........................................179
I.3.Lesystème d’assimilation ................................................................... 184
I.4.Lesclivages raciaux............................................................................. 189

CHAPITREII:CONSEQUENCES DE LA POLITIQUE COLONIALE SUR
L’EDUCATION ET SUR L’ECONOMIE.............................. 195
II.1.Lesystème éducatif colonial ............................................................... 195
- Lerôle delamissioncatholique......................................................... 195
II.2.L’éducationdurant la guerre delibération ......................................... 211
II.3.Apportséconomiqueset système d’administrationdescolonies .......213
II.4.Le développementinégal ................................................................... 236

CONCLUSION............................................................................................. 245

PRÉFACE

C’est pour moi un grand honneur et un plaisir réel de faire la préface du
livre de M.Abou HAYDARA, intituléL’envers de l’épopée portugaise en
ème ème
Afrique : XV–XX siècles.Il ya encelaplusieurs raisons.C’estd’abord
pour laqualité del’hommequeje connaisbien, ainsique duChercheur,
professeuràl’Université Cheikh Anta Diopde Dakar oùilestactuellement
Maître de Conférenceset, en mêmetemps, Chef duDépartementde Langueset
CivilisationRomanes.Maisensuite dufaitdelaqualité etdel’importance de
l’œuvrequ’il nous présente.Disons-letoutdesuite, c’est un travail
fondamental pour la connaissance du passé denotre continent puisqu’il
rappellelapériodelaplus tragiquequel’humanité ait jamaisconnue :
l’esclavage et letraficnégrier.Desurcroît, ilestélaboré àpartirdu regard d’un
africaindesouchequi apu remonter les sources les plusanciennes.Il répond
ainsiparfaitementaux préoccupationsdel’UNESCOsurcettequestion.
Spécialiste delalangueportugaisequ’ilenseigne àl’UCAD de Dakar
depuis plusieursannées,le ProfesseurHAYDARA ena été amené àmaîtriser
parfaitement la civilisation portugaise, àtelenseignequ’ilfinit mêmeparfaire
œuvre d’historienémérite danscetravailderecherches qui donneunevision
rétrospectivesur laprésence desPortugaisdans notre continent.Il porte donc
sur les répercussionsdela colonisation portugaise,non seulementenAfrique,
maisencore dans la diasporalusitano-africaine.
M.HAYDARAprésente, danscetessai,la Colonisation portugaise dans
sesaspects les plus sombres, commesous l’esclavage dontildépeint toutes les
facettesdel’organisationdans lesanciennescolonies lusophones;il nous
éclaire du même coup sur lesfondementscoloniaux même del’esclavage, déjà
auSénégal, à Goréenotamment.Il reste entendu, eneffet,quelesPortugais
aurontétéles premiersà introduire auSénégal letraficnégrier par voie
maritime,pouravoirétéles premiersàvenir s’établireffectivementcomme

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colons européens dans ce pays, avec comme possessions l’île de Gorée, alors
Palma (l’île des palmes), ainsi que quelques autres Établissements aux
comptoirsdescôtesdela Sénégambie(RioFrescodevenuRufisque, Sali
PortudaletJoal).Cetteprésenceportugaise danscepays, dès 1444,quiles
mettait pour lapremière foisencontactavecl’Afrique Noire(côte de Guinée),
a étémarquéepardes métissagesimportants.En témoignage,la descendance
lusoafricainerestée à Gorée,maisaussi à Saint-LouisduSénégal, dont la gente
fémininetrès priséepour sa beautétropicale est rendue illustresous
l’appellationde « Signare »(du portugais:senhora).Ces lusoafricains sesont
fondusaujourd’hui en partie dans lapopulation noire, cependant leurs traces
biologiques sont perceptibles parcertains nomsenAfrique;ils ont migré en
grandepartievers lesîlesduCapVert ou vers lamétropolelusophone.D’où
l’intérêt,pour nous sénégalais maisaussi africains, demieuxconnaîtreles
fondements politiques, économique,socialetcultureldela colonisation
portugaise, ainsiqueseseffets universellementconnus, commele fait
esclavagiste.
M.HAYDARA, dans sonimportante étudesur les vicissitudesdela
présence colonialeportugaise, commenceparfaire d’abordla concessiondes
quelquesavantages,souvent occultés,que cette Épopée coloniale aura apportés
enAfrique etailleurs.C’est le cas notammentdesgrandesdécouvertes
maritimesàl’origine del’ouverture du monde,prémicesdelamondialisation.
Cesavantages s’exprimentencorepar l’introductiondeplantes tropicales
nouvelles, ainsiquepar lemétissage biologique etculturel.Sousce dernier
aspect,le Brésilconstitueunexempleparfaitdesymbioselinguistique et
culturelle.Effectivement, ceséchangesculturelsirontainsijusqu’à
l’enrichissementdelalangue, avecle créoleparlé dans les plantations, et qui
servira comme code de communicationfuture entreles nègres marronsdurant
leurs révoltes ; sans laisserencomptelevaudou venuduBénin quijouaun rôle
importantcomme facteurde cohésiondesesclaves noirs.Les religions
brésiliennescommele candombléou la fameuse danse delasambasont

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d’influence africaine. L’on note donc que l’apport de l’Afrique fut déterminant
dans le processus de formation de la société brésilienne.
Les bienfaits de la colonisation portugaise une fois énumérés, M.
HAYDARA nousenexposera ensuiteproprement les méfaits, eninsistant sur
le faitcuisantdel’esclavage, àtravers lesconditionsdraconiennes quiseront
les siennes sous la domination portugaise.Son mérite de chercheur perspicace
aura été derepasser sur lescausesde cetrafic,son organisation triangulaire,
son procédé et saméthode àtraversdifférents séviceset supplices notés,tout
en soulignant, au passage,l’implicationafricaine dufait même del’attrait
qu’exerçaient sureux les marchandiseseuropéennes,source demonnaie
d’échange.Toutefois,une distinction trèsclairenousest présentée danscette
étudepar une comparaison qui établit la différencenette entrela douceur
relative del’esclavage domestique africainet la barbarie du traficnégrier.
M.HAYDARAtentera,parailleurs, d’expliquer lanécessité,pour les
Portugais, d’aller rechercher unemaind’œuvrejusqu’enAfrique,pour la
culture des plantationsauBrésil, alors qu’unepopulationindienne autochtone
yétaitdéjà disponible.Ici,le facteurdelarésistancephysiquepour les travaux
deschamps sous les tropiques,viendra expliquer lapréférence donnée aux
nègresdont laréputationdevitalité etdevigueur, avaitfinipar orienter le
choixdesEuropéens.Cetavantage contribuera àlégitimer l’impositionde
lourds sacrificescorporels, allant jusqu’aux suppliceset tortures que décrit
notre auteuravec force détails.Le butfinalétantd’en tirer lemaximumde
profits.Mais, enétablissant lescausesdel’introductiondesNoirsaux
Amériqueset surtout pourdéconstruirelalégitimationdeleurdominationet
sujétion,l’auteurinsistesur le côté idéologique del’Eglise catholique,pour sa
justification par uneprétenduevisioncivilisatrice enAfrique,quipasserait par
le baptême chrétienet la foi enChrist,seulesalvatricepour l’âme desNoirs.
Aprèsavoirfait lapeinture de cettepagesombre del’histoireportugaise
durant l’esclavage,l’auteur nousexposeles raisonsdesonabolition
universelle.Faisantfi dudiscourshumaniste duSiècle desLumières marqué
par un tolérantisme coupable, M.HAYDARAnousendonne deuxcauses
essentielles:la Révolutionindustriellesurvenue enAngleterre àla findu
ème
XVIIIsiècle et l’indépendance desNoirsà Haïti.Lapremière,pouravoir

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permis à la machine de relayer la main d’œuvre humaine, et par làmême
réduireleseffectifsd’esclaves,sinon lesaffranchir ; laseconde, encequ’elle
aurapermisde faire de SaintDomingueunexempleprécurseurde
l’autodéterminationdes nègresaffranchis, et prouver qu’ilsétaientcapablesde
s’assumereux-mêmeset pouvoir seprendrelibrementencharge.
Cependant,malgrél’abolitiondel’esclavage,l’auteur nousdémontrela
survivance,sous la colonisation portugaise, d’une autre forme d’esclavage,
moderne celle-ci;c’est lesystème de fermage dans les plantationsappelées
"serviçais"en portugais,qui, introduitaprès l’abolition,semanifesterasous la
forme d’unelocationdemaind’œuvrenègre.Il s’effectuaitàtravers
l’internationalisationdeséchangescoloniauxenAfrique, avecpaiementde
devisesaucontractantétranger ;il s’agissaitdevaleur monétaire déduite du
salaire du travailleur nègrequi, ainsispolié,nepouvaitaudemeurant
pratiquement plus rentrerdans son paysd’origine.Une fois transplanté dans
une ferme étrangère et rendu prisonnierdeson travailchampêtre, ilétait pris
alorsdans une contrainte àla foisfinancière etcoercitive.
L’intérêtessentieldu travailde M.HAYDARA aura étésurtoutdenous
démontrerainsi,quelongtemps, bienaprès l’abolitiondel’esclavage,les
conditions matériellesdelaservitude humaineseront maintenuesencore dans
lescolonies portugaises par lalégislationen vigueur, àtravers leCode du
travail indigène,qui, élaboré après laphase d’abolition, et sans pourautant
imposerendroit letravailforcé,rétablissaitenfait lesconditions viscéralesde
l’esclavagesur l’affranchi.Celui-civenait,sur la base d’uncontratambigu,
apporter sa force detravaildans uneplantationdétenuepar unancien maître
blancquinepouvait lui-mêmes’occuperdesaterreparcequene disposant pas
ou plusd’esclaves.Le contrat,passé alorsentrelenouvelemployeuret le
patron pourvoyeurdu travailleur noir, était tel que ce dernier, bien quepayé
pour lesalaire deson travail–aprèsdéductionfaite du paiementde devises –
demeurait toujoursdans les liensdela dépendanceservile.Lemanque
d’autosuffisance financièrelepoussantàresterdans laplantation leplus
longtemps possible, afind’obtenir quelques liquidités,pour pouvoir un jour
seulementespérer regagnerchez lui.

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Au surplus, le contrat passé presque à son insu par ses deux patrons
blancs,l’employeuret lepourvoyeur, dont les termesdesignaturelui étaient
méconnus parcequ’illettré,lui interdisaitdequitter laplantation pour toutela
durée duditcontratdetravail.Et là,lesconditionsdetravail trèsdures yétaient
très prochesde cellesdes tempsdel’esclavage.
Cetaspectdelaservitudenouvelle,particulièrementexpérimentéepar la
colonisation portugaise, était principalement vécue à SaoTomé etPrincipé.
M.HAYDARAnes’en limitepas là,maisilirajusqu’auxfondements
même dela colonisation portugaise enendécrivant les méthodes utilisées, cela
en vue de deux objectifsclés:l’acculturationet l’assimilation.Il ressortainsi
desonimportant travail quelamanutentionde colonie auratoujoursétéunfait
d’importancepour tous lesgouvernements portugais quisesont succédésdans
l’histoire depuis l’époque desonRoyaumejusqu’à celle dela République.
L’attachementauxcolonies par l’autoritéportugaises’explique alors par un
aspect politiquevital qui est que, cepetitboutdeterre duPortugal –
démembrementdel’Espagne dontilfut uneprovince–, considérait ses
territoirescoloniséscommeleprolongementgéographique deson propre
territoire, ainsiquele complément natureldesonéconomie.Aussi,pour sa
survie et lasauvegarde desesintérêts,le Portugalauratoujoursconsidéré
commevital le faitdemaintenirdemainfermeses possessionscoloniales.Cela
s’est particulièrement vérifié durant lapériode dela dictature de Salazaretde
Caetano, àtel point quele Portugal résista au mouvementdesindépendances
décidé àl’ONU en 1960.L’instrumentdemanutention n’en sera alors pas
seulementcoercitif et militairemaisaussi éducatif etculturel, en valorisant les
valeursde civilisation portugaisepar un système d’enseignementapproprié,
auxfinsdesauvegarder, déjà dans lesesprits,sesintérêtscoloniaux.Sonbut
essentiel sera alorsde formerdescadresappropriés pour maintenir ses
administrations locales.Dansceprocessusde dominationidéologique,l’Eglise
duPortugal joueraun rôle déterminant:l’enseignement sera essentiellement
diffusépar la Missioncatholique.
Mais,l’Éducationdans lescolonies portugaisesallaitconnaîtreplus tard
unemutation sous lesguerresdelibération.Ainsi, deschangements
révolutionnairesdans l’enseignement,notammentdans les zones libérées,

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serontdeplusen plus pour valoriser la culture et l’identité africaine.Cet
enseignement nouveau,véhiculépardes mouvementsdelibérationcommele
PAIGC,le MPLAou leFRELIMO, ainsiquenous l’explicite M.HAYDARA,
auraunbutessentiel:leretouràl’identité etàl’intégrité africaine, dans toute
sonâme et sa cultureprofonde.
Ceretouraux sources semble deplusen plus nécessairepour les
anciennescolonies lusitaniennes, ayantaccédé àl’indépendance,mais quiont
euàsubirdans lepasséle dur régime de domination portugaise, en même
temps quelemagnétisme desoninfluence culturelle.Leretard économique
s’explique essentiellement par laspoliationdeleurs richesses matérielleset
humaines souscette domination.Eneffet,le commercetriangulaire àtravers
lequel l’Afrique exportait sesfils pourimporteressentiellementdelapacotille,
et où l’Europe et l’Amérique,principales partenairesdel’Afrique, en sortirent
commeles véritablesgagnants,posait les prémicesdela détériorationdes
termesdel’échangequesubitaujourd’huil’Afriquesous lamondialisation.Le
commercetriangulaire avait pu, déjà en son temps, favoriser le développement
fulgurantdes pays occidentauxaudétrimentdel’Afrique,quirataitdéjàle
cochepour s’êtrevue extirpéeses richesses, dont ses principauxbras valides
n’auront pasété des moindres.Il s’yajoutequelepartage ducontinentafricain,
décidé à Berlin,ne fut riend’autrequ’uneruéevers ses matières premières,
voireunesimpleopérationdemise àsac del’économie africaine.Cela fut
encoreunautre coupdur pour le développementducontinentafricain.
Ainsi, deparcetéclairage,l’excellent travailde M.HAYDARArevêt
une importance essentiellepour la compréhensiondelasituationdu monde
moderne,notammentàtravers le commerce inégalet l’émigration massiveque
nousconstatonsdenos jours.

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MonsieurJosephNDIAYE
Conservateur de la Maison des
Esclaves deGorée

AVANT-PROPOS

ème ème
Lesdocuments portugaisdesXV etXVIsiècles nousfournissent
lesinformations les plusintéressantes sur les premierscontactsavecles
Européens ;du moinsencequi concernel’Afriqueportugaise.D’une certaine
manière, ilsfont partie des sourcesfondatricesdel’historiographie dela
colonisation.En tant quetelils prennent lamarque del’idéologieofficielle.Ils
sontdoncmanifestement tendancieuxet semblentapporter unejustificationà
l’actioncolonisatricequellequesoitd’ailleurs la formeque celle-ci apu
revêtir.
Pourexemple,laChronique de Guinéede GomesEanesde Zurara est
le document leplusimportant sur l’histoire dela découverte dela côte
occidentale africaine, àla finduMoyen-Âge;elle estdatée de1453.C’est une
œuvre de glorification−vouluepar leroi domAfonsoV−desactionsdu prince
portugais,plusconnuenEuropesous lenomde Henrile Navigateur.Jamais
surnom ne fut plus mal portépuisquel’InfantdomHenrin’a eneffet navigué
quequatre fois,pour serendre duPortugalauMaroc.Jamaisil n’amis pied
dans ses possessionsatlantiques, de Madère etdesAçores, comme ilaurait pu,
selon la coutume,setarguerd’enêtreleseigneur.Il n’apaséténon plusdans
ses possessionsafricaines.D'ailleurs, il neportejamaisbien son titre de
seigneurde Guinée.Cesurnom quine coïncide donc avec aucuneréalité
historique, est une inventiondel’historiographiemoderne; lepremieràle
décerneràl’Infantest l’allemand J.E.Wappäus, en 1842.Pour rédigercette
chronique, Zurara avoue avoir largement utiliséun ouvrage aujourd’hui
disparu, celui d’AfonsoCerveira, et quirelataitdesfaitsallant jusqu’en 1446.
Il nesemble doncpasêtreunevoixfaisantautorité à ceteffet,puisqu’il n’ena
pasétéun témoin oculaire.Parailleurs, il s’appuiesurdesélémentsempruntés
à d’autres sourcesfournies pardes voyageurscommesoncompatriote João
Fernandes,l’explorateurduSaharaoccidental.
Ilapu quandmême assisterauPortugalàl’embarquementdesesclaves
noirs vers l’Amérique.L’Afriquequ’il présente est uneterreprimitiveoù
viventdesêtresàl’état sauvage, habitant sousdescasesdepaille etignorant la

-13-

religion des gens civilisés : celle duChrist. Il n’est donc pas étonnant de voir
présenté comme des actes de bravoure ce qui n’était que de vulgaires coups de
main ou de sanglantes razzias.
Onpourrait même rire du déploiement de la bannière prétendue de la
croisade pour une simple opération de «nettoyage »de l’Ile de Tider; car,
c’est bien ainsi que ces hommes légitimaient leurs actions.
ème
Joãode Barrosest unautre chroniqueur portugaisduXVIsiècle.
Pourécriresa chroniquesur laPremière décade d’Asie,publiée en 1552, ila
lui aussiutilisél’œuvre de Zurara,toutcomme Bartolomé de LasCasas l’a fait
pour sonHistoire des Indescomposée entre1552et 1561.Barros s’apitoiesur
lesortdesNoirs,maisil justifiel’esclavage commeun moyendesauver l’âme
ème
desinfidèles.Delamême façon, Luísde Camões,le grandpoète duXVI
siècle, àtravers lesLusiades,célèbrelesgrandesconquêtes portugaises.Ila
voyagé avec Vascode Gama auxIndes maisil puisequelques-unesdeses
sourcesdans l’œuvre de Joãode Barros.Ildéplorela brutalité et la cupidité des
conquérantseuropéens,mais partageles mêmes sentiments queses
compatriotesetdécrit l’Afrique commeuncontinentinculte et sauvageoù
viventdesgens sans religion.Pourtant, ilfait partie desgrandshumanistesde
son siècle.Rappelons toutdemêmeque Camões s’était profondémentépris
d’une esclavenoirenommée Barbara.Il lui consacreunhommagetrès
émouvantdans son œuvrelyrique.Ilest remarquable de constatericique
Camões romptavecles règlesconventionnelleset s’adresse àsa fiancée
commesi elle était une dame appartenantàla cour royale.
Dans lethéâtre de GilVicente, auteurconsidéré commeleplusgrand
ème
dramaturgeportugaisduXVsiècle,lesAfricainsapparaissentégalement
sousdesformescaricaturales.Lesétranges sabirsdesNègres, desMaureset
desTziganes qu’il meten scène,permettentbiend’imaginer lesfigurations
exotiques qui envahissent le Portugalàl’époque desDécouvertes.Etdireque
l’undes poètes les plusdouésdel’écolevicentine était un mulâtrenommé
AfonsoAlvarez.Même durant l’époque contemporaine, coïncidant
précisémentaveclerègne de Salazar,l’Afrique continue d’êtreperçue comme
uncontinent primitifoùhabitentdesêtresinférieurs.Donc,jusqu’àunepériode
relativement récente,l’Europe colonialesemblait nepas tenircompte des

- 14

spécificités culturelles. L’historiographie européenne de la colonisation
présente inévitablement les peuples dominés à travers des images réductrices.
C’est particulièrement le cas en ce qui concerne l’Afrique. Les Noirs étaient
très souvent considérés comme gens paresseux.Or onconstateque dans
presquetoutes leurscoloniesafricaines lesPortugaisexpropriaient les
autochtonesdeleurs terreset lesforçaientày travaillercommemain-d’œuvre.
Aussi,par réaction, certains refusaient systématiquementcettemainmise et
cette dominationet préféraientchercher refugeloindes propriétésdesBlancs.
Vers 1910, ce fut particulièrement le casà Sao-Toméoù les
autochtonesavaientcibléles plantationset leshabitationsappartenantaux
patronsblancs pour ycommettrerapineset sabotages.Poureuxc’était une
manière derécupérer undroitdepropriétéquelesétrangers leuravaient
usurpé.Parconséquent,lesEuropéens les ont toujours traitésen parias.C’est
cequi apparaît pratiquementdans laplupartdesdocumentsdatantde cette
époque et quitraitentdu régime des plantationsdans lescoloniesafricaines.
Delamême façon,lesEuropéens onteufort malà appréhender les
motivations profondes quipoussaient lesAfricainsà abandonner leursfoyerset
s’exiler pourdelonguesdurées.Ilsavaientinstauréunesérie demesures
draconiennesdans le contratdetravail pourempêcher les travailleurs
contractuelsdequitter.Ce fut,parexemple,le casenAfrique duSudoù les
Africains quitravaillaientdans les minesduTransvaal venaientdu
Mozambique etétaient pour laplupartd’ethnie chopwe.Or, danscemilieu les
vertusde courage étaientderègle.Parconséquent, il nesaurait poureuxêtre
questiond’abandonner letravail,malgré desconditionsextrêmementdifficiles.
Desurcroît, ilétaitimpératifpoureuxd’amasser une certainesomme d’argent
pour leursfamillesavantdepouvoir rentrer.Sanscette condition,leretourau
village auraitété considéré comme déshonneur.C’estdonc bien méconnaître
cetteréalité culturelleque deprésentercephénomène dansdes termes quisont
en parfait porte-à- fauxaveclaphilosophie descontractuelsafricains.C’est
pourtantcequis’est produitchezbon nombre d’historiensEuropéens, et même
dans l’œuvrelittéraire de certains métis, commelesécrivains mozambicains
José CraveirinhaouNoémia de Sousa.Cela étaitcertainementdûàla culture
européennequ’ilsavaient reçue.Malgrétout, ils ontfait partie dugroupe des

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intellectuels métis qui, sur le plan littéraire surtout, ont constitué l’avant-garde
de la lutte de libération. Les mêmes raisons idéologiques ont également conduit
les historiographes européens à pouvoir justifier le comportement atypique du
clergé colonial. Dans l’application stricte des bonnes règles religieuses, on note
une contradiction entre la vocation de chasteté et les tentations licencieuses de
la vie mondaine. Il semble que les rigueurs du milieu et les nécessités
démographiques aient expliqué ces entorses à la morale religieuse. L’on verra
que les besoins de métissage racial ont constitué un des points clé du système
de colonisation portugaise, encore qu’on doive émettre des réserves sur cette
question :le mélange avec les Noirs, interdit à l’élite coloniale, concernait
plutôt lescolonsde classesocialemodeste.Parailleurs,vu lesfaibles résultats
obtenus,lapolitique d’assimilation sur laquellelepouvoircolonial misaitétait
loind’avoir produit les résultatsescomptés.Toujoursest-il queles
missionnairescatholiqueseurent pleinement participé àla formation
démographique descolonies ;ce fut particulièrement le casauBrésil ;etce, au
méprisdel’éthiquereligieuse.Cesformesd’unionsfurentd’ailleurs
interprétéescommeun moyende gommer lesdisparités sociales puisque, en se
liantavec des négresses oudes mulâtressesfieffées,lesbiensde ces prêtres
passaient nécessairemententreles mainsdeleursdescendants mulâtres.C’est
ainsiqu’auBrésil les plusgrandes richesses sontdevenues propriétés
d’héritiers métis.Cependant,undiscrédit racial pesait surcette catégorie
sociale car onestimait queles métis, étantdemauvaises mœursdufait naturel
delamésalliance deleurs origines raciales,setrouvaientde ce fait même en
incapacitémorale de gérer lesbiens quileurétaient légués.D’autrepart,le fait
pour un prêtre depratiquer le commerce desesclaves oud’exploiterdevastes
propriétésagricoles,n’était point perçucomme activités viles,mais plutôt
considéré commeunemanière de contribueraudéveloppementdela colonie.
De cepointdevue,lemanquementaucode de déontologiereligieuse était
donclargementcompensépar les vertusdesactivités patriarcales.Les prêtres
étaientgénéralementissusde familles prestigieuses ; parconséquent,le faitde
semélangeraveclesautres races offrait plusd’unavantagesur leplan
génétique dans lamentalité de cette époque, auBrésil.Cela contribuait,

- 16

pensait-on, à améliorer le niveau d’intelligence des individus vivant dans cette
société.
Eu égard à toutes ces considérations, il sied, nous semble-t-il, de
prendre quelque peu de recul et d’essayer de présenter les faits, en tenant
compte, autant que faire se peut, de la réalité historique.

- 17

INTRODUCTION

Dans cette étude, nous essayons de rappeler quelques faits historiques
importants qui se sont produits durant la période coloniale en Afrique et au
Brésil.C’est un simple aperçu sur la colonisation. Nous nous y intéresserons
plus particulièrement à la colonisation portugaise. Il est vrai que ce sujet a été
traité par d’éminents spécialistes, du moins en ce qui concerne les territoires
français d’Outre-mer. L’Afrique portugaise est présente dansl’œuvre des
chercheurs,mais l’accèsauxdocumentsécritsen portugais rend difficilela
tâchequandon nemaîtrisepascettelangue.Or,pourconnaîtrelepassé
africain, ilest souhaitable de fairerecoursaux sources portugaises ;elles sont
parmiles plusanciennes, dufait tout simplequelesPortugais sont les premiers
européensarrivés sur le continent.LesArchivesHistoriquesd’Outre-mer,la
Tourde Tombo,l’InstitutdeGéographie Tropicale,laBibliothèque Nationale
et leCentreCulturelAmilcarCabral,tous situésà Lisbonne,regorgentde
documents quisont pratiquement les plusanciens sur l’Afrique, en toutcas
ème ème ème
pourcequitoucheleXIV ,le XVet quelquepeu le XVIsiècle.Ils
constituent parailleursdes sources précieuses pour l’histoire del’Afrique
ème ème
portugaise,pour unelonguepériodesituée entrelee XVt le XXsiècles.
Nousavonsdoncvoulu partager le fruitdenotre investigation.C’estcequi a
justementinspiré cemodestetravail.
Il s’agira dans un premier tempsdesouligner lerôle éminemment
prestigieux quele Portugalajoué dans la formationdela civilisation
Universelle.Eneffet,lorsquel’InfantHenri initiateurdes« grandes
découvertes»naquiten 1394,lemonde connuétaitalorsétroitement limité.
Lescartesdel’époque étaient toutescentréesautourdela Méditerranée.De
l’Atlantique, elles se bornaientàn’endonner queletracé dela Côte est, depuis
la Péninsule Ibériquejusqu’auxîlesbritanniquesetenScandinavie.
Au-delà de cemonde en vase closduMoyen-Age européen, cequel’on
pouvait percevoird’ailleursétait peude choseset provenaitdelégendes
confuses surdelointainset mystérieux paysd’Asie etd’Afrique.

- 19

C’est l’Infant Henri qui le premier, entreprit la tâche immense de
découvrir les chemins de la mer et le Portugal lui doit la place qu’il occupe
aujourd’hui dans l’histoire universelle. Sonœuvre devait profiteràtous les
peuples, et toutes les puissances maritimes sontdevenues par lasuitetributaires
desonentreprise de découverte.
Celle-cis’est voulue àla foiscommeuneœuvrescientifique et une
œuvre de croisade.
Entreprisescientifique,parceselon lesdisciplinesdelascience
moderne elleprésente déjàtoutes lescaractéristiquesdes recherchesconduites
par l’esprithumain.En s’entourantdeshommes les pluscompétentsdeson
tempsdans laCartographie et l’artdelanavigation,l’Infantfitde Sagres le
grand centre desinitiations maritimes qui devaitconduire àla découvertetotale
du monde.Ce futà force d’intelligence, d’études, deténacité etde courage
indomptable,queles navigateurs portugaiset lesétrangersillustres qui
collaborèrentavec eux,réussirentàvaincreles mystèresdela «Mer
ténébreuse ».Mais, en plusd’une entreprisescientifique, cetteœuvre eut
également le caractère d’une croisade,la dernière duMoyen-Age etcellequi
eut lesconséquences les plusimportantes.Eneffet,l’Europequi,toutau long
ème
duXVsiècles’était trouvéesous lamenace d’unepuissancemusulmane
progressantinvinciblement vers la Méditerranée,setrouva, grâce àla
découverte des routes maritimes, dans unesituationcomplètement renversée :
au lieudesevoirassujettie auTurc, elle allaitêtre en mesure deporter la
civilisationchrétienne au monde entierdans les sillagesdescaravelles
portugaises.Bref,lesconquêtes maritimes portugaises ontcontribué à faire
disparaîtrelesbarrièresgéographiquesethumaines, entraînantdes
conséquencesimportantes sur l’économie du monde.
Toutefois,nous n’avons paseu laprétentionde faireune étude
exhaustive dela colonisation portugaise.Nous l’avons particulièrementaxée
surd’anciennescoloniesciblées pour leurforte imprégnationdela culture
portugaise, àsavoir l’Angola,le Mozambique,la Guinée Bissauet le Cap-Vert.
Nous parlerons surtoutduBrésilencequi concerneletraficnégrier.La
présence duPortugal s’est sansaucundoutemanifestée dansces territoires

-20-

avecplusde force etde durée; parconséquent, il yalaisséune influence
profondequis’est pratiquementexercée dans tous lesdomaines.
Rappelons quelesPortugais sontarrivés sur lescôtesafricaines vers
1440avecDinisDiasetauBrésilen l’an 1500avec PedroAlvaresCabral.Le
Brésilestdevenuindépendanten 1822,mais lescolonies portugaisesd’Afrique
furent libérées seulementen 1974, après 13annéesde guerre.Ainsi,les
Portugais sont restésenAfriqueprèsde 500ans,soit uneprésence effective
d’undemi-millénaire.
Cette étudeneselimiterapasexclusivementàlasituationdesanciens
territoires portugais.Nousferons référence,souvent quand c’est nécessaire, à
d’autresespacesafricains situés,parexemple, dans le domaine colonial
français.Car, ilestévident quela colonisationeuropéenne dans sonensemble
présente beaucoupdesimilitudes.C’estdu moins lamême idéologiequi est
partagéepar tous les payseuropéenscolonisateurs.Àquelques variantes près
c’estaussilamêmeméthodologie.Ceci estencoreplus manifeste dans le cas
del’Espagne etduPortugal puisque, entre1580et 1640,l’Espagne ayant
annexéson voisin,lesdeuxcouronnesfurent unifiées.Celan’apas manqué
d’avoirdes répercussionsdans le domaine desconquêtescoloniales, dès lors
quelesEspagnols s’approprièrent les possessions portugaiseset yappliquèrent
leur propresystème de colonisation.On peut retrouverfacilementdes
ressemblancesentrelescoloniesespagnoleset portugaisesd’Amérique,surtout
concernant lesformesd’organisationdel’exploitationesclavagiste.
D’autrepart, dans les pays quiontconnu unelongueprésence
portugaise,onconstatel’émergence d’une bourgeoisiemercantile
d’ascendanceportugaise.C’est parexemple,le casauSénégal (à Saint-Louis
ouGorée).Cette classen’yavait pas, certes,lamême enverguresocialequeles
seigneurset les signaresduMozambiquemaisapubénéficierd’une certaine
notoriété; l’appui et laprotectiondesautorités seigneuriales locales lui étaient
égalementassurés.Ce fut particulièrement le casavecles roisduSaloum qui
durant leur règnen’hésitaient pasà intervenirchaque fois que ce groupe était
menacé,quand bien mêmesi cettemenaceprovenaitdela Métropole
portugaise.Ayant réussi às’adapter,voires’intégreren milieuautochtone,les
individusde cette classe, Portugais ouLusoafricains,pouvaient se dégager

-21-

ainsi dela tutelle de Lisbonne ; leurs intérêts étaient plus ou moins convergents
ème
avec ceuxdesautorités locales ;ils ont vécu jusqu’àla finduXVIIIsiècle
dansdes villescommeGorée, Rufisque, SalyPortudaletJoal.Sur leplan
culturel, entre autres, cesdeuxgroupes présentaient, auMozambique comme
auSénégal, de fortes ressemblances.Beaucoupderégionsd’Afriquetouchées
par l’expansion portugaise connurentcephénomène.
Pourtant,toutau long du processusde colonisation,le Portugala
toujours voulu marquer sa différence aveclesautres puissanceseuropéennes,
arguant queson projet obéissait mieuxaux objectifs philanthropiqueset
religieux.Il reprochaità ces paysd’êtreplus portés vers lesactivités lucratives.
Du reste, en vertudesa formation racialetrèscomposite,le Portugal semble
avoireu plusd’aisance às’adapter sous lesTropiques.Ce fut unautremotif de
différence avancépar lesPortugais.Audébut,le Portugal prétendait que
l’Angola et le Mozambique,parexemple, étaientdescoloniesdepeuplementet
non pointd’exploitationéconomique.De cepointdevue,le Brésil sera
toujourscité avecorgueil par lesPortugaiscommeuncasderéussite dans la
formationd’unesociétémultiraciale.Blancs, NoirsetIndiens semélangèrent
dans lemême espace géographiquepourdonner souche à des types sociaux
nouveaux:lesMulâtres.Cepointestàretenir puisqu’il servira comme
argumentforce auPortugal pour justifier son profond attachementàses
colonies ; même au momentdela décolonisation,les liensaffectifs seront mis
au premier plan pourexpliquercettepaternitépatrimoniale.En l’an 2000, à
titre d’exemple,quandl’Indonésien’apas vouluaccorder l’autonomie à Timor,
unetrèsfortemobilisationa eu lieuauPortugalenguise desolidarité.À cette
occasion,lesPortugais ont rappelé,non sansémotion,les liensdesangquiles
unissaientaveclepeuple de Timor.Cequi du reste estindéniable.Durant le
régime fascisteplus particulièrement, des sloganscomme «l’Angolanous
appartient»ou«lescolonies sont partie intégrante dela Nation», étaient
devenusdesidées récurrentesdans le discoursidéologique del’EstadoNovo.
Paradoxalement, dans la compétitioncoloniale,le Portugal se
présentera commelapuissancelaplusdémunie.Celava déteindresur ses
colonieset marquerconsidérablement son système de colonisation.Unesimple

-22-

comparaison du système éducatif français et portugais dans leurs colonies
respectives d’Afrique, permettra de voir quelques différences à cet effet.
Comme les autres puissances, le Portugal s’est heurté à des conflits
sanglants dans les territoires africains conquis. Les guerres ont d’ailleurs
marqué les relations entre Portugais etAfricains, durant la période
précoloniale comme durant la colonisation proprement dite.C’est pourquoi dès le
ème
XVsiècle, ils ontessayé d’adopter plusieurs stratégies pouravoiraccèsà
l’intérieurdes terresafricaines.Lapopulation métisse,qui apris souche avec
l’arrivée desBlancs, a étéunélémentfondamentaldansceprocessus.Plus tard,
elleseraunepiècemaîtresse dans lesystème de colonisatison ;anselle, il
auraitété difficile depeupler les vastes territoiresafricainsconquis.Quiplus
est,lesMétis ont jouéunrôle crucialdans les
transactionscommercialesafroportugaises,surtoutdans le commerce desesclaves.Dansce cadre
précisément,nousauronsà évoquer l’importancestratégique des marchandises
européennesdans les milieuxafricains.Car,lesguerres seules nepourraient
expliquer laprogression rapide desPortugais vers lesertanafricain.
L’onapuconstater quelapériodepré-coloniale a étémarquée audébut
par leprosélytismereligieux,maisfut vitesupplantépar lemercantilisme
économique.Dansce domaine,l’esclavage et letraficnégrier y occupèrent une
place importante;ilsfurent même aucentre detoutel’économiemondiale
ème
jusqu’àlapériode d’abolitionauXIXsiècle.Danscette étude,nous
essayeronsdonc de comprendretous les tenantsetaboutissantsdu phénomène
esclavagiste, eninsistant surtout sur lesenjeuxéconomiques qu’ilareprésentés
pour les sociétésesclavagistes, enamontcomme enaval.Nous rappellerons
également lesconditionsdans lesquelles latraitese déroulaitet les
phénomènesderésistancequiont marquéson processus, depuis les terres
d’Afriquejusqu’àlalointaine Amérique.Parailleurs,nous porterons unintérêt
particulierauxeffets produits sur leplanculturel par larencontre des
différentes races, cequinousamènera àrappeler,surtout,l’apportdesNoirs
dans la civilisationbrésilienne.
Ilconvientici derappeler quel’esclavagese faisaitau nomde
l’Empire,maisaussisous lesymbole dela Foi.Parconséquent,nous
évoquerons lerôleprépondérantdel’Église catholique dansceprocessus.

-23-

ème
Certainshistoriographes européens duXVsiècleontestiméque
l’esclavage est un phénomènetrèsancienenAfrique.LesArabes l’avaientdéjà
pratiqué àtravers le Sahara et sur lescôtesdel’océanindien.LesPortugaiset
lesEspagnols,les premierseuropéens surceterrain,n’ontfait queperpétuer
unepratiqueséculaire.Cependant,la comparaisonentrelesconditionsde
servilité en milieuafricainet l’esclavage colonial révèle d’énormesdifférences.
L’abolitiona eu lieu officiellementen 1848−toutau moinsdans les
coloniesfrançaises−maisfut unephasetrès mouvementée.L’opinion
européenne,longtempsindifférente,versa dans letolérantisme.L’humanisme
duSiècle des Lumièresn’était pas parvenuàmettreunarrêtdéfinitif au trafic
négrier.Lelibéralisme consacral’avènementdelamachine, et on serendit
comptequ’on pouvait sepasserdelamain-d’œuvre esclave.L’Angleterre fut
championne dansce domaine.C’est sous sapression quele Portugal sevit
obligé àson tourd’adhérerau mouvementabolitionniste.Mais l’analyse des
conditions quiont permis la cessationdu traficnégrier, doit nécessairement
conduire àl’évocationdes mouvementsderébellionsetderévoltes quiles ont
précédées.Car laluttepour l’émancipation,menée avecsuccèsen 1793 par les
esclaves noirsà Haïti,s’inscritdansceprocessus.Nous verrons plus
amplement lesconditionsdans lesquellescetterévolution s’estdéroulée.
L’année1885 constitueune autre date importante dans l’histoire dela
colonisation.C’est la fameuse conférence de Berlin où les nationseuropéennes,
pourétablir leurs zonesd’influencerespectives, décidentdu partage arbitraire
desfrontièresafricainesactuelles.Elle correspond audébut officieldela
colonisation militairevers l‘intérieurducontinent.Pour justifiercettepolitique,
lesEuropéens ont souventinvoquél’unité del’espèce humaine, estimant
légitime d’accorderàtous ses représentants les lumièresdelareligion
chrétienne et lesbienfaitsdela civilisationindustrielle européenne.Certains
recommandaient même deles leurimposer par la force.Au nomde ceprincipe,
leshabitants placés sousdépendance européenne furent soumis par lescolons
dans le cadre étrangerdes lois occidentales, deleur morale,philosophie, et
religion, aussi bien que dans leréseaudeleurshabitudes matérielleset sociales,
alors que ces premiers possédaient leurcivilisation propre.

-24

Ces territoires et dépendances extérieures étaient par ailleurs
considérés, par les colons européens, comme faisant partie intégrante de leur
« sol national ».Cela particulièrement pour le cas du Portugal.Ceci conduisit à
en uniformiser l’administration, à appliquer les lois et règlements de la
Métropole à des pays dont les habitants n’étaient point aptes à les assimiler.
C’était donc ignorer la remarque de Plutarque : «la chaussure prend la forme
dupied etnon le pied celle de la chaussureet surtout négliger le sage» ;
avertissement du philosophe Montesquieu: «Lesloisdoiventêtretellement
propresaupeuple pourlequel elles sontfaitesque c’est untrèsgrand hasard
si cellesd’une nation peuventconveniràune autre». Par conséquent, il n’était
pas étonnant que les relations entreEuropéens etAfricains fussent marquées
par des heurts sanglants atteignant leur phase ultime sous les guerres de
libération dès 1960.Ce fut ainsi durant la phase pré-coloniale comme dans
l’ultime phase de conquête. Le système «Paternité-Puissance »,devenu plus
tard «Paternité-Tutelle »et appliqué par les puissances coloniales à l’endroit
des territoires africains dominés, a fini par détériorer les rapports entre
colonisateurs et colonisés.
Mais, cette période fut particulièrement marquée par l’exploitation
systématique des matières premières de l’Afrique ;on assista à l’implantation
de structures politiques et à l’adoption d’une série de mesures administratives
tendant à rendre plus efficace l’exploitationcoloniale.L’Afrique étaitdevenue
véritablement le grenierdel’Europe.
C’estdansce cadrequele Portugal publia en 1899 le fameuxCode du
Travail Indigène;celui-cirendait letravail obligatoirepour lesAfricains.On
constate iciquel’esclavage a disparudans lescoloniesafricaines maiscontinue
bien sousd’autresformes: celle descorvées.
En 1919,la SDN créelerégime desMandats mettant lescolonies sous
latutelle des payseuropéenschargésdelesaideràs’émanciper.Il seraitdonc
intéressantdevoir jusque dans quelles mesures les recommandationsde
l’organe international ont-ellesétérespectées.Autrementdit, est-cequeles
peuplescolonisés ont pu réellement profiterde ce «droit sacré d’assistance »
delapartdel’Europe.Nous tenteronsd’apporter quelquesélémentsderéponse

-25

enexaminantl’évolution économique et sociale des colonies, particulièrement
durant cette phase.
Auparavant, il faut signaler que de nombreuses guerres opposèrent, en
1895, Africains et Portugais concernant l’occupation effective des colonies.En
réalité, les décisions prises àBerlin avaient provoqué une nouvelle
redistribution de la carte du globe. Le Portugal perdait le droit d’antériorité sur
le sol et voyait ses possessions territoriales réduites. La menace des autres
puissances pesait constamment.L’ultimatumanglais de 1890 fut un moment
d’extrême humiliation pour le Portugal.C’est pourquoi les victoires obtenues
lors de ces fameuses «guerres de pacification» eurent des répercussions
psychologiques importantes au pays.En revanche, durant cette période, le
nationalisme africain se manifesta encore de façon plus intense un peu partout
dans les territoires occupés.
Le veto anglais, faisant obstacle auxambitionsexpansionnistesdu
Portugal, eutdesconséquencesgraves sur lapolitique intérieure du pays.L’on
peutd’ailleurs noter quetous les régimes quisesont succédé auPortugal
depuis les premiers momentsdel’occupationcoloniale, feront lesfraisdela
mauvaise gestiondu problème coloniaqu’l ;ils soient monarchiques,
républicains ouencore dictatoriaux.Lavolonté de conserver lescoloniesetde
lesgérerefficacementestdemeuréeune constante delapolitique detousces
gouvernements.On peut même affirmer qu’il yatoujourseu unesorte de
consensus nationalautourde cettequestion.
Mais, c’est précisément sous lerégime de Salazar que cettequestion
revêtiraune ampleurexceptionnelle.Ellesera aucœurdel’actiondel’Estado
Novo.Les mesuresappliquées jusqu’alorsdans lescoloniesafricaines seront
rendues plus rigides.Aucunchangement neseproduira avec MarceloCaetano
qui assuralasuccessionen 1968.
D’ailleurs, enexaminant leprocessus par lequelSalazarestarrivé au
pouvoir,on serend comptequele facteurcolonial n’enest pasabsent.
Onconstate doncquel’actiondugouvernementfascistetendra à créer
unconsensusautourdelaquestiondescolonies.Elleœuvrait, àtravers la
propagande, à forger une conscience coloniale,relayéepardes structures
officiellescrééesà ceteffet.Dans lescolonies,l’accentfutdavantagemis sur

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le problème de l’assimilation. L’acculturation demeurait plus que jamais la
base du système de colonisation appliqué par l’Estado Novo. Le mythe colonial
fut poussé à un point tel que tous les citoyens portugais rêvaient de s’installer
enAfrique. Nous essayerons donc de passer en revue les enjeux réels quiont
été àl’origine de ceprofond engouement pour lescoloniesafricaines.
Créée en 1945,l’ONU, dans l’article72desa charte,votauneloisur
l’autodéterminationdescolonies.En 1960,une bonnepartie descolonies
africaines sont libérées par l’anciennepuissance coloniale,saufle Portugal qui
résiste.Entre-temps,lenationalisme africainavait mûri; lesguerresde
libération qui finirenten 1974permirentàl’Angola, auMozambique, àla
GuinéeBissao, auCap-Vertetà Sao-Tome deselibérer.Les luttesde
libérationafricaine eurent presquel’effetd’uncouteauà doubletranchant,
puisqu’elles provoquèrentaussila chute dufascisme auPortugal.Etce fut la
révolutiondes œillets.Le colonialisme et le fascisme disparaissaientde façon
simultanée.
Danscette étude,nous tenteronsde fournir quelquesdétails sur les
conditions quiont permisauPortugalde braver pendant longtemps la
communauté internationale.Ilfaut simplement rappeler quele Portugal
représentait, d’une certainemanière,lesintérêtsdesOccidentauxdans lalutte
contrelapénétrationducommunisme enAfrique.Dansce cadre,saposition
géographiquestratégiquelui conféraitbeaucoupde faveursau seindel’OTAN.
Ilavait l’appui implicite desgrandes puissances.Voilàune des raisons qui
expliquentaussipourquoile Portugalamisdu temps pourdécoloniser.
Ainsi,l’analyse des multiplesfacteurs quenous venonsd’évoquer
permettra,nous le croyons, d’avoir unemeilleurevuesur leseffetsdela
colonisationenAfriqueportugaise.Ainsi, il serait possible demieuxapprécier
àquel point leprojetcolonialaréponduaux vœuxdes« Porteursde
ème
civilisation» duXVsiècle,ouencore à ceuxdes législateursdela SDN.Y
a-t-ileu véritablementcolonisation oucolonialisme?Voilàunequestion
fondamentale àlaquelleon nepeut sesoustrairequandon réfléchit sur les
relationsentrel’Afrique et l’Europe; lesdéséquilibres structurels quiobstruent
aujourd’hui encorele développementducontinentafricain,sont-ils l’effetdes

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tempsmodernes ? Ou bien ont-ils des causes lointaines ?C’est une question
que nous ne pouvons occulter pas dans cette étude.

-28

PARTIE I:L’EXPANSION MARITIME PORTUGAISE
CHAPITREI:LES BIENFAITS DE L’EPOPEE PORTUGAISE
I.1.LePortugal : paysàvocation expansionniste

Le Portugal a été un des premiers pays européens à avoir eu des
frontières précises depuis1250.Aprèsavoirconsolidéson unitéterritoriale et
ème
s’être constitué en nation, il selança, àpartirduXVsiècle, dans lesgrandes
aventures maritimes, empruntant lavoie atlantique.Sonhistoire est
essentiellementconditionnéepar sesextensionsgéographiques répandues un
peu partoutdans lesdifférentes zonesduglobe.L’aventure des navigateurs
portugaisdéterminaunemutation radicale dans la conception physique et
mentale forgée durant le Moyenâge, carellepermitde découvrir lemonde
autrement, c’est-à-dire dans son universalité.Enaccédantauxautres partiesde
laterre grâce àleurs voyages maritimes,lesPortugaiscontribuèrentà faire
tombercertainescroyances tendantà faire croirequelasurface duglobe
s’arrêtaitaux limitesducontinenteuropéenet qu’il n’existaitd’autres races
humaines que celle del’homme blanc.Ilsacquirentainsiuneplace de choix
dans l’histoireuniverselle delanavigation.Il s’yajoutequ’en réalisant«la
découverte duglobe, contribuantde ce faità la formation de la société
1
capitaliste moderne et à la constitution progressive dumarché mondial»,les
Portugais sontdevenus l’undes rares peuplesà avoircréédes faits de
civilisation.
Avecun peu plusd’un milliond’habitants,le Portugal réussit l’exploit
de découvrir lesgrandes routes maritimesdu monde etd’êtrelepremierempire
à dimension planétaire;c’est uneperformance exceptionnellequi
probablement netrouvesonéquivalenthistoriquequ’avecles peuples
macédonienet romaindu tempsdeleurapogée.
Laprincipale étape de celongpériple fut la conquête de Ceuta au
Maroc(1415), importantcentre commercialetde communications.
Enconcurrence avecleroyaume de Castille, ilinitia aussitôt l’occupation
desarchipelsdesAçores (1419)etde Madére(1420).Postérieurement,sous les
bonsauspicesdel’InfantDonHenri(1394-1460),lesPortugaiscommencèrent
lesexpéditionsdereconnaissancevers lescôtesafricaines.GilEanes traversa

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le capde Bojador (1434)et, en1487, Bartolomé Dias doubla le cap des
Tourments appelé plus tard le cap de BonneEspérance. Le chemin de l’Inde fut
dès lors ouvert et Vasco deGama arriva àCalicut en 1498, contrôlantainsila
route desépices.Désormais,l’approvisionnementétaitassuré dans les marchés
ème ème
d’Europe.DuXVIjusqu’auxenvironsduXVIIsiècle,lesPortugais
achevèrent l’occupationdudétroitd’Ormuzetde Malaca(1515) ;ils y
établirent le commerce avecl’Orientet ouvrirent les portesdela Chine etdu
Japon.Pourassurer lemaintiende cettelongueroutemaritime, ilfut nécessaire
d’installer unesérie d’enclavesetde comptoirs sur lescôtesd’Afrique.Ils
découvrirentet peuplèrentainsil’archipelduCap-Vert (1460), encore inhabité,
etcelui de Sao-Tomé etPrincipe(1470),puis se fixèrent sur la côte de Guinée.
Sur la côte atlantique africaine,laprésenceportugaise était motivée
aussipar larecherche demétauxet la capture d’esclaves ; sur la côteorientale
elles’expliquait par le commerce avecl’Inde;c’est pourquoi ilsavaient
construitdesforteresses militaires pour protéger leursconvois.Dans le butde
contrôlerefficacement letrafic del’OcéanIndien, ils se fixèrentau
Mozambique(1505)etauxIndes,précisémentà Goa(1510) qui fut la capitale
del’empireportugaisd’Orient.Lanécessité demaintenir uncommerce direct
avecla Chinelesamena às’installerdans lapéninsule de Macao (1557).La
monarchielusitanienne essaya égalementderemplacer laroute delasoiepar
unevoiemaritime aboutissantà Lisbonne;à cette fin, ilsconquirentMalaca
(1511)et par lamêmeoccasionils occupèrentTimor (1514).
Avecl’arrivée desHollandais, desAnglaisetdesFrançais,l’empire
oriental portugais s’affaiblissait progressivementet, en 1655, il neseréduisait
plus qu’auxenclavesde Goa à Damions, à Diuetà d’autresforteressesde
moindre importance dans lapéninsule del’Indouistan, à MacaoenChine etàla
moitié del’île de TimorenIndonésie.L’administration portugaises’yest
ème
maintenuejusqu’àla deuxièmemoitié duXXsiècle.Rappelons que Timor
estdevenuindépendant seulementen l’an 2000.
En réalité,laprésence duPortugalenAfriqueservità créerdes revenus
complémentairesaucommercequ’ilentretenaitdéjà avecl’Orient ;c’est
pourquoi avecle déclinde ce dernier, cetteprésenceresta àpeine circonscrite à
quelquesfactoreriesetàuncertain nombre de fortsbâtis sur la côte africaine.

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